
L'équipe créative de Dawnrunner que nous avions interviewée il n'y a pas si longtemps repartait à la rentrée dernière en tournée de dédidaces, à l'occasion de la sortie du premier tome de la série New Gods chez Urban Comics. La série, qui s'inscrit dans la continuité "All-In" de DC Comics (et la collection DC Prime pour la VF) est une nouvelle reprise des personnages et de la mythologie initiée par Jack Kirby il y a plusieurs décennies, et qui n'a pas eu droit à tant de nouveaux volumes que ça au fil du temps.
Nous sommes donc allés à la rencontre du duo afin de leur poser quelques questions sur leur façon de marcher dans les pas du King des comics, mais aussi assez spécifiquement sur les conditions de travail, attendu que New Gods est le premier travail d'Evan Cagle dans une série mainstream, avec tout ce que ça implique en termes de contraintes et des fameuses deadlines. Si vous êtes à l'aise avec l'anglais, on vous recommande vivement l'écoute du format podcast de cette interview pour profiter de la très bonne ambiance et des vannes, qui passent forcément mieux à l'audio.
Remerciements particuliers et spéciaux à Clément Boitrelle pour la retranscription et la traduction de cette interview.
Arnaud Kikoo : Comment vous portez-vous depuis notre dernier entretien Ram et Evan ?
Evan Cagle : Oh tout va pour le mieux ! Je suis surtout très occupé, le rythme mensuel de New Gods, ça ne rigole pas !
Ram V : Je dirai la même chose de mon côté… Occupé à écrire des comics, des projets en dehors de la BD… Ah oui entre temps j’ai eu un enfant aussi, ce qui m’a pas mal occupé. D’autant que nous faisons construire une maison en même temps !
AK : Ce qui est plutôt différent que d’écrire des comics !
RV : Complètement !
AK : Nous nous retrouvons donc aujourd’hui pour parler du premier volume de New Gods qui vient de paraître en France. Ma première question sera plutôt simple : comment avez-vous découvert l’univers du Quatrième Monde ? Etiez-vous fan plus jeune ou bien l’avez-vous découvert plus tard ?
RV : Eh bien c’est en lisant une interview que j’ai découvert qu’Alan Moore s’était intéressé au comics grâce aux travaux de Jack Kirby. J’adore Alan Moore et je me suis donc dit qu’il fallait que je lise ce qui avait bien pu autant lui plaire chez Kirby. J’ai donc lu tout l’omnibus du Quatrième Monde et j’ai très vite compris en quoi cette œuvre pouvait être une vraie drogue pour un auteur de comics ! Chaque page foisonne d’idées qui individuellement pourraient servir de base pour une histoire. Je ne m’y intéressais pas trop plus jeune mais j’ai compris l’importance que cette œuvre a pu jouer dans le comics américain.
AK : Si je ne me trompe pas, vous avez grandi en Inde. Ce genre d’albums étaient peut-être aussi durs à trouver.
RV : Absolument. Même si j’arrivais à percevoir à quel point cette œuvre a infusé dans la culture populaire : je pouvais voir les points communs entre les comics Flash Gordon que je lisais avec le personnage d’Orion, ce gars blond qui pilote un genre de moto. Mais non les albums étaient difficilement trouvables en Inde.
AK : Vous concernant Evan, j’ai lu dans une interview que vous aviez plus jeune une collection d’albums de Jack Kirby, mais rien à voir avec les récits qui l’ont rendu populaire !
EC : Effectivement ! [rires] Rien qui ne ressemblait au Quatrième Monde ! J’avais beaucoup de one-shot et d’histoires courtes. J’étais donc familier du travail de Jack Kirby, juste pas celui qui vient en tête chez la plupart des gens qui entendent son nom.
AK : Quand avez-vous donc découvert le Quatrième Monde ?
EC : Eh bien juste avant de travailler sur la série !
AK : Ce fut donc une vraie découverte pour vous ?
EC : Tout à fait. Je connaissais déjà quelques-uns des personnages mais je n’avais pas lu la moindre page de cette série ! J’en ai donc appris beaucoup sur Jack Kirby en peu de temps !
RV : En parlant des travaux de Kirby qui ne proviennent pas forcément des comics. J’ai rendu visite à un ami il y a peu, c’est un grand collectionneur de jouets entre autres. Il avait une collection de jouets japonais distribués sur le sol américain…
EC : Basés sur les personnages de Kirby ?
RV : Non non, les personnages provenaient d’une autre licence mais c’est lui qui a réalisé les illustrations pour les emballages. Il existe donc une gamme de jouets complètement obscurs avec des illustrations de Jack Kirby sur leur boîte !
EC : Ouah ! Mais c’est trop cool ! Je n’en avais jamais entendu parler…

AK : Quand est-ce que vous est venue l’idée de travailler sur une série New Gods ? C’est un projet que vous aviez en tête depuis un moment déjà ?
