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Wonder Man : nos deux avis discordants sur la nouvelle série Marvel Television

Wonder Man : nos deux avis discordants sur la nouvelle série Marvel Television

ReviewSeries tv
On a aimé
• Une envie de varier dans la forme
• Quelques idées plutôt originales
• Pas de bataille finale
• L'éternel héritage d'Iron Man 3
• Un propos sur l'intériorité et le masque
On a moins aimé
• Les comics ? Quels comics ?
• Une seconde moitié bien plus molle
• La campagne de promo' mensongère
• Ces projets qui marcheraient mieux sur Hulu
Notre note

Sous quel angle doit-on encore interpréter les productions Marvel Studios ? Depuis le temps, la question pourrait presque passer pour une sorte de blague, et pas forcément récente, ni même captivante compte tenu de l'état de délabrement de l'empire dans cette petite fenêtre qui nous sépare encore du retour en grâce annoncé (ou espéré en interne, tout du moins) avec Spider-Man : Brand New day et surtout Avengers : Doomsday. Vous connaissez la formule : lorsque l'enseigne sort un produit sympathique, on compare avec la norme des autres films de la saga, des autres séries tombées récemment, et on se dit "oui, bon, comme d'habitude" ou bien "ah, mieux, tiens donc." Le degré de satisfaction se situe généralement quelque part entre ces deux pôles.

Et puis, chaque sortie a sa propre vérité. Pour Daredevil : Born Again, on espérait peut-être mieux compte tenu de l'héritage du personnage sur le petit écran... et pour Thunderbolts*, on redoutait peut-être que le résultat serait moins bon, ou moins recherché, au point d'en ressortir avec un agréablement sentiment de surprise. En définitive, cette situation en dit sans doute plus long sur les méthodes de Kevin Feige et la fatigue constatée des formats super-héros que sur le travail concret des équipes créatives en charge de ces chantiers. C'est même factuel : les réalisatrices et les réalisateurs qui passent par la case Marvel Studios doivent accepter de se cadenasser dans un certain moule... et malgré tous les bons contre-exemples que l'on peut citer de tête, même les petites réussites occasionnelles (comme Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou Eternals) ne compteront sans doute pas dans la filmographie de leurs auteurs une fois venu le moment de faire le bilan complet.

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Toutes les productions de l'enseigne doivent composer avec ce statut de relativité sempiternelle. Est-ce qu'on aime parce que c'est mieux que d'habitude, parce qu'on décide de tenter sans la moindre espèce d'espoir, parce que ça passe le temps, parce que ça ne ressemble pas forcément au modèle rigide qui nous a été imposé jusqu'ici ? Tout dépend des gens. Le cas de la série Agatha All Along fait foi de ce point de vue. Plutôt appréciée par une petite niche de fans, celle-ci est pourtant loin d'être exempte de défauts. Et c'est drôle, mais si l'on se fie aux retours d'expérience... les fans en question sont assez d'accord sur la liste des failles du projet. En somme, on pourrait dire que Marvel Studios est passé dans une nouvelle zone grise - où il est possible d'occuper un bon moment malgré d'authentiques problématiques techniques, artistiques, rythmiques... en ressortant les qualités de l'équation. Wonder Man se situe peut-être dans cette même zone de flottement critique.

Made in Hollywood

Cette nouvelle série, pilotée par le réalisateur Destin Daniel Cretton (Shang-Chi) n'entretient aucun rapport direct avec le Wonder Man des comics - les origines sont différentes, les relations aux autres héroïnes et héros de l'univers ne sont pas possibles compte tenu de l'historique de la saga, la famille du justicier a été intégralement revue et corrigée pour extirper tout le propos initial... et d'ailleurs, celui-ci n'est même pas vraiment un justicier. Au final, de Wonder ManCretton n'a retenu qu'un concept. Celui du comédien armé de super-pouvoirs. De l'acteur surhomme aux super-performances. Sur cette base, en compagnie du scénariste Andrew Guest (CommunityBrooklyn Nine Nine), le réalisateur va développer un genre de discours protéiforme sur la dissimulation, l'anxiété, le schéma mental et la nécessité d'avancer masqué pour cacher son soi profond. En l'occurrence, ce petit discours fonctionne bien avec un héros qui doit (nécessairement) mentir pour vivre.

