
MàJ 17/11/2025 : ajout du communiqué de presse des pouvoirs publics
"Nous, partenaires publics du festival, avons pleinement conscience que ce sont les autrices et les auteurs qui, avec leurs maisons d’édition, font le festival. Nous souhaitons rétablir avec elles et avec eux, un dialogue fécond pour repenser le festival. Nous avons constaté l’échec de la mise en concurrence organisée par l’association du Festival international de la bande dessinée (FIBD) pour désigner l’opérateur qui organisera le festival à l’avenir. Nous prenons acte du retrait immédiat de Franck Bondoux et de la fin de la collaboration de l’association du FIBD avec ses sociétés 9eArt+ et Partnership Consulting : les équipes en place piloteront le festival en 2026 et nous nous assurerons qu’elles adoptent des mesures immédiates en faveur des autrices et des auteurs.
Pour la suite et afin de recréer un climat de confiance, ajoute le communiqué, nous proposons aux professionnels que l’ADBDA qui réunit les pouvoirs publics, les professionnels et le festival, de piloter la prochaine mise en concurrence qui désignera un successeur à l’actuel organisateur. Nous annonçons que, dans ce cas, l’ADBDA reprendra, dans cette future mise en concurrence, les attendus que différents acteurs ont exprimés sur l’amélioration du festival de la bande dessinée d’Angoulême, en particulier la défense des droits des auteurs, la garantie des droits de monstration, l’amélioration des conditions d’accueil, mais aussi la transparence dans l’organisation. Nous nous assurerons que la lutte contre les violences et harcèlements à caractère sexuels et sexistes (VHSS) soit une priorité dans la sélection des candidats et dans la mise en œuvre des prochaines éditions."
Article originel ci-dessous
Une lueur d'espoir dans la crise que vit le Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d'Angoulême ? Peut-être pas pour tout de suite, mais dans un futur proche. Il faut dire que tout le milieu de la bande dessinée est en colère contre Delphine Groux, présidente de l'Association du FIBD, depuis le 8 novembre dernier, date à laquelle elle décidait de reconduire la société 9eArt+ (et son dirigeant décrié Frank Bondoux) à l'organisation du festival passé la fin de son contrat avec l'édition 2027. Pire encore : la présidente demandait à ce que 9eArt+ s'associe avec la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image (CIBDI) pour concevoir en l'espace de douze jours un projet commun... alors que les deux structures sont notoirement connues pour être en totale confrontation.
Face à un appel au boycott des autrices et auteurs prenant de plus en plus d'ampleur, rejoint par le SEA (syndicat des éditeurs alternatifs) puis du SNE (syndicat national de l'édition qui comprend les groupes Média-Participation, Delcourt, Glénat, etc...), Delphine Groux revenait sur sa décision en annulant l'appel à projets lancé au cours de l'été et la décision de reconduire 9eArt+ avec la CIBDI, tout en annonçant la mise en place d'un nouvel appel à projets, censé se faire sur des règles plus à même de convenir à l'ensemble de la profession. Un ultime coup de poker qui aura échoué : dans la foulée, le SNE refusait l'appel en question, estimant que la "confiance est rompue" et que l'Association du FIBD et sa présidente ne sont plus à même de prétendre s'impliquer dans la future organisation du festival, au vu du chaos provoqué par ses manigances tout au long de l'année. Les pouvoirs publics, inquiets d'une potentielle mise à mort du FIBD et des retombées économiques pour la région, se sont emparés du sujet, et ont obtenu ce qui pourrait bien être une première victoire pour le milieu professionnel.
C'est en fin de journée du dimanche 16 novembre que la journaliste Lucie Servin de L'Humanité (dont il est important de souligner le travail formidable fait sur le FIBD depuis l'enquête de janvier 2025 qui a mis le feu aux poudres) dévoilait la décision prise par les pouvoirs publics, regroupant la mairie d'Angoulême, le département, la région, le CNL et la Drac. Ces derniers ont en effet obtenu que ce soit l'Association pour le Développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), une structure de médiation fondée en 2017 par le ministère de la culture, qui s'occupera de piloter un nouvel appel à projets qui répondra aux critères de transparence et d'équité exigés par les auteurs, autrices et maisons d'édition.
Dans le cadre de cette décision, qui prend effet dès l'édition 2027 du FIBD, ni Delphine Groux de l'Association du FIBD, ni Frank Bondoux et sa société 9eArt+ (ainsi que les sociétés satellites telles que la boîte de consulting opérée par sa fille) ne pourront participer au prochain appel à projets. L'ADBDA doit par ailleurs refondre ses statuts et présenter son nouveau modèle de fonctionnement dans un prochain communiqué de presse, avec "plus de place aux syndicats d'auteurs" et autrices, et "un seul siège au FIBD" (qui ne sera donc pas attribué à Delphine Groux). Une façon de repenser le futur sans les deux personnes qui ont cristallisé l'ensemble des problèmes dénoncés tout au long de l'année (et encore avant).
Dans ce cadre, le prochain FIBD pourrait se transformer en "assises de la bande dessinée" où manifestations et débats pourront permettre de définir les lignes de la nouvelle gouvernance. Les autrices et auteurs de BD, premiers concerné(e)s, préparent en ce moment une liste de revendications qui seront à prendre en compte pour le prochain appel à projets. Une tribune de 285 autrices de bande dessinée a également été publiée sur L'Humanité, actant le maintien de leur girlcott du FIBD 2026 : "Nous saluons l’espoir d’une nouvelle gouvernance pour les éditions à partir de 2028, nous avons de nombreuses idées, des volontés, des désirs pour ce festival. Et nous n’irons pas au FIBD 2026 organisé par 9e Art +." La tribune est consultable à ce lien.
Dans un article du Figaro, Frank Bondoux expliquait souhaiter "être un facilitateur, et je veux contribuer aux éditions 2026 et 2027" tout en insistant sur sa mise en retrait. Un procédé ne trompant personne puisqu'il reste actionnaire principal de 9eArt+ et de ses autres sociétés. Du côté de Delphine Groux, la prise de parole était tout aussi malheureuse, avec une tirade - "Les éditeurs sont tellement dépassés par leurs propres auteurs. Il faut chercher la vraie raison de leur absence. C'est à cause de Frank Bondoux et Delphine Groux ? Un peu simpliste comme schéma - qui ne laisse entrevoir guère de miracles... pour l'édition 2026 du FIBD.
Malgré l'avancée obtenue par les pouvoirs publics et la mission donnée à la nouvelle ADBDA, l'édition 2026 du Festival d'Angoulême reste en effet toujours sous la coupe de 9eArt+, du fait du contrat qui lie la société à l'Association du FIBD. Si plusieurs expositions ont été annoncées, d'autres qui étaient prévues (comme celle de Mathieu Bablet) ont été annulées, et l'on doute que l'auteur revienne sur sa décision. Du côté de L'Humanité, on estime que "le retour à la normale paraît compromis", que le SEA ne devrait pas faire machine arrière, et que le SNE n'a pas encore acté de décision définitive. Quant aux auteurs et autrices, en plus des signataires de la tribune, la majorité maintient également son boycott, puisque 9eArt+ ne peut être débouté de l'édition 2026 du festival. Et si jamais les bulles devaient être désertées, peut-être que l'inter-professionnelle s'organisera autour d'un "off" qui aura, l'année prochaine, une plus grande ampleur que le festival officiel.
17 Novembre 2025
RorkLa news du 18 novembre est déjà prête ? lol
Chaque jour, une actu FIBD, un vrai feuilleton.