RV : Oui et non. A l’époque je travaillais sur Detective Comics et mon éditeur d’alors m’a demandé sur quoi je voulais travailler suite à cette série. Vous savez, depuis que je travaille dans les comics, j’ai toujours eu dans le coin de ma tête l’envie de travailler sur d’anciens personnages un peu obscurs, les dépoussiérer et les réinventer, un peu comme les artistes chez Vertigo à la fin des années 80. Ça a été toujours un objectif. Après mon passage sur Detective Comics, je me suis dit que c’était le bon moment. Au final, si vous aspirez à être un artiste qui décide de sa propre carrière, il y a deux possibilités…
AK : C’est au final assez rare comme situation, car la plupart du temps on vous propose de travailler sur telle ou telle série et vous n’avez pas d’autres choix…
RV : Cela n’a jamais été mon cas, car je pouvais répondre « non » !
AK : Vous étiez en capacité de dire non !
RV : Exactement.
EV : Il ne faut jamais sous-estimer l’importance de dire « non » !
[rires]
RV : Quoi qu’il en soit, j’étais bien conscient et chanceux d’être dans cette position. Mais plus généralement, ce qu’un auteur aurait pu faire une fois Detective Comics terminé c’est de vouloir se tourner vers une série plus importante comme Batman par exemple. En réalité, j’ai fait l’inverse ! Laissez-moi des personnages qui n’ont pas de série actuellement et laissez-moi faire ! Pour moi, passer de zéro lecteur à des milliers est tout aussi impressionnant que d’atteindre les chiffres de vente de Batman. Je voulais également travailler avec un grand nombre de personnages, il s’agit plus d’un challenge personnel : comment gérer un casting avec autant de personnages ? Comment jongler avec plusieurs évènements qui se passent aux quatre coins de l’univers ? Il m’est donc paru logique de porter mon attention sur le Quatrième Monde : vous aviez là un univers entier rempli de personnages dont DC ne se servait pas, si l’on excepte bien sûr les apparitions de Darkseid. Mais même concernant ce dernier, j’ai un peu l’impression que DC en a eu marre de l’utiliser à chaque fois comme le grand méchant…
AK : Il a donc fallu construire une nouvelle intrigue avec ces personnages. Vouliez-vous l’inclure dans la continuité officielle DC ou vous aviez en tête quelque chose qui se rapprocherait plus d’une série Black Label, comme ce que vous avez fait avec Aquaman ?
RV : Je voulais inclure mon histoire dans la continuité. Je crois que c’est d’ailleurs pour ça que le Quatrième Monde prenait la poussière : personne n’a vraiment essayé de l’inclure dans la continuité officielle. Ce fut la meilleure chose à faire pour moi. D’un autre côté, je trouvais ça plutôt stimulant de mélanger ces intrigues de dieux avec celles des humains et des super-héros.
AK : Evan, comment êtes-vous arrivé sur le projet ? J’imagine que puisque vous ne connaissiez pas la série, la demande ne venait pas forcément de vous ?
EC : Non. Je crois que nous étions en train de terminer notre travail sur Dawnrunner et Ram… Ram aime bien glisser ici ou là des indices sur ses prochains projets « Tu sais, j’ai cette idée… » « ça va être super… ». Il fait souvent monter la mayonnaise pendant deux mois avant de finalement me pitcher son idée. Cette fois-ci, il m’a présenté son projet sur les New Gods. Comme je n’y connaissais rien, je n’y ai pas trop prêté attention… C’est peut-être moi qui a été un peu à la ramasse, mais je n’avais pas compris qu’il me proposait de travailler avec lui ! Car on parle souvent de ses projets sur lesquels je ne travaille pas…
RV : On discute souvent de nos différents projets et on s’échange nos idées.
EC : Exactement. On a déjà discuté de Leïla Starr, de Blue in Green : des titres sur lesquels je n’ai pas travaillé. Et donc pour New Gods je pensais qu’il s’agissait d’un projet avec un autre artiste. Jusqu’au moment où tu as suggéré que je sois le dessinateur. J’ai répondu qu’il s’agissait d’une très mauvaise idée ! Je ne connaissais rien de Jack Kirby et de cet univers. Je n’avais encore jamais travaillé sur une série mensuelle. Le rythme me semblait très franchement inhumain, surtout en comparaison du rythme paisible avec lequel nous avons publié Dawnrunner. La perspective d’un rythme mensuel ne me plaisait pas forcément.
AK : Mais vous avez fini par accepter.
EC : C’est vrai.
AK : Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
EC : Je crois que quelque part Ram m’a eu à l’usure ! Mais il a également réussi à me rendre ces New Gods intéressants.
RV : Je crois que le terme que tu cherches c’est le « pouvoir de la persuasion » !
EC : [rires] Tu as réussi à m’hypnotiser oui !
AK : Il y a eu peut-être eu un peu de torture dans cette histoire...
[rires]
EC : Il y a eu des menaces, des pleurs ! Non plus sérieusement, il a été plus facile de me convaincre à faire Dawnrunner : j’adore les mechas et la science-fiction, ça ne fut pas dur de me vendre le projet. Ce qui n’a pas été le cas pour New Gods. Je ne comprenais pas ce que moi je pouvais apporter comparé à des dizaines d’autres dessinateurs.
