
Il fallait bien que ça arrive. Bloqués presque trois mois dans un dialogue de sourds passablement répétitif, les représentants de Paramount Skydance ont finalement accepté de débloquer la condition essentielle exigée par le groupe Warner Bros. en vue d'une réouverture des négociations. A savoir ? L'argent, bien évidemment. Au moment où les cinéphiles s'acharnent encore sur la question des sorties de longs-métrages dans le circuit traditionnel des salles d'exploitation, ou que la presse spécialisée dans le domaine de la tech' envisage le poids de cette potentielle fusion pour le secteur de l'intelligence artificielle, le débat semble finalement se résumer sur cet unique point de friction.
Depuis le premier jour, Warner Bros. n'a cessé de militer pour une enchère sur la valeur du cours de l'action en place publique. Et en définitive, le groupe serait peut-être sur le point d'obtenir gain de cause.
Récemment, les portes-paroles de la superstructure avaient évoqué la possibilité d'un retour vers la table des négociations avec Paramount Skydance dans le cas d'une offre supérieure à la précédente. Celle-ci a fini par se matérialiser : dans un nouveau communiqué de presse, et quelques jours après la clôture d'une nouvelle date butoir (ce qui reste largement comique dans l'absolu, compte tenu du nombre d'ultimatums, de menaces de procès et d'invectives survenus depuis le mois de décembre), les représentants de la famille Ellison ont fini par céder avec une proposition de rachat désormais placée sur un prix de 31 dollars l'action. Avec quelques compensations supplémentaires.
Au global, Paramount Skydance propose donc désormais une somme rondelette de 111 milliards de dollars pour les actifs de Warner Bros.. Autant dire que le montant en question surestime largement la valeur réelle du groupe - mais de la même façon que dans le domaine de l'art spéculatif, la valeur d'une telle opération ne se mesure manifestement que sur la constante des prix que les clients acceptent de débourser pour un bien donné. En particulier dans le cas qui nous occupe, et compte tenu des bonus prévus pour motiver le conseil d'administration du groupe, encore vaguement récalcitrant.
Dans le détail, les Ellison ont aussi effectivement livré quelques gages d'assurances supplémentaires : dans le cas d'un accord signé, si Paramount Skydance n'était pas en mesure d'aller au bout du processus de transaction, la compagnie se serait engagée à verser 7 milliards de dollars de pénalités pour rupture de contrat. Or, pour rappel, celle-ci avait déjà promis de couvrir les pénalités que Warner Bros. devrait glisser dans la poche de Netflix (pour 2,8 milliards de dollars) si le géant du cinéma décide finalement de renoncer au contrat signé avec la plateforme de streaming en décembre dernier. En somme, on indemnise le soupirant éconduit... et on exige de mettre encore davantage sur la table pour s'assurer la fidélité du futur partenaire.
Autre donnée utile : Paramount Skydance devra aussi accepter de compenser directement le groupe sur la valeur de l'action par trimestre de retard (toujours dans le cas d'une nouvelle signature avec Warner Bros., donc) après le 30 septembre. Qu'est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que si les deux entités s'accordent pour fusionner, les représentants des Ellison devront avancer rapidement. Une fois amorcée la période de l'automne, chaque jour qui passe sans finalisation contractuelle de l'opération impliquera une série de pénalités de retard. Pour 0,25 dollars l'action individuelle par trimestre donc. Encore une fois, un montant plutôt important, dans la mesure où les fusions de ce genre prennent généralement un certain temps (compte tenu des processus administratifs et boursiers embarqués dans l'équation).
Enfin, en dehors des autres assurances débloquées plus tôt (sur le financement de la dette du groupe, notamment), Paramount Skydance devra également maintenir ce plafond des 111 milliards de dollars... même si les divisions les moins performantes du groupe Warner Bros. devaient s'effondrer dans l'intervalle. En l'occurrence, l'accord proposé cible précisément les divisions de la télévision linéaire, actuellement en grande perte de vitesse. Cette provision assure donc au groupe une somme fixe, même si les résultats des prochains trimestres fiscaux devaient poursuivre cette tendance de pertes sèches sur la télé' traditionnelle. Rien de franchement étonnant : encore une fois, l'offre des Ellison surestime largement la valeur des actifs de Warner Bros., et la mise au propre de cette mention en particulier confirme que l'objectif est surtout d'obtenir la réasurrance des actionnaires pour un énorme montant, malgré la réalité économique des différentes divisions entretenues par la comagnie.
Cette proposition a été formulée telle quelle, sans effet d'application immédiat. Pour rappel, Warner Bros. reste actuellement engagé avec Netflix... ce qui signifie que le géant du streaming a encore la possibilité de surenchérir (ou d'égaler) l'offre de Paramount Skydance. Et surtout (vous allez rire), cette proposition revue et corrigée ne serait peut-être même pas suffisante en l'état. Dans un communiqué de presse, le conseil d'administration de Warner Bros. semble saluer les efforts des Ellison... mais estime encore n'avoir pris "aucune décision", et compte désormais engager une discussion avec l'enseigne pour voir si "une proposition supérieure" serait encore possible.
En l'état, le groupe compte donc manifestement tenter d'obtenir mieux. Et si cela devait arriver, Netflix aurait alors "quatre jours ouvrables" pour s'aligner sur les conditions de Paramount Skydance... ou même, pour surenchérir. On comprend donc que tout ceci est une stratégie dans l'espoir de faire encore monter les prix, en espérant aller toujours plus loin dans le domaine du déraisonnable.
Actuellement, la proposition de Netflix et ses 83 milliards de dollars semble effectivement loin dans le rétroviseur. Mettons de côté les paramètres politiques pour cette fois, dans la mesure où la situation risque d'évoluer rapidement d'ici les prochains jours. Affaire à suivre. Encore, toujours. Pour le meilleur et pour le pire.
25 Fevrier 2026
LPUDésolé mais si Paramount rachète Warner, j'arrête de lire du DC direct. Alors que je suis un immense fan depuis plus de 30 ans. En outre je vois pas comment Gunn resterait.