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Black Adam : la nouvelle hiérarchie DC qui ne fait aucune étincelle

Black Adam : la nouvelle hiérarchie DC qui ne fait aucune étincelle

ReviewCinéma
On a aimé• Si vous aimez Dwayne Johnson
• Quelques emprunts obscurs aux comics (même si on n'en fait rien)
• Le côté crowd-pleaser des deux premiers tiers
• La scène post-générique, forcément...
On a moins aimé• Si vous n'aimez pas Dwayne (et encore moins son égo)
• Incapable de choisir sa tonalité
• Un troisième acte débilitant
• Les autres personnages n'existent pas
• Une écriture à la ramasse
• Un condensé algorithmique de tout ce que vous avez déjà vu ces dix dernières années
• ... même si on l'a rajoutée un mois avant la sortie
Notre note

"La hiérarchie du pouvoir dans l'univers DC va changer." C'est un Dwayne Johnson souriant et confiant qui l'annonce en boucle depuis des mois pour la campagne promotionnelle de Black Adam, nouvelle production DC Films qui vient conclure la fournée 2022 avec les très bons The Batman et Krypto - deux propositions toutes deux de registres très différents. Mais pour celles et ceux qui ont de la mémoire, la promotion a démarré en réalité il y a bien plus longtemps. C'est en 2014 qu'était annoncé officiellement The Rock dans le rôle titulaire de l'un des anti-héros/super-vilains (en fonction de votre grille de lecture) les plus puissants de l'univers DC Comics. Un casting qui faisait lui-même suite à plusieurs années de fan cast, au vu des ressemblances physiques de l'ancien catcheur devenu superstar hollywoodienne et le personnage imaginé par Otto Binder et C.C. Beck en 1945. 

Tout vient à point à qui sait attendre, dira-t-on, mais une attente de près de dix ans entraîne avec elle aussi son lot d'espoirs - et cruellement, son lot de déceptions. Depuis l'annonce de Johnson en Black Adam, le paysage des univers partagés au cinéma a bien changé, notamment du côté de Warner Bros. et son entité DC Films. Entre la gestion chaotique dudit univers, l'expansion sur de multiples continuités, des rachats successifs avec des têtes dirigeantes dont les visions pour DC ne seraient être plus opposées, et l'absence d'un véritable commandant de bord, autant dire que le cheminement de Black Adam a dû se faire sur un terrain on ne peut plus houleux. C'est d'autant plus sans compter sur la volonté de l'acteur superstar, hyper charismatique et influent dans le milieu, qui a ses propres ambitions et ses propres envies pour un film qui ne doit pas faire autre chose que flatter un égo - et des envies d'adolescent qui peuvent enfin se concrétiser. 


Dans un contexte de production où une scène post-générique peut-être rajoutée un mois avant la sortie d'un film, difficile de ne pas avoir une lecture de producteur plus que de cinéaste de Black Adam, un film qui devrait certainement contenter le FC "j'ai mis mon cerveau à l'entrée" pour qui voudrait se contenter de grosses scènes d'action plus ou moins réussies et plus ou moins inspirées. Pour le reste, la sensation d'avoir assisté à un spectacle algorithmique écrit par une IA qui aurait digéré tous les films de super-héros de la décennie passée sera certainement la sensation la plus présente. De quoi se rappeler qu'il ne faut pas vraiment croire les personnes qui affirment que le changement, c'est maintenant. 

Huit ans de teasing pour ça ?

Originellement présenté comme un héros corrompu par le pouvoir et qui a voulu dominer l'Egypte ancienne avant d'être banni par le sorcier Shazam, Black Adam reprend ici ses origines les plus récentes sous l'impulsion des (très bons) comics de Geoff Johns (encore crédité à la production). On démarre donc le film au Khandaq (un pays fictif calqué sur ce que les américains s'imaginent de l'Irak ou tout autre pays du Moyen Orient), il y a 5000 ans, pour nous expliquer comment un jeune garçon ayant essayé de défendre son peuple contre un oppresseur esclavagiste a pu devenir un héros et son libérateur. Problème : le dit héros était tellement puissant qu'il a fini par provoquer une destruction immense, et a fini par disparaître. Cinq millénaires plus tard, à notre époque, le Khandaq est intégralement contrôlé par Intergang (une milice paramilitaire aux objectifs qui ne sont jamais réellement énoncés, on imagine qu'ils aiment juste l'idée du pouvoir). Dans ce contexte à nouveau oppressif, le peuple attend visiblement d'être à nouveau sauvé. Mais quand Adrianna (Sarah Sahi), une archéologue à la recherche d'un ancien artefact fabriqué dans l'Eternium, un matériel magique dont la puissance ou l'utilité seront aléatoirement définis par le script, finit par réveiller Black Adam de son sommeil millénaire, cela attire l'attention d'Amanda Waller (Viola Davis, plus monolithique que jamais, à croire qu'elle n'a pas du tout envie d'être là) qui envoie la Justice Society sur place pour régler le problème. 


