
Bienvenue dans un nouveau numéro de la chronique des "critiques express". A intervalles réguliers, la rédaction vous propose de courtes reviews sur des numéros de comics VO sortis récemment. L'idée est de pouvoir à la fois vous proposer une analyse des sorties attendues du côté des éditeurs mainstream et indé', parler également de runs sur la durée, et essayer de piquer votre curiosité sur quelques titres moins en vue. En somme, tout simplement de mettre en avant le médium comics dans nos colonnes autrement que par le prisme pur de l'article d'actualité.
On ne vous fera pas de laïus en introduction pour s'excuser de la non-régularité de cette chronique. Oui, le dernier numéro datait d'il y a plus d'un an, l'aviez-vous vous-même constaté ? Et en même temps, malgré le retour des commentaires sur le site, on ne vous voit jamais réclamer des reviews, pour de la VO ou de la VF. C'est donc peut-être votre faute s'il n'y a plus eu d'articles de ce genre, non ? Inversion accusatoire et blagues à part, sans vous faire de promesse qu'on ne pourrait tenir, voici quelques petites critiques sur des numéros VO sortis récemment, et on vous invite à nous faire part de vos propres avis/lectures et vos retours sur ces textes, notamment si vous voulez que cette rubrique (et son équivalent du Cahier Critique VF) soient plus régulières dans le futur proche ! Si les comics chroniqués vous tentent, les liens vous permettent de les commander si disponible chez notre partenaire Pulp's.
TERMINAl #1 - Robert Kirkman, Joe Casey & Andy Kubert
On pouvait penser que Robert Kirkman en avait définitivement terminé avec les histoires de super-héros depuis Invincible, mais force est de constater que ce n'est pas le cas. S'il revient à son univers fétiche avec le spin-off Battle Beast, le scénariste superstar s'est aussi entouré du grand Joe Casey (lui même déjà bien connu pour sa relecture du registre super-héroïque) pour lancer Terminal, une nouvelle série régulière visiblement pensée pour le très long terme, comme un immense terrain de jeu qui devrait permettre à son lectorat de retrouver une certaine énergie propres aux comics Image des années 1990. La note d'intention est très clairement indiquée en postface du numéro d'ouverture, et au sortir de cette grosse introduction, on peut se dire que l'équipe créative n'a pas menti là-dessus.
Marilyn Elizabeth Howe est à la recherche de sa soeur disparue, Alessandra. Alors qu'un de ses contacts (un hacker amateur) réussit à retrouver quelques informations sur elle et s'apprête à les lui remettre dans une ruelle sombre, voilà que ce-dernier se fait sauvagement assassiner par un adolescent aux allures démoniaques, surnommé The Imp. Marilyn est sortie d'affaire en castastrophe par sa soeur, dont elle apprend qu'elle se fait appeler Crusher, et appartient à une organisation de super-héros dirigée par Maculox, un oeil géant, qui lui propose de rejoindre leur combat. Marilyn va désormais devoir faire un choix qui pourrait bien changer toute sa vie. Tout est présent dans ce premier chapitre pour montrer ce que Terminal a dans le ventre. Des héros et des super-vilains hauts en couleurs, particulièrement du côté sombre de la force où on n'hésite pas à verser dans le déluge d'une violence presque forcée, mais réjouissante, pour qui se rappelle des saillies gores d'Invincible. L'univers se présente aux premiers abords comme une bête lutte entre deux factions - supposément celle du bien contre celle du mal - mais Kirkman et Casey déjouent les attentes avec une intrigue et un univers qui s'annoncent bien plus complexes - et moins manichéens - que prévus.
