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Moon Knight : La réalité, en attendant le réveil

Moon Knight : La réalité, en attendant le réveil

ReviewSeries tv
On a aimé• Oscar Isaac sur quelques scènes
• Une photo' pas désagréable
• Le montage ludique de l'action
• Un éventuel jeu de piste à suivre de près
On a moins aimé• Moon Knight ? Où ça ?
• Un Khonshu aux fraises
• Très, très convenu
• La santé mentale comme un gimmick
• Ethan Hawke en vilain prévisible et sans fantaisie
Notre note

Disclaimer : La critique qui suit se concentre exclusivement sur le premier épisode de Moon Knight. Si Disney a bien ouvert à la presse un accès anticipé pour les quatre premiers épisodes de la série, un embargo hebdomadaire a été imposé pour les premières semaines de diffusion. Il sera toutefois difficile de feindre l'ignorance, ou de faire comme si ce papier avait été écrit avec seulement le premier épisode en tête. 

La critique est toutefois garantie sans spoilers (à l'exception des éléments aperçus ou évoqués lors de la campagne publicitaire autour de la série, et par extension, des éléments apparus dans les comics Moon Knight édités par Marvel depuis plus de trente-cinq ans).

Le cas de Moon Knight interpelle, à l'ombre de produits plus "normaux" dans le vaste plan de conquête d'un Kevin Feige installé depuis un certain temps au sommet de sa propre pyramide. Si Marvel Studios a effectivement prévu, cette année, d'ouvrir la voie à de nouveaux personnages jamais apparus jusqu'alors dans les différents projets de la marque (Ms. Marvel, She-Hulk), le justicier à motif de lune et ses personnalités alternatives est forcément un peu différent. Pourquoi ? Parce que Moon Knight appartient à une famille dans l'arborescence Marvel. Marvel, des comics. Et aussi, Marvel de la télévision. Lorsque Jeph Loeb, en profitant d'un espace de liberté dans l'empire des productions Disney, avait posé les premières pierres des séries "Defenders", beaucoup s'imaginaient que le Moon Knight finirait par venir tenir compagnie à Daredevil, Punisher ou à Jessica Jones. Des personnages fédérés par un rapport à la rue, à l'urbain, au polar ou aux rixes de quartier entre truands et assassins, loin des super-héros aériens que le public toise entre deux gratte-ciels ou de leurs adversaires aux grands plans machiavéliques, capables de prendre d'assaut la planète entière en suivant le bon alignement.

La génération des séries Marvel Television de Netflix s'est toutefois achevée sans avoir craché son Marc Spector urbain, sombre et basé sur l'architecture d'un Daredevil aux penchants ténébreux. D'une manière générale, cet espace de liberté a de toutes façons fini par se refermer : après avoir aidé son entreprise à amasser suffisamment d'argent pour éloigner les autres têtes pensantes, Kevin Feige a désormais la main sur l'ensemble de l'appareil productif Marvel, des films aux séries télévisées. Certains s'en félicitent, pour la cohérence de l'univers (il faut admettre que les séries Netflix n'ont jamais vraiment trouvé leur place dans les grands plans du MCU). D'autres, en revanche, regrettent le manque de variété imposé par cette unique tête couronnée, qui aurait tendance à garder sous clés les projets qu'il juge trop incohérents avec le reste de la saga. Hors, par définition, ou même dans l'application de quelques unes de ses aventures, Moon Knight a eu tendance à échapper aux normes. 


Voire même aux codes des super-héros au sens strict. A la croisée de Batman, Daredevil ou de Double-Face, le héros incarne une tangente unique en son genre dans l'histoire des comics de vengeurs masqués - frappé de problèmes mentaux, d'un trouble dissociatif de l'identité, accolé à la mode des comics d'horreur des années soixante-dix, des comics de kung-fu des années soixante-dix, reliquat de Batman, avec un ami imaginaire qui se trouve être un dieu bien réel plus ou moins bien intentionné en fonction des volumes. Moon Knight est une énigme, un défi que se lancent les scénaristes de BD et dont les manifestations ont toujours été disparates. Seule l'impression de ne jamais réellement avancer, de revenir à la base et de devoir systématiquement réexpliquer (comme pour faire le tri) les origines du bonhomme, canalise l'ensemble des histoires éditées à son sujet. 

