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Le Dernier Pilote : des bagnoles et (beaucoup) de politique, une interview avec Sean Murphy

Le Dernier Pilote : des bagnoles et (beaucoup) de politique, une interview avec Sean Murphy

InterviewAstrolabe

Il y a deux ans, dans le cadre d'une longue interview autour de son Zorro : D'entre les Morts qui sortait alors en VF, Sean Murphy nous avait dévoilé en exclusivité le titre du prochain projet sur lequel il travaillerait : The Last Driver. Et une paire d'années plus tard, l'album est disponible sur le territoire français, et complet en France d'ailleurs avant les États-Unis, puisque son statut est assez particulier en ayant été édité directement en France avec la maison Astrolabe.

De retour en France cet automne pour une tourné de dédicaces autour de cette nouveauté, Sean Murphy nous a donné une nouvelle fois de son temps pour pouvoir discuter en long et en large de cet album. Une interview qui n'hésite pas à aller au fond des choses et particulièrement au coeur des idées politiques que le récit soulève, comme vous le verrez à la lecture. Si vous souhaitez écouter directement cet échange dans sa langue d'origine, le podcast est disponible via First Print. 

Remerciements : Clémentine Guimontheil ainsi que Clément Boitrelle pour la traduction et retranscription de l'interview.


SM : Merci beaucoup mon ami ! [en français]

AK : Vous avez appris le français !? Comment allez-vous ?

SM : Bien ! [en français]

AK : Notre dernier entretien remonte à deux ans, nous avions échangé autour de votre Zorro. Vous aviez déjà évoqué à l’époque Le Dernier Pilote, je me plais d’ailleurs à penser que vous en avez parlé pour la première fois sur nos ondes.

SM : Sans doute… J’ai dû vous faire cette révélation car vous êtes tellement talentueux et vous m’êtes vraiment sympathique ! C’est pour ça qu’aujourd’hui je vais vous révéler tous mes prochains projets !

AK : Et j’adore ça ! Comme ça je pourrais me la raconter pendant des années ! Mais je me demandais, plus sérieusement, comment se sont déroulées ces dernières années pour vous ?

SM : Plutôt bien ! J’adore venir à Paris, c’est ma sixième ou septième venue. Je n’avais encore jamais réalisé d’album exclusif pour la France. En temps normal c’est François [Hercouët] d’Urban Comics qui s’occupe d’acquérir les droits de Batman, Zorro ou tout autre projet. C’est le premier album que j’ai d’abord pensé pour le marché français, puis pour l’américain dans un second temps. J’ai été très occupé ces dernières années, il s’est également passé beaucoup de choses dans le monde. J’avais beaucoup de choses à dire au sujet de la politique américaine mais je voulais utiliser la manière douce, c’est pour cela que je me suis tourné vers une histoire de voitures.

AK : Pourquoi avoir choisi spécifiquement le marché français ?

SM : J’ai visité le Mans à la période où ils rénovaient le musée, on m’a alors montré l’entrepôt où étaient stockées toutes les voitures les plus célèbres. Je me suis demandé qui allait bien pouvoir s’occuper de ces véhicules à l’avenir si de moins en moins de personnes conduisent parce qu’on vivra dans des capsules ou bien à cause l’IA ou je ne sais quoi d’autre. D’autant qu’il y a une demande en France pour des récits autour des voitures et de la course automobile. Ce n’est pas un genre que nous avons aux Etats-Unis. Il y a les super-héros et l’horreur, ce qui est super. Mais je savais que réaliser un album qui se moquerait des Etats-Unis et qui parlerait de voiture intriguerait les lecteurs français. Ma seule inquiétude fut au sujet des ventes outre Atlantique mais je suis plutôt content de voir que le livre se vend bien dans les deux pays !

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AK : Pourquoi étiez-vous inquiet des ventes américaines ?

SM : Les lecteurs américains veulent du super-héros, pas des voitures. Vous savez, les passionnés de voiture aiment Retour vers le Futur, Mad Max, il y a donc des correspondances entre ces deux sphères culturelles. Mais disons qu’ils vont sans doute préférer des choses plus concrètes. Disons que les amateurs de mécanique et les fans de comics sont deux populations bien différentes aux États-Unis.

AK : D’aucun pourrait dire que la voiture est intrinsèquement liée à la pop-culture américaine. Vous mentionniez ces deux films mais dans votre album même, vous expliquez que la culture de la voiture est inhérente à la culture américaine.

SM : C’est le cas en effet.

AK : Dans ce cas, on pourrait penser qu’un comics autour de l’automobile se vendrait plutôt bien outre Atlantique. Je crois que c’est Rick Remender et Bengal qui ont réalisé une histoire autour de la mécanique il y a quelques années… Je n’ai plus les chiffres de vente en tête mais je ne pense pas que ce fut un échec…

SM : J’ai sans doute sous-estimé mon lectorat américain. Vous savez, la voiture est souvent perçue comme quelque chose de très viril. La plupart de mes lecteurs se sont sans doute fait cogner ou harceler par d’anciennes ordures qui roulaient des mécaniques au lycée. Je pense qu’ils ont donc une certaine aversion vis-à-vis des voitures. Mais j’ai sans doute une vision erronée de la chose car beaucoup de mes lecteurs apprécient cet album, même s’ils ne sont pas particulièrement intéressés par les voitures d’ordinaire. Ce qui est sûr, c’est que nous n’avons pas de genre de bande dessinée autour du sport automobile comme en France.

AK : Lorsque vous réfléchissez à une histoire destinée à un public différent, essayez-vous de vous mettre à la place des français par exemple ? Qu’est-ce qui pourrait leur plaire ?

SM : Un peu oui. Lorsque j’ai réalisé Plot Holes, il a fallu que je créé un personnage d’assassin que j’ai décidé d’appeler « Le Rasoir » en français. Je savais que mes séries se vendaient bien en France, j’ai donc voulu intégrer quelques éléments en français pour mes fans hexagonaux. J’essaie donc toujours de plaire au public que je vise sans pour autant compromettre mon travail.

AK : Quelle est votre relation avec l’automobile ? Aimez-vous conduire ? Nous découvrons par exemple dans la postface rédigée par François que durant votre visite du Mans, vous avez eu l’occasion de conduire sur le circuit des 24 Heures. J’ai lu l’histoire mais j’ai envie d’avoir votre version, qu’avez-vous ressenti ?

SM : C’était complètement irréel ! Ce fut une surprise. On m’emmène dans un bâtiment et l’instant d’après, je suis au volant d’une pace-car, un SUV Porsche. Sur le siège passager j’ai un type qui me dit de foncer, et sur la banquette arrière il y a François et Lise, mon interprète, qui ne sont pas forcément des amateurs d’automobile ! J’ai donc foncé mais pas trop non plus car je ne voulais pas faire peur à mes passagers qui n’étaient pas forcément à l’aise derrière !

