
Il ne s'agit plus réellement d'une franche surprise : depuis quelques années, une bonne partie de la production de Marvel Studios avait été capable de retrouver son chemin vers les salles de Chine, au sortir d'une petite période d'exil. Si les films de l'enseigne avaient effectivement été proscrits de l'Empire du Milieu aux alentours de la pandémie (en reflet de tensions entre le pouvoir en place et la présidence des Etats-Unis de cette période), cet outil diplomatique n'a plus réellement été utilisé depuis. Captain America : Brave New World et Thunderbolts* ont bien été exploités sur place, par exemple. Ce qui sera encore le cas de Spider-Man : Brand New Day. La seule question qui se pose : est-ce que la situation est encore capable de changer ?
Si l'assiduité et l'engouement démontré par les spectateurs chinois pour les productions développées depuis Hollywood aura longtemps représenté un élément crucial, sinon indispensable pour l'économie du cinéma des Etats-Unis, le fait est que cette période nous semble chaque jour plus lointaine. Par le passé, des films tels qu'Aquaman ou Venom auront été capables de générer une part extrêmement importante de leurs résultats finaux sur ce seul territoire (291 millions sur les 1,152 milliards engrangés pour le roi des mers, 269 millions sur les 856 millions collectés par l'alien baveux). Cette donnée était même devenue prioritaire pour certains studios, heureux d'accueillir du personnel (et des marques) en provenance de Chine pour s'assurer d'un bon accueil sur place. Hollywood se sera largement reposé sur cette assise inespérée pour doper sa propre industrie, avec une accélération frénétique des budgets de production et des campagnes marketing en amont de la pandémie... et l'habitude n'a d'ailleurs pas encore été perdue pour certains, malgré les nouvelles réalités qui se seront imposées ensuite.
D'un point de vue sociologique, en revanche, le fait est que le cinéma chinois aura aussi profité du COVID-19 pour enrichir son importance locale. Sans la concurrence des grosses machines américaines, les films produits et développés en Chine ont pu prendre le dessus, renversant les pronostics et inversant les courbes de fréquentation en l'espace de quelques années. L'an dernier encore, ce bilan avait pu se vérifier (avec la performance tentaculaire du long-métrage Ne Zha 2, mais aussi avec Detective Chinatown 1900, Dead to Rights, Evil Unbound, etc...). Sur l'ensemble du calendrier, seules deux productions anglophones (Zootopie 2, Avatar : The Way of Water) ont été capables de s'infiltrer dans le top dix des sorties les plus consommées en 2025. Dans le même temps, l'assiduité du public s'est aussi diversifiée, avec une nouvelle distribution de la fréquentation en dehors des périodes d'activité habituelles. Et aussi, des oeuvres plus variées, pas forcément rentables, mais ventilées sur l'ensemble de l'année.
Bref, pour le dire simplement : le cinéma chinois est aujourd'hui devenu largement autonome, et n'attend plus d'Hollywood qu'un complément éventuel pour certaines zones de compétences bien précises. Comme les effets spéciaux ou l'animation, par exemple. Ce qui explique pourquoi Captain America : Brave New World et Thunderbolts* n'ont pas pu être sauvés par le public local. D'une part, parce que les fans chinois, privés des sorties de Marvel Studios pendant un moment, ont simplement perdu le fil... au point d'abandonner l'aventure au moment du grand retour de ces productions sur place. Et d'autre part, parce que ces divertissements développés en Occident ne correspondent plus nécessairement aux goûts des habitants de cette partie du monde, qui peuvent désormais revendiquer une industrie capable de s'aligner avec leurs propres codes culturels.
En l'occurrence, le film sur Sam Wilson s'en était tiré avec 14 millions de dollars sur le marché chinois (dont 10 millions sur le weekend d'ouveture) et celui sur les nouveaux Avengers avait profité d'un maigre score de 16 millions (dont... 10 millions sur le weekend d'ouverture). Autant dire que la fanbase encore active sur place s'est largement dépeuplée.
Est-ce que le cas de Spider-Man ne serait pas un peu différent néanmoins ? Sans doute que si, dans la mesure où les productions basées sur l'univers de l'araignée ont généralement toujours bien fonctionné sur ce marché. Ce qui était encore le cas de Venom : The Last Dance (avec plus de 80 millions de dollars au compteur). Même constat pour le Far From Home de Jon Watts, dernier volet des aventures de Peter Parker exploité sur place (avec presque 200 millions de dollars tout rond). Mais les mêmes problématiques s'appliquent : est-ce que les fans locaux seront encore au rendez-vous après avoir manqué No Way Home et le Spider-Verse récent ?
A voir. Au fond, No Way Home n'avait pas eu besoin de cette rente pour devenir un énorme succès au box office mondial. Et puis, il est peut-être encore temps de renouer le contact.