Pour Marvel Studios, et son habitude d'aplanir les idées folles des comics dans un moule plus acceptable pour le spectateur moyen - avec un Thanos qui oublie son amour pour la Mort, un Ego plus humanoïde et moins "planète vivante", et un Thor qui troque la grandeur psychédélique de ses aventures originales contre différents palliatifs plus référencés (du Shakespeare, du Game of Thrones ou du purement gaguesque) - le risque de passer le personnage au rouleau compresseur était, forcément, prévisible. Au sortir du premier épisode, mettons que la crainte n'est qu'à moitié résolue. D'abord, parce que le boulot reste correctement fait, que la plateforme Disney+ reste cette piste de danse inattendue, où le très coincé Kevin Feige s'autorise à desserrer la cravate et tenter une modeste chorégraphie après une dure journée de bureau (avec WandaVision ou Loki, notamment), mais surtout parce que ce nouveau personnage, interprété par Oscar Isaac, ne semble pas vraiment chercher à essayer d'adapter Moon Knight. D'ailleurs, on aurait presque envie de se demander, au fond, à quel personnage on s'intéresse sur ces cinquante premières minutes.

Fly Me... To the Moon


 
La série Moon Knight suit le quotidien de Steven Grant. Modeste caissier dans la boutique de souvenirs d'un musée londonien, le bonhomme se passionne pour l'étude des hiéroglyphes et l'apprentissage de la lointaine mythologie des pharaons. Le personnage épouse l'ensemble des archétypes de séries ou de films basés sur l'idée d'un renversement de personnalité à venir - Steven est timide, maladroit, solitaire, inoffensif, proche de sa maman, un modèle très classique de héros renfermé qui passe à côté de la vie, à la Jim Carrey ou Ben Stiller, en plus ridicule ou en plus inquiétant. Le personnage est sympatoche, et heureux de constater les quelques progrès qu'il parvient à accomplir malgré son handicap mental. Steven est effectivement, on le suppose, frappé de somnambulisme, ou au moins conscient qu'il lui arrive de quitter le lit de temps à autres pour se réveiller dans des endroits incongrus. Alors, celui-ci tente de rester éveillé. De piéger son propre "Horla" en dispersant du sable autour du plumard pour vérifier s'il lui arrive de s'adonner à de nouveaux voyages nocturnes. De résoudre des problèmes pour maintenir son cerveau en activité et éviter de se paumer dans les méandres de son propre esprit. Quelques scènes jouent sur cette corde de la paranoïa vis-à-vis de cette perte de contrôle, avec suffisamment d'adresse pour donner l'impression au spectateur que quelque chose d'anormal entoure ce héros, au demeurant, piégé dans sa propre tête.
 
La direction artistique de la série est plutôt travaillée, proportionnellement à ce qu'a pu proposer Marvel Studios récemment avec l'affreuse série Hawkeye, et son dégoût manifeste des éclairages ou des ambiances. Le premier épisode évolue dans des teintes de bleu-gris qui cherchent manifestement à installer une ambiance, quoi que l'ensemble ne casse pas tout de suite les habitudes de l'entreprise en termes d'installation d'atmosphères. Kevin Feige veut visiblement faire de Moon Knight un produit à destination des fans d'"horreur", ou d'un certain genre d'horreur. Les problèmes d'identité, de possession ou de paranoïa ne sont pas étrangers à ce répertoire, et on aurait envie de croire que le président de Marvel Studios a sans doute apprécié Last Night in Soho et tenté de reproduire l'expérience à la maison (au point de baser un héros toujours présenté comme New-Yorkais en comics à Londres, sans aucune raison valable, et en obligeant au passage Oscar Isaac à parfaire sa meilleure imitation de Martin Freeman, pour ensuite se donner le droit de blaguer à ce sujet). Le résultat final évoque davantage La Nuit au Musée, ou surtout Fous d'Irène. Voire The Mask. Voire, au risque de passer pour des gens méchants, à Venom. Vous comprendrez en regardant.
 