Partant de là, on pourrait croire que Black Adam aurait envie de discutailler d'ingérence du régime américain dans les pays du Moyen Orient et c'est d'ailleurs ça et là quelques répliques qui viendront dans ce sens pour apporter un peu de fond dans le grand maelstrom d'action que constitue le film, mais ne cherchez pas un propos plus appuyé que ça. Le film de Jaume Collet-Serra (un pote de Dwayne Johnson depuis qu'ils ont fait Jungle Cruise ensemble) est écrit par un autre pote du Rock, Adam Sztykiel, qui lui a écrit Rampage, mais qui est également responsable d'un film Alvin et les Chipmunks. Non pas que cette information soit essentiellement importante, mais qui peut expliquer certaines choses. Notamment l'impression générale que Black Adam n'a pas été écrit par un être humain, mais par une intelligence artificielle qui a digéré et recraché à peu près tout ce qu'on a pu voir dans le registre au cours des dix dernières années, avec une option prise de risque minimale et comme seule consigne celle de mettre Dwayne Johnson en avant, partout, envers et contre tout. Il est vrai que le charisme de l'acteur en impose par lui-même et que le comédien semble taillé pour jouer le rôle de Black Adam au vu de son physique. Mais l'allure ne fait pas tout, il faut jouer, et il faut qu'un personnage soit écrit. Ici, le Rock se contente de froncer les sourcils et d'enchaîner les répliques (très souvent) caricaturales, qui consistent grosso modo à lui faire dire qu'il est trop cool, qu'il n'est pas comme les héros, que lui il est vraiment très très fort... et c'est à peu près tout. L'historique du personnage est un poil modifié par rapport à la version comics pour ajouter un sentiment de tragédie (et un pseudo twist) qui fera de Teth-Adam un personnage absolument pas subversif, en réalité assez sympathique et tout à fait compréhensible dans ses motivations. A chaque moment où l'on pourrait questionner la moralité du protagoniste, le film s'efforce de ne pas interroger quoi que ce soit, avec un énorme problème : le fait de ne pas savoir sur quelle tonalité danser. 


Ainsi, on alterne littéralement entre des scènes qui lorgnent très clairement du côté de la gravité et de la mise en images ultra esthétisée de l'approche Zack Snyder (avec plein, plein de ralentis, jusqu'à faire un décalque des scènes de The Flash dans Justice League, déjà empruntées à Quicksilver dans les X-Men) - les flashbacks évoquant immédiatement 300 -  et d'autres qui sont complètement dans un côté actionner rigolo à vannes façon MCU en écriture automatique. Illustration concrète : Black Adam est autant capable de carboniser des types et de leur arracher des bras sur une musique épique que faire valdinguer ces mêmes types dans les airs façon Astérix et Obélix (littéralement). Ou encore, un affrontement censé être tendu qui se transforme en hommage/parodie involontaire d'un western de Sergio Leone - une forme d'avertissement, comme me l'a dit un confrère, pour les cinéphiles : "attention, on est prêts à tout". Et surtout à n'importe quoi. 

Si l'on pouvait vanter le charisme de Dwayne Johnson deux paragraphe avant, la corollaire est immédiate : personne d'autre ne brille, ou plutôt ne peut briller à ses côtés. Les personnages secondaires n'ont que peu de relief et les 2-3 répliques permettant de développer leur background ne permettent pas qu'on leur accorde la moindre attention. Mention spéciale à Atom Smasher (Noah Centineo) et Cyclone (Quintessa Swindell, que vous verrez surtout prendre des poses au ralenti) qui n'existent littéralement que pour leurs effets spéciaux, et sont repris intégralement de personnages que vous avez déjà vus avant (un côté Deadpool/Spider-Man pour Atom, et très vaguement Storm pour Cyclone, encore qu'on ne lui demande tellement que peu à faire qu'on peine à se rappeler de son existence). Les fans de DC Comics apprécieront de voir que les scénaristes sont allés faire un tour du côté de Kingdom Come pour aller chercher des personnages, mais l'existence même de la Justice Society (sans "America") et sa place dans l'univers qu'on nous présente ne tient que peu debout. 


Avec un démarrage hyper rapide, on nous fait une présentation de chacun des héros de la Justice Society façon Suicide Squad (premier du nom), comme si cela devait nous conforter dans l'idée qu'on doit avoir quelque chose à faire de ces héros. A côté, Hawkman (Aldis Hodge) est là pour donner à Dwayne Johnson quelqu'un sur qui cogner, et Doctor Fate (Pierce Brosnan) ne s'embarrasse pas d'être qu'une copie, tant sur le jeu d'acteur que sur l'utilisation même de certains effets visuels, du Doctor Strange servi par Cumberbatch depuis six ans au cinéma. On lui concédera d'avoir un joli design, à l'image de l'ensemble des costumes, plutôt sympathiques. Quelque part, il y a un côté "terrain connu" presque inoffensif, qui fait des deux premiers tiers de Black Adam ce qu'on appelle un "crowd-pleaser". A l'instar des commentaires d'un certain Martin sur les films Marvel, la dernière production DC Films est au final au plus proche de ce que le MCU sait faire - à ceci prêt qu'on doit croire qu'Adam est un anti-héros parce qu'il tue des goons dont on ne sait rien et dont on se fout. A priori, pourquoi pas : le déroulé, bien que sans surprise, et très poussif sur l'accompagnement musical (qui a géré la bande-son, purée), peut se laisser regarder puisque les effets spéciaux ont le mérite de vouloir faire dans le spectaculaire. Les coups pleuvent, les explosions sont généreuses, et tout coule de source : il faut rassurer les spectateurs, ne brusquer personne. Et c'est pour cela que d'inoffensif, le spectacle va devenir navrant dans son dernier acte. 


