
La mécanique des crossovers internes au groupe Marvel débloque de nouvelles possibilités inattendues. Mais quelque part, presque logiques. Vous connaissez certainement l'anecdote, de notoriété publique dans le présent : la célèbre association entre les marques Alien et Predator, qui nous paraît désormais naturelle, sinon indiscutable, était née d'un concept développé pour le monde des comics. Et en l'occurrence, dans le cadre d'un feuilleton publié chez Dark Horse, avec le premier projet Alien vs Predator (1989) de Ryan Stradley et Chris Warner via l'anthologie Dark Horse Presents. Le titre anticipera même de quelques mois la sortie du film Predator 2 (1990), qui se chargera d'ancrer le lien canonique entre les deux franchises pour le cinéma.
Or, tout ceci n'a rien d'anormal : la logique des crossovers au format "versus" fait partie des arcanes ancestrales de la BD des super-héros, un terrain largement exploré et théorisé pour cette petite industrie. Et alors que Dark Horse était encore en pleine possession des droits de ces deux univers, l'idée d'une rencontre pouvait donc largement se justifier. De ce point de vue, le marché n'a pas tellement changé, d'ailleurs, et les crossovers de cette catégorie forment désormais le pain quotidien des amateurs de franchises déclinées en comics.
Et ça tombe bien : Marvel se retrouve désormais dans la même position, pour entretenir ce canal historique. Après avoir largement épuisé le filon des rencontres entre le Predator et les personnages classiques de la Terre-616, dans des histoires sans portée canonique, pour la déconne, l'éditorial en charge de la gestion des anciennes franchises du groupe 20th Century Fox a finalement décidé de reprendre les bonnes vieilles méthodes de Dark Horse. C'est vrai : pourquoi est-ce que le Predator aurait le droit d'aller faire mumuse avec les créatures de Giger... mais pas avec les singes de Pierre Boulle et Rod Serling ?

Historiquement, la licence La Planète des Singes s'était déjà prêtée au jeu des rencontres improbables. Dans le cadre d'un crossover avec les Green Lanterns de DC Comics, notamment, mais aussi, depuis le rapatriement des propriétés Fox sous l'enclave de Marvel, avec les Quatre Fantastiques beaucoup plus récemment. L'enseigne n'a donc pas eu besoin de chercher plus loin. Puisque le Predator peut se mélanger, que les Singes peuvent se mélanger... autant les mélanger ensemble. Rien ne l'interdit sur le papier, le chasseur des étoiles étant notoirement connu pour sa capacité de pénétration dans le moindre format, le moindre univers ou la moindre histoire. Du moment qu'il existe des proies, une traque et des trophées, on peut mettre le Predator n'importe où. Même chez Judge Dredd. Même chez Batman. Même chez Archie Comics ! Oui, ça a existé. Deux fois. De bonnes lectures au demeurant.
Pour l'heure, Marvel annonce donc un crossover Predator vs Planet of the Apes pour cet été. Le titre fonctionnera comme une mini-série en cinq numéros, entre les mains de Greg Pak (Hulk) et Alan Robinson (Deadpool vs Wolverine). Singes savants du futur contre braconnier extraterrestre ! Comme quoi, dans les comics, rien n'est impossible.
"A la suite d'une mission de sauvetage qui ne se sera pas passée comme prévu, Arch, une astronaute humaine débarquée sur cette version déformée de la Terre, réalise que les singes ont pris le pouvoir... et que les humains ont été rangés dans la catégorie des races inférieures, soumises au nouveaux propriétaires des lieux. C'est alors que commence la partie de chasse, lorsque les Predators débarquent dans ce nouvele nvironnement. Trois factions vont désormais devoir s'affronter : les primates poilus, les primates moins poilus... et les aliens armés de lances et de camouflages optiques. Une lutte sans merci démarre pour la conquête du sommet de la chaîne alimentaire, éternelle parabole sur l'évolution des créatures bipèdes (et aussi : grosse bagarre)."
Premier numéro attendu pour le 29 juillet 2026 avec des couvertures de Stonehouse, Ben Oliver, Skottie Young, Chris Campana, Carlos Magno et Tim Seeley. Qui sait ? Si ça se trouve, cette idée-ci accouchera elle-aussi de deux films pas terribles et de quelques jeux vidéos.

