
En attendant que se lance officiellement le grand projet de fusion entre les groupes Paramount Skydance et Warner Bros., la presse spécialisée recoupe quelques informations supplémentaires autour de cet accord historique. Et notamment, sur la provenance des capitaux qui auront permis aux propriétaires de la superstructure de s'offrir l'un des plus grands studios de l'histoire du cinéma aux Etats-Unis. Au mois de février, la famille Ellison, propriétaire des entreprises Oracle, s'était effectivement positionnée pour racheter les actifs de Warner Bros. Discovery avec une enveloppe de plus de 110 milliards de dollars. Une transaction conséquente, et qui aura nécessité l'appui de partenaires externes. Avec l'accord notoire du PIF (Public Investment Fund), célèbre fonds souverain piloté par les instances économiques de l'Arabie Saoudite en partenariat avec d'autres puissances pétrolières du Golfe Persique.
Sur ce sujet, l'implication des Saoudiens, des Qataris et des Emiratis, les trois principales puissances de cette région, avait d'ores et déjà été attestée. L'engagement des grandes nations du pétrole dans l'économie des Etats-Unis participe même d'une grande politique d'expansion validée par Donald Trump (facilitée par son gendre, Jared Kushner, qui commande une entreprise privée spécialisée dans la transition des capitaux boursiers depuis le Proche Orient vers l'Occident, Affinity Partners). Sans avoir besoin d'entrer dans les détails, cette stratégie se découpe sur plusieurs points : déconnecter l'influence et les sources de revenus des pays du Golfe Persique des seules énergies fossiles, en allant chercher de nouvelles sources de rendement (avec le tourisme, la défense, l'intelligence artificielle, l'industrie, entre autres choses), et obtenir un moyen de pression, une place sur l'échiquier des grandes puissances mondiales, aux côtés des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine, pour cette petite alliance de nations fortunées.
En l'occurrence, la politique d'investissement du PIF vise plusieurs secteurs clés de l'économie. Le sport, notamment, mais aussi le secteur vidéoludique et le cinéma. De nombreuses transactions ont été validées pour asseoir cette nouvelle mainmise sur les loisirs importants de l'Occident : dans le football, la boxe, les arts martiaux mixtes, etc. Or, sur un axe plus général, un partenariat formel a été validée entre la Maison Blanche et le fonds souverain piloté par l'Arabie Saoudite pour un investissement général compris entre 600 et 1000 milliards de dollars depuis la réélection de Donald Trump.
Notoirement alignée sur les positions du président, la famille Ellison s'est aussi associée aux Saoudiens pour le développement d'Oracle sur les marchés du Golfe, en promettant d'investir 14 milliards de dollars sur site pour une période de dix ans afin de faciliter l'expansion du cloud et l'intelligence artificielle générative dans cette région du monde. D'autres géants de la technologie ont suivi le mouvement, pour profiter de la rente financière (potentiellement inépuisable) du PIF afin de financer les grandes transitions de l'IA. La société Nvidia en tête, bien entendu. En somme, une nouvelle ruée vers l'or pour toute une variété d'industries trop heureuses d'accueillir cette galerie de nouveaux actionnaires aux poches pleines dans leurs conseils d'administration, et qui aura renversé en l'espace de quelques années toute forme de questionnement éthique sur la politique pratiquée dans ces différentes nations souvent représentées comme liberticides, ou notoirement connues pour leurs infractions aux principes des droits de l'homme.
En l'occurrence, la rédaction du Wall Street Journal rapporte donc quelques données chiffrées : le PIF se serait engagé pour un appui financier de 24 milliards de dollars dans le projet de rachat de Warner Bros. par le groupe Paramount Skydance. 10 milliards pour l'Arabie Saoudite, et des fonds supplémentaires assurés par le Qatar (via Qatar Investment Authority) et l'émirat d'Abu Dhabi (L'Imad Holding). L'article de presse précise toutefois que ces sommes ne devraient pas valider de prise de contrôle directe dans le futur groupe, et que les autorités des différentes puissances concernées ne devraient pas non plus obtenir de droit de vote lors des futures assemblées. En somme, cet investissement tomberait davantage sous le coup d'une participation fantôme, façon mécénat ou "business angel"... même s'il serait sans doute naïf de ne pas interroger la raison de cette participation en dehors des liens de proximité établis et documentés entre la famille Ellison et le royaume d'Arabie Saoudite.
Dans les faits, cette donnée peut aussi être interprétée comme un simple grin de sable dans le plan de bataille concret des pays du Golfe Persique pour s'implanter durablement aux Etats-Unis - une stratégie qui vise le long-terme et ne semble pas inquiéter plus que ça les instances dirigeantes du pays. Ceci étant, les régulateurs fédéraux ne semblent pas non plus se préoccuper des situations de monopoles potentiels... peut-être que tout ceci est donc de l'ordre du subjectif.
09 Avril 2026
manutaurumiarticle très intéressant,cependant pas un seul mot sur Hercule ,c'est dommage