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Ms Marvel : un doublé d'ouverture plus coloré qu'à l'habitude du MCU

Ms Marvel : un doublé d'ouverture plus coloré qu'à l'habitude du MCU

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On a aimé• Le casting dans son ensemble...
• Très fidèle aux comics de Wilson et Alphona
• Des envies de s'amuser à l'image, plus qu'à l'habitude
• Les thématiques chères à Wilson sont bien représentées
On a moins aimé• ... malgré quelques touches de surjeu
• Les clichés et amourettes de séries adolescentes
• Les choix faits sur les pouvoirs de Kamala
Notre note

Avant-propos : cette critique est basée sur les deux premiers épisodes de la série Ms. Marvel que nous avons pu découvrir en avant-première. Il n'y aura aucun spoiler tout au long de cet article. 

Avec le rythme donné par Marvel Studios, il ne se passe au final que très peu de temps avant que l'on ne doive se replonger dans les productions du MCU, que ce soit au cinéma ou sur sa télévision (ou tout autre forme d'écran sur laquelle vous désirez regarder les contenus Disney+). Faut-il s'en plaindre ? Peut-être pas. Pour qui aime les comics, rarement aura-t-on vu autant de propositions en ce qui concerne les adaptations, et surtout, ce sont des personnages de moins en moins grand public qui ont enfin droit à leur heure de gloire. Mais il existe un revers à la médaille : en atteste l'expérience récente sur Moon Knight, qui montre à quel point un tel personnage, quoique bénéficiant de matériel papier extrêmement qualitatif, doit s'embarrasser de concessions franchement gênantes pour répondre à la vision d'ensemble de Kevin Feige, et à ce que doivent être les super-héros Marvel sous son égide. Partant de ce dernier constat, l'envie de faire confiance à l'homme à la casquette était redescendue d'un ton. Mais en ce qui concerne Ms Marvel - Kamala Khan de son vrai nom, première super-héroïne musulmane à avoir eu droit à sa propre série de comics en 2014, il faut reconnaître que les comics originels semblent bien plus compatibles avec ce que Disney+ nous a donnés jusqu'à présent. C'est d'ailleurs par ce matériel plus "disney compatible" (pour dire ça grossièrement) que la plateforme nous donne ce qui est certainement la série la plus colorée et "légère" du MCU, quitte à se montrer même plus originale visuellement ? Au sortir des deux premiers épisodes, on souffle le chaud et le froid entre une fidélité certaine à l'esprit des comics, et ce malgré quelques grosses trahisons. Avec l'envie d'en découvrir plus. Explications.

Entre fidélité et trahison

C'est en 2013 que Marvel annonce qu'à compter du début de l'année suivante, une nouvelle héroïne prendrait le nom de Ms Marvel, avec la particularité d'être la première héroïne de confession musulmane à bénéficier de son propre titre en solo. A cette époque, l'éditeur cherche activement à faire découvrir ses personnages à un lectorat plus jeune, plus ouvert et qui demande à être représenté, mais c'est aussi dans les équipes éditoriales et créatives que de plus en plus de voix se font entendre, pour raconter au travers des héros leurs propres histoires - comme ce que font tous les auteurs et artistes depuis des décennies par le prisme de la bande dessinée. On raconte que c'est suite à une anecdote sur son adolescence en tant qu'américaine musulmane que l'éditrice Sana Amanat évoque avec Stephen Wacker le fait de pouvoir parler de la diaspora musulmane dans les publications Marvel, avec une équipe créative qui aurait un point de vue authentique (et donc, concerné) par la question. 


Arrive alors l'autrice G. Willow Wilson et le dessinateur Adrian Alphona (à qui l'on doit déjà un superbe travail sur les Runaways, autre héros adolescents de l'écurie Marvel) ainsi que Jamie McKelvie pour mettre en commun leurs idées et créer Kamala Khan. Techniquement, l'héroïne apparaît avant ses débuts en solo dans la série Captain Marvel de Kelly Sue DeConnick. Mais c'est en 2014 que Khan fait son arrivée en comics, et le succès est immédiat. Le premier album (TPB) s'est depuis écoulé à des millions d'exemplaires et, à la façon de Miles Morales, Kamala Khan fait partie des créations modernes dans le monde des super-héros qui ont su rapidement s'imposer, tant pour la qualité de leurs histoires que par le message que ces figures peuvent véhiculer. 