Vous savez, être entouré par tout cet héritage de l’histoire automobile, quand bien même vous n’êtes pas spécialement intéressé par les voitures, mettre les pieds au Mans et voir par exemple le lieu où a eu la première célébration au champagne, cela vous fait quelque chose. La plupart de mes lecteurs pense ne pas être des amateurs d’automobile. Je répondrai que nous le sommes tous en fait. Vous avez forcément un avis sur le sujet. On conduit tous, on se souvient de notre première voiture, on aime ou on déteste notre nouveau véhicule… Des souvenirs se font à l’intérieur de nos voitures. Un lien se créé forcément avec votre véhicule, surtout si elle rencontre une panne. On peut facilement lire le langage corporel des autres conducteurs… Ce n’est pas parce que vous ne savez pas ce qu’est un carburateur que vous n’aimez pas les voitures.

AK : Et si je vis dans une grande ville où il n’est pas possible d’avoir une voiture ?

SM : Dans ce cas effectivement, la voiture n’est pas faite pour vous, désolé ! Je dois faire plus d’interviews en banlieue où les gens n’ont pas le choix que d’utiliser leur voiture ! Même si j’adore les voitures, loin de moi l’idée que les gens qui utilisent les transports en commun ratent quelque chose. Ce n’est pas du tout ce que je veux dire. Mais quiconque habite en ville et doit louer une voiture pour partir en roadtrip sera plus ou moins affecté par cette expérience… En tout cas je l’espère…

AK : Je ne sais pas où vous habitez, mais utilisez-vous une voiture au quotidien ?

SM : C’est le cas oui. Nous habitons dans le Maine, à deux heures au Nord de Boston. Si vous connaissez l’œuvre de Stephen King, beaucoup de ses récits s’y déroulent. Il y a l’océan, des homards… Ça ressemble beaucoup à l’Irlande. Je possède effectivement une voiture de collection : une Datsun 240z qui date des années 70. C’est une vieille voiture rénovée. Je l’amène à des salons, elle a déjà gagné des prix. J’ai également une moto. Ma femme et moi possédons également chacun notre voiture que nous utilisons tous les jours. Elle a une Volvo qui craint, j’ai très hâte de pouvoir m’en débarrasser ! Pour ma part, je conduis une Kia Stinger. Aux Etats-Unis, on appelle ce genre de voiture des « sleepers » : malgré son apparence, c’est une voiture très rapide !

AK : Aimez-vous conduire sans but précis ?

SM : Je suis quelqu’un de très anxieux. Mais quand je conduis, je peux rêvasser, je peux m’ennuyer. Il est difficile de nos jours de s’ennuyer si l’on prend en compte toutes les distractions possibles qui s’offrent à nous, via nos téléphones notamment. Quand vous vous ennuyez, vous devenez créatif. Conduire, ce n’est pas si difficile : il faut garder les roues droites. Quand on conduit, on peut rêvasser, penser à différentes choses, écouter de la musique… On écoute très rarement de la musique sans rien faire d’autre, on cuisine, on est avec des amis. Quand vous conduisez, vous pouvez vous concentrer sur la musique et la route en même temps. En ce qui me concerne, c’est un très bon moyen de m’apaiser et j’ai toujours très hâte de conduire pour profiter de ces moments de calme, moments qui se font de plus en plus rare de nos jours.

AK : N'auriez-vous pas les mêmes sensations dans un métro ?

SM : Tout à fait. J’ai pu aussi être dans mes pensées quand je prenais le métro de New-York, assis tranquillement à regarder par la fenêtre. Vous n’avez pas forcément à être en voiture pour profiter de ce genre de moments.

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AK : Suite à votre visite au Mans, vous avez donc décidé d’entamer un récit dans lequel la voiture occuperait une place prépondérante. Vous avez auparavant dessiné différentes Batmobile dans Batman : White Knight ; il y avait également une voiture dans votre Zorro… Je crois que le moment était enfin venu pour vous d’avoir un album uniquement dédié aux voitures !

SM : La plupart des critiques de l’album ont écrit qu’il s’agissait d’un récit 100% Sean Murphy ! Cet album n’est qu’une excuse pour exhiber du « voiture-porn » ! Je voulais que l’album face référence aux films « grindhouse » des années 70, auxquels j’aurais ajouté des éléments du film New-York 1997 ainsi qu’une touche de récit politique afin que l’intrigue ait une certaine portée. Ce n’est pas un album qui est là pour donner une quelconque leçon, mais cela rend l’intrigue plus intéressante et plus profonde que s’il ne s’était agi que d’une simple histoire de voiture.

AK : Comment avez-vous conçu le script, les personnages ?

SM : J’ai d’abord imaginé un univers où les voitures seraient interdites. Puis j’ai imaginé ce personnage qui sait encore conduire, personnage qui se fait embaucher pour réaliser un braquage. Personne n’est en mesure de l’arrêter, j’avais alors une bonne idée dans quelle mesure l’action se déroulerait. Tandis que j’essayais de développer davantage l’univers, j’ai imaginé que les plus pauvres vivraient reclus dans le désert tandis que les plus riches seraient dans les villes. Je me suis donc demandé qui pourrait bien diriger ces grandes villes.

Plus je lisais les informations et que j’entendais parler d’IA, de police, de milliardaires qui prennent des décisions qui impactent le reste du monde, plus l’envie d’intégrer un discours politique s’est développée. J’ai donc choisi de situer l’histoire après l’avènement d’une Deuxième Guerre Civile aux Etats-Unis. Pas une guerre civile « physique », c’est-à-dire sur des champs de bataille, mais une guerre civile numérique créée par des algorithmes dans le but de nous diviser pour que les plus riches puissent alors prendre le pouvoir. Le personnage principal comprend cet état de fait, il essaie de survivre entre ces deux communautés car c’est un passeur. Il ne peut plus conduire, en tout cas plus dans les villes. Le personnage passe du statut de célébrité, cascadeur et pilote à celui de paria. Il est de plus très en colère quant à la tournure qu’ont pris les Etats-Unis. Le fait qu’il soit d’origine native-américaine justifie d’autant plus sa colère car il descend d’un peuple qui a déjà été privé de liberté par les blancs il y a des années. Il est néanmoins fier d’être américain car il perçoit ce que son pays devrait être.

Il enchaîne alors les péripéties -il doit sauver sa petite-fille qui attend une greffe du cœur- et ce qui a d’abord commencé comme un simple braquage se transforme en véritable révolution, tandis que ses concitoyens commencent à réaliser ce qu’ils ont perdu et comment ils peuvent avancer ensemble de nouveau. Voilà le genre d’idées plutôt stimulantes que j’ai intégrées. Percevez l’album ainsi : il y a 90% de sucre, c’est fun, facile et plaisant à lire. Et les 10% restants sont bourrés de vitamines !

AK : Vous expliquez ne pas avoir voulu donner de leçon avec cet album, ne pas vouloir être trop politique. Vous conviendrez qu’il s’agit d’un album très politique, vous mettez en avant beaucoup d’idées dans ce sens. Je souhaitais aborder certaines d’entre elles avec vous.

SM : Faites donc !

AK : J’aime beaucoup le fait que vous expliquiez que sur la route, on est tous égaux. C’est également un endroit que vous devez partager avec les autres. Je pourrais néanmoins vous répondre que tout le monde n’a pas forcément accès à la voiture.

SM : C’est vrai.

AK : Quand bien même certains peuvent se payer des voitures rapides et puissantes, il y a quand même des inégalités. La route ne peut alors pas gommer toutes nos différences.  