AK : On pourrait pourtant vous répondre que New Gods correspond également à votre univers : on a de la hard science mélangée à de la fantasy.
EC : C’est justement sous cet angle que Ram m’a présenté le projet. Je m’intéresse également à l’ésotérisme, la mythologie. C’est la première fois que quelqu’un me présentait les New Gods à l’aube de ces deux facettes, c’est-à-dire ce mélange de science-fiction et de mythologie. Pour moi qui n’était pas très familier avec cet univers, cela se résumait à des personnages en costumes bariolés à la Jack Kirby et je n’avais aucune idée de l’intrigue. C’est seulement quand j’ai compris en quoi cela pourrait m’intéresser, que je me suis lancé dans le projet.
AK : Vous avez donc dû lire tout l’omnibus du Quatrième Monde en deux jours ?
EC : Pas en deux jours non ! Mais oui il a fallu que je me plonge dedans et Ram avait également quelques lectures bien spécifiques pour me familiariser avec toutes les folies des mondes de Kirby !
AK : Est-ce facile de se réapproprier des personnages que vous n’avez pas créés vous-même ? D’autant que l’on parle de personnages imaginés par le grand Jack Kirby, ce qui n’est pas rien.
EC : Je ne sais pas si l’on pouvait parler d’imprudence de ma part mais je ne m’en souciais pas vraiment.
RV : Si je peux me permettre d’intervenir, c’est justement la raison pour laquelle j’ai suggéré à Evan qu’il devait me rejoindre sur New Gods. Je savais que tu ne t’en ferais pas trop.
EC : Ce dont je me suis rendu compte lors d’une interview précédente, juste avant la sortie du livre, c’est que Kirby avait prévu à l’origine de créer ce casting de personnages pour que d’autres artistes s’en emparent. Aussi, j’ai moins eu cette impression d’être le sale gamin qui vient mettre le bazar dans le travail des autres, mais davantage devoir faire ce qui était prévu par Kirby lui-même ! C’est-à-dire nous emparer de ses idées, cet univers et en faire ce que l’on veut !
RV : De toute façon tout appartient aux Grands Patrons de DC !
EC : [rires] C’est vrai oui ! Mais au final, je pense que Kirby n’aurait jamais voulu que son univers soit figé, comme conservé dans la naphtaline. C’est d’ailleurs pour éviter cela qu’il l’a imaginé ainsi.
RV : Je serais très surpris de voir un quelconque auteur digne d’intérêt considérer son univers ainsi… Comme quelque chose de sacré, que l’on doit garder dans de l’ambre pendant des décennies pour que rien ne change… Pour que rien ne soit raconté à nouveau. Car vous savez, raconter, réinventer quelque chose à nouveau, c’est forcément changer.
AK : [rires] Alors je vais juste vous laisser finir de manger votre tranche de jambon !
RV : Nota Bene : merci de couper ce passage lors de la retranscription !
AK : Mais cela fait partie du charme de cette interview, c’est la sincérité ! Pour les lecteurs, Ram et Evan mangent du fromage et du jambon pendant l’interview !
RV : Comme le veut la tradition quand vous êtes de passage à Paris !
AK : Vraiment ? Je n’ai pas le souvenir de ce rituel lors de notre dernier entretien ! [rires]
EC : Laissez ce passage. C’est de l’interview-vérité !
AK : Plus sérieusement. Vous expliquiez avoir à votre disposition un grand nombre de personnages. Il y a donc les choix évidents mais peut-être ceux qui le sont un peu moins. Comment avez-vous choisi les personnages qui interviendraient dans votre série ?
RV : Pour être honnête, ils étaient tous intéressants et je compte bien me servir de tous ces personnages !
EC : Les 2000 personnages ?
RV : Même ceux qui n’apparaissent que le temps d’une case ou deux dans l’omnibus auront droit également à une apparition dans cette série ! En tout cas, j’avais déjà en tête le début de l’intrigue et la relation entre Scott et Orion me semblait être le point de départ parfait. Je savais que la relation entre ces deux personnages pouvait intéresser les lecteurs. Il y a donc Scott et Orion, puis leurs géniteurs et à partir de là le cercle plus étendu des autres personnages s’écrit de lui-même ! D’une part car il s’agit de personnages qui m’ont plu dans l’omnibus original, et d’autre part car ce sont des personnages qu’il a fallu créer en quelque sorte.

AK : Avez-vous présenté vos choix de personnages à Evan en lui demandant de les réinventer ?
EC : Pas tous non. Certains gardent les designs de Kirby. Concernant les deux plus importants, Barda et Miracle, il n’y a eu quasiment aucun redesign. Je veux dire à ce niveau, il n’y a que quelques variantes stylistiques, un peu comme quand Walt Simonson les dessine ou Kirby lui-même. En ce qui concerne les designs, je crois que nous les avons surtout passé en revue en se demandant si cela collait avec l’univers. Orion a été le premier gros morceau sur lequel je me suis penché. Quand je regarde mes premières ébauches sur Orion, il a l’air tellement maigrichon ! Il a juste l’air d’un petit gars avec un gros casque !
RV : Il est devenu de plus en plus baraqué !
