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Marvel relance Miracleman (pour les besoins de l'événement Avengers Armageddon)

Marvel relance Miracleman (pour les besoins de l'événement Avengers Armageddon)

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Stoppez les rotatives ! Avec la sortie du numéro Avengers : Armageddon #4 (disponible depuis ce mercredi 16 septembre 2026), les cartes de l'univers Marvel ont été largement redistribuées. Pourquoi ? Parce que cette nouvelle étape significative dans le grand plan de bataille de Chip Zdarsky pour le canon de la Terre-616 s'est traduite par la réapparition d'un personnage en forme d'immense surprise. Et si nous la rédaction n'a généralement pas pour habitude d'évoquer les retournements de situation qui composent l'intrigue des crossovers estivaux de cette catégorie (surtout en amont de la sortie VF), le fait est qu'il s'agit cette fois d'un événement suffisamment important pour constituer une véritable actualité autonome. Nous avons passé le point de non-retour : Miracleman est désormais canonique sur la Terre-616.

Kimotard que jamais

"Qui ça ?" Oui, alors. Voilà. C'est un peu compliqué, et il est généralement difficile d'évoquer l'histoire et l'existence même de ce personnage sans entrer dans une matrice historique (et qui couvre au moins quatre maisons d'édition, voire même six en prenant tous les détails dans le bon ordre) passablement opaque. Pour résumer : le personnage de Miracleman (ou "Marvelman" selon son titre originel) était une création de l'éditeur Len Miller et de l'artiste Mick Anglo qui avait été lancée au Royaume-Uni pour combler un vide béant sur le marché des comics britanniques. Dans les années cinquante, le personnage de Captain Marvel (ou Shazam, Billy Batson et sa grande famille) profitait encore d'une popularité insolente parmi les jeunes lecteurs de BDs. Depuis l'Angleterre, la maison d'édition L. Miller & Son se chargeait d'imprimer et de distribuer les aventures de Shazam pour le marché local.

Mais lorsque DC Comics finira par s'arranger avec Fawcett Comics en dehors des tribunaux pour faire annuler l'essentiel des titres de cette ligne (au terme d'une longue instruction judiciaire), L. Miller & Son, par effet de ricochet, se retrouvera mécaniquement privé de sa poule aux d'or. Sans Shazam pour servir de mascotte et de poumon économique aux activités de l'entreprise, il était nécessaire de retrouver, en urgence, un remplaçant. C'est ainsi que Len Miller ira chercher l'artiste britannique Mick Anglo pour imaginer une sorte de faux Captain Marvel. Celui-ci aura donc l'idée d'inventer Micky Moran, ou "Marvelman" (1954), un super-héros qui, comme Billy Batson, activerait ses pouvoirs en entonnant un cri de transformation ("Kimota" en l'occurrence). Et de la même façon que le Captain Marvel de Fawcett, Marvelman profitera d'une petite famille étendue, avec Young Marvelman et Kid Marvelman dans la foulée.

Beaucoup plus tard, le personnage tombera entre les pattes créatives d'un jeune scénariste ambitieux (un certain "Alan Moore", si ça vous dit quelque chose...). Celui-ci en profitera pour signer l'un de ses premiers chefs d'oeuvre définitifs dans le répertoire de la déconstruction des super-héros (depuis les pages du magazine Warrior, 1982). Il finira toutefois par abandonner la série, en se choisissant tout de même un héritier capable de reprendre l'histoire en cours de route. À savoir Neil Gaiman, qui reprendra le personnage Marvelman pour le compte des éditions Eclipse (1985), basées aux Etats-Unis. Entre temps, Marvelman deviendra Miracleman au fil de ce périple vers le Nouveau Monde (pour de bêtes questions de copyright, et pour s'épargner toute forme de conflit avec le groupe Marvel). Un peu plus tard, Eclipse finira toutefois par entrer en banqueroute. Une partie des propriétés intellectuelles de cette compagnie seront alors rachetées par Todd McFarlane via la structure Todd McFarlane Productions (Image Comics).