SM : Vous avez raison. Le personnage principal a beau avancer ses arguments, d’autres personnages lui répondent et soulignent le fait que tout n’était pas parfait autrefois. Les gens ne respectaient pas la route, tout le monde n’avait pas accès à la voiture… Et quid de la pollution, des conducteurs ivres ? Quand bien même notre personnage principal a une vision romantique, d’autres personnages critiquent cette vision idéaliste.

AK : Quel est votre avis sur la question ? Peut-on dire que le personnage principal est une version de vous-même ?

SM : Pas vraiment non. Je suis d’accord avec une partie de ce qu’il raconte mais je pense qu’il va un peu trop loin. Il n’a qu’une vision manichéenne, en noir et blanc du monde, tandis que j’aurais une vision un peu plus grise. Vous savez, j’adore les voitures mais je me soucie également de l’environnement. L’écologie rentre souvent en conflit avec mon amour des voitures. Je ne pense pas que ce soit le cas chez mon personnage. J’aurais beaucoup à redire sur sa façon de voir le monde, ce que fait son entourage d’ailleurs. Beaucoup de personnes s’imaginent que mon protagoniste est un reflet de moi-même, ce qui n’est pas le cas. Mais bon, ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent.

AK : Pourquoi ça à votre avis ?

SM : Je ne sais pas vraiment… Quand j’ai travaillé sur Batman, personne ne m’a accusé d’adopter le point de vue du Joker ou de Batman… Personne ne m’a accusé de penser comme Zorro non plus. Ce fut sans doute le cas pour Punk Rock Jesus mais je ne sais pas trop pourquoi parfois les lecteurs pensent identifier l’opinion de l’auteur et parfois non. Je ne sais pas trop…

AK : Il y a peut-être eu un changement dans ce que les lecteurs attendent d’un album ou d’un auteur. Vos opinions sont très claires dans Punk Rock Jesus, mais c’est un album qui date d’une certaine époque et vos idées ont peut-être changé depuis ? Quelle est votre réaction vis-à-vis des retours de vos lecteurs sur la compréhension -ou pas- d’un de vos albums ?

SM : Les lecteurs vont forcément tirer des conclusions qui ne sont pas nécessairement vraies. Dans Batman, les lecteurs plus « libéraux » pensaient que j’étais de leur côté, tandis que les lecteurs plus conservateurs s’imaginaient que je penchais davantage dans leur camp. Cela montre que vous faites un bon travail : vous êtes suffisamment vague, vous imaginez des personnages suffisamment différents que le lecteur a du mal à voir vous vous situez. C’est peut-être la clé pour aborder des sujets politiques. En revanche, quand vous n’avez qu’un seul protagoniste qui ressasse tout au long de l’album sa vision du monde, bien plus que n’importe quel autre personnage, alors il est plutôt logique que les lecteurs m’associent au héros. Mais cela me va, il faudra que je fasse attention à l’avenir de mettre plus en avant d’autres personnages pour davantage brouiller les pistes.

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AK : Depuis la publication de Batman : White Knight, la polarisation du lectorat s’est creusée. Nous sommes aujourd’hui dans une période bien différente de celle de 2017. Trouvez plus difficile d’écrire un album aujourd’hui dans lequel vous voulez mettre en avant vos idées ?

SM : Je sais que beaucoup de personnes n’aiment pas le terme « woke ». Je trouve au contraire que c’est un mot très utile et important. Alexandria Ocasio-Cortez, une célèbre femme politique américaine, a même été jusqu’à dire que la pensée « woke » de première génération est allée trop loin. Je suis plutôt d’accord. Il m’aurait été beaucoup plus difficile d’écrire cet album il y a six ans. Un de mes personnages est une personne trans, je suis un auteur blanc qui parle des natifs d’Amérique… Mes amis libéraux qui travaillent également dans l’industrie se feraient beaucoup de soucis pour moi ! Je pense qu’ils m’auraient conseillé de me tenir à distance de ce genre de sujets.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que la culture « woke » s’est quelque peu calmée ; on réfléchit aux sujets vraiment importants et on essaie de voir là où on est allé trop loin. Aujourd’hui, nous sommes dans une époque où un auteur blanc peut écrire un personnage trans, à condition de faire attention. De même, vous pouvez parler des natifs d’Amérique si vous avez fait vos recherches. J’apprécie donc essayer d’aborder ces sujets complexes, même si quelques sourcils risquent de se lever ! Je pense qu’il est important de se lancer et d’oser. La chasse aux sorcières peut parfois aller trop loin. Certaines sont tout à fait légitimes, mais d’autres peuvent parfois tourner au ridicule. J’essaie donc de voir quelle est la limite de ce que je peux faire avant d’agacer qui que ce soit. J’aurais clairement été plus tranquille si je n’avais pas fait cet album, mais c’est plus fort que moi !

AK : Avez-vous échangé avec des personnes trans ou des natifs ? Ont-ils jeté un œil à votre script pour savoir si ce que vous racontiez pouvait être offensant ou pas ?

SM : Tout à fait. J’ai deux amis.ies trans à qui j’ai parlé de mon personnage, qui s’appelle « Trans Am ». C’est un nom qui n’est pas très subtil, mais c’est le cas pour chaque autre personnage de l’album. Iels étaient un peu dubitatifs.ves au début mais iels ont apprécié le fait que le personnage assume son statut de personne trans. C’est clairement une protagoniste, elle a de l’assurance. Iels ont donc compris que mes intentions étaient bonnes et que je devais garder ce personnage. D’autant que le personnage se faisait déjà appeler «Trans Am » avant sa transition. C’était peut-être un indice sur qui iel est vraiment. Iels ont donc validé ce personnage.

En ce qui concerne les natifs américains, j’ai beaucoup lu. Je ne le mentionne pas dans l’album, mais Clutch, le protagoniste, appartient à la tribu Mohican du Massachussetts. C’est une tribu que l’on trouve également dans le Wisconsin. J’ai eu besoin de leur aide pour retranscrire le terme « mécanicien ». J’ai donc contacté leurs représentants en leur expliquant que j’étais auteur etc. et qu’il me fallait l’équivalent du terme « mécanicien » dans leur langue. Comme ils n’ont pas de langue écrite, ils ont dû consulter leurs anciens pour savoir comment retranscrire ce terme : évidemment, la langue des Mohicans a été créée bien avant les voitures. Ils m’ont alors recontacté en me donnant une réponse tout à fait fascinante : ils traduiraient « mécanicien » comme « un docteur qui glisse sur le sol », un peu comme un serpent. Aussi, si jamais je réponds à une interview devant un millier de personnes et que l’on me reproche quoi que ce soit, je peux répondre que j’ai consulté des représentants de la tribu Mohican qui m’ont fourni la bonne traduction. Sachez que je n’ai rien contre le fait que l’on me corrige, mais en tout cas j’ai fait attention à mener mes recherches pour ne froisser aucune sensibilité.

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AK :  C’est intéressant car vous êtes bien conscient d’aborder des sujets sensibles, surtout de nos jours, et pourtant vous y allez sans hésiter.

SM : C’est ça.

AK : Vous vous moquez des conséquences ?

