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Imperial : une relance cosmique réussie de l'univers Marvel (pour une nouvelle guerre de monarchies)

Imperial : une relance cosmique réussie de l'univers Marvel (pour une nouvelle guerre de monarchies)

ReviewPanini
On a aimé
• Jonathan Hickman dégaine tous les outils nécessaires
• Le retour d'un cosmique généreux et sérieux
• Une histoire rythmée et qui alterne bien les dessinateurs
• Certaines données perdues qui refont surface
• La promesse d'une nouvelle saga
On a moins aimé
• Certains choix de caractérisation feront débat
• Le retour de l'ancien, forcément
• Quelques problèmes de lisibilité et une histoire qui va un peu trop vite
Notre note

La formule est presque devenue une sorte de cliché du point de vue des séries Marvel, et pourtant, celle-ci se vérifie jusque dans le présent : Jonathan Hickman comprend ses comics comme un architecte. Depuis sa prise de fonction sur l'ancien univers Ultimate Comics, son passage sur les Avengers, les Fantastic Four, la fondation de la civilisation de Krakoa et les fondations d'un nouvel univers Ultimate avec la Terre-6160, le scénariste vedette a toujours eu cette habitude de développer ses intrigues sous la forme de grands plans détaillés. Avec une liste des matériaux et des outils nécessaires, énumérés et posés sur la table, au grand jour, et avec une approche didactique des nécessités de chaque chantier.

Tout le monde ne se retrouve pas forcément dans les constructions obtenues (en particulier lorsque l'auteur se contente de poser le premier étage avant d'abandonner la construction du bâtiment aux équipes suivantes). Mais au moins, cette logique presque mathématique a l'avantage d'être rapidement comprise et admise pour ce qu'elle propose. Surtout lorsqu'il s'agit de taper dans la fourmilière. Or, depuis quelques années, dans la mesure où l'industrie repose encore sur la même mécanique cyclique, Jonathan Hickman s'est certes imposé comme un bâtisseur... mais aussi comme un démolisseur. Lorsque Marvel a besoin d'un peu de sang neuf pour secouer le prunier. Avec la mini-série Imperial, point de départ d'une nouvelle saga cosmique potentielle inscrite dans la continuité des lointaines péripéties interstellaires de Dan Abnett et Andy Lanning, le scénariste s'est donné pour lui-même une consigne toute bête : tout casser... pour tout recommencer comme avant.

Enfin disponible en France chez Panini Comics, cette grande introduction risque mécaniquement d'agacer toutes celles et ceux qui auront apprécié le nouvel ordre cosmique établi depuis le départ des deux anciens grands patrons de cette partie de l'univers Marvel... ou enchanter les autres, les nostalgiques des Gardiens de la Galaxie d'autrefois, des War of Kings et Realm of Kings. En somme, sortez la boule de démolition, oubliez Empyre, oubliez les aventures récentes de Star-Lord et de Captain Marvel. Il est temps pour les grandes civilisations de retrouver un axe de lecture plus horizontal, plus tentaculaire... il est temps de rouvrir la porte cosmique. Avec une nouvelle couche de peinture, des dorures ciselées, et un vernis plus moderne. Encore une fois, difficile de tricher lorsque l'écriture assume un certain degré de franchise.

Space Chessboard 

Avec la mini-série ImperialJonathan Hickman avait tout de suite annoncé la couleur : de la même façon que pour House of X et Ultimate Invasion, l'objectif du moment sera de poser les fondations d'un nouveau statu quo utile. Pour un segment isolé du catalogue Marvel. En l'occurrence, pour les personnages de l'espace, donc, les grandes civilisations qui n'intéressent pas directement les populations de la Terre (sauf lorsque les peuples en question tentent d'envahir la planète bleue). Avec quatre numéros étendus, illustrés par Iban Coello et Federico Vincentini, le scénariste va lister les grandes puissances concernées, réintroduire certaines notions disparues, poser une base de travail qui fonctionne comme une sorte d'enquête de police... comme d'habitude, l'histoire s'ouvre sur une liste des éléments de construction, personnages, factions, intrigues de cour, conspirateurs extérieurs. A savoir que, quelqu'un (manifestement, les forces armées de l'Empire du Wakanda) ont prévu d'assassiner les grandes têtes couronnées de l'espace pour empêcher un projet d'alliance interplanétaire.

