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Ta-Nehisi Coates appuie Ed Brubaker sur la façon dont Marvel rémunère ses créateurs

Ta-Nehisi Coates appuie Ed Brubaker sur la façon dont Marvel rémunère ses créateurs

NewsMarvel

Dans les jeux de combats, ça s'appelle un tag team combo' : quelques semaines après les explications d'Ed Brubaker dans le podcast Fatman Beyond, le scénariste Ta-Nehisi Coates évoque le statut des artistes dans l'enclave corporatiste de Marvel au détour d'une longue entrevue avec le site Polygon. Au sortir de son run de cinq ans sur le personnage de Black Panther, le bonhomme évoque sa relation aux comics, ses choix de scénario, et le cas particulier de cette industrie des adaptations où les auteurs sont encore les moins bien compensés de l'appareil productif.

Captain Panther

Au cas où l'actualité serait (déjà) tombée dans l'oubli, Brubaker avait évoqué chez Kevin Smith sa relation compliquée avec les films et la série de Marvel Studios utilisant le Winter Soldier, un personnage inventé par lui dans le cadre de son volume sur Captain America. Cette création tombe sous le coup des contrats salariés du "work for hire" qui privent les artistes de droits d'auteurs sur leur propre travail, et permettent à l'entreprise de commercialiser des produits dérivés (comics, films, séries, jouets) basés sur ces inventions, sans avoir besoin de rémunérer ou de compenser les créateurs. Une situation qui semble agacer Ta-Nehisi Coates.
 
Lorsque le journaliste de Polygon l'interroge sur l'influence du film Black Panther, voici ce que répond le journaliste, essayiste et auteur de comics récemment libéré de ses obligations envers Marvel.
 
"POL : Il faut qu'on parle du film, et de la façon dont il a changé le regard des gens sur le personnage de Black Panther. A-t-il eu une influence sur votre écriture ?

COATES : Non. J'aimerais que les personnes qui étaient enthousiastes pour le film soient mieux 'intégrées'. Par exemple, s'ils essayaient de convertir... Mettons, 2% du public de ces films en lecteurs de comics.

POL : [...] Vous parlez de la logistique des mécanismes qui consisteraient à mettre des livres entre les mains des gens qui vont au cinéma ?

COATES : Je ne parle même pas de l'écriture de ces livres, je parle de marketing. J'aimerais que l'entreprise fasse des efforts là-dessus. Est-ce que je peux ajouter quelque chose ?

POL : Allez-y.

COATES : Sans même parler de mon cas personnel, attendu que j'ai eu la chance de pouvoir gagner ma vie dans tout un tas d'autres secteurs, il y a tout de même des gens qui dépendent de l'écriture de comics pour vivre. Et j'aimerais que Marvel trouve une façon plus juste de compenser les créateurs qui ont permis à Black Panther d'être Black Panther. J'aimerais que Marvel trouve une façon plus juste de compenser les gars qui ont permis à Captain America d'être Captain America.

Je vais être plus spécifique : j'aimerais que Marvel compense financièrement l'auteur responsable des meilleures histoires sur le Winter Soldier qui existent actuellement. Je n'aime pas le fait qu'il existe une série The Falcon & the Winter Soldier et que, en parallèle, j'entende dire qu'Ed Brubaker n'arrive même pas à avoir un coup de fil... Je n'aime pas ça. Je n'aime pas ça du tout. Ecoutez, j'ai passé un très bon moment chez Marvel. Je leur dois beaucoup. J'aime mes éditeurs, Will, Tom, Alana, Sara, Martin... Chris. J'ai eu la chance de travailler avec des gens formidables. Mais sur le plan entrepreneurial... Cette partie là des choses n'est pas jolie. Pas du tout. La façon dont Marvel traite les gens qui se trouvent à la base des choses, c'est quelque chose que je n'aime pas du tout.

POL : Même si vous y allez les yeux grand ouvert, la tête froide, la plupart des créateurs savent qu'il s'agit de work for hire. Est-ce que ça veut dire que le système ne peut pas être amélioré ? C'est une vraie question.

COATES : Vous pouvez aussi préférer partir d'une position qui serait 'qu'est-ce qui est juste, comment est-ce que j'aimerais être traité' plutôt que 'qu'est-ce qui est dit dans mon contrat'. Là-encore, je ne veux pas déborder de l'interview, mais je sais que dans le cas de Ed... Ecoutez, j'adore les trois films Captain America. Ce sont probablement mes films préférés de Marvel avec Black Panther. Honnêtement, en tant que films de science-fiction, en tant que films de genre, il s'agit de l'une de mes trilogies préférées. Je veux dire ce sont de bons films, constants en termes de qualité. Mais je sais aussi dans quoi ces oeuvres prennent racine.

Et je sais, en lisant ce qu'en a dit Ed Brubaker, tout le bien qu'il a fait pour le personnage de Bucky, et comment ce pathos, cette tristesse... Excusez moi, on parlait du fait que je n'aime pas tuer les personnage, je ne voulais pas me lancer là-dedans, je sais que nous sommes là pour parler de Black Panther...

POL : Non, allez-y. Tout se passe bien.

COATES : La Mort de Captain America est tout simplement l'une des meilleures histoires que j'ai jamais lu. L'édition complète en particulier. C'est une série qui est juste connement incroyable, presque ridicule tellement c'est bien écrit. Quand j'ai été écrire Captain America pour Marvel, c'est à cette série que je pensais. Je me disais 'si j'arrive à m'approcher de ce niveau de qualité, alors je considérerai que j'ai fait quelque chose de grand'. Ce qui n'a pas été le cas. Je veux dire, je n'ai pas réussi. 

Mais avoir ce bouquin, avoir eu droit à ce bouquin, l'avoir vu se déverser dans ces pages, avoir vu Steve Epting s'approprier ces pages, et voir à côté de ça que des gens font des milliards et des milliards avec ses idées et qu'il (ndlr : "my man", mettons "mon pote" ou "mon gars sûr") dit que Marvel ne compte même pas le rappeler quand il essaye de leur en parler. Je ne sais pas comment cette relation entre les auteurs et leur employeur finira par évoluer, mais dans le présent, en tant que créateur, on est obligé de penser à ça. A la façon dont les gens traitent leurs semblables. A la façon dont les grosses sociétés traitent les individus. Et je n'aime pas ça, vraiment."

Le coup de gueule de Coates, apparemment très frappé par la façon dont Marvel aura choisi de gérer le cas Ed Brubaker, n'a rien de neuf dans le cadre d'une industrie particulièrement pingre et ingrate envers ses créateurs. Après quelques années à voir les studios capitaliser sur sa lecture des héros de l'entreprise, Mark Millar avait lui-aussi décidé de claquer la porte, en comprenant que son travail serait systématiquement accaparé par des cols blancs retranchés derrière la réalité des contrats et du partage des droits. En définitive, le bonhomme aura gagné son pari, mais il sera l'un des seuls à y être parvenu.
 
Quant à Ed Brubaker, la discussion reste ouverte, pour peu que les pontes du groupe Marvel acceptent finalement de céder un pouce de terrain.
 
Corentin
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