SM : C’est surtout que je n’aime pas que l’on me dise quoi faire. Je pense rester plutôt prudent mais je trouve intéressant d’aller tâter différents terrains minés, de voir mon entourage me dire de faire attention pour que je puisse leur répondre une fois l’album sorti : « Vous avez vu ? C’est sans danger ! ». On peut publier de tels albums, on peut aborder de tels sujets. Ce n’est pas si dangereux que ça. En tout cas c’est l’objectif que je vise. Je risque de me planter parfois, et je devrais donc m’excuser de bonne foi. Si jamais quelqu’un d’origine native lit mon album et estime que je me suis trompé, je serais tout ouïe pour écouter ses arguments. J’ai clairement voulu faire bien mais je ne suis pas un expert, encore moins une IA. Tout ce qu’un artiste peut faire c’est de son mieux.

AK : Dans l’album, vous utilisez la voiture comme une métaphore de la perte de liberté. J’ai cru comprendre que vous n’appréciez pas non plus les voitures électriques… Ni tout ce qui touche de près ou de loin à l’électronique…

SM : C’est parce que vous m’imaginez être Clutch, ce qui n’est pas le cas ! [rires]

AK : C’est une partie de vous quand même ! Pour être tout à fait franc, j’ai écouté une interview de vous cet été où vous expliquiez préférer les voitures thermiques.

SM : C’est vrai, mais pour autant je possède une voiture hybride ! Je trouve que c’est la solution la plus efficace. Nous n’avons pas d’autre choix que de vivre dans un monde plus électrique. Cela va m’attrister car j’aime beaucoup les voitures thermiques, mais l’électrique est plus sain pour nous. Pour autant, nous n’avons pas les infrastructures suffisantes pour rendre ces véhicules fiables. L’industrie automobile s’est jetée corps et âme dans l’électrique l’année dernière mais elle est en train de réaliser que c’est une erreur, nous ne sommes pas prêts. Nous n’avons par exemple pas suffisamment de bornes de recharge. Pour l’heure, seuls les propriétaires de maison peuvent se permettre d’avoir une prise pour recharger leur voiture dans leur garage. Mais si vous êtes locataire, c’est plus difficile car vous n’avez pas les mêmes revenus.

Aussi, vous pouvez déjà voir les différences entre classes sociales : il y a ceux qui peuvent se permettre d’avoir une voiture électrique et les autres. C’est une thématique qui s’applique totalement à l’album. Pour autant, il y a de magnifiques voitures électriques qui vont bientôt être disponibles, comme la marque Scout par exemple, j’ai très hâte de les voir. Je supporte totalement toutes ces innovations, s’ils pouvaient par exemple faire en sorte que le moteur fasse du bruit, ce serait génial ! Mais je m’accroche encore au passé même si le futur m’enthousiasme. J’admets que la plupart des voitures électriques d’aujourd’hui sont plutôt ennuyeuses. Il est difficile de ne pas s’énerver quand on voit le Cybertruck d’Elon Musk ! Mais j’aimerais vraiment que les voitures électriques se démocratisent, c’est encore difficile actuellement. Mais nous finirons bien par y arriver.

AK : On peut percevoir dans votre album une charge contre le numérique. Les personnages sont attachés aux supports physiques. Pensez-vous que nous perdons quelque chose via le tout numérique ?

SM : Oui… Les enfants adorent les écrans, les tablettes, tout est tellement plus facile. Mais quand j’offre à ma nièce un livre, elle lâche son écran ; elle me dit qu’elle trouve ça plus relaxant de feuilleter les pages que de lire sur son écran de tablette. Je suis plutôt content d’entendre ça, j’espère que cela va durer ! D’autant que nous savons très bien que les écrans sont mauvais pour les enfants pour pleins d’autres raisons : le cyberharcèlement, être exposé à des images qu’ils ne devraient pas voir, les publicités des entreprises qui ciblent directement nos enfants… J’espère que l’attrait pour les médias physiques continuera de grandir. Regardez, les cartes Pokémon sont de nouveau à la mode, ainsi que les vinyles. Playstation essaie de passer au tout numérique et maintenant les joueurs sont furieux. Il y a donc une opportunité pour un concurrent de proposer des jeux-vidéo sur support physique à nouveau. C’est une problématique plutôt intéressante et je suis convaincu que les gens ne sont pas encore totalement prêts à passer au tout numérique.

AK : Je crois que les comics sont le seul médium à ne pas pouvoir passer en 100% numérique. Le Dernier Pilote en est la preuve car vous avez adopté un format italien pour l’album. Lire l’album sur une tablette n’aurait fait aucune différence car il suffit de zoomer et d’ajuster la page.

SM : Effectivement, même si pour faire un album il faut couper des arbres, trouver un revendeur… Si vous vivez au fin fond de la Russie, vous n’avez pas d’autre choix que de télécharger illégalement l’album... J’essaie d’être à l’écoute des envies de chacun mais comme vous, je préfère le format physique. Et tout particulièrement en France où vous êtes particulièrement distingués et appréciez les beaux albums !

AK : Certes, pour produire un album il faut abattre des arbres mais si l’on veut lire l’album au format numérique, il faut construire un ordinateur, trouver des métaux rares etc. J’imagine qu’à l’époque où les livres n’étaient qu’au format physique, la Terre était sans doute dans un meilleur état qu’aujourd’hui…

SM : J’aimerai beaucoup discuter avec un expert pour savoir quelle est l’empreinte carbone réelle entre un livre physique et sa version numérique. C’est le genre d’informations très précieuses.

AK : Pourquoi avoir choisi ce format à l’italienne ? Aviez-vous envie de donner un aspect cinématographique à l’album ?

SM : Tout à fait, une voiture c’est avant tout un objet élancé. Aux Etats-Unis, les lecteurs voient les couvertures majoritairement à la verticale. Quand ils se saisissent de mon album, ils comprennent qu’ils doivent tourner le livre à l’horizontale, un peu comme s’il tournait un volant. Quand vous ouvrez l’album, le tout est très large, comme un pare-brise. Ma femme m’a fait remarquer que l‘on a l’impression de lire l’histoire à travers un pare-brise, ce que je trouve plutôt cool. Les lecteurs sont plutôt surpris et s’imaginent que je suis le premier à adopter ce format.

Aux USA, d’autres auteurs avant moi ont eu cette idée et a fortiori en France. C’est aussi un format très populaire en Argentine. Le seul inconvénient de ce format concerne les doubles pages : les deux pages alignées sont tellement longues qu’elles cognent mon café, le chat, le mur… C’est assez prise de tête à manipuler mais c’est avant tout une expérimentation que j’ai très appréciée réaliser. Je me rends compte que j’aurais pu faire mieux pour cette certaine page mais le résultat final me plaît plutôt bien.

AK : En français nous avons l’expression « le mieux est l’ennemi du bien ». A trop vouloir en faire vous risqueriez de faire pire !

SM : C’est une expression que l’on aurait dû avoir en tête aux Etats-Unis…

AK : Est-ce que ce format a eu un impact sur votre narration ? Avez-vous dû repenser votre storytelling ?