EC : Je me souviens que tu n’arrêtais pas de me demander de le faire plus costaud ! Comme nous étions au début du projet, je ne percevais pas bien encore comment Orion s’inscrivait en termes de morphologie, comparé aux autres New Gods, à quoi ressemblerait sa silhouette. C’est seulement quand j’ai compris qu’il s’agissait de l’armoire à glace du groupe que j’ai eu le déclic. C’est une armoire à glace avec un casque et des jambes !
RV : [rires] Quelqu’un m’a demandé récemment quelle voix avaient mes personnages, avec quelle voix je les entends s’exprimer dans ma tête ? Pour Orion j’ai répondu que j’entendais l’acteur Vladimir Kulich, dans le 13ème Guerrier évidemment !
EC : [rires] Evidemment !
RV : L’armoire à glace viking !
AK : J’ai été vraiment impressionné par les premières planches de la série quand elle a été annoncée, en particulier votre interprétation de Néo-Génésis. Combien de temps cela vous a-t-il pris ?
EC : Je crois que j’ai passé bien trop de temps sur le premier numéro !
RV : Nous avions le temps !
EC : En effet ! Je crois que nous avions au départ 6 semaines pour chaque numéro et j’ai en ai passé 8 juste pour le premier…
RV : Et tu t’es très vite rendu compte au deuxième numéro ce que cela impliquait ! [rires]
EC : Nous avions également une tournée durant la production du deuxième numéro ce qui a rendu le procédé encore plus difficile.
RV : Une tournée qui restera dans les annales…
EC : Mais cela en valait la peine car il a fallu que je trouve mon rythme pour New Gods. Vous pouvez très bien envisager une certaine approche visuelle, mettre sur pied un genre de mood board pour vous donner des références visuelles et de l’inspiration mais en réalité, tout ça prend de l’air quand vous réalisez une planche…
RV : Planifier c’est une chose, se jeter à l’eau c’en est une autre.
EC : Exactement, il faut se confronter à la réalité. Il y a une grande différence entre étudier un script et imaginer les différentes actions et être concrètement en train de dessiner ces actions… Aussi, prendre ce temps supplémentaire pour le premier numéro m’a permis de comprendre quel langage visuel nous pourrions utiliser pour que les lecteurs découvrent ce fameux Quatrième Monde. Ce fut très important.

AK : Vous aviez déjà collaboré auparavant sur Dawnrunner. Y a-t-il eu des discussions avec l’édito chez DC ou bien avez-vous eu davantage de liberté comme quand vous travaillez sur vos projets plus personnels ?
RV : Je pense qu’une des raisons majeures pour lesquelles je continue à harceler DC de me laisser travailler avec d’anciens collaborateurs, c’est qu’au fond de moi je suis convaincu qu’une grande partie du travail est issue de la collaboration entre auteur et artiste plutôt que via les éditeurs. Je pense qu’aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire, la partie éditoriale dans le milieu du comics s’intéresse plus à l’organisation et l’optimisation qu’à la création artistique. J’aimerais que les éditeurs soient davantage impliqués dans le processus créatif, dans la rédaction du script, la réalisation des pages… Malheureusement les choses ne se goupillent pas vraiment en ce sens. Entendre quelqu’un qui n’est pas impliqué dans ce que vous faites au quotidien vous donner des conseils sur ce qui semble être le mieux à faire dans votre série me paraît un peu bizarre. C’est pour ça qu’il est très important pour moi de travailler avec des gens avec qui je partage une vraie alchimie créative. Cela se ressent quand vous avez le livre en main. C’est d’autant plus important avec un projet pour lequel les éditeurs seront plus intéressés à gérer la bonne publication des numéros que par ce qu’il y a concrètement dans chaque numéro.
AK : Ma question sera plus sur le plan technique. Vous expliquiez avoir pris plus de temps pour le premier numéro, ce qui a eu des répercussions sur les numéros suivants. Plusieurs artistes sont également présents dans certains de ces numéros. Est-ce quelque chose qui a été prévu dès le début de la série ?
EC : Cela faisait partie de notre intention première. A l’époque où j’étais encore un peu frileux à l’idée de me lancer dans le projet, j’expliquais à Ram que je n’étais pas assez rapide pour tenir le rythme d’un comics mensuel. Aussi, Ram a eu l’excellente idée de faire appel à des artistes extérieurs tous les trois numéros je crois. Ainsi, je m’occupe des premières pages, et ils prennent le relais. Cela m’a ainsi permis de réduire ma charge de travail, je n’ai donc pas à me tuer à la tâche ! D’autant que cela a aussi pour avantage de rajouter aux côtés de mes dessins de superbes travaux qui illustrent des histoires satellites à l’intrigue principale. Le tout sert également à alimenter la mythologie et donner du relief à cet univers, en tout cas c’est ma vision des choses.
AK : Vous n’avez donc pas à connaître le script de vos collègues pour reprendre le train de l’histoire ?
EC : Je sais sur quoi ils devront travailler.
RV : Evan a un regard sur l’ensemble des scripts.
EC : Ce n’est pas une continuité parfaite, je n’ai pas à me soucier où s’est arrêté tel collègue pour reprendre la suite.