L'entrée en matière est donc efficace. Terminal #1 possède en lui une bonne énergie qui, en effet, renvoie aux comics d'il y a quelques décennies. Mais sans chercher à se reposer vraiment sur une forme de copie. Il y a de l'hommage, mais aussi une volonté d'aller plus loin, en allant explorer toutes les zones de gris que l'on peut retrouver entre des (supposés) super-héros et super-vilains. Le numéro permet de retrouver un Andy Kubert en très belle forme, même si les chara-designs des peresonnages ne sont pas forcément des plus inspirants. C'est d'ailleurs peut-être la faiblesse de croire que l'on peut encore être original, au moins sur le plan visuel, à créer en 2026 de nouvelles histoires de super-héros - mais ces limites apparentes ne demandent qu'à être contredites par la suite. On sera particulièrement curieux de voir comment Arthur Adams et David Finch se débrouillent pour faire vivre ces personnages avec leurs propres styles. Par ici, on reste convaincu du potentiel même si le tout a l'air un peu bas du front - quitte à ce que Terminal devienne la lecture "pas prise de tête" des prochains mois. Et que ça puisse suffire aux côtés d'autres propositions indé' plus exigeantes.
ArnoKikoo
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Mais le plus intéressant et le plus effrayant reste certainement le développement des personnages autour de leurs thèses suprémacistes et leurs discours d'entresoi. L'autrice n'essaie pas de tourner en ridicule leurs propos par le biais de la satire, mais en fait une exposition assez premier degré, où toute la violence du discours est dévoilée sans fard ni artifice. Qu'il s'agisse de pseudo-eugénisme et de patriarcat, rien n'est épargné dans les mots choisis, et seul le personnage d'Adela (la journaliste infiltrée) permet de constater l'horreur de leurs discussions - tout en permettant de prendre du recul par rapport au sort qui leur arrivera. La figure de Fred est assez amusante dans le rapprochement qu'on peut en faire avec le Walter des Nice House, et on imagine bien comment l'intrigue pourrait prendre encore un autre tournant avec un twist bien senti d'ici le 4e numéro. Au dessin, le trait assez économe de Letizia Cadonici (Books of Slaughter, Creepshow) rappelle l'école Werther Dell'Edera mais aussi l'approche d'une Vanesa Del Rey, en un peu plus propre. Les émotions des personnages sont lisibles, le découpage assez classique, et le dessin profite surtout des couleurs toujours impeccables de Jordie Bellaire. On gagne en ambiance ce que les pages perdent parfois en lisibilité. Il reste encore deux numéros pour voir où le récit atterrira, mais l'expérience est pour le moment convaincante, à défaut d'être renversante.
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Il y a de quoi être content du parcours de Chip Zdarsky sur Captain America, et dans la foulée du sympathique One World Under Doom, Avengers : Armageddon pourrait bien être l'un des meilleurs events de Marvel de ces dernières années. Après la défaite de Doom, la Latvérie est devenue un territoire instable, source de conflits entre diverses factions internes, mais aussi la cible d'une opération de conquête hostile de la part de Thaddeus "Thunderbolt" Ross, bien décidé à se venger de l'emprisonnement et des sévices que Doom lui a fait subir. En dépit de tout respect du droit international, le voilà qui amène avec lui une horde de soldats-Hulk pour déclarer la Latvérie comme territoire de la New America, avec l'ambition d'apporter "la démocratie" dans tous les pays d'Europe environnant, à commencer par la Symkarie. Alors que Captain America est dans un coma profond, le reste des héros doit contrer les ambitions totalitaires du Red Hulk, et ce quand bien même les Nations Unies leur ont interdit d'intervenir, estimant que les super-héros sont la cause de tous ces troubles géo-politiques.
Avengers : Armageddon est aussi divertissant dans la forme que dans le fond, certes sur des thématiques bien connues, mais qu'il est nécessaire de remettre en avant - à l'heure de l'envie, manifeste, de certains pays de rasseoir une domination impériale sur d'autres états du monde (on dit ça, on dit rien). La force de Zdarsky est d'avoir réussi à très rapidement s'être extirpé d'un simple conflit de Ross contre les héros pour l'avenir de la Latvérie, et de prendre des tournants moins attendus. Notamment avec la place accordée à David Colton (l'ancien Captain America qui opérait pour les États-Unis avant que Steve Rogers ne sorte des glaces, et qui a eu droit à une sacrée upgrade dans la mini-série Wolverine : Weapons of Armageddon). Celui-ci vient apporter une réponse à la question des devoirs des super-héros par rapport aux conflits humains et à ce que le pouvoir absolu permet de faire "pour le bien de tous". De quoi entraîner les débuts d'une nouvelle Civil War ? C'est l'un des constats qui peut être fait à la lecture de ce numéro où la tension se montre de plus en plus importante. Il y a quelque chose de grisant à voir les enjeux se démultiplier et prendre une toute autre importance qu'au postulat de départ, bien loin de récits ennuyeux façon "la Terre est attaquée par telle ou telle faction (qu'elle soit Cotati, symbiotique ou vampirique...).