SM : Eh bien pour commencer, les paysages sont devenus très grands ! Je demande au lecteur de faire un quasi demi-cercle de gauche à droite pour lire mon album ! Dans le format plus classique, vous pouvez simplement voir les paysages d’un simple coup d’œil. Maintenant il faut bouger son cou ! Le format classique des comics est tout à fait légitime et je ne dis pas que tous les albums devraient avoir le même format à l’italienne, mais disons que si vous trouvez le bon prétexte pour l’utiliser, comme une histoire avec des vaisseaux spatiaux par exemple, c’est assez cool de faire autrement.

AK : Vous avez pourtant réalisé une couverture verticale. Était-ce pour embrouiller les lecteurs américains et leur faire croire qu’il s’agissait d’un comics au format traditionnel ?

SM : Non ! Dans les comic-shops américains, il faut que les albums rentrent dans les boîtes blanches. Ils ont horreur quand vous changez de format ! J’ai choisi cette couverture pour ne pas les mettre en colère ! Mais certains décident d’exposer l’album à l’horizontal. Disons que c’est un choix politique pour ne pas agacer les lecteurs qui achèteront l’album ! Loin de moi l’idée d’embrouiller les lecteurs ! C’est surtout que ce format me permettait davantage.

AK : Si je comprends bien à chaque étape de votre travail vous devez faire attention à n’agacer personne !?

SM : Effectivement ! [rires] Je dois faire attention aux personnes trans, aux natifs, aux gérants de comic-shops !

AK : Difficile de travailler ainsi !?

SM : Je serais plus tranquille si je ne faisais pas d’album si politiques.

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AK : Revenons justement à l’aspect politique de l’album. J’ai en tête une page en particulier qui ouvre l’album. Je fais référence à la page qui explique la Deuxième Guerre Civile. Je n’ai pas été voir sur internet ou sur des forums les réactions, mais vous y représentez deux camps. J’aimerais beaucoup que l’on analyse cette planche ensemble car j’ai le sentiment qu’il s’agirait là de la page qui pourrait potentiellement agacer les lecteurs.

SM : Peut-être… Nous avons d’abord le côté « rouge » : on y aperçoit un type avec une montre militaire qui tient son téléphone. En face de lui, on voit une personne de couleur avec du vernis. Elle tient également son téléphone, qui est bleu. Au milieu, un genre de circuit imprimé que l’on trouve dans les ordinateurs qui s’étend de gauche à droite, un peu comme un réseau. On aperçoit également des genres de puces électroniques au milieu desquelles on peut voir différentes illustrations. Du côté rouge, on peut voir un drapeau sur lequel il y a un fusil, avec comme slogan « Essayez de me le prendre ! ». Il s’agit d’un fusil d’assaut que l’on vend en toute légalité aux Etats-Unis. On peut voir également des bouteilles de bière cassées en référence à Kid Rock qui a tiré sur des canettes de Bud Light en guise de contestation pour leur engagement auprès des communautés LGBTQIA+. On voit également un Cybertruck, en référence à Elon. Il y a également une ferme car c’est un sujet important pour eux. On trouve un drapeau américain et évidemment une image représentant des immigrés qui courent le long d’un mur.

Tous ces éléments sont des thématiques qui préoccupent beaucoup j’imagine mes connaissances conservatrices. J’aurais dû rajouter une croix pour faire référence à la religion mais j’ai oublié. Au milieu de la page, on trouve des sujets sur lesquels les deux camps sont plutôt en accord : la Statue de la Liberté, les USA, la Terre, l’argent et l’opposition gauche / droite. Du côté bleu, on trouve un drapeau LGBT, le symbole de Black Lives Matter, une baleine, Greta Thunberg, des ours polaires… Je ne pense pas que cette page offense qui que ce soit : j’imagine très bien une personne de droite se reconnaître dans ces thématiques, de même pour une personne de gauche. Une personne de droite se dira que Greta est folle, que le mouvement BLM est allé trop loin etc. Le côté bleu est en colère contre le rouge et inversement. Je ne pense pas que ce portrait soit inéquitable.

AK : Mon argument serait le suivant : si vous mettez toutes ces idées au même plan, il me semble quelque peu déséquilibré de mettre au même niveau défendre les personnes opprimées et vouloir les emprisonner, refuser leur existence ou les empêcher de pénétrer dans votre pays. C’est sur ce point que vous risqueriez d’être offensant.

SM : Vous êtes quelqu’un de libéral, comme moi, et je suis tout à fait d’accord avec votre point de vue. Mais si je veux faire un album qui soit suffisamment au centre, il faut que chacun puisse se reconnaître dedans. Comme vous j’estime que défendre les droits des homosexuels, défendre l’environnement, c’est le combat qu’il faut vraiment mener. En tout cas bien plus que défendre le port d’armes. En ça, je suis tout à fait d’accord. Mais mes amis conservateurs vont plutôt penser que les athlètes trans risquent de rendre leurs filles moins fortes à la natation. Pour eux, les réfugiés sont avant tout des immigrants clandestins qui doivent rentrer dans le pays par des biais légaux. Ils ont leurs arguments qui justifient leur façon de penser. Comme vous je ne partage pas leur vision mais dans l’optique de l’album, pour adopter un point de vue neutre vis-à-vis de ce conflit, disons qu’objectivement c’est à ça que ressemble cette lutte pour chaque camp. J’aimerais voir le côté bleu gagner en importance, ce sera peut-être le cas à l’avenir, mais pour l’instant mon objectif est de représenter cette lutte le plus objectivement possible.

AK : Admettons que je sois libéral. Il faut reconnaître qu’un des camps ment. Si l’on prend l’exemple de Greta Thunberg, nous savons que le réchauffement climatique existe, c’est réel. Vous ne pouvez pas mettre le camp d’en face au même niveau car eux réfutent l’existence même d’une chose qui a été démontré scientifiquement. Est-ce vraiment juste de mettre toutes ces idées au même niveau quand on sait qu’un des deux camps ment ouvertement ? Je pourrais dire la même chose pour Elon Musk ou votre président. Mais je tiens à vous rassurer, nous avons également notre propre président qui ment aussi !

SM : Prenez l’exemple de la ferme. Je pense que la droite a bien raison de s’inquiéter d’agriculture, d’où provient notre nourriture, l’interférence de grosses entreprises comme Monsanto etc. Je ne pense pas que les libéraux s’inquiètent vraiment d’où provient leur nourriture. C’est un des points sur lesquels la droite est plus à l’aise. En revanche, je ne pense pas qu’ils aient raison au sujet des armes. C’est à partir de là je pense que l’on pourrait trouver des compromis. Si l’on devait se retrouver dans une grande pièce, ils pourraient se dire : « On veut que vous prêtiez davantage attention à nos fermiers ». « D’accord, mais concernant les fermiers, nous voulons que vous vous souciiez plus de notre planète ». A partir de là, on peut se reconnecter à nouveau. Être en colère envers une star qui tire sur des cannettes de bière, c’est complètement idiot ! Je suis prêt à entendre les vrais arguments de la droite. Attention, je ne parle pas de Trump ni de ses supporters. Je parle plus des conservateurs plus traditionnels, ceux d’avant Reagan. Ceux que l’on entend peut-être beaucoup moins aujourd’hui. Ces personnes pourraient peut-être nous dire que l’on a été trop loin concernant les droits des LGBTQIA+. La question des droits des homosexuels a été globalement traitée. Peut-être que laisser un enfant modifier ses hormones n’est pas une si bonne idée que ça, qui sait ? C’est une problématique plutôt nouvelle que l’on ne maîtrise pas encore très bien. Je suis sûr que s’ils peuvent trouver des choses à redire sur certains de nos arguments, nous pouvons trouver à redire sur les leurs.