RV : C’est déjà arrivé cela dit. Tu t’es déjà retrouvé surpris de voir qu’un collègue n’avait pas encore dessiné un élément particulier, et vice versa d’ailleurs.
EC : Mais on fait avec !
RV : Mais oui ! Ce sont des comics, inventez des trucs !
AK : Je crois que dans le numéro 5 ou 6, Superman fait une apparition. Pour rappel, l’histoire s’inscrit dans la continuité de l’univers DC. Est-ce que cela vous a fait quelque chose de devoir dessiner un personnage aussi culte que Superman ? Ou bien comme vous le disiez plus tôt, cela ne vous a pas particulièrement touché ?
EC : J’ai d’abord pensé que cela ne me ferait rien… Vraiment, je ne suis pas un grand fan de Superman, ça ne me parle pas vraiment.
RV : Si je peux ajouter, tu en avais une certaine vision cependant.
EC : C’est vrai oui. Mais émotionnellement, je ne me suis pas dit « Enfin je peux dessiner Superman ! ». Ce fut également le cas pour mes couvertures pour Detective Comics, je ne me suis pas réjoui car j’ai pu enfin dessiner Batman. Et pourtant… En le dessinant j’avais dans le coin de ma tête mon moi de 6 ans qui criait de joie ! Il y a eu une connexion émotionnelle à laquelle je ne m’attendais pas !
AK : Comment trouvez-vous l’équilibre entre les segments dessinés par Evan et ceux plus mythologiques, les flash-backs ? Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez prévu dès le départ ? Aussi, comment avez-vous choisi les artistes invités ? Il y en a certains avec qui vous avez déjà travaillé, comme Filippe [Andrade] par exemple. Mais on retrouve aussi Andrew McLean… Vous l’avez convaincu à venir pour une série DC.
RV : Il y a également Jesse Lonergan, Jorge Fornés…

AK : Comment avez-vous fait pour avoir cet ensemble d’artistes talentueux dans un même album ? Et s’il vous plaît, ne me répondez pas que vous leur avez juste envoyé un mail ! Donnez-moi un peu de magie !
[rires]
EC : Le pouvoir de la persuasion !
RV : Je les ai appelés une nuit de pleine lune en les menaçant de maudire leurs familles sur des générations s’il ne collaboraient pas avec nous !
AK : Je suis sûr que ce n’est pas si éloigné de la vérité.
[rires]
RV : Quand j’ai étudié leurs dessins, je me suis dit que ces dessinateurs avaient dû être influencés par Kirby. Ce fut juste une supposition de ma part. Aussi, cela m’a vraiment fait chaud au cœur quand, en contactant Jesse Lonergan, ce dernier m’a déclaré : « Je suis un énorme fan de Jack Kirby ». Pareil pour Andrew McLean. Je crois que nous l’avons contacté via Instagram et pareil, il nous a fait part de sa joie à l’idée de dessiner des personnages créés par Kirby. Et vous voyez, il y a des dessinateurs qui se sont lancés après avoir lu Hellboy de Mignola. Vous pouvez voir que certains ont un dessin très proche de Mignola et d’autres ont trouvé leur propre style. Dix ou quinze ans plus tard, vous pourrez voir des artistes qui ont de l’ADN de Mignola, mais ce sera pourtant un dessin différent. C’est vraiment sous cette perspective que nous avons sélectionné les artistes invités. Pour revenir à votre question sur l’équilibre entre les séquences, j’apprécie particulièrement les intrigues avec des interruptions dans leur déroulé. Par exemple, un flash-back ne doit pas forcément faire référence à un élément qui se déroule dans l’histoire. En revanche, ce flash-back va davantage vous impliquer dans les potentiels changements que prendra l’intrigue.
Prenons un exemple (spoilers d’ailleurs) : comme vous savez que Lightray a toujours été fasciné par ce qu’il se passe après la mort, son propre décès résonne différemment. Aussi, cela a été plutôt aisé de trouver l’équilibre entre les séquences quand vous envisagez la narration sous cette perspective. La vraie difficulté a plus été de savoir comment réussir à raconter l’histoire que je veux raconter en seize pages. C’est de cette donnée que découle l’intrigue en tant que telle. Mais de savoir que l’histoire se déroule depuis la création de cet univers la rend plus riche je trouve. Il faut savoir sacrifier des choses pour en réaliser d’autres, et les faire très bien.
AK : Est-ce que DC a été quelque peu effrayé par le projet ? C’est une chose que de proposer une série avec vous et Evan, mais c’en est une autre que de proposer une série avec une équipe créative et des artistes invités, qui sont d’ailleurs brillants mais qui ont un style très différent de ce que pourrait proposer l’éditeur en temps normal. Pensez-vous que cette perspective aurait pu refroidir certains lecteurs ?
EC : Je ne l’ai jamais perçu…
RV : Je ne pense pas que DC ait eu peur…
AK : « Effrayé » est peut-être un terme un peu fort…
RV : Je vois ce que vous voulez dire. Je pense qu’il y a toujours une certaine inquiétude mais il faut faire avec. Je ne crois pas qu’il faille toujours avoir en tête la potentielle réaction des gens quand vous proposez un projet…
EC : D’autant qu’une fois plongé dans le récit, au bout de trois ou quatre numéros, vous êtes vraiment pris dedans.