Dans cette version des faits, Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II), le héros, est donc un acteur professionnel, sinon obsessionnel, de la catégorie des comédiens "méthode." Un consciencieux qui ressent le besoin de construire un rapport intime avec le script, pour se projeter dans le moindre élément, le moindre détail, la moindre parcelle de crédibilité... même lorsque son personnage occupe une fonction de simple figurant. Cette attention maladive n'est évidemment pas qu'une simple dévotion aux codes des arts dramatiques : depuis tout petit, Simon a simplement dû apprendre comment mentir pour dissimuler la réalité de sa nature profonde. En réalité, celui-ci est pourvu de puissants pouvoirs (extrêmement puissants, en l'occurrence), et a pleinement conscience que cette donnée pourrait l'empêcher de réaliser son rêve d'acteur professionnel. Voire même... le rêve de son paternel. 

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Pour avoir entendu parler d'un projet de reboot de la franchise Wonder Man (un vrai faux héros de fiction dans la diégèse de l'univers Marvel Studios), Simon va tenter de candidater pour le rôle, en se rapprochant au passage de l'acteur renégat Trevor Slattery (Ben Kingsley). Revenu de la forteresse du Mandarin dans l'espoir de retrouver sa carrière là où il l'avait laissée, celui que les États-Unis auront longtemps pris pour le célèbre terroriste est désormais un homme sobre, qui a arrêté l'alcool et la drogue en comprenant qu'il était temps de reprendre sa vie en main. Sauf que, Slattery est aussi un agent-double, chargé d'obtenir des renseignements sur la dangerosité supposée des pouvoirs de Simon... pour le compte de l'organisation Damage Control. Rapidement, on comprend que la série va donc se construire sur cette curieuse amitié de circonstances, dans laquelle les deux personnages principaux avancent masqués. Au passage, le script du faux-film Wonder Man nourrit leurs interactions, en détaillant (avec l'ironie du texte) la réalité de leur situation : un héros valeureux trahi par son mentor... avec quelques épisodes d'avance.

Les trois premiers épisodes de la série donnent le ton : une bande-son plutôt inspirée, une photographie qui tente de se démarquer de la norme des productions Marvel Studios pour trouver sa propre esthétique, un humour un peu moins forceur et goguenard que d'habitude, et une ambiance posée qui n'entend pas réinventer la roue, raconter les origines, annoncer un vilain ou anticiper d'un potentiel combat final sur la traditionnelle panoplie de fonds verts. Wonder Man a le mérite de cerner rapidement ses propres enjeux. La série raconte simplement l'amitié de deux personnages qui ne trouvent pas leur place dans ce monde des rêves et des illusions que représente la grande machine du cinéma d'Hollywood... et qui tentent de se tirer par le haut, tout en acceptant que ceci est (encore une fois) une nouvelle illusion. 

Abdul-Mateen II livre une prestation plutôt inspirée, en convoquant plusieurs idées susceptibles d'illustrer ses angoisses profondes - si Simon Williams cache quelque chose, le spectateur peut remplir lui-même les espaces vides pour charger l'allégorie des super-pouvoirs d'un sens plus réel. Un homme noir qui a peur de se mettre en colère par peur d'être qualifié d'ingérable par ses employeurs ? Un homme gay ou bisexuel qui dissimulerait cette identité par peur d'être catalogué par le système ? Un peu comme l'allégorie universelle des X-Men (qui incarnent toutes les diversités par le prisme du super-pouvoir), Williams et sa différence peuvent prendre plusieurs formes en fonction de celui qui regarde. Plusieurs scènes permettent de jouer sur ces pistes de réflexion, histoire de charger d'un peu de volume, d'un peu d'éléments, un personnage autrement plus unidimensionnel au demeurant. Sans ces bonnes idées, sur le papier, Wonder Man reste l'histoire d'un homme qui passe au casting, s'amourache un peu vite d'un mentor peu fiable, avant de se faire trahir et de comprendre que (au fond) le masque est une arme qui fait aussi partie de notre identité. Ce qui est vrai pour Simon... et pour Trevor Slattery. Jusque dans les derniers instants du feuilleton.

