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Des Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée et un Grand Off* à Angoulême pour palier l'absence du FIBD 2026

Des Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée et un Grand Off* à Angoulême pour palier l'absence du FIBD 2026

NewsComic Con

Il n'y aura pas de Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) à Angoulême cette année. Mais la France fêtera quand même la BD en cette fin de mois de janvier 2026. Si les programmes complets doivent encore être dévoilés - et que tout ceci ne saurait plus tarder - et bien que les comics seront, pour le coup, très certainement mis hors jeu, il serait malvenu de ne pas écrire dans nos colonnes les continuations du "feuilleton FIBD" après l'avoir couvert tout au long de l'année passée. Aussi, reprenons au fil de cet article les deux principales initiatives nées de la défection du FIBD par 9eArt+ et de l'Association du FIBD et qui se tiendront d'ici quelques semaines, non seulement à Angoulême... mais aussi dans le reste de la France.

Avant de parler des deux initiatives à venir, que sont respectivement les Fêtes Interconnectées de la BD et le Grand Off d'Angoulême, récapitulons quelques évènements importants qui se sont tenus depuis la dernière fois que nous rédigions sur le FIBD, fin novembre dernier.

Une non-tenue, pas une annulation

À ce moment, on apprenait que la société 9eArt+, qui est toujours officiellement en charge de l'organisation du festival, faisait savoir à ses partenaires (comprendre : les maisons d'édition) que l'édition 2026 du festival était "mise à l'arrêt". Dans la journée du lendemain (le 28 novembre 2025), des prises de parole de la part des équipes de la direction artistique tentaient de temporiser cette annonce, alors qu'il était déjà affirmé par plusieurs médias que cette fois, c'était certain, le FIBD était annulé. On pouvait lire sur France Bleu les déclarations de Fausto Fausulo qui expliquait alors "aucune décision n'a été prise par l'organisation", même s'il reconnaissait que "les équipes sont forcément en pause, parce qu'elles réfléchissent." Il concluait avec un "oui, moi, j'ai encore envie d'y croire un peu" assez éloquent sur la réalité de la situation. Les pouvoirs publics, dont la Mairie d'Angoulême représentée par l'actuel maire, Xavier Bonnefont, sommaient 9eArt+ et l'Association du FIBD de clarifier la situation au plus tard le 1er décembre 2025.

Arrive donc ce 1er décembre, où la société 9eArt+ envoyait un communiqué de presse signé de leurs avocats Vincent Brenot et Ghislain Minaire, dans lequelle elle reconnaissait que l'édition 2026 du FIBD ne pourrait "matériellement pas avoir lieu dans des conditions appropriées". Une façon de dire que le Festival n'aurait pas lieu, mais la façon de le reconnaître et les mots employés ont toute l'importance. On aura en effet lu dans de nombreux médias, généralistes comme spécialisés, que "Le FIBD était annulé"... or, il ne l'est techniquement pas. Concrètement, 9eArt+ n'a pas "annulé" l'édition 2026 du FIBD : elle se dit au contraire dans l'impossibilité technique de le faire (supposément, malgré toute son envie), en rejetant la faute de cette impossibilité sur "les financeurs publics" qui ont, selon eux, pris "une décision unilatérale sans concertation". Ce qui est factuellement un mensonge au vu des prises de paroles des collectifs et syndicats d'autrices et d'auteurs ainsi que des communiqués des maisons d'édition. Toujours dans le courrier de 9eArt+, il était écrit que les financeurs publics auraient "forcé l'annulation des résultats du récent processus d'appel à projets que 9eArt+ avait remporté régulièrement, en groupement". 

Quid du FIBD 2027 ?

Il sera d'ailleurs aussi important de rappeler que, contractuellement, 9eArt+ est toujours tenue d'organiser l'édition 2027 du FIBD. Pourtant, les pouvoirs publics ont demandé à ce qu'un nouvel appel à projets soit mené par l'Association pour le Développement de la BD à Angoulême (ADBDA) pour choisir un nouvel organisateur, et ce dès l'édition 2027 du Festival (si elle doit avoir lieu). Quelque chose qui ne semble pas réalisable selon Patrick Mardikian, président de la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image (CIBDI), qui estime lui dans des propos rapportés par La Charente Libre qu'il faut que la CIBDI s'occupe du FIBD 2027 sur la base de leur appel à projets de 2025, pour laisser à l'ADBDA le temps et les moyens de choisir le nouvel organisateur pour 2028.

Il faut donc s'attendre à ce que l'affaire prenne de toutes autres proportions sur le plan juridique, compte tenu du passif de Frank Bondoux à menacer de procès ses partenaires de travail. Dans le communiqué de 9eArt+ du 1er décembre, on pouvait lire "En dépit des campagnes de dénigrement – savamment entretenues et qu’aucune preuve ni décision administrative ou judiciaire n’est jamais venue étayer – 9e Art+ est disposée à rencontrer les financeurs publics, pour poser avec eux les bases d’une transition apaisée vers une nouvelle gestion du Festival." D'aucun pourra comprendre que le choix laissé aux financeurs publics est de leur laisser faire le Festival en 2027... ou d'aller régler le contentieux devant les tribunaux. Le maire de la ville, lui, souhaite que l'Association du FIBD saisisse "l'article 8" du contrat qui la lie à 9eArt+, et qui prévoit une dénonciation anticipée en cas de manquement grave. 