Le scénario va alors suivre différents points de vue dans cette intrigue pensée comme une grande partie d'échecs. Nova (Richard Rider), les Hulks (Banner et Amadeus Cho), le Wakanda (Black Panther et Shuri), l'empire Kree/Skrull (RonanHulkling, le Super-Skrull), Star-LordLilandraJason Spartax... et les deux vilains aux origines de tout le conflit. Ceux-ci sont introduits d'entrée de jeu, et on comprend globalement que Jonathan Hickman a pensé son intrigue comme un hommage de croisement. D'un côté, au cosmique théâtral, celui des aristocraties et des têtes couronnées de l'espace, celui de la période d'Abnett et Lanning. Et de l'autre, au cosmique plus ancien, plus ludique, celui des grandes forces immortelles, des Contest of Champions.

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Le scénario alterne les points de vue, en mesurant ses effets, dans des scènes de courte durée qui tentent de laisser un peu de place pour tout le monde. Forcément, même sur un format étendu, le résultat s'en ressent : avec beaucoup d'action (et une envie des dessinateurs de profiter de l'amplitude générale, avec beaucoup de puissants personnages et de gros affrontements de vaisseaux spaciaux pour s'amuser), le résultat pourra paraître un peu sec, un peu accéléré, pour tout tasser dans un espace restreint. 

Hickman va donc charger la mule sur des dialogues, en maîtrisant les variations tonales nécessaires : les Krees parlent comme des Krees, les Skrulls comme des Skrulls, les méchants comme des méchants. Adroit de ses dialogues, le scénariste insuffle une sourche de profondeur par le texte pour étoffer son intrigue. Puisque, sur le papier, le scénario d'Imperial pourrait effectivement paraître un peu simpliste... mais en acceptant de prendre son sujet au sérieux, et de ne pas simplement le traiter comme un blockbuster de plus, l'auteur trouve sa pertinence, sa grandeur, son objectif de grand drame antique paumé dans l'espace des super-héros. Pour les vieux fans, le résultat sera au rendez-vous : enfin, un peu de noblesse, un peu d'épaisseur textuelle, qui brasse dans les religions, la nature bestiale des civilisations. Enfin, un peu de lourdeur, avec des morts qui se chargent d'une certaine densité. Quelques très belles scènes traversent l'album : les funérailles du fils de Banner, la révélation du véritable instigateur de tout le conflit (une belle revanche, en l'occurrence), le retour d'un Super-Skrull fanatique, etc. 

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Nova passera certainement comme le héros le plus logique de cette introduction, seul véritable justicier intransigeant de cette parade de rois et de reines (accessoirement, Hickman charge le héros du poids de son passé, dans une caractérisation plutôt agréable pour les fans de Richard Rider). Le scénariste sait comment prendre son lectorat dans le sens du poil : dans la mesure où chaque scène reste plutôt courte, on s'assure de bien terminer sur une pose, une posture, une réplique qui frappe, et la mise en scène (en particulier du côté de Vincentini) appuie cette envie de régaler la pure lecture de divertissement tapageur.

En revanche, quelques critiques objectives vont forcément se poser : en sortie de lecture, on comprend que l'objectif de toute l'aventure était en réalité plus simple que ce qui avait été promis au départ, l'intrigue policière s'efface rapidement (au profit d'une révélation qui recompose sans effort les deux numéros précédents), et certains personnages manquent cruellement de place. Et aussi, cette impression d'avoir vécu une sorte de petite guerre en accéléré, pour un résultat qui se contente de quelques mots (on va vous la faire courte : "c'est le retour du cosmique comme avant, oubliez tout ce que avez lu entre temps") ne sera pas du goût de tout le monde. D'aucuns trouveront qu'il est un peu dommage de ne pas avoir sauvegardé certaines bonnes idées... d'autres applaudiront l'envie de Marvel de retrouver un peu de souffle, un peu d'énergie dans cette partie de son catalogue, plutôt maltraitée récemment. 

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Et au passage, même si le scénariste aime respecter le travail de ses copains, certains concepts seront forcément un peu tordus pour servir les besoins du scénario. Ce qui sera notamment le cas de l'Empire du Wakanda, une idée que tout le monde n'a pas forcément eu envie d'accepter au moment de son apparition et qui, dans ce contexte, pose d'autres questions sur la caractérisation du Black Panther (ou des Black Panthers, mettons). Bref, une lecture d'auteur, un peu nostalgique, un peu fanservice, mais qui accepte de faire du tri dans ce que les fans ont envie d'entendre ou de recevoir.