RV : Je pense que je serais plus inquiet si le choix des artistes était fait pour uniquement réaliser des fill-in, pour juste rajouter des pages. Notre décision est avant tout une décision artistique, il y a une volonté derrière cette dernière. Si cette volonté ne vous plaît pas, tant pis pour vous ! Mais en tout cas ce choix a été fait pour une raison bien précise. Nous ne nous sommes pas demandé « est-ce que les lecteurs achèteront notre série si nous faisons ainsi ? ». Je pense que si vous abordez chacune de vos décisions sans le moindre cynisme, alors vous pouvez bien vous moquer des conséquences.
EC : C’est une belle vision des choses.
RV : Nous avons fait avec cette série ce que nous nous étions promis de faire. Et au final, la série a été suffisamment vendue pour que ce soit un succès. Je suis sûr qu’il y a des lecteurs déçus de ne pas avoir plus de pages dessinées par Evan, mais il doit bien y en avoir autant qui ont acheté le deuxième numéro juste parce que Jesse Lonergan réalise les premières pages. C’est le genre de chose que vous ne pouvez pas prédire… Je suis sûr qu’il y a quelqu’un dans un bureau qui étudie les chiffres de vente, mais ce n’est pas moi en tout cas.
EC : Et ça ne devrait pas l’être d’ailleurs !
AK : C’est peut-être finalement quelque chose que l’on peut percevoir comme un « bonus » plus que comme un fill-in…
EC : Je crois bien que nous n’avons jamais considéré ces pages comme des fill-in…
AK : Effectivement, je ne les considérerais pas non plus comme tel, car on ne parle pas de pages que vous, Evan, auriez dû réaliser et que vous n’avez pas pu. Vous avez spécifiquement travaillé pour ces artistes.
RV : Exactement. J’ai une anecdote un peu parallèle qui vient d’une interview de Michael Mann qui revenait sur le tournage de Heat. Le journaliste qui l’interviewe lui explique qu’il a fait des choix intéressants en utilisant la caméra à main, « On a l’impression d’y être ! ». Le journaliste lui demande quelles ont été les raisons d’un tel choix. Mann répond alors : « Nous avions trente jours pour tourner. Manipuler une caméra avec toute son installation aurait été trop compliqué. J’ai donc juste posé ma caméra sur mon épaule et c’était parti ! ». Les choix sont parfois faits à cause des contraintes qui se présentent à vous et cela vous permet parfois d’obtenir des résultats intéressants. La planification peut être bénéfique, mais aussi un peu ennuyeuse…
AK : Quel est votre regard sur la publication mensuelle ? Avez-vous fini par aimer ça ?
RV : Les lecteurs doivent savoir que je suis en train de rigoler en silence !
EC : C’est difficile au quotidien… Mais je ne dirai pas que c’est rédhibitoire…
AK : Vous saviez dans quoi vous vous lanciez.
EC : En quelque sorte oui… Ce que je peux vous dire c’est qu’il a fallu que je fasse des concessions en termes stylistiques, j’étais bien conscient de ça, pour me rendre la tâche plus facile, pour que mon rythme soit tenable. Et je pense avoir réussi ces concessions sans pour autant renier mon style.
RV : J’aime beaucoup ce que tu as dit dans l’interview avec David Harper : « Tu as passé les bons pactes avec les bons diables ! »
AK : Il y a pourtant les scènes de bataille sur Apokolips et Neo-Génésis. Avez-vous maudit Ram en découvrant le script ?
RV : La raison pour laquelle je collabore avec des artistes comme Evan c’est que je crois que quelque part, ils sont un peu masochistes ! Quand j’aborde le sujet des scènes de bataille, je dis toujours à Evan « Tu sais, tu peux cacher tout ça derrière un brouillard de guerre ! ». Je le vois m’écouter avec attention et quand il me rend son dessin, il a tout dessiné en détails !
EC : Est-ce que tu te souviens quand tu m’as montré le script de la bataille sur Apokolips ce que je t’ai dit ? Je savais que je n’allais faire que trois pages et donc je voulais faire ces pages en gravure…
RV : Je lui ai répondu : « S’il te plaît, ne fais pas ça ! ».
[rires]
EC : Au départ je me disais « oh chouette ! J’ai trois mois devant moi, je vais pouvoir me surpasser ! » mais Ram a vraiment insisté pour que je change d’avis !
RV : Aussi, je connais Evan. Si je l’avais laissé faire et que nous aurions dû faire d’autres pages du même style plus tard dans la série mais avec moins de temps, il se serait dit « Ah si seulement j’avais pu les faire en gravure !! ».
EC : C’est vrai… C’est le problème quand vous perdez une journée à faire une planche incroyable, il faut que les autres soient du même acabit.
