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Black Panther : Wakanda Forever : En France, la sortie cinéma compromise, selon le Film Français

Black Panther : Wakanda Forever : En France, la sortie cinéma compromise, selon le Film Français

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Après la rédaction de la nouvelle charte relative à la chronologie des médias, Disney avait prévenu : si les institutions françaises persistent, les productions originales du groupe pourraient se passer des sorties en salles. Hélène Etzi, président de la division française de Walt Disney Company, avait évoqué, dans une entrevue réalisée par la rédaction des Echos, la frustration des pontes du conglomérat face aux nouvelles règles établies par le CNC. Au point d'actionner un dispositif nouveau - une sorte de seconde exception culturelle - en bazardant la sortie du film d'animation Strange World (Alamonia, L'Etrange Voyage) sur la plateforme Disney+, sans exploitation traditionnelle dans les salles de cinéma.

Bras de fer sans finesse 

Au coeur de la discorde, le fameux principe de la chronologie des médias, système de règles pensé pour protéger les différents acteurs de la production cinématographique en France, qui impose aux plateformes de streaming un délai minimum pour la mise en ligne d'un film ou d'un documentaire exploité au cinéma dans un premier temps. En résumé, une fois l'exploitation traditionnelle arrivée à son terme, le film suit une sorte de chemin fléché avec, en bout de chaîne, les plateformes de SVOD. L'accélération de cette partie de l'activité culturelle en particulier, en croissance constante depuis quelques années (avec la pandémie de COVID-19 pour achever de persuader le public de cette transition des pratiques, au détriment de la salle traditionnelle) pose certaines questions sur l'éventuelle obsolescence de ces normes et règles figées. C'est en tout cas l'avis des pourvoyeurs de streaming.
 
Une nouvelle charte instituée en ce début d'année visait, justement, à répondre à une partie de ce problème persistant, en proposant notamment de réduire les délais de mise en ligne des longs-métrages à une plus petite période : six mois pour Canal+ et OCS en échange d'investissements importants dans l'économie du cinéma français, quinze mois pour Netflix, dix-sept mois pour Amazon Prime Video et Disney+. Ces différences imposées aux uns et aux autres se comprennent sur le plan des contributions (variables) que chaque groupe réinvestit dans les productions locales. Pour résumer, les mauvais payeurs, ou plutôt ceux qui alimentent le moins le circuit du cinéma français, héritent des délais les plus longs. Une attitude logique de la part du CNC, qui vise avant tout à défendre le modèle et l'emploi pour l'industrie de l'image animée à l'échelle nationale. 
 
Bien entendu, ce critère particulier, qui permet d'expliquer pourquoi Canal+ et OCS profitent de traitements de faveur, n'est que très rarement évoqué par Disney+ - un adversaire particulièrement hostile à la chronologie des médias, qui menaçait déjà de ne pas signer la nouvelle charte, la jugeant inéquitable et défavorable au business modèle pratiqué par le groupe Disney. Modèle qui vise de plus en plus ouvertement à se passer des salles de cinéma, avec l'aval d'une partie du public. Des oeuvres comme Prey, Soul ou Alerte Rouge témoignent de cette transition : avec ou sans l'accord des institutions françaises, Disney a déjà largement amorcé le déménagement de ses longs-métrages sur le terrain du streaming, quitte à pénaliser les exploitants (ou à aller contre l'avis des artistes à l'origine de ces productions). La direction revendique ouvertement cette tactique comme un levier de négociation contre le CNC (dont les fonds proviennent en grande partie de taxes perçues sur la vente de tickets de cinéma).
 