Dans la même journée du 1er décembre, la non-tenue du FIBD laissait immédiatement place à la volonté affirmée d'avoir malgré tout une "fête de la bande dessinée" à Angoulême, à l'initiative des pouvoirs public locaux, des associations et des collectifs d'autrices et auteurs. Depuis de nombreuses années, s'est toujours tenu un "Off" en marge du FIBD - pour célébrer autrement la BD. L'idée d'élargir ce "Off" était donc immédiatement discutée. 

Le mercredi 3 décembre 2025, le conseil municipal d'Angoulême ouvrait deux heures plus tôt qu'à l'heure prévue afin que la question du "que faire sans FIBD ?" soit abordée par le maire Xavier Bonnefont. Une réunion au cours de laquelle il actait le retrait de la Ville et de l'Agglomération d'Angoulême de l'Association du FIBD (dans laquelle leur rôle était déjà limité), de façon à couper les ponts, mais aussi à imposer le fait qu'elle ne pourra plus revendiquer l'organisation d'un futur festival. Mais le maire actuel a aussi largement été questionné sur la façon dont les problématiques liées au FIBD ont été gérées au cours des dernières années, et sur les retombées économiques qu'aura l'absence du festival sur les commerces locaux, qui profitaient allègrement du déplacement des centaines de milliers de festivaliers dans la ville et ses alentours. Ambiance houleuse, donc, mais avec la volonté manifeste d'organiser un "Grand Off" dans la ville d'Angoulême, dont les premiers détails seraient donnés deux semaines plus tard. 

LES FIBD : Fêter la BD autrement, dans toute la france

Et les autrices, alors ? Puisque c'est bien d'elles que tout est parti. Le mouvement collectif de boycott, renommé en girlcott au vu de l'importance des autrices dans l'initiative, a donné naissance à la Collective Girlxcott, qui ont fait part de plusieurs projets avec le soutien d'articles publiés le 15 décembre 2025 dans le journal L'Humanité, en parallèle d'une tribune "Nous ne nous tairons pas !" venant rappeler que le combat pour le futur du FIBD est loin d'être terminé. Et pour le moment, c'est une autre façon de fêter la bande dessinée que la collective propose, avec les Fêtes Interconnectées de la BD - dont l'acronyme est aussi, de façon amusante, FIBD. Anouk Ricard, qui devait être Grand Prix du FIBD 2026, a signé l'affiche de l'évènement, à retrouver ci-dessous.

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© Girlxcott, Anouk Ricard et L'Articho

Les FIBD doivent se tenir pour leur première édition du 28 janvier au 1er février 2026 et ne se tiendront pas qu'à Angoulême, mais dans un grand nombre d'autres villes de France - et même à l'étranger comme à Bruxelles et Barcelone. "Ces fêtes, gratuites, inclusives et horizontales, entendent replacer la création, la solidarité et le respect des personnes au centre de la célébration du neuvième art. Au programme : tables rondes, expositions, rencontres, tombolas, concerts dessinés, spectacles, dédicaces..." Pour le moment, la programmation complète est en cours de finalisation et sera mise à jour sur le site officiel de la collective, accessible à ce lien. Un premier ensemble de manifestations est déjà explicité sur Marseille, quand on sait aussi depuis quelques semaines qu'un évènement réunissant plusieurs maisons d'édition indépendantes (et quelques plus gros éditeurs via un stand de librairie) se tiendra à Paris au Ground Control

Et à Angoulême, un "grand off"

Dans un article publié le 19 décembre par la Charente Libre, il était expliqué que l'agglomération d'Angoulême débloquerait 500 000€ de subventions (qui était censés aller à l'organisation du FIBD auparavant) pour aider les entreprises du territoire qui seront en difficultés à la fin du mois. En parallèle, le maire de la ville Xavier Bonnefont donnait le 12 janvier au Figaro une interview - mise en ligne une semaine plus tard - pour dévoiler le projet du "Grand Off*", soit une fête programmée du 29 janvier au 1er février dans la ville d'Angoulême.

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Il s'agit d'un évènement gratuit et en accès libre, organisé "par les auteurs, autrices, les pouvoirs publics ainsi que par les collectivités locales", avec cinquante projets (parmis plus d'une centaine envoyés) qui verront le jour à la fin du mois : des expositions, des conférences et table rondes, des séances de dédicaces auront lieu dans divers endroits, qu'il s'agisse de librairies ou des lieux comme l'Espace Franquin qui accueille rencontres et expositions en temps normal. Une quinzaine de lieux doivent être mis à disposition pour ce Grand Off*, qui doit recevoir près d'un million d'euros de la part des pouvoirs publics. On comprend d'ailleurs que l'astérisque est placée telle qu'elle pour ne pas s'approprier le "vrai" "off" du FIBD, qui existait depuis bien longtemps.


Pour l'heure, le programme complet n'a lui non plus pas été communiqué. Pour le Grand Off* comme pour les FIBD, il faut bien comprendre qu'élaborer une programmation dans un tel contexte et en si peu de temps est quelque chose d'extrêmement compliqué, et il est déjà impressionnant de voir à l'heure actuelle tout ce qui est entrepris. Concernant les comics en tant que tel, il ne faut pas espérer que l'une ou l'autre initiative puisse servir de palliatif - mais les maisons d'édition concernées proposeront des alternatives, avec une tournée de dédicaces de Jakub Rebelka chez 404 Graphic et une de James Tynion IV et Michael Walsh chez Urban Comics. Notons aussi que le nouvel appel à projets doit être dévoilé ce vendredi 9 janvier 2026 et que nous n'aurons donc pas fini d'entendre parler d'Angoulême. Pour l'heure, n'hésitez pas à consulter le site de la collective Girlxcott en attendant que les programmes complets soient publiés.

Illustration de l'auteur
Arno Kikoo
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