
Magma créatif en perpétuel état de fusion, l'industrie des comics aime ses parodies, ses déconstructions, ses reprises et ses détournements. Surtout lorsqu'il s'agit de prendre les codes d'une fiction populaire en sens inverse. De ce point de vue les exemples ne manquent pas : The Boys ou Invincible pour les super-héros, forcément, mais aussi Love Everlasting pour le genre de la romance archaïque des périodiques d'autrefois, ou encore Criminal : Le Dernier des Innocents, un polar pour adulte en forme d'hommage méta' aux personnages de la maison Archie Comics.
Il ne serait même si idiot de se demander si tout ceci n'est pas en réalité une sorte de principe fondamental. Comptez le nombre de détournements de Superman, de Conan le Barbare ou de Star Trek qui hantent les rayonnages des librairies spécialisées. C'est bien simple : si une licence est populaire... un scénariste de comics aura forcément envie de la triturer, de la déformer, ou d'en proposer une lecture dans les codes du "grim and gritty".
En appliquant cette base, le brave Curt Pires s'est engagé dans une nouvelle entreprise pour vérifier la théorie : avec Creature Corps, ce boulimique des créations originales se sera donné pour objectif de détourner le concept fondamental de la marque Pokémon, sous un alge plus ténébreux. Il fallait bien que ça arrive un jour.
Grand habitué des emprunts et du mélange des genres, Pires s'est fait une spécialité des digestions de la culture pop' pour alimenter son flux de propositions inédites : en reprenant quelques éléments de Twin Peaks pour sa BD Lost Falls, en allant chercher l'héritage du Mr A de Steve Ditko pour alimenter le roman graphique The Objectivist, ou bien, en secouant l'iconographie de la trilogie Star Wars des débuts afin de poser la base de son projet Galactic. Le bonhomme aime généralement se lancer sur des présupposés notoires, et ne s'en cache presque jamais.

Avec Creature Corps, une nouvelle série annoncée chez Image Comics en compagnie de l'artiste Jok (les deux hommes s'étant déjà croisés chez Mad Cave avec le titre 51 - et non, il ne s'agit toujours pas de l'autre Jock, malgré la proximité sonore), encore une fois, les intentions sont claires. Le communiqué de presse explicite assez clairement les éléments empruntés aux jeux de la célèbre franchise de Game Freak... au point que l'on pourrait presque comprendre ce comics comme une sorte de fanfic. Pourquoi ? Parce que celui-ci tente manifestement d'imaginer ce qui aurait pu arriver au personnage de Sacha, petit héros du Bourg-Palette, une fois achevée la légendaire série animée Pokémon des débuts. Sous un angle plus adulte, voire plus négatif, en l'occurrence.
Vous allez voir :
"Creature Corps décrit un univers dans lequel une race de créatures fantastiques et surnaturelles, venues du futur, ont débarqué dans le présent des gens normaux... afin de s'affronter dans de difficiles combats. Lesquels seront devenus l'un des divertissements populaires de cette réalité.
L'arrivée de ces animaux mobilise rapidement la formation une ligue de combats (assez peu scrupuleuse) qui génère rapidement de folles sommes d'argent. Or, la ligue en question a pris l'habitude de faire appel à des adolescents, de véritables 'dresseurs', pour encadrer, entraîner et participer aux combats des bestioles du futur. Quand il était jeune, Dusty Gotem faisait partie de ces dresseurs, et a même été sacré champion du monde alors qu'il n'était âgé que de quatorze ans. En définitive, un événement tragique l'aura toutefois éloigné du ring, et le héros, écoeuré par ce milieu corrompu, aura fini par plaquer sa carrière pour se réfugier dans la nature, au contact d'une vie plus simple et plus proche du vivant.
Mais son passé va finir par le rattraper. De longues années plus loin, d'anciens amis remontent la piste de Dusty, pour lui annoncer une terrible nouvelle : sa mère est tombée gravement malade et croule désormais sous les factures médicales. Pas le choix : l'ancien champion va devoir reprendre du service... en retournant dans l'arène, plusieurs dizaines d'années après avoir raccroché les gants."
L'inspiration semble effectivement assez claire, même si le propos aurait manifestement plus à voir avec une déconstruction des codes de la fiction sportive (et des films de boxe, aussi, si l'on suit le déroulé de cette présentation). Curt Pires explique s'être inspiré de la génération des jeux 16-bits pour construire son scénario, mais aussi de The Boys et de Retour Vers le Futur, entre autres choses. Le bonhomme plaisante au passage en expliquant qu'un jeu de cartes serait aussi au programme pour exploiter sa nouvelle ménagerie... enfin, on pense qu'il plaisante, mais si ça se trouve la parodie de Pokémon deviendra le Pokémon de demain ? On n'en sait rien, finalement.
Creature Corps #1 est attendu pour le 2 décembre 2026 chez Image Comics.