Seule ombre au tableau ? L'incapacité visible de l'éditorial chez Marvel à garder un même artiste sur des projets de telle envergure. Delo Diaz et Frank Alpizar qui ont une patte mainstream quelconque mais efficace, sont remplacés pour ce troisième chapitre par Ario Anindito dont le trait est un peu plus brouillon. Ce qui n'est pas trop dommageable sur les passages les plus calmes de ce numéro, mais de vraies faiblesses sont lisibles sur des scènes de foule, ou des moments d'action plus énervés. Rien qui ne puisse vraiment gâcher la lecture, mais le sentiment d'agacement persiste : on est certainement sur un des temps forts de 2026 de la Maison des Idées et malgré toutes leurs ressources, ils ne parviennent pas à maintenir l'unité graphique sur un titre de quelques numéros, qui a dû être planifié bien des mois en avance. À voir s'il n'y aurait pas des changements de plan éditoriaux en interne qui expliquerait ces changements ? Malgré ce reproche, Avengers : Armageddon reste agréable à lire - et on a un peu peur d'aller jeter un oeil à Queen in Black en face...
ArnoKikoo
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Dès l'annonce de son titre et la première couverture dévoilée, Regicide nous a intrigués (peut-être parce qu'en France, on a une certaine fascination sur le fait de tuer des rois ? Allez savoir...). Dans le pays imaginaire de Tara Rumâneascâ, à une époque moyen-âgeuse, un vieux paysan solide comme un roc est envoyé par les anciens du village pour accompagner un mystérieux étranger au masque de fer avec une mission : tuer le roi du pays, Basarab. Une quête dont on ne sait quelles sont les motivations du "héros", qui au-delà de sa ressemblance avec Fatalis (elle-même dérivée de la littérature classique française), semble cacher avec lui quelques secrets.
Regicide #1 doit faire beaucoup de choses en peu de place puisque la mini-série n'est prévue qu'en quatre numéros. Kindlon ne pert donc pas de temps dans l'exposition, avalée en quelques pages, avec des scènes qui expliquent rapidement le contexte du récit et installe Mihas (le vieux paysan) comme une force de la nature, bien plus redoutable que ce qu'on pourrait penser de lui. Il faut souligner la qualité du dessin de l'artiste français (!) Ludovic Lalliat qui convient parfaitement à l'ambiance macabre et poisseuse de ce titre de dark fantasy. Les gens, même dans leurs châteaux, ont tous l'air sale, le ton est lugubre et les combats sont âpres et violents. Très violents. Le dessinateur a quelques très chouettes idées de designs qui font rapidement basculer le titre vers le monstrueux avec un adversaire particulièrement repoussant. De la même façon, la planche qui conclut cette introduction a quelque chose d'intrigant et de dégoûtant à la fois. On pourra reconnaître que le trait à l'apparence fébrile ne sera pas du goût de tout le monde, mais il aurait été vain de vouloir délivrer pareille histoire avec un dessin "propre".
Reste à voir forcément la direction que prendra le titre et ce que l'équipe créative voudra raconter en si peu d'espace. On apprécie de voir quelques petits segments supplémentaires (illustrés par d'autres artistes) venir enrichir un peu le lore de Regicide, tout en apportant des éléments narratifs qui seront importants pour les prochains numéros. Regicide #1 montre qu'il y a de la place pour un récit résolument pour adultes, qui ne se cache pas dans sa volonté d'aller dans le crado, et on atteint avec une certaine impatience la sortie du prochain numéro.
- ArnoKikoo
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