D'un point de vue purement technique, le résultat est réussi : rythmé, bien dessiné, extrêmement ludique dans sa bonne connaissance des différents éléments de l'univers Marvel, et pensé comme une déclaration d'amour aux travaux du passé (du point de vue de Planet Hulk, des Gardiens, de Nova, etc). Pour le sens profond, Jonathan Hickman livre aussi quelques pistes de réflexion : est-ce qu'un bon mensonge vaut mieux qu'une affreuse vérité, est-ce que la guerre ne ferait pas partie du tissu profond des civilisations, que peut-on encore croire lorsque les chefs d'état acceptent de composer avec la part d'ombre qui sert leurs intérêts... on attrape au passage quelques idées, même si la nature profonde du texte reste purement "utile". 

Hickman casse et Hickman reconstruit. Comme pour Krakoa, l'objectif est autant d'écrire une histoire que de bâtir un nouveau bac-à-sable pour les équipes créatives suivantes. Une nouvelle porte cosmique que d'aucuns pourront alors ouvrir et exploiter, dans la mesure où le statu quo précédent n'avait pas forcément trouvé recette.

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Au global, néanmoins, difficile de bouder son plaisir : malgré la mission que le bonhomme s'est donné, Imperial reste une lecture franchement agréable, même en dehors de toute préférence personnelle. Surtout s'il s'agit bien d'un point de départ avec une conclusion déjà prévue, et pas seulement d'une simple commande éditoriale. Pourquoi bouder son plaisir ? Retrouver le Hulk de Sakaar, en particulier si l'on apprécie peu le travail récent de Phillip Kennedy Johnson et sa lecture du géant vert comme un membre du panthéon des monstres, fera forcément un peu d'effet pour les amateurs de cette lecture du héros. Surtout avec un pareil coup de crayon.

Dans le même temps, on comprend aussi que Jonathan Hickman avait envie de faire bouger Star-Lord de son éternel statut de prince renégat, de pilier du comptoir du cosmos, avec une évolution qui promet beaucoup pour l'ancien leader des Gardiens. Un autre peuple embarqué dans l'équation devrait aussi (beaucoup) profiter de toute l'affaire... et de ce point de vue, certains lecteurs devraient se satisfaire de ce retour de bâton (presque ironique) dans la tronche des éditeurs de chez Marvel. Beaucoup de question restent encore en suspens, et si la critique principale de tout le récit se niche dans cet aspect d'irrésolu (ce qui n'était pas forcément le cas des grands chapitres de la saga d'Abnett et Lanning, souvent pensés comme de véritables épisodes complets au sein d'une grande trame en perpétuel mouvement), beaucoup de questions se posent encore, et le plaisir de la découverte revient donc dans la foulée. 

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Côté graphique, les deux dessinateurs livrent une copie séduisante, même si de sérieux problèmes de lisibilité se posent sur les scènes de bataille spatiale, ou dans des affrontements de couloir trop chargés. Les costumes sont réusis, et encore une fois, l'impression d'une histoire qui cherche un peu de grande (dans les choix de mise en scène) prédomine au sortir de l'expérience. 

En somme, une formule qui reste proportionnelle aux autres (bons) travaux de Jonathan Hickman récemment : en bon expert de la cosmogonie Marvel, le scénariste aime bouger des éléments et tenter des expériences pour remuer un peu le prunier des super-héros, section par section. Après les X-Men, après l'univers Ultimate, celui-ci a donc posé ses valises dans les étoiles pour corriger une sorte d'oubli. Les anciens lecteurs qui regrettaient jusque-là de ne plus avoir de quoi manger dans le cosmique depuis que Marvel a changé la recette ont obtenu gain de cause : Imperial réétablit la logique des grandes guerres spatiales, des mécaniques dramatiques, des trahisons, des religions et des messies éparpillés dans cette sorte de grand paysage chaotique où tout peut arriver. Une écriture plus noble et une promesse de grand recommencent qui devrait aussi frustrer certains de par ses choix de caractérisation ou de tri sélectif dans la continuité... mais c'était aussi le cas de Krakoa : malgré le succès de cette période, certains regrettaient aussi les séries X-Men plus classiques, moins compartimentées. Mettons que l'approche trouvée par Marvel pour son versant cosmique profite au moins d'un regain d'ambition, et d'une envie de saga horizontale, sur plusieurs fronts et plusieurs lignes de fuite, pour redécouvrir cet univers sous l'angle de la générosité. Vite, la suite.

Imperial Tome 1, 152p, 16€, disponible chez Panini Comics

Imperial Tome 2 sera de sortie le 4 février 2026

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Illustration de l'auteur
Corentin
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