Le héros découvre vite la problématique qui occupera le reste de la série : lorsqu'il dort, il devient "Marc", un bonhomme manifestement plus doué que lui pour la baston et qui a la fâcheuse habitude de dialoguer avec un ami imaginaire à grosse voix, une sorte de momie à tête d'ibis encore anonyme jusqu'ici. Là-dessus, interviennent les ennuis. Steven s'aperçoit vite que son quotidien est effectivement assez compliqué. Il assiste à l'apparition d'un gourou également obsédé par l'Egypte Antique, à ces visions de son double Marc et d'un certain costume qui risquent, à terme, d'ouvrir quelques questions sur son rôle dans toute cette mythologie. La mise en scène, volontairement économe, joue sur les interversions d'identité pour s'autoriser différentes coupes dans le montage : si le héros est en danger, Marc prend le relais, mais le montage ne s'attarde jamais sur lui. Steven se réveille quelques secondes plus tard, entouré des corps de vilains abattus par son double, une façon ludique de résoudre les bagarres en permettant au passage au studio de ménager le suspens (et d'économiser de l'argent sur les scènes de combat). Les effets sont plutôt réussis de ce point de vue, mais la méthode risque de devenir agaçante à force de répétitions. Le gros de l'action n'est de toutes façons pas montré à l'écran à l'exception d'une scène de course-poursuite. Pour l'heure, on prend le spectateur par la main, en le laissant comprendre les règles tout seul. On coupe la pilule en morceau, au cas où celle-ci serait trop rude à avaler en une prise.
 

 
Le fameux ami imaginaire de Marc - que les fans de comics identifieront facilement comme le dieu Khonshu des comics - évoque de son côté ce parallèle assez évident avec l'ignoble Venom de Tom Hardy. Loin de la grandeur, de l'élégance ou de la constance métaphorique des comics de Declan Shalvey ou Greg Smallwood, ce dieu là rentre dans les habitudes des rigolards de Marvel Studios. L'équivalent de la scène de l'ascenseur du premier Venom où la voix du symbiote insulte Eddie Brock de pussy se retrouve à peu près dans ce premier épisode, avec un langage plus édulcoré. Parce que, chez Disney, on n'améliore pas. On édulcore, et on considère que le boulot est fait. Et au cas où le comparatif passerait pour odieux, il n'a rien de gratuit : le film Venom est un énorme bras d'honneur aux fans de comics dans ce qu'il comprend de l'allégorie que représente le symbiote vis-à-vis de ces mêmes mécaniques de penchants bipolaires, d'addiction ou de dopage. Le symbiote devient une sorte de couillon rigolard fait pour amuser la galerie, comme si le genre du "film de super-héros" s'était piégé le talent dans une machine à fric qui interdit toute forme de nuances ou de recherches passé le format conventionnel du blockbuster d'action/comédie. Moon Knight ne tombe pas si bas - heureusement pour lui. En revanche, on est obligés de compter les ressemblances désagréables.
 
Les scènes de marionnettiste, ou de conflits de deux identités habitant un même corps, ont de curieux airs de famille. Cette pantomime à la Fous d'Irène qui approche le gag visuel par le prisme du physique, dans une chorégraphie absurde où un acteur doit jouer de son corps pour manifester une sorte de possession tournée en dérision. Le rapport des deux identités reste pour l'heure calqué sur des astuces de mise en scène convenues : le miroir, encore et encore, les reflets, pour quelques effets agréables à l'oeil quand le metteur en scène accepte de s'amuser, mais jamais subtils. Les produits de cette catégorie restent dans un enclos à l'intersection de la bonne idée et de l'easter egg : en comics, Marc Spector divise sa vie entre trois identités, et donc, les plans symbolistes ou formalistes vont casser l'image du héros en trois pour nous représenter ce qu'il est vraiment, à la fine frontière entre éveil et sommeil, entre rêve et réalité. En somme, entre délire et conscience. Cette mise en scène a l'intérêt de s'autoriser un peu de folie, et d'ouvrir la porte, via cette allégorie du sommeil, à l'idée que cette réalité pourrait être plus fracturée que prévu - comme lorsque le reflet de Steve s'arrête en pleine course pour devenir Marc. Ca ressemble à un gadget esthétique au premier abord, mais cette perception de la réalité touche au plus près les essais de WandaVision dans le jeu de piste. On prend.
 
D'une manière générale, ce premier épisode n'échappe toutefois pas aux obsessions de Kevin Feige. Distraire, divertir, éviter de tomber dans le thriller proprement dit ou de ne pas taper un produit susceptible de faire peur au public fidèle qui le suit lui et ses produits depuis presque quinze ans - à l'exception de quelques scènes plus sérieuses, Moon Knight décalque le modèle Marvel Studios avec son vilain pétri de bonnes intentions mais à l'ouest sur la méthodologie, l'emploi de l'humour ou de la musique pour tordre le cou une fois ou deux de trop à la tension et au gravitas, et une révérence aux comics qui s'arrête à l'utile en foutant tout le reste par la fenêtre. Au demeurant, on ne s'attendait pas forcément à ce que l'entreprise casse le moule en l'espace de quelques années seulement, mais force est d'admettre que Loki ou WandaVision avaient été plus loin, plus vite, et qu'un héros comme Moon Knight appelait à davantage de créativité de par son simple aspect iconoclaste, unique en son genre. 
 
