
Le géant de l'intelligence artificielle générative OpenAI, pilotée par Sam Altman, vient de mettre fin au service de vidéos générées par algorithmes Sora. L'annonce est tombée dans la soirée d'hier par voie de communiqué de presse. Dans la foulée, le principal partenaire commercial de cette application s'est donc retiré de cette équation - pour rappel, le groupe Disney s'était associé aux équipes d'OpenAI en décembre dernier dans le but d'obtenir un outil de génération, basé sur Sora, susceptible de compléter les fonctions de plateforme de streaming Disney+. La fonctionnalité en question était attendue pour cette année.
En conséquence, l'entreprise devrait donc récupérer son investissement d'un milliard de dollars, et se chercher un nouveau partenaire pour poursuivre cette stratégie dans un horizon immédiat.
Coup de théâtre pour les futurologues spécialisés dans l'observation du marché de l'audiovisuel. Après avoir dépensé plusieurs milliards de dollars dans la création d'un outil de génération de vidéos alimenté par l'intelligence artificielle, en agravant au passage le bilan carbone d'une technologie déjà très énergivore (compte tenu de la puissance de calcul nécessaire pour cette part bien spécifique des supports vidéos), OpenAI aurait finalement décidé d'abandonner ce marché. La compagnie matérialise cette nouvelle réalité par le prisme d'un bref communiqué officiel, dans lequel elle annonce "faire ses adieux" au service Sora.
L'enseigne a toutefois promis que les "créations" des utilisateurs seront bel et bien conservées, et toujours accessibles malgré la disparition de cet outil (un planning devrait être fixé d'ici les prochaines semaines pour organiser cette bascule des vidéos générées précédemment vers les utilisateurs concernés). Pour l'heure, le principal fournisseur de cette nouvelle catégorie de memes en ligne va donc se retirer de ce marché, apparu tout récemment, compte tenu des fluctuations modernes autour de la rentabilité et des axes de croissance réels du secteur de l'intelligence artificielle.
We’re saying goodbye to the Sora app. To everyone who created with Sora, shared it, and built community around it: thank you. What you made with Sora mattered, and we know this news is disappointing.
— Sora (@soraofficialapp) March 24, 2026
We’ll share more soon, including timelines for the app and API and details on…
Dans la presse spécialisée, les experts convergent vers une même explication : actuellement en difficulté, OpenAI ne pourrait simplement plus se permettre de courir deux lièvres parallèles. En effet, la compagnie de Sam Altman serait en ce moment même en train de perdre du terrain sur les marchés (bien plus rentables et attestés) du code informatique et des outils de gain de productivité générés et accompagnés par l'intelligence artificielle générative. Sur ce terrain, les rivaux de l'entreprise Anthropic seraient effectivement en train de grignoter de précieuses parts de marché, au point d'inquiéter l'hégémonie d'OpenAI. En bref, l'enseigne devient mathématiquement obligée de se recentrer sur les véritables zones de croissance immédiates de sa technologie.
Or, de fait, la conception et l'alimentation de Sora auront impliqué d'énormes frais pour le développement, l'entretien et la puissance de calcul de cette technoologie, sur un marché qui ne propose pas pour le moment de débouchés économiques susceptibles de produire un retour sur investissement fiable (et désormais urgent).
En dehors de l'accord avec Disney, l'application de cet outil se sera surtout destiné aux réseaux sociaux. Et si, par le passé, les investisseurs du secteur de l'IA générative pouvaient encore se contenter de parier aveuglément sur la promesse de l'avenir, ce milieu est actuellement en train d'abandonner cette tactique de la spéculation forcenée : dans le présent, les actionnaires ne peuvent simplement plus se permettre de brûler des milliards de dollars dans des outils dont on suppose qu'ils finiront par produire de véritables résultats économiques, puisque le secteur est de plus en plus chargé, de plus en plus incertain, et une concurrence qui se joue désormais sur les marchés internationaux. Actuellement, OpenAI doit donc être capable de fonctionner comme une entreprise "normale".... et d'abandonner pour un temps l'expérimentation au profit des bilans comptables.
Du point de vue de Disney, cette nouvelle passera tout de même pour un petit revers de fortune. Lors de l'annonce du partenariat avec la compagnie de Sam Altman, l'outil de génération prévu pour Disney+ avait été vécu par les investisseurs comme un dernier oeuf d'or de la part de l'ancien président directeur général du groupe, Bob Iger, avant de prendre son départ en retraite : l'assurance d'avoir su anticiper l'avenir, de s'extraire des débats autour du manque de protection pour les propriétés intellectuelles privées face au soutien du corps politique pour les modèles d'entraînement de l'intelligence artificielle générative... et aussi, voire surtout, de marquer un coup d'avance sur la concurrence en attendant que Prime Video, Apple et Netflix ne reprennent le flambeau dans le cadre de cette nouvelle course aux armements de pointe.
Pour le nouveau grand patron de la superstructure, Josh D'Amaro, cet obstacle inattendu passe donc pour un mauvais signal, surtout dans les premières semaines de sa prise de poste. Disney a tout de même formulé son propre communiqué de presse pour rassurer la base de ses actionnaires : le groupe ne compte pas abandonner cette piste de la génération de vidéos par la voie de l'intelligence artificielle dans l'immédiat (et ça tombe bien : on a plusieurs planètes heureusement), et devrait donc se chercher un nouvel associé capable de réaliser cette prouesse d'ici cette année. Dans le même temps, la compagnie devrait aussi récupérer son milliard de dollars, puisque la transaction n'avait pas encore été finalisée.