Problème, pour Disney, comme pour d'autres acteurs importants de l'exploitation "en cascade" cinéma puis SVOD, la France apparaît comme l'un des rares territoires récalcitrants à l'évolution des pratiques. Aux Etats-Unis, la norme tient désormais sur 45 jours de diffusion en salles. Au bout de ces 45 jours, Disney, ou Warner Bros., considèrent que le film est arrivé au bout de sa courbe de rentabilité. Et qu'il est donc désormais temps d'amorcer la seconde période d'exploitation en streaming. Ce délai, fixé arbitrairement en parallèle des conclusions de la pandémie de COVID-19, pose un problème pour les financiers à l'international : dès lors qu'un film est mis en ligne sur une plateforme, il devient facile à pirater, y compris par le public français. Disney considère donc le manque à gagner imposé par la chronologie des médias, qui rend l'accès aux copies illicites plus facile sur le temps long que l'accès au flux vidéo légal pour les abonnés de la plateforme Disney+.
 
Or, si l'entreprise a d'ores et déjà décidé de bazarder le gros des productions Pixar en SVOD, les films Marvel Studios semblaient jusqu'ici protégés de la tempête. De fait, les sorties de l'usine Kevin Feige sont encore, à l'heure actuelle, l'un des derniers pôles d'attractivité massifs des spectateurs vers les salles, et l'expérience de la double-diffusion de Black Widow n'a pas été la franche réussite dont le studio rêvait sans doute en secret. Mais les choses évoluent, et l'énorme compagnie semble bien décidée à imposer sa loi à l'état français. Selon les informations du magazine spécialisé Le Film Français, Disney serait même prêt à se passer d'une exploitation classique pour le film Black Panther : Wakanda Forever, qui serait dès lors passé directement sur Disney+. La filiale française répond à la rédaction du magazine :
 
"Comme nous l'avons déjà indiqué, la chronologie des médias nous contraint à évaluer nos sorties en salles film par film. [Disney] n'a pas encore pris de décision quant à la sortie de Black Panther : Wakanda Forever en salle pour la France, ni encore statué pour la sortie des autres films à venir.

En effet, nous attendons avec impatience la nécessaire réouverture des négociations pour contribuer à établir une feuille de route lisible, afin de faire évoluer la chronologie des médias vers une approche plus en phase avec les attentes et pratiques des consommateurs."

La Fédération Nationale du Cinéma Français (FNCF, regroupement de professionnels de l'exploitation et des syndicats de la filière) ajoute que la réouverture des négociations apparaît effectivement comme nécessaire suite à ce coup de semonce inattendu. Pour les exploitants, la rente des entrées générées par les productions Marvel Studios passe pour indispensable dans un contexte de crise pour la fréquentation des salles : les titres du groupe Disney, au global, représentaient environ un quart des entrées du cinéma français avant la pandémie. 
 
Sans les capitaux générés par les productions Pixar, Marvel, Star Wars ou Walt Disney Pictures, entre autres divisions de l'énorme groupe, les réseaux d'exploitation seraient mis en danger dans leur grande majorité. Problème, ces salles ne se consacrent pas qu'à la mise à disposition des produits Disney, et un effondrement d'une telle magnitude pourrait menacer la diversité de l'offre dans son ensemble (avec des salles contraintes à faire des choix plus difficiles, défendant moins les films "risqués", dont les pertes potentielles sont généralement compensées par les succès populaires - sans même évoquer les fonds perdus par le CNC, qui ne seraient plus alloués aux productions françaises en cinéma, série, jeu vidéo, etc). Quant aux spectateurs, il sera facile de faire valoir l'argument de l'obsolescence de la chronologie des médias face au raisonnement du "tout, tout de suite et sans contreparties", en particulier quand les oeuvres qui perdraient au change en cas d'effondrement de la logique actuelle intéressent moins le grand public que le tout-venant du flux entretenu par Hollywood, en règle générale.
 
Disney risque donc bien de remporter le bras de fer, surtout en tapant du poing sur la table à quelques semaines de la sortie du long-métrage de Ryan Coogler (attendu pour le 9 novembre 2022) dans une fin d'année qui ne compte que quelques rares mastodontes commerciaux - essentiels à l'économie des salles - dans le registre. Avec la menace latente d'une généralisation de ce basculement vers le "tout-Disney+" et un Avatar 2 à l'horizon, les institutions risquent de devoir céder, ou bien de faire face à la colère d'un public manœuvré dans le bon sens par le conglomérat.
 
Corentin
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