Certains avaient dit de The Batman que le film ressemblait à une version PG-13 de Seven, avec son tueur incapable de sortir du film avec une boîte à tête décapitée. D'autres disaient récemment que Marvel Studios trichait avec Ms. Marvel en truquant les pouvoirs pour un rendu pyrotechnique qui ne comprenait pas l'allégorie de l'adolescence dans les comics. Moon Knight tombe dans le même cas de figure - adaptation donc trahison, pour avoir un héros suffisamment différemment de la norme et appeler à des renvois à Benjamin Gates ou Vol Au Dessus d'un Nid de Coucou, mais dans le format Disney où tout reste suffisamment contrôlé et propre pour ne jamais vraiment mettre de baffes ou laisser le spectateur en haleine. 

In the Pale Moon Knight


 
Là-dessus, il va falloir marquer un temps d'arrêt. Parce qu'une précision importante s'impose, une précision qui d'ailleurs entre dans le contrat implicite de la ligne édito' de cette modeste antenne de presse. A travers les vastes prairies de la toile, vous trouverez certainement des tonnes de papiers plus spécialistes de la mise en scène, des codes de séries télévisées ou même de Marvel Studios en tant qu'usine de l'imaginaire - des gens qui feront la liste des easter eggs ou sauront mieux que les sites généralistes comprendre ce que cette adaptation là a de plus que les autres, ou comment celle-ci se compare aux autres dérivations du modèle. Mais pour les fans de comics, ou les lecteurs de comics, le sujet de l'adaptation représente une grille de lecture différente. 
 
Une grille qui comprend que le matériau sorti de la chaîne de fabrication n'a pas à épouser en tous points les contours de la BD, mais que les créatifs mobilisés à la commande doivent tout de même comprendre l'intérêt de ce qu'ils ont entre les mains. Qu'ils évitent si possible de donner dans le contre-sens, de gâcher la qualité essentialiste de tel ou tel personnage. Des sites, des influenceurs ou des vidéastes sauront vous dire si tel ou tel produit est viable vis-à-vis de thématiques extérieures à la seule analyse critique de l'art cinéma' (sur des variables sociales, par exemple, ou dans le rapport aux personnages féminins, aux causes politiques, etc). On leur laissera à eux le soin de disserter sur le fait d'utiliser le handicap mental comme un trampoline à effets de suspense faciles d'accès - de notre côté, le boulot consiste aussi à dire aux quelques tarés qui lisent encore du super-héros en France si les studios ont respecté la formule. 
 
Et de ce point de vue, ce premier épisode est une injure en bonne et due forme. Moon Knight ne fait pas le détective. Moon Knight n'a pas conscience de ses propres identités, qu'il a pourtant lui-même créées de toutes pièces en comics avant de se paumer dans son propre labyrinthe psychique. Moon Knight n'a pas la vocation d'être un justicier, et de ce qui transparaît dans ce premier épisode, le héros n'a même rien à voir avec son équivalent des arts séquentiels en dehors de quelques noms propres piochés dans un wiki'. Côté dissociation, on se demande même comment tout ça peut tenir de bout, avec une relation qui ressemble plus à un Tyler Durden planqué au fond d'un tiroir que d'une véritable fracture mentale proche de "l'horreur" du doute.
 
Au-delà des comparaisons avec d'autres oeuvres présentant le trouble dissociatif comme un motif narratif, en se foutant au passage du réel handicap que traverse la catégorie d'individus concernée, on trouve quelques bonnes scènes où Oscar Isaac joue la fragilité et la résilience face à sa propre condition. Un passage à un restaurant où l'acteur, dans son costume vocal d'anglais timide, a honnêtement l'air de perdre pied avec la réalité et de souffrir d'avoir si peu d'emprise sur sa propre vie. C'est pas mal. Cette unique scène, accolée à celle où le héros tente de fuir le sommeil dans son appartement, apparaissent comme de minces rayons de lumière dans une déclinaison qui reste finalement très conventionnelle au regard du million de produits "tempête sous un crâne" proposé au cinéma, en série télévisée, en bande-dessinée ou en jeu vidéo. Et on se demande même si Marvel ne joue pas un peu léger avec le propos sur le double et la masque, constitutif de toute la matière comics, de Batman Ego à Daredevil Yellow en passant par... Moon Knight, le maître étalon de la catégorie en BD. Le reste a plus à voir avec une compréhension très hollywoodienne de l'identité fracturée, dans les comédies absurdes qui tombent dans ce registre évoquées plus haut, et surtout, dans Total Recall
 
