Des mutants disparaissent les uns après les autres. Avec la sagesse des meneuses vraies, Kitty Pride mène l'enquête et découvre que certains de ses congénères sont tombés dans le piège d'une annonce publicitaire (plus ou moins). Celle-ci propose aux mutants avec quelques difficultés matrimoniales de venir faire un séjour sur une île paradisiaque, s'exercer à une thérapie de couple des plus efficaces. Une fois arrivés, ils semblerait qu'on perde toute trace d'eux sans plus de façons.
Or, pas question pour la chef des X-Men de profiter de l'occasion pour prendre de saines vacances au soleil avec sa tendre mais métallique moitié. Elle assigne donc le job à Rogue, et puisqu'il s'agit de se faire passer pour un couple, à Remy LeBeau alias Gambit, le seul cajun des X-Men - il est important de vous rappeler qu'il parle français, puisque Kelly Thompson aura trouvé follement pertinent de glisser une locution dans la langue de Molière toutes les deux cases, histoire de densifier son héros (?).
L'arc démarre comme une romcom assumée avec tous les clichés d'usage. Une héroïne qui ne sait pas où elle en est vis à vis de son ex, le paysage paradisiaque, des dialogues rythmés qui tablent sur l'humour, et un Gambit forceur comme jamais, qui troque son franc parler de séducteur des campings et des soirées pétanque contre un peu d'authenticité quand l'histoire l'exige.
Difficile de dire si l'écriture des héros est réussie ou ratée tant elle épouse à plein un point de vue extrêmement, vraiment, complètement neuneu. L'arc est un prétexte assumé à une petite série avec des blagues et des bisous, on est totalement sur une proposition de genre (si on admet la romcom comme un genre, et on n'a pas forcément envie), avec d'énormes disparités dans l'efficacité générale. Certains dialogues marchent, d'autres sont ahurissants de bêtise, les interactions les moins réussies étant évidemment - ce serait trop bête - celles entre les deux héros.
Gambit opère comme la parodie de bad boy que vos potes du lycée trouvaient déjà lourdingue à l'époque de Newport Beach, Rogue est un stéréotype de "j'aime mon ex mais en fait oui mais en fait non", et pour l'occasion je vous évite un namedroping de références télévisuelles évidentes, on a tous regardés M6 le dimanche après-midi. L'ensemble ne fonctionne pas réellement, peut-être parce que Kelly Thompson est plus à l'aise avec une simple histoire d'aventure et moins avec ce trop codifié qui impose aux caractérisations et situations des référents déglingués - en même temps, les bonnes romcom, c'est rare, sauf celles avec Anne Hathaway.
Côté dessins, rien de spécial à remarquer. Pere Pérez paresse (hey), allant sur un joli gaufrier d'introduction et une double page avec les Sentinelles de la salle des dangers vers de jolies compositions, mais dans l'ensemble, le dessin est mauvais ou sans envie. Les couleurs sont aussi assez criardes et ne font pas beaucoup d'efforts pour soutenir une différenciation avec la série de base. Bref, en un mot comme en cent : c'est nimporte quoi. Et oui.
Gambit parle Français, Rogue est indécise, Kitty est un despote castrateur (un peu), et Marvel ne sait plus quoi faire de toutes ces séries mutantes. Si quelqu'un arrive d'ailleurs à situer la temporalité de cette parution, qui devrait en toute logique se passer pendant le retour du Phoenix, j'ai du mal à m'expliquer qu'on prenne le temps d'envoyer deux personnages utiles et puissants renouer les liens de leur amour décousu. Remarquez, y a-t-il un bon moment pour prendre des vacances ? Prenez l'éditeur de Venom, six mois qu'il a foutu le camp au Laos pour trouver son animal totem, et, hey, tout roule bien sans lui !
08 Janvier 2018
Arnaud LehueJe pense que le numéro s'adresse aux fans du couple à l'époque. J'adore l'écriture de Kelly Thompson sur Hawkeye et je l'avais bien aimé aussi sur A-Force, mais c'est vrai que là, moi qui suis moins calé en terme de Gambit et de Rogue, j'ai aussi eu du mal à m'attacher aux persos, là où certains fans de longue date semblaient ravis. Et pour l'accent cajun de Gambit avec les mots français qui se ramènent de manière random et improbable, je crois que c'est en hommage à l'écriture du perso dans les années 90. Je trouve pas ça terriblement gênant, c'est plutôt amusant (par son côté ridicule). Et c'est dans la tradition des accents étrangers dans les X-Men (en allemand pour nightcrawler, en russe pour Colossus).
Et c'est très bien ces articles qui sortent de la simple review. On a trop rarement de l'analyse en comics (et en BD) comparativement au cinéma, donc c'est pas plus mal. J'ai lu les autres papiers sur X-Men Grand Design et Spider-Men II et ils étaient également très intéressants.
07 Janvier 2018
Corentin@Iano : on s'est posés la question en interne, l'idée était de mettre ce numéro en avant pour le travail de Kelly Thompson. En revanche, j'admets que j'ai fait un taff relativement pauvre sur l'analyse de cet angle là en particulier, on s'était assez mal compris dans la répartition des critiques de la semaine.
D'ailleurs vous êtes plusieurs à me dire que vous avez bien aimé, ce qui veut sans doute dire que je suis passé à côté de quelque chose !
07 Janvier 2018
Arno KikooDisons que l'exercice a été plus difficile (et c'est du coup relou de parler de ce format sur cet article, quand tous les autres ont été ignorés du coup ^^) effectivement sur ce premier numéro. Merci de ton retour hésitez pas à en faire d'autres sur les futurs articles du coup, on est là aussi pour expérimenter et s'améliorer.
07 Janvier 2018
Ian0delondPersonnellement je dirais on s'en fout de la temporalité. Surtout par rapport à Phoenix Resurection. PR sera fini dans trois semaines et ce titre a encore 5 mois à vivre dans les bacs.
Après c'est bien de vouloir sortir de la review pour éviter de parler d'un numéro en particulier. Mais là il y a qu'un numéro de sortie et je vois pas vraiment où ca se dégage d'une review classique à part l'absence de note. On dans une construction classique de contexte bien/pas bien, histoire bien/pas bien, personnages bien/pas bien, dessin bien/pas bien.
07 Janvier 2018
Arno KikooHello, en fait ça part d'une volonté d'éditorialiser certains papiers pour sortir d'un simple format review. On alterne avec le format classique (donc avec notes) pour varier. J'avais commencé sur le Batman Lost #1 à l''automne dernier et ça continue avec des papiers soit pour des lancements (X Men Grand Design) ou parler de séries en cours et/ou terminées (Mister Miracle, Spider Men II) sans aborder UN numéro particulier.
07 Janvier 2018
Robb StarkTu as décidé de ne plus noter les review (ce que je trouverais assez pertinent en soi), ou tu considères juste ça comme un article à part ?