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Certaines autres séquences sont toutefois moins convaincantes : un épisode de casting en forme d'impro' géante avec de vrais faux morceaux de Jodorowski, une envie d'inverser les clichés sur les narcotraficants latinos de la banlieue de Los Angeles (l'idée est bonne mais l'exécution un poil longuette, et avec un humour façon braquage-qui-foire pas forcément du goût de tout le monde), et une fin précipitée qui gâche la conclusion de la série en refusant de voir plus loin. De nombreuses possibilités se perdent en chemin (surtout avec cette logique du faux-film : chez Marvel Studios, un moment pareil aurait pu être poussé beaucoup plus loin par simple humour autoparodique) et on sent que la seconde moitié de la série se paume dans son montage, avec une impression de ventre mou évidente.

Dans le même temps, on remarque aussi que l'enseigne a eu envie de tester quelques nouvelles idées, comme avec l'épisode de Doorman (qui évoque un peu la série The Twilight Zone de Jordan Peele, sur laquelle Andrew Guest avait aussi travaillé), une sorte de drame comique sur un pauvre videur devenu vedette d'un jour après s'être découvert un super-pouvoir inattendu, mais plutôt pratique. Entre d'autres mains, cet épisode aurait probablement pu trouver sa place dans une série de plus haute capacité, sur FX ou sur Hulu. Et il est même assez amusant de voir Wonder Man citer ouvertement American Horror Story, comme si Marvel Studios avait enfin conscience que ses productions n'évoluent pas dans un espace culturel vide, ou seulement guidé par les grosses productions que l'on peut facilement cloner ou dupliquer. De ce point de vue, Cretton et Guest ont même inséré une belle petite suite de références pour les geeks du cinéma des auteurs (qui pourra faire sourire, dans un produit de ce genre). 

De la même façon, on pourra aussi s'amuser de voir que Kevin Feige n'a toujours pas été guéri de son péché originel dans Iron Man 3, encore obsédé par l'envie de rentabiliser la tripartition de l'identité du Mandarin si longtemps après les faits. Parfois, la caméra va même passer par certains des lieux de tournage du film de Shane Black pour évoquer ce souvenir (le Grauman's Chinese Theatre, un cinéma emblématique de Hollywood où avait lieu l'attentat commandé par Aldrich Killian). Et pour son grand retour, l'ancien porteur du costume va même ouvertement évoquer une vraie théorie du monde réel, selon laquelle la CIA aurait imposé un agenda idéologique aux oeuvres produites depuis les Etats-Unis (et au cinéma en particulier) pour imposer la philosophie capitaliste et la division des classes sociales... encore une fois, une trouvaille amusante - compte tenu de la compagnie qui produit cette série ! - pour une adaptation qui prend Hollywood comme toile de fond. Malheureusement, ce moment va un peu trop vite, mal servi par le montage, mais l'intention était tout de même sympathique.

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Dans le même style, d'ailleurs, la fin de la série passerait presque pour une note d'intention involontaire de la réalité de ce cinéma des super-héros encore cadenassé dans ses hangars, ses fonds verts et ses exigences de pyrotechnie. Pour clore les aventures de Wonder Man, le héros va effectivement se rapprocher d'un civil, dans la ruralité des Etats-Unis, au prétexte de préparer un rôle.

Nous découvrons alors un Simon Williams extrêmement humain, extrêmement dépouillé, dans une série d'interactions naturalistes, plutôt agréables, tendres, poétiques... et alors que s'écrit sous nos yeux cette petite parabole existentialiste, plus proche du cinéma vérité, de la vie des populations normales loin des fantasmes absurdes de l'imaginaire super-héros, subitement, tout s'arrête. Tout s'arrête, et Marvel Studios reprend le dessus, dans une prison mal éclairée, mal filmée, peu crédible, pour un ultime moment articulé autour des effets spéciaux. Comme si le réalisateur avait eu cette envie d'arracher le spectateur au réel. Curieux projet dans l'absolu.

Alors, bien sûr, sans doute que l'objectif était aussi de rendre hommage aux fans normaux de la marque. Celles et ceux qui vont encore voir les films en famille lorsque ceux-ci sortent au cinéma. Les salariés, pas forcément passionnés, pas forcément geeks, pas forcément sur les forums ou dans les commentaires des vidéos... mais toujours consommateurs, amateurs de sorties et de divertissement. Les vrais gens, quoi. D'ailleurs, la structure familiale est appliquée. Et les enfants reconnaissent Simon pour son personnage de Wonder Man comme n'importe qui pourrait reconnaître Robert Downey Jr. en l'identifiant au rôle d'Iron Man dans la rue.