Puisque les McGuffin restent des McGuffin et qu'il faut bien une traditionnelle grosse menace contre laquelle tout le monde s'unit (y a pas de spoiler : c'est littéralement le parcours de la plupart des blockbusters qu'on s'enfile chaque année), Black Adam nous offre donc un super vilain qui, faute de rayon bleu dans le ciel, va en tirer un rouge, et se présente à la fois comme une superbe référence aux comics pour les plus connaisseurs, mais surtout comme le super-vilain le plus random et le plus claqué (ou l'un des) dans l'histoire du cinéma de super-héros. Son rendu est proprement laid, ses motivations inexistantes (celui qui l'incarne ne sait jamais sur quoi jouer), il amène à des moments censés être dramatiques dont on se fout éperdument puisqu'on a pas pu s'attacher à qui que ce soit d'autre que The Rock, et la surenchère d'effets spéciaux perd en qualité par rapport au reste. Aux derniers moments, on se rappelle que le film était aussi traversé de quelques personnages humains dont le jeune Amon, le fils d'Adrianna, joué par l'insupportable Bodhi Sabongui, qui bien que fan de la Justice League, n'a visiblement rien compris aux héros dont il chante les louanges, vu son inclinaison à voir Black Adam massacrer des types (sans se soucier des dommages collatéraux, par ailleurs). 


Comme on l'écrivait un peu avant, sur ce seul aspect, DC Films ne parvient pas à faire d'Adam un personnage subversif : il ne tue que des méchants, il le fait pour des raisons tout à fait nobles, personne ne remet réellement en question sa façon de faire (même Hawkman lui concède qu'il n'est en fait pas tant que ça sur la mauvaise voie), à un point où l'on se demande même si le peuple du Khandaq, censé être épris de liberté, ne veut en fait pas simplement d'un dictateur qu'il aura lui-même choisi. Fort heureusement, cette question sera là aussi très vite évacuée, puisque cela fait déjà deux heures de film (qui ont paru bien plus longues), et que Dwayne Johnson a encore une carte à jouer pour montrer qu'il est décidément le type le plus cool de l'univers DC. Il s'agit d'une scène post générique (ou plutôt, d'un raccord de scène post-générique car on discerne très bien comment le film se finissait il y a encore un bon mois, de comment il finit par se conclure) qui, certes, fera plaisir aux fans, mais qui devient presque le seul argument de vente du projet. Car au-delà de cette prouesse de la part du Rock face à tout un studio, la scène en question ne fait en réalité que craindre au pire si c'est l'équipe de Black Adam qui doit rester aux commandes de l'univers DC Films.


On pourrait se contenter d'abdiquer, de faire semblant de croire que Black Adam n'est qu'un anti-héros brutal, sans aucune complexité, sans fond, et profiter d'un spectacle bas du front, qui a le mérite d'avoir quelques jolis effets spéciaux et de faire du fan-service pour les fans de Dwayne Johnson. Mais la pauvreté du scénario et de la caractérisation des personnages, le final débilitant et la teneur algorithmique de l'ensemble du projet, gonflé par l'égo de son interprète principal, empêche d'avoir un grand capital sympathie pour le projet (et c'est quelqu'un qui aime Dwayne qui écrit ça). Alternant entre une fausse gravité seulement posée par le fait que son personnage principal tue (des méchants, comme Venom, comme Morbius) et un côté grand public qui a déjà montré faire recette à la concurrence, Black Adam ressemble surtout à un gros gâchis. Pas tant sur le plan visuel que sur ce qu'il est possible de raconter avec ce personnage, avec un minimum de soin, et en laissant d'autres personnes que Johnson exister. Plus de sept ans à préparer un film juste pour se faire un kiff d'égo, pour un univers qui aurait grand besoin d'un bol d'air frais, ce n'est pas vraiment glorieux pour un film très banal, aux forts accents de réchauffé. Pas aussi détestable qu'un No Way Home ou qu'un Morbius, mais aussi inoffensif qu'un Shang-Chi ou Justice League (2017). Black Adam était censé bouleverser la hiérarchie de l'univers DC. C'est Dwayne qui le dit. Ici, on attend encore de le voir. 

Arno Kikoo
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