RV : Ceci étant dit, je ne sais pas si tu le remarques, mais je trouve que tu abordes tes pages d’une manière un peu différente qu’avant. Tu as gagné en assurance notamment dans ce que tu veux et peux dessiner et je pense que c’est quelque chose que tu vas garder à l’avenir, peu importe les contraintes de temps. Quand on parle de story-telling, je pense que le cerveau doit développer des genres de raccourcis. Ce n’est pas quelque chose qui peut se développer quand on a aucune contrainte de temps.
EC : Quand on y pense, il s’agit là vraiment de mon deuxième vrai gros projet… Le premier étant Dawnrunner. Je suis peut-être en train de trouver mon rythme de croisière… J’essaie d’adapter mon style pour que le rythme de travail soit vivable.
RV : Je ne pense pas qu’il s’agisse d’adapter ton style… Je te vois faire des choix plus rapides concernant tes planches, mais ces choix ne résultent plus forcément de compromis stylistiques. Cela est sans doute dû à ta première expérience sur Dawnrunner. Mais devoir faire des choix car tu as la pression du calendrier t’aides à développer ton instinct.
EC : Il faut faire des choix plus censés oui.
RV : Imagine si l’on repartait sur une série où il n’y aurait aucune contrainte de calendrier, tu aurais toute une année pour travailler sur un énorme projet…
EC : Voyons grand !
RV : … si l’on devait repartir sur un projet de ce type, être conscient des choix que tu peux faire en termes de style, c’est quelque chose de très précieux pour un artiste.
EC : Je pense que si tu me proposais de refaire Dawnrunner dans les mêmes conditions que la première fois, nous pourrions le faire en neuf mois seulement. Nous communiquons mieux, je suis capable dorénavant d’aller à l’essentiel sans me tuer à dessiner le moindre grain de sable… Je sais maintenant quels grains doivent être présents !
AK : C’est vraiment super de voir comment votre regard sur votre façon de travailler change et que vous puissiez mettre des mots dessus. Je vous ai posé la question il y a quelques minutes et c’est plaisant de vous écouter en discuter ensemble !
RV : Nous n’avons plus qu’à inviter Arno sur nos discussions WhatsApp !
AK : Ma prochaine question sera peut-être un peu superficielle mais n’êtes-vous pas frustré de voir votre travail sur le petit format qu’est le single-issue ? Je pense notamment aux premières planches sur Neo-Genesis où j’imagine que le dessin d’origine est bien plus grand.
EC : J’imagine que c’est un peu la même chose pour les mangakas, mais inconsciemment vous devez bien savoir que votre dessin terminera la taille d’un timbre-poste ! Il ne faut pas trop s’en faire je pense… Parfois la réduction de taille rend votre dessin un peu plus fouillé, plus épais.
RV : Je ne regarde jamais les albums une fois imprimés.
AK : Pardon ?
[rires]
RV : Je ne lis jamais mes comics.
AK : Vous n’avez pas forcément besoin de les lire, mais ne serait-ce que de voir ce que cela donne ? C’est d’ailleurs ce que l’on fait, on ne lit pas on regarde juste les images !
[rires]
RV : Je crois qu’il est temps pour moi de partir merci !
[rires]
EC : C’est pour ça que tu es si populaire Ram ! [rires]
RV : Plus sérieusement, je suis incapable de voir ce que donne mes séries en single-issue… Je ne lis même jamais les trade paperback avant un bon moment car je ressens une sorte de désintérêt très brutal envers un projet une fois qu’il est terminé.
EC : En ce qui me concerne je jette toujours un œil pour voir ce que les dessins donnent.
AK : Ram, vous êtes juste là pour écrire finalement ?
RV : Une fois que le projet a été envoyé en pdf et envoyé chez l’imprimeur, je m’en fiche.
EC : C’est ici que nous différons toi et moi. Pour moi, quand le projet est chez l’imprimeur, le travail ne fait que commencer ! J’enfile ma casquette de designer car cet aspect m’importe beaucoup. Cela dit, une fois que l’album est imprimé, je te rejoins. Cela devient comme de la kryptonite pour moi. Quand je vois Dawnrunner dans les rayons d’un comic shop, je ne m’en approche pas à moins de trois mètres !
RV : Je suis d’accord ! Une fois que le projet est terminé, on ne peut rien faire d’autre ! Voilà pourquoi je n’ai jamais cette déception de voir mon comics en petit format. Pour moi, un dessin est le plus beau quand il apparaît sur l’écran géant que j’ai dans mon bureau. Je peux alors zoomer sur chaque détail, voir où Evan a dirigé le regard d’Orion dans les ombres… J’ai toujours ce narcissisme un peu bizarre à l’idée de lire mes propres comics une fois terminés, à tel point que d’anciens collaborateurs sont déjà revenus vers moi car ils voulaient refaire le lettrage par exemple avant la sortie du trade paperback. Je leur répond toujours « Super, vas-y je m’en moque ! ». [rires]
AK : Vous avez également créé un nouveau personnage pour cette série, un personnage qui vient d’Inde. Est-ce quelque chose que vous avez pris l’habitude de faire ? C’est quelque chose que vous avez fait dans Swamp Thing, il y a un encrage plus oriental dans Detective Comics. Est-ce important pour vous d’avoir ces personnages dans des œuvres très américaines ?
