
Au moment où les offres préliminaires pour le rachat de Warner Bros. Discovery sont actuellement en passe d'être présentées au conseil d'administration, la rédaction de Bloomberg rapporte une information relativement importante, ou susceptible de peser dans la balance au moment de la sélection des candidats finaux. Selon l'antenne spécialisée, les responsables de Netflix, actuellement sur la ligne de départ pour s'offrir les actifs cinéma et streaming du groupe, se seraient engagés sur une promesse : poursuivre les sorties en salles des films de Warner Bros. dans le cas d'un rachat. Une nouvelle surprenane, compte tenu des habitudes de l'entreprise. Dans la foulée, la rédaction de Deadline s'est (forcément) penchée sur la véracité de cette information.
Sur le papier, si Netflix devait effectivement racheter Warner Bros. Discovery, les films actuellement en cours de production pourraient effectivement profiter d'une sorte de statut d'exception. D'une part, parce que le processus de fusion proprement dit risque de prendre un certain temps, et d'autre part, parce que les propriétaires précédents se seront engagés sur des contrats bien spécifiques. Au hasard, certaines sociétés de coproduction (comme 6th & Idaho, le studio du réalisateur Matt Reeves, qui participe directement au développement des films de la franchise The Batman) peuvent recevoir la promesse d'un intéressement sur les ventes de tickets de cinéma en échange de leur travail. De telle sorte que les oeuvres concernées ne pourront pas échapper au créneau d'une exploitation traditionnelle, par respect des accords signés.
Dans ce cas de figure bien précis, on peut notamment se souvenir du cas précis du film Black Widow : sorti en pleine pandémie de COVID-19, celui-ci avait été distribué sur la plateforme Disney+ en parallèle de son exploitation dans les salles de cinéma. Une infraction qui avait valu aux pontes du groupe Disney l'ouverture d'un procès en bonne et dûe forme de la part des représentants de Scarlett Johansson, dans la mesure où l'actrice devait elle-aussi percevoir un intéressement chiffré sur le box office de cette production Marvel Studios. En somme, si Netflix devait effectivement s'offrir Warner Bros. Discovery, les obligations encore en vigueur devraient théoriquement s'appliquer, sauf compensations financières éventuelles pour lees partenaires concernés.
Mais ensuite ? Sur le papier, une fois aux commandes, la plateforme n'aura théoriquement plus besoin de l'accord de qui que ce soit pour appliquer sa stratégie habituelle. Et en l'occurrence, le président de Netflix, Ted Sarandos, a pu rappeler récemment, en marge de la clôture du trimestre fiscal, que l'entreprise n'avait pas prévu d'infléchissement particulier dans sa stratégie globale de rentabilisation des contenus. A savoir : le streaming en priorité, et quelques rares sorties au cinéma, généralement sur des périodes restreintes ou pour des productions bien précises (les films considérés comme plus prestigieux, ou suffisamment importants pour mériter ce genre d'opérations spéciales). Comme dans le cas du prochain Knives Out, du film Narnia de Greta Gerwig ou du récent K-Pop Demon Hunters. L'essentiel de l'offre Netflix reste toutefois cantonné au service de streaming, qui forme la base des revenus de la compagnie dans le présent.
Compte tenu des crises successives enregistrées sur le circuit de l'exploitation traditionnelle récemment - avec la pandémie, le retard accumulé sur certaines sorties importantes avec les périodes de grève, et l'inexorable croissance d'un marché du streaming qui aura largement transformé les habitudes des spectateurs - l'idée de voir les films de Warner Bros. absents des salles de cinéma pourrait constituer un ultime effort difficile pour ce marché. En particulier pour certaines franchises importantes : Dune, Batman, Superman, etc. Accessoirement, cette façon de procéder serait plutôt défavorable aux politiques internes du groupe depuis la prise de contrôle de Discovery.
Le bilan de cette année pouvait effectivement passer pour l'une des quelques réussites du mandat de David Zaslav au poste de président de WBD : en renonçant aux produits pensés exclusivement pour le streaming, le bonhomme aura eu la bonne idée de réinvestir sur les sorties en salle, au point de terminer le dernier trimestre fiscal sur un bilan positif pour cette part de l'activité. Grâce aux succès de Sinners, Destination Finale, Superman, Weapons, et avec un accord d'exploitation pour le film F1 en partenariat avec Apple Studios. Sarandos et ses équipes auront peut-être envie de laisser l'ancien président appliquer cette stratégie pour un horizon immédiat (si Zaslav obtient le poste de coprésident de la nouvelle filiale dont il rêve en secret).
En revanche, un bilan plus réaliste pourrait s'avérer bien plus sombre pour les salles de cinéma. De fait : pourquoi changer une stratégie qui fonctionne ? Avec cette philosophie du streaming prioritaire, Netflix est devenu le principal acteur de ce marché en perpétuel état de croissance, en renversant au passage les habitudes de consommation des spectateurs du monde entier. Faut-il croire cette promesse ? Probablement pas. Mais l'histoire n'est peut-être pas encore écrite.