Difficile d'échapper à la parabole : un petit bonhomme avec une vie normale qui va s'apercevoir qu'il serait en réalité un super-agent exceptionnellement doué à la bagarre et frappé d'une double-identité qu'il entrevoit dans ses rêves ? Steven Grant est le Douglas Quaid du Carl Hauser de son Marc Spector, et le rapport aux problèmes ou aux troubles mentaux s'arrête (pour le moment) à cette comparaison. Le Moon Knight urbain des comics, celui qui ne tire pas de réels super-pouvoirs de son costume, celui pour qui la mythologie égyptienne n'est qu'une pièce rapportée ou un motif relativement secondaire sur la plupart des volumes, celui qui vit à New York dans un paysage d'urbanisme noir qui lui fournit ses galons de privé dans la tradition américaine des héros en imperméable, et surtout, celui qui a consciemment décidé de mettre des noms propres sur ses troubles mentaux en adoptant par choix différentes identités - au point de réussir à vivre avec, et de trouver un forme de bonheur auprès d'un entourage qui l'accepte tel qu'il est - n'existe pas dans l'espace clos que représente cette entrée en matière.
 

 
Au vu de la campagne de promo', où le personnage de Mr Knight avait notamment été présenté, et du soutien manifeste de Declan Shalvey, les faits sont là : Marvel a bien mis le nez dans les comics Moon Knight de ces dernières années pour concevoir cette lecture très tarte du héros, et on frémit d'avance de savoir où la série compte nous emmener si elle prend à la lettre certaines idées survenues dans les exceptionnels runs consacrés au personnage publiés depuis Marvel NOW! (une période faste pour les personnages héros à la marge dans son genre). Pour l'heure, restent quelques constantes : Oscar Isaac s'amuse manifestement, comme Tom Hardy pouvait s'amuser de faire le zouave dans un produit de commande qui n'entachera pas le reste de sa carrière - de plus grands.es acteurs.ices ont joué le jeu du système avant eux - tandis qu'Ethan Hawke reste plat dans sa peinture d'un gourou excessivement ennuyeux et à peine lié au personnage secondaire des comics qu'il prétend transposer à l'écran. 
 
Sur un plan prosaïque, le fait est que cette adaptation était redoutée par les amateurs du volume de Jeff Lemire. Qui avait, pour lui, l'intérêt d'avoir donné une réponse ferme et définitive à un personnage que pas mal de scénaristes se seront refilés sans bien savoir quoi faire de cette tête brûlée, née d'un précipité chimique particulièrement instable. De fait, il était impossible d'adapter tel quel le volume de Lemire, Greg Smallwood, Francesco Francavilla et James Stokoe, attendu que les auteurs ont parié sur une déconstruction progressive qui se basait en grande partie sur les volumes d'avant. Or, on ne propose pas un nouveau personnage pour le déconstruire dans la seconde - ça ne se fait pas, on n'a pas inventé les règles. Mais dans le suivi des productions Kevin Feige, compte tenu de ce qui a été fait sur Daredevil aux grandes heures de Marvel Television, cette introduction laisse un goût amer - celui d'un système qui, même lorsqu'il vise l'horreur et des thèmes plus morbides, ne peut pas se départir de ses sales manies.

Moon Knight : Sonata ?


 
Pour le moment, la série Moon Knight n'en est qu'à ses débuts, et sur le plan plastique, force est de constater que le bilan n'est heureusement pas aussi sombre que prévu. Oscar Isaac semble habiter le costume du fantoche Steven Grant dans ses bons comme ses mauvais moments, et la perspective de voir l'acteur s'amuser à varier dans les incarnations (ou les accents) est un bon point à prendre pour les amateurs de comédien, éternel polymorphe capable de camper un chanteur folk sans le sou ou un milliardaire égomaniaque avec la même qualité d'interprétation. Les éclairages de ce premier épisode restent travaillés, le rythme s'autorise une certaine lenteur et une envie d'installer les choses progressivement - qui pourrait tout aussi bien nous faire douter de la cadence des épisodes suivants vu l'énorme chantier d'éléments à installer après cette introduction qui assume de ne montrer le costume que lors des dernières secondes. Du point de vue narratif, on colle à ce qui a fait, jusqu'ici, la réussite des quelques bonnes séries de Marvel Studios sur Disney+ : tout concentrer sur un seul personnage, presque sans éléments secondaires, pour centrer l'intrigue sur un point de vue. Et en cas d'effets de style à la WandaVision, l'entreprise pourrait gagner à tenir ce pari, à l'inverse des propositions plus collectives. A voir.
 