Aussi, il ne paraît pas absurde, après plus de dix ans à s'être concentré sur des figures très classiques, à voir Marvel Studios suivre les pas de l'éditeur (à une échelle temporelle plus écrasée). Les succès commerciaux de films comme Black Panther ou Captain Marvel marquaient déjà l'envie de Feige de s'extirper d'une vision trop conservatrice du MCU de la part d'Ike Perlmutter, et en attendant que Miles fasse ses premiers pas en live action (ce qui semble plus compliqué au vus des contrats liants Marvel Studios à Sony Pictures), c'est à Kamala Khan que revient l'honneur de porter le flambeau d'une nouvelle génération de héros, qui commence petit à petit à se dessiner au fur et à mesure des sorties de la Phase 4 de Marvel Studios (rendez-vous compte : on a Kate Bishop, Monica Rambeau, Yelena, Loki version Sofia Di Martino, Mighty Thor, She-Hulk, etc...). Qu'on se le dise d'emblée : les équipes de la série Ms Marvel ont fait leurs devoirs et bien lu les premiers comics de Wilson et Alphona.


Ainsi, les deux premiers épisodes suivent la route très bien tracée des comics qui permettent de donner une origin story à Kamala Khan (Iman Vellani) et ses pouvoirs, tout en présentant son univers, ses proches, sa famille. Adolescente et lycéenne de 16 ans, Kamala est une fan de super-héros, et particulièrement des Avengers et de Captain Marvel. Imaginant des fan fictions qu'elle diffuse en vidéo sur internet, elle rêve de pouvoir se rendre à la AvengerCon, la première convention organisée dans le MCU pour célébrer les plus grands héros de la Terre (et notamment en célébration de leur combat contre Thanos). C'est là qu'elle ambitionne de gagner un concours de cosplay en tant que Captain Marvel, pour lequel son meilleur ami Bruno (Matt Lintz) va lui confectionner de très jolis gants sophistiqués. Dans la série, le personnage sert le rôle du pote hyper doué en technologie, qui sera forcément utile à Kamala une fois ses pouvoirs découverts. Du reste, la série met un point d'honneur à décrire l'environnement scolaire et familial de sa protagoniste, en allant reprendre parfois à la ligne quelques scènes des comics et l'écriture de Wilson. La famille Khan interprétée par Zenobia Shroff (la maman autoritaire Muneeba), Mohan Kapur (le papa inquiet Yusuf) et Saagar Shaikh (le frère dévot Aamir) est campée à la perfection, tout comme le personnage de Nakia, la meilleure amie de Kamala, jouée par Yasmeen Fletcher.

Qu'on se le dise : votre rédacteur n'a pas eu à vivre en tant que jeune femme aux Etats-Unis et encore moins en tant que musulman, et ne sera donc pas directement concerné par les sujets évoqués tout au cours des épisodes. Mais les moqueries ou les stéréotypes véhiculés dans un environnement scolaire, la sévérité des parents et le conflit qui les oppose à leurs enfants (surtout à l'adolescence), pour des questions de sortie ou de devoir se concentrer sur les études, ont quelque chose d'assez universel pour que chacun puisse s'identifier à ses problématiques. A côté, l'écriture de G. Willow Wilson transpire dans ce qu'elle montre de Kamala ou Nakia, qui ont leur propre rapport à leur foi, à la façon dont elles vivent leur religion, mais aussi sur un système qui est patriarcal et dans lequel les femmes n'ont que peu à dire. Une sous-intrigue en forme d'élection vient pimenter l'aspect "vie de tous les jours à Jersey" qui habite toute la série. C'est que les super-pouvoirs ne sont pas pour le moment tout le temps au coeur de l'intrigue, et ce n'est pas une mauvaise chose, pour Ms Marvel qui s'apparente à la première réelle série "teenager" du MCU. Conséquence : il y a des chances qu'une partie du public habitué aux productions Marvel Studios ne s'y retrouve pas, car le ton est plus léger, les enjeux sont adolescents, et il faut parfois aussi reconnaître qu'on est pas forcément le public cible d'une série.


Ici, on reste partisan de l'idée que chacun peut avoir droit à une production qui lui parle plus qu'à d'autres, et que c'est tout à fait normal. Mais on reconnaîtra aussi que cet aspect "teenage" a ses limites, dans des questions de jeu d'acteur (notamment sur des scènes censées être plus ou moins romantiques) notamment. Si Iman Vellani est pétillante dans son rôle, on a du mal à croire à certaines de ses mimiques ou à l'intensité dramatique de certaines scènes, ce qui est aussi dû au costume de départ (qui est un cosplay de Captain Marvel, comme vous l'avez vu dans les trailers) qui fait un peu peine à voir - à supposer que ce soit un peu l'intention, c'est hélas un poil trop réussi. Ce qu'il faut en retenir néanmoins c'est que dans l'ensemble, malgré certains moments de surjeu, c'est que l'alchimie fonctionne très bien entre les actrices et acteurs, et qu'il se dégage de Ms Marvel une ambiance légère et colorée qui n'est pas déplaisante. En cause, des envies de jouer avec le côté fangirl de Kamala et d'avoir un montage plus dynamique qu'à l'accoutumée, et une image qui s'amuse à incruster régulièrement des figures animées, pour rendre plus vivant l'imaginaire de l'héroïne. Il y a beaucoup de couleurs, l'ensemble est assez rythmé, et si les enjeux restent encore bien terre à terre, pour peu que la formule adolescente ne vous fasse pas fuir, on ne s'ennuie pas.