Accessoirement, après une bonne pelletée d'épisodes globalement consacrés au sujet des vedettes, de la quête de gloire, du cinéma... et du microcosme de Hollywood au sens large avec ses codes et ses curiosités... cette petite périphérie respiratoire est plutôt agréable. Même si elle ne fait qu'accentuer l'effet de frustration lorsque l'on réalise que : oui, Marvel Studios aurait pu être capable de tourner toute une série dans cette esthétique, avec ce genre d'interactions bien plus naturelles, ce genre de direction artistique dépouillée, en décors naturels, en décors extérieurs, cette charge profondément humaine qui va même toucher du doigt un bout de discours social sur la réalité salariale des fameux "gens normaux"... mais en définitive choisit sciemment, et systématiquement, de ne pas le faire. De la même façon que pour Trevor SlatteryKevin Feige nous propose de nous évader. Pas de parler du monde réel. Et Wonder Man est peut-être la série la plus paradoxalement honnête sur ce constat, en filmant cette idée au sens propre, tel quel, en place publique. D'un coup, une séquence quotidienne et normale alterne avec un hangar et des effets spéciaux. Voilà la méthode. Voilà l'honnêteté du réalisateur.

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En dehors de cet élément, quelques autres bonnes idées : Ben Kingsley contourne l'aspect agaçant des précédentes itérations de son personnage (en étant même parfois touchant), Joe Pantoliano adopte sa panoplie de traître habituel pour le plus grand plaisir des fans de Matrix et Memento, la créolité de la famille Williams est plutôt appréciée dans cet univers où la langue anglaise est généralement la seule norme dominante, et la blague finale sur la balle de tennis aurait presque de quoi suggérer une autocritique longuement attendue sur la dépendance du studio vis-à-vis de ses sempiternels effets visuels.

Restent les défauts habituels. Un rythme qui se perd dans la seconde moitié, un humour en dents-de-scie, un casting secondaire que l'on perd souvent du regard, quelques répétitions, le ventre mou obligatoire... et une campagne de promo' qui aura largement baratiné autour de l'aspect méta' de toute l'aventure pour vendre une annexe de The Boys absolument pas prévue au programme. Dans le delta (voir paragraphes d'introduction), Wonder Man restera donc comme un produit pas inintéressant au regard de ce que nous avons l'habitude de trouver chez Marvel Studios. La panoplie des problématiques usuelles est évidemment au rendez-vous, mais, peut-être par habitude ou par endoctrinement, il est encore possible de passer entre les mailles du bilan technique pour percevoir les quelques idées que l'équipe créative a eu envie de faire passer dans ce curieux gloubiboulga. Loin devant les Secret Invasion et les Moon Knight de ce monde, le produit aurait probablement pu profiter d'un meilleur soin si la compagnie était enfin capable de complètement lâcher la bride... mais comme pour Daredevil : Born Again, on comprend surtout que le changement n'ira jamais aussi vite qu'on le souhaiterait.

- Corentin

Et de l'autre côté du spectre de la force...

À l'heure où Marvel Studios connaît une véritable crise tant créative que de relation au grand public, la venue de Wonder Man et son angle "un super-héroos dans le monde du cinéma" avait tout de la bonne idée pour se permettre un regard sur l'industrie et faire, ne serait-ce qu'à demi-mots, une forme d'auto-critique. Voire, se parodier de façon suffisamment poussée (comme dans l'épisode final de She-Hulk) pour faire illusion d'avoir compris quel est le réel problème du MCU aujourd'hui, sans forcément changer quoique ce soit à la façon de faire (parce que les changements chez Marvel Studios ne sont pas vraiment drastiques depuis l'épisode final de She-Hulk). Et quelque part, c'est cet angle méta qu'a choisi la production pour faire la campagne promotionnelle de Wonder Man. S'il ne faut pas forcément juger une oeuvre sur ce que l'on imagine qu'elle sera, force est de constater que Marvel Television a voulu vendre sa série d'une certaine façon, dans le sillage d'autres séries qui ont voulu aborder plus ou moins directement l'industrie moderne des blockbusters, super-héroïques ou non. On pense bien entendu aux segments parodiques de The Boys, mais aussi à d'autres séries telles que The Franchise ou The Studio