Mais, le fait est que, pour le moment, le résultat ne mord pas. Que l'on soit ou non fan du Moon Knight des comics, avoir réuni Oscar Isaac et Mohamed Diab, un réalisateur égyptien de long-métrages centrés sur des sujets de société, avec les perspectives offertes par un tel personnage, ce premier épisode reste suffisamment cadré pour interloquer, donner l'envie de suivre et de voir où le script compte nous emmener, sans provoquer l'effet "chute de réalité" de la meilleure série Marvel Studios à ce jour. L'impression de voir Khonshu se transformer en un acolyte goguenard ou Marc Spector et ses sinistres origines en simple double dans le miroir pour un héros ouvertement castré de ses forces habituelles pose une fois encore la question de la matérialité de ces adaptations - passées d'une force de frappe de grands geeks heureux de devenir millionnaires en balançant à l'écran leurs héros préférés en une usine à produits manufacturés incapable de réellement surprendre, ou de prendre à la gorge comme les premières minutes d'Iron Man, Daredevil ou des Gardiens de la Galaxie. En résumé, Marvel Studios crache du héros pour occuper une plateforme, mais toutes les figures convoquées ne sont pas forcément miscibles avec l'esprit du gourou Kevin Feige ou le diktat de la formule.
 
Mais ce procès, nous l'avons déjà vécu. Cent fois. Mille fois. Et la critique des intentions du projet n'est, en réalité, plus à faire - parce que Marvel assume de faire du Marvel, et que ça n'a pas l'air d'empêcher les équipes de livrer le coup d'éclat occasionnel dès lors que la patron assume de descendre sur la piste pour tenter une chorégraphie inattendue. Le bilan de Kevin Feige sur Disney+ reste finalement plus équilibré que prévu, et même la branche cinéma tente manifestement de se dégager un peu de créativité en allant chercher des cinéastes plus pointus.es de temps à autres. Qui sait, Moon Knight surprendra peut-être, mais après près de quinze ans et quelques produits foutrement plus agressifs dans leur envie de renverser la table, on s'étonne de s'ennuyer, un peu, devant ce début de série finalement très prévisible et pas du tout à la hauteur de l'enjeu.
 

 
Tout le problème est là : Moon Knight était un produit irréalisable pour une clique d'exécutants incapables de penser plus haut. Notez que la critique ne mentionne pas le nom du scénariste en chef de la série, Jeremy Slater, un bonhomme à qui l'on doit une partie de la première saison de The Umbrella Academy, le film Death Note de Netflix, et le futur film Mortal Kombat entre autres choses. L'idée n'est pas de donner dans le procès d'intention, mais les faits sont là : le loustic a allègrement prouvé sa capacité à répondre à une commande de studio en donnant, docilement, dans le convenu. Pour sortir de la posture du fan outragé d'un personnage obscur, mettons simplement que ces premiers pas du Moon Knight de Marvel Studios s'arrêtent à cet effort minimal : dans le convenu. On repère trop facilement des lectures ouvertement grand public des thèmes de l'identité dissociée, on ne reconnaît pas la sincérité d'antan de cette équipe de fans de comics capables de faire avaler au grand public des thèmes tels que le multivers, les pierres d'infinité ou le Wakanda, pour accepter que les attentes sont aujourd'hui mesurées à l'échelle du divertissement hebdomadaire et d'une intrigue qui promet (un peu) et d'une technique qui fait le boulot. Problème, tant du côté des films d'archéologues musclés (Indian Jones), des héros qui se tabassent avec les forces du malin inspirées de sombres cultes ancestraux (Hellboy) ou de fictions qui prennent la distorsion de réalité au sérieux (à vous de citer votre film préféré dans cet encart), le comparatif risque de piquer et les effets de manche de Marvel Studios de ne pas suffire, à terme. Restent Oscar Isaac, une photo' pas désagréable et la curiosité de revenir la semaine suivante en espérant, bêtement, que Kevin trouvera autre chose dans les BDs qu'il édite un peu plus d'élan et de générosité.
 
Corentin
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