AK : Je suis un peu… pas agacé mais disons plutôt interrogatif quand vous dites que la lutte pour les LGBTQIA+ est allée trop loin. Encore aujourd’hui il y a des personnes qui meurent juste parce qu’iels ne sont pas hétéros. Qu’est-ce qui vous fait dire que ce mouvement est allé trop loin ? La limite pourra être tracée le jour où plus personne ne se fera tuer car iel est différent.e.

SM : Evidemment que personne ne mérite de mourir parce qu’iel est gay ou trans….

AK : Ni moqué, ni harcelé…

SM : Je suis d’accord avec vous. Certaines de mes connaissances femmes sont inquiètes par exemple qu’un homme se fasse arrêter, aille en prison, décide de changer de genre et se retrouve dans une prison pour femmes pour les harceler. Il y a eu de tels cas mais ce n’est pas ce que nous voulons. Vous pouvez défendre les droits LGBTQIA+ tout en réglant certaines dérives. On pourrait par exemple se dire qu’une fois la transition de genre faite, on pourrait placer ces individus dans d’autres prisons… Je ne sais pas quelle est la solution en ce qui concerne le milieu carcéral, ni le milieu sportif… Il y a tellement de choses que l’on ignore.

Je suis néanmoins tout à fait d’accord pour dire que les personnes trans ont le droit d’avoir des enfants, de se marier, d’adopter… C’est un sujet plutôt récent mais évidemment que je ne souhaite pas que ces personnes se fassent agresser ou tuer. Ce que je veux dire c’est que concernant certains domaines comme les prisons ou le sport, nous n’avons pas encore de réponse à apporter.

AK : Ce sont effectivement des sujets très complexes dont je ne suis d’ailleurs pas spécialiste non plus mais je me dis juste que tout le monde devrait avoir les mêmes droits…

SM : Absolument. Je suis allé en Pologne et pour certains polonais, c’était la première fois qu’ils rencontraient un américain. Beaucoup de polonais sont libéraux mais ils étaient très curieux de savoir si nous laissions vraiment des femmes concourir dans des compétitions pour hommes. Ils avaient l’air très étonnés. Je leur ai répondu que je n’étais pas un expert et qu’ils devraient demander à quelqu’un d’autre ! Je suis venu ici pour vendre des comics, pas pour parler de ce genre de sujet ! Je suis le premier américain qu’ils rencontrent et ils nous voient en train de nous écharper au sujet des droits des personnes trans, du sport… Le reste du monde semble très curieux de voir comment nous allons nous débrouiller avec ces sujets mais je n’ai pas toutes les réponses… Néanmoins c’est un sujet important qui valait le coup d’être abordé dans l’album… à mes risques et périls !

AK : On voit bien les limites à aborder ce genre de sujets sans en connaître tous les tenants et aboutissants ; on pourra très bien vous attaquer sur ces thématiques.

SM : C’est important de se confronter à ce genre de critiques. Vous voyez, la manière dont vous me questionnez, j’estime que c’est ce à quoi doit servir cet album.

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AK : J’ai d’ailleurs une question au sujet du personnage de Firebird. C’est un personnage sexiste, mysogine, raciste et transphobe. Le combo gagnant ! Quand on rencontre ce personnage au début de l’intrigue, on comprend très bien le fait qu’il s’agit d’un sale type. On serait alors en droit de se dire que Sean Murphy est « woke ». Mais au fil de l’histoire, il finit par aider Trans Am ce qui peut paraître un peu naïf si l’on prend en compte la façon dont vous l’avez caractérisé juste avant. Selon moi, ce n’est vraiment pas le genre de type qui viendrait en aide à quelqu’un. Il est clairement transphobe et c’est le genre de sale personne qui ne veut pas le moindre contact avec des individus qu’il déshumanise. Pourquoi un tel revirement ?

SM : Je connais des personnes transphobes qui, une fois une personne trans devant eux, se radoucissent très vite. Ils ne changent pas fondamentalement d’avis, mais ils se disent : « Mon/Ma voisin.e est trans ? Alors je l’aime bien. » Malgré le fait qu’ils soient de fiers conservateurs, je pense qu’une fois en présence d’une personne en pleine transition, ils vont mettre leur conviction de côté. Je ne pense pas qu’ils en viennent à ignorer quelqu’un dans le besoin. Je suis convaincu que nous sommes plus gentils les uns envers les autres que ce qu’Internet veut bien nous faire croire.

Ce que vous décrivez correspond au stéréotype qui s’inscrit dans une vision très binaire du monde. J’estime qu’il y a de nombreuses zones grises. Je sais néanmoins que les personnes transphobes peuvent faire peur et agacer, et vous ne voulez absolument pas tomber en panne dans un Etat qui ne soutient pas les droits LGBTQIA+, c’est un constat tout à fait correct. Mais au fond de moi j’aimerais vraiment que quelqu’un se mette à votre place et vous file un coup de main pour réparer votre voiture sans se préoccuper si vous avez des nichons ou pas.

J’estime que les américains… les êtres humains valent mieux que ça. Mais je ne suis pas sûr qu’Internet veuille que l’on pense ceci. Firebird est donc un sale type mais je pense qu’il agit ainsi car il trouve cela drôle avant tout. Pour autant je pense qu’il respecte vraiment Clutch et Trans-Am. Au final, il les perçoit comme sa famille et décide de mettre ses convictions racistes et sexistes de côté. D’autant que dans son gang, il y a des personnes noires. Aussi, je ne pense pas qu’il soit aussi raciste qu’il le prétende. Encore une fois je pense qu’il y a beaucoup de zones grises chez ce genre de personne. Attention je ne l’excuse pas non plus, c’est toujours un gros con, mais j’apprécie le fait que pendant un instant, il soit un peu plus positif.

AK : J’imagine qu’à force de travailler sur une histoire de voitures, il fallait une référence à Fast and Furious ?!

SM : Evidemment !

AK : Aimez-vous cette saga ?

SM : Pas vraiment non…

AK : Vraiment ?!

SM : Il y a un peu trop d’images par ordinateur et d’effets numériques… La physique des voitures lors des poursuites est un peu trop farfelue. Je préfère les films plus réalistes comme Ronin, qui a été filmé en France, ou les films des années 70. Mais Vin Diesel qui saute de sa voiture pour attraper sa sœur avec ses gros bras musclés en plein vol par-dessus un pont, très peu pour moi !

AK : Je crois qu’ils réalisent encore pas mal de cascades en plateau… Je vous aurais bien vu comme fan de Fast and Furious… C’est peut-être ce qui pourrait être le plus blessant pour vous !

SM : Mes lecteurs les plus jeunes apprécient beaucoup ces films et je dois trouver un moyen de leur parler car c’est grâce à cette saga qu’ils aiment les voitures ! La culture de l’automobile leur doit beaucoup, il faudrait donc vraiment que j’apprécie ces films…

AK : Mais d’ailleurs, maintenant que j’y pense, revenons un peu en arrière, peut-être qu’une des thématiques de l’album est de montrer l’influence qu’Internet a sur nos vies ?

