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La fusion Warner/Paramount officiellement mise en pause (pour 14 jours) par un juge fédéral

La fusion Warner/Paramount officiellement mise en pause (pour 14 jours) par un juge fédéral

NewsCinéma

Une fausse note vient gâcher la partition d'un feuilleton pourtant sur le point de se jouer entre Warner Bros. Discovery par Paramount. Ou mieux encore : un grain de sable, tout bête, dans une mécanique que les actionnaires des deux compagnies pensaient pourtant bien huilée. C'est ce que l'on peut comprendre de la décision de justice qui vient d'être rendue pour mettre sur pause le processus de fusion. Suite à la painte déposée, il y a quelques jours, par le procureur général de l'état de Californie, Rob Bonta, en compagnie des procureurs de onze autres états de la fédération, une affaire que l'on pensait soldée repart de plus belle. Attention toutefois : pour l'heure, une simple pause a été commandée par la justice, pour une petite durée de quatorze jours. Le temps d'étudier le dossier et de rouvrir les débats.

Mise en pause

L'information parvient de Deadline, qui explique, donc, qu'une juge fédérale, Araceli Martinez-Olguin (qui opère pour le district nord-californien), a validé une ordonnance restrictive dans le cadre de l'instruction intentée par Bonta pour tenter de bloquer la fusion Warner/Paramount. Ceci met donc en pause le processus officiel, pour le moment. La juge justifie cette décision en expliquant que le dossier "présente des preuves convaincantes que l'entreprise née de la transcation possèdera une part de marché importante sur le marché de la distribution cinématographique à grande échelle." Soit l'une des accusations formulées par Bonta et ses alliés, et qui va - en théorie - à l'encontre des lois anti-trust en vigueur aux États-Unis pour bloquer les situations de monopoles effectifs. Jusqu'ici, celles-ci avaient été largement ignorées lors du feuilleton de cette transaction (ou dans le cas de la fusion Disney/Fox par le passé). "Au vu de la part de marché qu'obtiendrait la nouvelle entité, la Cour est persuadée de pouvoir présumer de l'illégalité de la fusion, qui violerait les lois antitrust", argument Martinez-Olguin.

Concrètement, l'ordonnance interdit à Warner Bros. et Paramount de faire quoi que ce soit concernant leur transaction pendant cette durée de quatorze jours. C'est-à-dire de n'entreprendre "aucune démarche, directe ou indirecte, visant à intégrer ou à consolider les activités dans le cadre de cette transaction". Ce type d'ordonnance, dite de court terme, a donc pour but de maintenir le statu quo en présence, le temps que la justice examine examine les arguments des deux parties. Etape qui devrait nous occuper pour les deux prochaines semaines.

Dans la décision écrite et publiée, la justice estime que l'action intentée par les procureurs est donc légitime, au vu de "l'intérêt vital pour le public et en vertu des lois antristrust". Une nouvelle audience doit donc avoir lieu le 3 août prochain, période pendant laquelle l'accusation pourra faire état de son argumentaire documenté (qui vise à bloquer totalement la procédure de fusion) d'ici le 23 juillet. Paramount aura alors jusqu'au 27 juillet pour établir sa défense, et les procureurs auront encore jusqu'au 30 juillet pour faire répondre, dans le cadre de cette passe d'armes chapitrée, avant que le juge ne fasse savoir sa décision lors de l'audience d'arbitrage. 

Chose autrement amusante, la juge exprime dans son rapport que malgré les critiques et tentatives d'évitement formulées par la défense de Paramount envers la requête des procureurs, ces derniers n'ont pas été capables de prouver matériellement que leur dossier était bien conforme aux lois anti-trust. Avec aucun élément susceptible d'aller dans leur sens - pour établir, donc, que la fusion Warner/Paramount ne serait pas illégale, selon les propos des communiqués de presse répétés tambour battant depuis ces six derniers mois, au prétexte que celle-ci serait une garantie de création d'emplois, bénéfique pour les consommateurs, ou pour le reste de la profession. De quoi rappeler que depuis le début la famille Ellison, qui a ses propres intérêts médiatiques et politiques dans le sujet, a joué de sa proximité avec le pouvoir en place pour que l'opération de fusion se fasse en dépit de l'illégalité apparente de la manoeuvre, en comptant sur le fait que les lois antitrust n'aient eu aucun effet sur d'autres manoeuvres auparavant. 

Là où certains pourraient arguer que quatorze jours de pause, ce n'est pas grand chose, rappelons d'abord que cette durée peut être étendue à 28 si la juge l'estime nécessaire et qu'à l'issue de l'audience du 3 août, elle pourrait encore être prolongée. Mais il y a un autre détail bien plus important : souvenez-vous que l'accord de fusion signé entre les deux entités comporte une pénalité de retard dans le cadre où l'accord ne serait pas finalisé... au 30 septembre 2026. Une pénalité qui représente a priori 7 millions de dollars par jour que Paramount Skydance aura à payer aux actionnaires de Warner Bros. Discovery en cas de retard. Et mine de rien, si les procédures judiciaires continuent de mettre des pauses de la sorte, un 30 septembre pourrait arriver plus vite que prévu et le géant américain contraint de devoir reverser des sommes alors que le montant de l'achat (110 milliards de dollars) est déjà énorme (et surréaliste en tant que tel). Ce qui avait été pensé comme une clause pour accélérer les opérations pourrait se retrouver être un gouffre financier en cas d'embourbement des procédures, quelles qu'elles soient.

Sachant que la secrétaire de la culture au Royaume Uni avait fait connaître sa potentielle intention d'interférer également dans le dossier, mais que le parlement britannique a fermé ses portes jusqu'au 1er septembre, il existe donc un risque (d'aucun dirait "espoir" de ce côté de la rédaction) que le deal puisse ne pas aboutir. Encore une fois : le feuilleton n'est sûrement pas fini.

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Illustration de l'auteur
Arno Kikoo
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