Cette transaction formera le point de départ d'un imbroglio juridique encore plus compliqué. Et pour résumer, mettons simplement que Marvel se proposera de solutionner le problème en allant directement racheter la propriété intellectuelle de Miracleman par la voie de son créateur originel, Mick Anglo (qui n'avait jamais réellement vendu le personnage, tombé dans une forme de vide juridique au moment de sa conception). Or, depuis, malgré cette opération, qui marquera la fin du périple Micky Moran depuis les deux rives de l'Océan Atlantique, la Maison des Idées n'aura jamais eu envie de canoniser Miracleman dans la continuité de la Terre-616. Considéré comme trop précieux ou trop imposant de par son histoire, les grands noms qui auront participé au destin de cette propriété intellectuelle précise, celui-ci profitera d'une sorte d'encart consacré. 

Neil Gaiman finira même par obtenir le droit de reprendre la série là où celui-ci l'avait laissée abandonné dans les années quatre-vingt dix, au sein de la même continuité que les séries Warrior/Eclipse de l'époque. Néanmoins, un certain scandale sexuel finira par signer la mort définitive de cette version du projet. Depuis, le super-héros aura été laissé en friche... devant l'embarras général de cette situation tendue. Et au passage, pour les petits malins qui nous regardent : oui, c'est vrai, techniquement Miracleman existait sur la Terre-616 par la voie du Captain Britain d'Alan Moore et était mort et enterré depuis la création de l'androïde Fury... mais ceci est une autre histoire encore un poil plus compliquée. Restons sur les données utiles. Si ça vous va.

Bref, voici pour le petit état des lieux de la tambouille. Dans la série Avengers : Armageddon, l'apparition de Miracleman s'explique par la voie des Origin Boxes, ces fameux éléments comprenant les super-pouvoirs des héros dont l'apparition a été empêchée par le Maker (Ultimate Reed-Richards) sur la Terre-6160 (seconde continuité Ultimate Comics). Si tout ceci ne vous dit rien, les réponses se situent globalement dans les pages du crossovers Ultimate Spider-Man : Incursion : pour avoir visité la Terre-Ultimate par accident, Miles Morales aura ramené avec lui des boîtes comprenant les clés d'activation des capacités surnaturelles de plusieurs personnages de cette réalité vers la Terre-616, une technologie facile pour créer de nouveaux justiciers sans efforts. Une partie d'entre eux s'était déjà présentée récemment, et nous comprenons désormais que les pouvoirs du Miracleman local faisaient apparemment partie de l'embarcation.

Et si vous avez été capable de lire tout cet article, sans avoir besoin de vous gâcher la surprise, un simple visuel devrait vous éclairer sur l'identité du personnage concerné (ce ne sera pas une surprise, en l'occurrence, surtout pour celles et ceux qui ont lu la série Captain America de Chip Zdarsky au préalable). 

Industriellement parlant, cette nouvelle est donc plutôt importante dans la façon dont elle solutionne une équation longtemps restée indéchiffrable au sein de l'histoire même des comics de super-héros. La création de Marvelman, sa vocation de simple personnage mascotte pour habiller le marché britannique d'une petite icône locale, sa transition vers une figure pionnière des BDs de contre-culture en amont des révolutions que formeront Watchmen et Sandman pour les deux auteurs responsables de la période Miracleman, le litige avec Todd McFarlane et la reprise de la continuité originale chez Marvel, tous ces éléments forment en réalité une fascinante frise chronologique pour un justicier qui sera toujours resté extérieur aux aspirations du marché mainstream. Jusqu'ici, tout du moins.

Le fait d'entendre un "Kimota" dans les pages d'un crossover estival publié chez Marvel passe mécaniquement pour un petit événement au bout de cette longue chaîne d'assemblage... et peut-être aussi pour la conséquence naturelle de l'affaire Neil Gaiman en périphérie. De fait, l'éditeur a certainement réalisé qu'il serait difficile de maintenir le statut d'exception de Miracleman plus longtemps, compte tenu des accusations qui entourent désormais le dernier garde-fou de cette version de l'histoire. Il fallait bien trouver une solution. La voici.

Accessoirement, dans le canon traditionnel, les pouvoirs de Micky Moran étaient généralement considérés comme étant du même niveau que ceux de Superman (dans sa forme alpha - pensez Red Son comme point de comparaison). La création d'un Miracleman sur 616 va donc certainement s'accompagner d'une nouvelle bascule dans l'équilibre des puissances locales. À voir comment Chip Zdarsky utilisera cette idée d'ici la fin de l'événement Armageddon, et dans les pages de la prochaine série Avengers

Source

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Corentin
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