Reste le point crucial à aborder concernant Ms Marvel : celui des pouvoirs. Comme les trailers et autres visuels l'ont déjà attesté, il y a une différence très importante à la fois dont ceux-ci sont obtenus et comment ils se manifestent. Là-dessus, l'éternelle question de la trahison dans l'adaptation se doit de revenir : les pouvoirs métamorphes/polymorphes de Kamala Khan en comics sont d'autant plus importants qu'ils agissent très bien comme une métaphore du corps qui change, forcément, à la période de l'adolescence - avec la question sous-jacente de tout ce qu'on impose aux jeunes femmes dans cette période et par après. Ici, la série fait un choix radicalement différent puisque Khan matérialise par l'envie des formes en cristal violet, qui ont parfois des designs poussés, à la façon des projections venant des anneaux de Green Lanterns. Un choix qui permet peut-être de ne pas s'aventurer dans des effets spéciaux trop compliqués avec un corps capable de grandi/rapetisser/s'allonger - et Marvel Studios réussit malgré tout à faire quelques clins d'oeil aux pouvoirs originaux de Kamala par le biais de quelques projections. Le constat est un poil dommageable, mais comme on le dit souvent : l'idée n'est pas de vouloir absolument que tout soit comme dans les comics. Ici, si les pouvoirs sont changés, l'esprit de l'héroïne, ses envies, son univers, les thématiques des bande dessinées sont bien présentes, et la trahison fait donc partie d'un contrat que l'on peut accepter, à l'inverse d'autres propositions récentes de Disney+.


Après ces deux épisodes, Ms Marvel montre donc assez clairement sa tonalité et ses ambitions. Avec son montage et ses petites idées de mise en scène, ses incrustations animées et une photographie qui laisse grand place aux couleurs, Disney+ arrive à nous faire croire que Bisha K. Ali a pu bénéficier de quelques libertés pour monter sa série, tandis que le tandem Adil El Arbi/Bilall Fallah se montre capable de tenir les caméras de façon convenable. Dans l'ensemble, la proposition tient debout : on retrouve ce qui fait l'essence de Kamala Khan en comics, malgré les choix opérés sur ses pouvoirs. On retrouve toujours quelques aléas liés au production design (et on devra attendre d'ici le reste des épisodes pour voir si ça s'améliore) et des effets visuels pas toujours réussis, et les intrigues purement adolescentes feront certainement fuir quelques spectateurs ou spectatrices qui ont "passé l'âge de tout cela". Pas de grand défaut à noter, pas de quoi se pâmer, une envie de poursuivre la série : on reste dans un cadre calibré, malgré tout plaisant, et on pense surtout que Ms Marvel fera très plaisir aux personnes concernées par les sujets abordés. Tant mieux : la pop culture appartient à tout le monde, et l'on n'éprouve que du plaisir à pouvoir la partager.

Ms Marvel réussit complètement à présenter Kamala Khan en live action, grâce à une actrice impliquée (comme le reste du casting), et à une direction d'ensemble qui veut rendre hommage aux comics, dans ses thématiques, dans sa direction pleine de vie et de couleurs. Ce qui permet même à Disney+ d'avoir une proposition "teenage" qui marque surtout par certains choix artistiques ou de réalisation. On reste néanmoins chez Marvel Studios, et il ne faut pas s'attendre à ce que le monde des séries de super-héros soit renversé, quand d'autres produits adolescents sont par ailleurs déjà passés par là (Cloak & Dagger, Runaways, Naomi, etc). Mais le fait de voir Kamala Khan en chair et en os, que l'on puisse parler de religion et de foi sans stéréotypes négatifs, dans un univers aussi grand public que celui du MCU, revêt forcément quelque chose de particulier pour qui est sensibilités aux questions de représentations. Là dessus, espérons que Ms Marvel réussisse, comme elle l'a fait en comics, à ouvrir les portes d'un MCU plus diversifié, plus ouvert, et qui compensera les choix faits (sur les pouvoirs) par sa sincérité.

Arno Kikoo
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