Et justement, si on prend ces points de comparaison, force est de constater que Wonder Man est une série on ne peut plus creuse, qui s'est vendue sur une promesse mensongère. La scène d'introduction de Simon Williams donne pourtant envie, en montrant cet acteur trop impliqué dans son rôle qui en devient ingérable à force de vouloir réécrire un script pour un personnage qui n'aura que deux minutes de temps d'écran. Mais par la suite, Destin Daniel Cretton ne restera jamais qu'en surface de tout ce qui aurait pu être abordé en plaçant le héros dans le monde d'Hollywood. Alors qu'on nous parle de la "fatigue des super-héros" à tout bout de champ dans les bandes-annonces (et dieu sait qu'ici, nous n'apprécions ni ne reconnaissons particulièrement ce terme), le sujet n'est jamais esquissé sinon au gré d'une réplique du faux-réalisateur Von Kovac (débonnaire Zlatko Buric) lors d'un passage à la télévision. Et il ne sera jamais rien fait de plus ; il y aurait eu pourtant quantité de choses à dire, sur les difficultés de monter un tel reboot d'une franchise des années 1980 ; les ingérences des producteurs et les réécritures constantes de scripts ; la question des fonds verts contre les effets spéciaux en dur ; les tournées de presse ; et l'éléphant au milieu de la salle : le fait de choisir un acteur noir pour reprendre le rôle d'un personnage blanc, alors que Marvel Studios a été de multiples fois été confronté à des vagues de commentaires haineux pour ce genre de choix de casting. Rien. Il n'y aura rien de tout ça, comme une forme de lâcheté du studio à ne pas vouloir se mesurer aux problématiques d'un modèle de production dont ils sont complètement responsables.

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Au lieu de ça, Wonder Man se veut être une lecture tristement premier degré (et presque naïve) sur le métier d'acteur, censé être l'un des plus beaux métiers du monde, au service de la grande Magie du cinéma. Comme si Cretton et Guest avaient envie de rappeler au public que malgré leur fonctionnement industriel et formaté, Marvel avait pour but premier d'émerveiller (c'est une traduction littérale de leur marque) avec leurs personnages. La naïveté et le cynisme sont poussés à leur paroxisme lors d'un échange où Trevor Slattery rappelle à Williams, après que son ancien collègue explique qu'être acteur n'est qu'un métier, que non : c'est une vocation, et la plus belle qui soit. Alors on se contente de suivre la trame narrative en surface : un acteur (qui a des super-pouvoirs) veut intégrer le casting d'un grand remake de franchise... et y parvient. Les étapes s'enchaînent sans surprise, et avec un rythme assez lent - parfois abominablement lent d'ailleurs, pour que Williams puisse suivre la trajectoire qui lui est promise dès le premier épisode, dans une série qui n'a pas grand chose à raconter du milieu dans laquelle l'histoire se situe. Les acteurs ne sont pas spécialement bons (d'autant plus qu'on les aura déjà vus proprement excellents dans d'autres films ou séries), quand certains rôles secondaires sont même agaçants. 

Oui, l'allégorie des pouvoirs est évidente, oui on se rend compte que tous les personnages principaux jouent littéralement un rôle, et la proposition aurait pu être réellement rafraichissante... il y a dix ans. On concèdera à Wonder Man d'avoir une approche différente de la majorité des autres séries Marvel Television et de se montrer un poil originale, du moins avant que le dernier épisode vienne rappeler aux spectateurs que le moule marqué d'un grand "M" est indestructible - pas comme les murs de la prison de Trevor. L'originalité doit donc cohabiter avec un ennui de plus en plus prégnant, qui s'efface sur le quatrième épisode de par sa forme, même si l'épisode souffrira évidemment de comparaisons évidentes (le flashback en noir et blanc ayant été utilisé de façon plus efficace dans d'autres adaptations de comics). C'est d'ailleurs peut-être le problème principal de Wonder Man : à ne rester qu'en surface de tout son potentiel, elle ne peut que pâtir de tout ce qui s'est déjà fait en dehors de chez Marvel. Dans le référentiel du MCU, le studio a sorti de telles horreurs qu'on ne peut qu'apprécier Wonder Man. Mais dès que l'on s'intéresse à ce qui s'est fait ailleurs, Simon Williams et ses pairs ne tirent jamais leur épingle du jeu. Au moins la série se laisse regarder (car relativement courte) et surtout ne se montre pas insultante envers son public comme Secret Invasion ou Moon Knight. Cela suffit-il à en faire une bonne série ? Vous aurez compris que de ce côté de la rédaction, on pense que non. 

Note : 2,5/5

Arno Kikoo

Illustration de l'auteur
Corentin
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