SM : Oui, en particulier les IA, Internet ainsi que les ultra-riches… Firebird est certes un sale type, mais les vrais méchants de l’album sont les milliardaires qui nous contrôlent, qui contrôlent la police, cette dernière agissant comme une armée de robots décérébrés. Pensez à l’ICE aux Etats-Unis ainsi qu’aux morts et les fusillades qu’il y a eu. Mélanger les thématiques des voitures, de l’IA et de la police me paraissait logique pour ainsi interroger toutes les mauvaises décisions que prennent les ordinateurs à notre place.

AK : Etes-vous inquiet du risque que fait peser l’IA sur l’art et sur les comics en particulier ?

SM : Je ne sais pas trop. Si j’étais plus jeune, je pense oui…

AK : Imaginez que je suis un jeune artiste, et je veux réaliser un comic-book de fantasy qui ressemble à du Sean Murphy. Je n’ai qu’à rentrer un prompt et le tour est joué. Est-ce quelque chose qui vous inquiète ?

SM : Je ne pense pas beaucoup apprécier mais je n’ai aucune idée de comment arrêter le phénomène. Ce que j’espère à l’avenir, c’est que l’on puisse étiqueter ce qui a été fait par IA, ainsi les clients sauront dans quoi ira leur argent. On aime tous la musique. Si vous prenez une chanson faite par un algorithme, je ne pense pas que cela soit très intéressant parce que nous portons beaucoup de valeur aux expériences humaines. Je pense que l’on peut tous s’accorder pour dire que si nous étiquetions ce qui a été fait par IA, on pourrait déjà régler bon nombre de problèmes ! Du moment que l’on nous informe, on peut alors décider si oui ou non on veut aller voir un film réalisé en partie par IA. C’est la même chose pour les comics. Je suis un dinosaure en ce qui concerne la technologie, je dessine encore sur du papier ! Aussi personne ne risque de m’accuser d’utiliser l’IA ! Ce qui m’inquiète, c’est que cela menace certains métiers artistiques à Hollywood.

AK : J’allais justement vous répondre que vous pouvez l’utiliser pour visualiser certains concepts que vous pouvez ensuite dessiner à la main.

SM : Je pense que l’on va arriver à une sorte de système hybride. Pas mal d’auteurs vont demander à une IA de leur écrire une suite avec tel personnage. Ils auront une dizaine de résultats différents, et peut-être que parmi ces résultats, une idée leur plaira et c’est là que l’humain reprendra les choses en main… Un peu d’IA mais surtout de l’humain. Nous verrons sans aucun doute des productions 100% IA, mais je suis sûr qu’il y aura des formats hybrides que l’on ne remarquera peut-être pas.

AK : Vous n’utiliserez jamais l’IA ?

SM : Je suis trop bête pour ça ! Mon imprimante à 12 ans, j’utilise encore des clés usb, j’ai deux voitures qui datent des années 70… Je ne suis pas le genre de type que ça intéresse ! [rires]

AK : Même si vous avez d’abord réalisé cet album pour le marché français, vous l’avez quand même découpé en 5 chapitres. Aviez-vous le marché américain en tête également ? Vous êtes sans doute l’artiste le plus au point en termes de business que je connaisse dans l’industrie car vous ne réfléchissez pas uniquement en termes d’histoire, mais également comment votre album sera vendu.

SM : J’essaie d’être à l’écoute à la fois du marché français et du marché américain. Image, la maison qui publie mes histoires aux Etats-Unis, aime rentabiliser deux fois un album. La tradition, c’est de sortir les chapitres un par un. Nous avons les personnes que l’on appelle les « Mercenaires du mercredi » : ce sont les nerds qui vont le mercredi dans leur comicshop car ils aiment collectionner les différentes variantes. Il y a un marché pour ça, car une variante rare peut valoir plus d’argent. Ils vont donc les faire évaluer etc. C’est quelque chose que les européens ne font pas vraiment…

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AK : Détrompez-vous ! Nous n’avons certes pas 5 variantes différentes, mais ils nous arrivent d’avoir une ou deux couvertures variantes.

SM : Visiblement c’est en train de s’implanter ici aussi, je ne savais pas. C’est en tout cas une tradition aux Etats-Unis, même si je ne trouve pas ça très sain. Mais c’est le système dans lequel nous vivons et je dois payer une dizaine d’employés, Image compte sur moi pour faire de l’argent. C’est pour cela que nous sortons les chapitres séparément avant de publier une édition complète.

AK : J’imagine que l’album aurait été très différent si vous vous étiez dit qu’il s’agirait d’un roman graphique original ; vous n’auriez pas eu à avoir un cliffhanger toutes les vingt pages…

SM : Clairement, c’est une remarque intéressante. Aux Etats-Unis, il faut travailler par « bloc » de 22 pages. Mais j’imagine la liberté que vous devez avoir en France à travailler sans ce format… Je pense que cela pourrait être très fun. Mais étant donné les deux marchés, il faut que je propose quelque chose qui fonctionne sur les deux territoires. Ce que vous décrivez serait top en France, mais pas pour les Etats-Unis.

AK : Il existe bien des romans graphiques qui se vendent soit sur le marché direct ou dans les librairies… Cela pourrait marcher !

SM : Sans doute mais vous gagnez plus d’argent si vous adoptez la méthode américaine. Si j’étais un artiste pur et simple, si je n’avais pas à me soucier de payer quiconque, alors je ferais des albums tels que vous me les décrivez. Mais nous utilisons ce système car c’est celui dont mon équipe bénéficie le plus donc…

AK : A-t-il été difficile de choisir quelles voitures apparaitraient dans l’album ?

SM : Parfois… J’ai une collection de petites voitures et je les regarde en me disant que j’ai dessiné celle-ci trop souvent, celle-là pas assez… Je n’avais jamais dessiné de Mustang jusqu’à présent car c’est une voiture très célèbre aux Etats-Unis. C’est pour ça que j’ai voulu en faire apparaître une pour la première fois dans un de mes albums. Il s’agit de la dernière Mustang produite avant le choc pétrolier de 1973.

AK : L’album s’intitule Le Dernier Pilote, pourtant il se termine par un genre de cliffhanger… Disons que c’est une fin ouverte. Je me souviens que lorsque nous avons reçu les sollicitations, Image Comics qualifiait votre album de série en ongoing… Qu’en est-il ?

SM : Quelqu’un chez Image a voulu la ranger dans la catégorie ongoing, ce à quoi j’ai répondu que je n’avais que 5 chapitres, et je devais également travailler sur Batman… Mais visiblement le terme ongoing était le plus logique. Bon, je n’ai rien dit. Puis, Eric Stephenson s’en est rendu compte et a corrigé en disant qu’il s’agissait d’un récit complet. Je n’ai pas voulu m’en préoccuper, je les ai laissé se débrouiller avec ça car je bossais sur Batman, je n’avais pas de temps à perdre. Peu importe l’intitulé, du moment que vous pensez que c’est celui qui marche le mieux. Désolé ce n’est pas une réponse très intéressante !