RV : Au-delà de vouloir absolument faire apparaître ces personnages dans un médium très américain, je trouve un peu bizarre que les histoires les plus populaires à l’heure actuelle ne représentent pas le monde tel qu’il est. Regardez, on a bien un type qui vole en collant bleu et avec une cape rouge. Vous n’avez donc pas à romancer le commun des mortels qui peuple cet univers, mais alors dans ce cas, pourquoi n’y a-t-il pas de personnages noirs, métis ? Si vous regardez les séries qui étaient publiées lors de mes débuts, et qui ont encore du succès aujourd’hui, vous avez cette version aseptisée plutôt bizarre de la société. Aussi je me suis toujours efforcé de représenter une forme de pluralité. Vous vous doutez bien qu’une série sur des dieux ne peut pas faire l’impasse sur des divinités qui viennent d’Inde par exemple, vous voyez ce que je veux dire ? Tout cela vient d’un besoin de montrer ce que à quoi ressemble vraiment le monde dans lequel on vit, quitte à remuer un peu certaines personnes réfugiées dans leur microcosme où leurs comics doivent représenter la banlieue américaine des années 80.
AK : Evan, quelle a été la partie que vous avez le plus apprécié dessiner ?
RV : Je suis sûr qu’il s’agit de la partie en Inde avec tous les panneaux publicitaires !
EC : Ça m’a pris tellement de temps !
RV : C’est pour ça que je la mentionne ! [rires]
EC : J’aime beaucoup dessiner les paysages…
RV : Est-ce que je peux dire ce que je préfère voir Evan dessiner ?
EC : Vas-y pourquoi pas ! [rires]
RV : Metron.
EC : Oh oui, j’adore ce personnage.
RV : Pour moi, le Metron d’Evan incarne tout ce que ce personnage devrait être. Tout chez lui est suspect : comment il se déplace, comment il vous regarde…
EC : C’est vraiment un type bizarre c’est vrai. C’est typiquement un personnage que je ne m’attendais pas à autant apprécier. Attention, je ne pensais pas aller jusqu’à le détester car je ne déteste aucun des personnages que je dessine… Mais la première planche que j’ai dessinée dans laquelle il apparaît… Cela a du déclencher un truc dans mon cerveau, mais à chaque fois que je le dessinais je prenais plaisir à représenter son étrangeté… Son rictus, ses narines… Je ne sais pas comment l’expliquer mais j’ai beaucoup aimé le dessiner !
RV : Et vous voyez, c’est ça la magie quand on collabore ! J’ai l’impression que Metron est le personnage le mieux écrit de mon script… J’ai déjà entendu dire que dans les grands récits d’ensemble, il y a toujours un personnage qui représente l’auteur. Prenez Game of Thrones, Tyrion Lannister est une pure représentation de George Martin…
EC : Ce n’est pas Cersei plutôt ? [rires]
RV : Quelque part, Metron c’est moi !
AK : C’est pour ça que vous êtes si bizarre ? [rires]
RV : Effectivement ! Et je manipule les vies de tous les personnages qui m’entourent !
EC : Quand tout se déroule bien, il récolte les lauriers. Quand tout part en vrille, il l’avait également calculé ! [rires]
AK : Vous ne faites qu’utiliser votre pouvoir de persuasion pour convaincre les artistes !
RV : Je leur susurre à l’oreille quand ils dorment !
EC : « J’ai une prophétie ! Ta carrière fera du sur-place tant que tu ne travailleras pas avec moi ! »
RV : Vous me faites passer pour Ben Kingsley dans Sexy Beast ! « Non Ram, je ne peux pas dessiner ta nouvelle série New Gods … Oui Ram, je vais dessiner ta nouvelle série New Gods ! ».
[rires]
AK : Pensez-vous qu’il s’agira d’une longue série ? Avez-vous déjà une fin de prévue ?
RV : A l’heure actuelle nous avons sorti douze numéros et nous prenons une pause. J’ai par ailleurs plusieurs idées qui nous emmèneraient sur plusieurs années mais je crois que ce ne serait pas médicalement responsable de continuer au format mensuel ! J’avais trente-six ans quand j’ai commencé à travailler dans les comics. J’en ai quarante-trois maintenant, j’ai un enfant etc. Je me dis que rester debout jusqu’à trois heures du matin toutes les nuits n’est peut-être pas l’idéal. Nous faisons une pause, nous allons chacun travailler sur des projets qui n’ont pas toutes ces contraintes de temps et qui sait, peut-être que la série reprendra d’ici quelques mois, nous verrons.
AK : Et pour vous Evan ? Souhaitez-vous continuer à travailler sur des single-issues ?
EC : C’est tout l’intérêt de cette pause ! [rires] J’ai hâte de reprendre un carnet de croquis pour pouvoir dessiner des choses sans deadline !
AK : Nique les deadlines !
RV : Il faudra sans doute que tu édites ce passage !
AK : Vraiment ? Vous n’avez pas bronché ! Merci beaucoup Ram et Evan, j’espère que nous aurons l’occasion d’échanger à nouveau !