AK : Je me demandais simplement si vous aviez prévu de faire une suite intitulée « Pas le Dernier Pilote » du coup…

SM : Je veux faire une suite. Je termine mon travail sur Batman, puis je travaillerai sur un autre album dans l’univers de Clutch. Le prochain sera « Le Dernier Motard », puis « Le Dernier Aviateur » … Si jamais je n’ai plus d’idées, je pourrais toujours faire « Le Dernier Skater », « Le Dernier Rollerblader » etc.

AK : Je ne sais pas si vous êtes sérieux ou pas…

SM : Pourquoi je ne serai pas sérieux ? C’est quelque chose que je veux faire depuis un moment… La suite se penchera sur les motos, puis les avions car j’ai très envie de dessiner des avions qui datent de la Seconde Guerre Mondiale.

AK : Dans un autre univers ?

SM : Dans le même univers avec les mêmes personnages. Clutch aura besoin de l’aide d’un ancien pilote et de son avion. Ils devront voler plutôt bas pour que les satellites ne les repèrent pas. La vieille technologie les protège. De même en ce qui concerne les motos ; ils pourront pénétrer dans des villes exiguës… Bref, il s’agira de s’amuser avec différents types de véhicules. Si jamais j’arrive à court d’idées, je pourrais toujours faire « Le Dernier Batelier » … Je ne sais pas s’il y a une demande pour ça… Mais j’ai toujours eu en tête le fait de réaliser plus d’albums dans cet univers.

AK : J’aimerais beaucoup lire « Le Dernier Skater » …

SM : Vraiment ! [rires] Vous n’êtes pas le premier à me dire ça !

AK : Je fais du skate et je serais très curieux de voir ce que vous feriez avec ce concept ! Pour le temps qu’il nous reste, je souhaitais parler avec vous de vos travaux chez DC.

SM : Avec plaisir.

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AK : Vous avez réalisé une courte histoire avec Superboy et Miguel O’Hara dans le cadre du crossover Marvel vs DC. Qu’est-ce que cela vous a fait d’avoir la liberté d’utiliser deux personnages des « Big Two » ? C’est même quelque chose que vous n’auriez jamais rêvé de faire à vos débuts ?

SM : Clairement non ! Tout a été réglé par DC j’ai donc pu travailler avec mon éditeur habituel. La paie fut signée par DC et non Marvel donc pas de problème ! Il a seulement fallu que je suive certaines règles. Au départ, je voulais faire se rencontrer Batman Beyond et Spiderman 2099, car ils se ressemblent beaucoup. Mon ami Jake a eu l’idée de les faire s’affronter en croisant les piques de leur costume, qui sont très similaires. L’idée était de les faire s’affronter à cause d’un malentendu. C’est Marvel qui a voulu utiliser Superboy et non Batman… J’étais déçu car c’était une belle opportunité… J’ai néanmoins pu faire apparaître Batman à la fin sur deux pages. Ce n’est pas une histoire incroyable, je n’avais que 5 pages alors j’ai fait du mieux que je pouvais. Il y a eu beaucoup d’intervention de l’éditorial. Pour ceux qui se plaignent de l’écriture de ce numéro, je suis totalement d’accord avec vous ! Je ne voulais qu’une seule chose, les faire s’affronter avant qu’ils ne repartent vers d’autres aventures.

AK : J’allais justement vous poser la question de l’éditorial pour ce numéro. Déjà qu’avec une maison d’édition vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, mais alors avec deux sur le dos !

SM : C’est un peu comme pour le film « Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? ». Ce film n’a pu se faire que si contractuellement les personnages des deux entreprises [Disney et Warner] apparaissaient exactement au même moment. C’est pour cela que vous avez Daffy Duck et Donald Duck qui jouent du piano en même temps: pour que les avocats soient contents des deux côtés ! Mais c’est comme ça que fonctionne la pop culture…

AK : Nous avons entendu parler du quatrième volume de votre saga « White Knight », World's Finest : White Knight. Que pouvez-vous nous en dire ? Sachant que vous avez posté en ligne pas mal de croquis et de designs, ce n’est donc pas un secret !

SM : Je peux parler de mes albums quand je veux, j’ai l’impression que DC ne s’en soucie pas trop !

AK : Ils ont peur de vous car vous êtes trop influent dans l’industrie !

SM : Si je travaillais sur la ligne Absolute, je pense que je ne pourrais pas parler de ce que je veux car il faut évidemment respecter le travail du reste de l’équipe. Mais puisque je travaille seul, DC ne semble pas trop s’en soucier. Du moment que les albums se vendent bien et que je ne pose pas trop de problèmes, nous avons une bonne relation de travail. Pour l’heure, un numéro est terminé sur les huit de prévus. On apercevra certains membres de la Justice League faire une apparition.

L’album parle avant tout de Batman et Superman qui s’allient pour aller explorer les ruines de Krypton pour rendre à Superman ses pouvoirs. L’histoire parle de la confiance entre un vieil homme, Bruce, et d’un jeune très puissant mais qui ne mérite pas vraiment ses pouvoirs. Grosso modo, nous verrons comment ils arrivent à s’entendre. Quand je parviendrai à la moitié de ce récit, je publierai un one-shot sur Catwoman car c’est un personnage qui brille par son absence depuis près de 10 ans. Ce numéro ne sera qu’en splash-pages et évoquera l’histoire d’amour entre Bruce et Selina. Ce sera plutôt amusant !

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AK : Avez-vous l’intention d’écrire pour des artistes ou inversement de dessiner pour d’autres auteurs ? Souhaitez-vous rester indépendant ?

SM : Dorénavant je n’écris que pour moi-même. Je suis un peu fatigué de dessiner pour d’autres. Je ne ferai qu’une exception l’an prochain. J’ai un album qui sortira chez Image intitulé Lake Totem, qui n’est pas encore annoncé [il a été annoncé depuis, ndlr]. C’est mon amie Corin Howell qui dessine mais j’ai écrit le script et réalisé le découpage. Mais je pense qu’il s’agit de la dernière fois que je travaille avec quelqu’un d’autre. Mais sait-on jamais… Si DC le veut et qu’ils peuvent me fournir une équipe en qui j’ai confiance pour m’aider, alors pourquoi pas. Mais la partie administrative demande beaucoup de temps et d’énergie pour que vos albums continuent d’être publiés. Et je trouve que mes travaux sont de bien meilleure qualité quand je suis tout seul.

AK : Pensez-vous dessiner encore longtemps ? Attention, je ne parle pas de prendre votre retraite mais peut-être de diminuer les intérieurs pour privilégier les couvertures variantes ou les commissions ?

SM : Je ne sais pas. J’ai encore beaucoup de choses à exprimer et l’écriture ne compte plus quand vous faites des couvertures… J’aime exprimer mes idées quand j’en ai l’occasion, donc je ne sais pas vraiment. Nous verrons bien. Je peux toujours me blesser ou me cogner la tête et devenir amnésique.

AK : Ne parlons pas de malheur ! Cela veut surtout dire que si vous prévoyez de continuer à faire des comics, nous pourrons nous revoir pour enregistrer d’autres podcasts !

SM : J’ai l’impression que vous trouvez toujours le moyen de me mettre la main dessus !

AK : Merci beaucoup pour votre temps Sean !

SM : Merci beaucoup ! [en français]

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Arno Kikoo
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