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Venom : Let There Be Carnage ne respecte rien et s'en fout

Venom : Let There Be Carnage ne respecte rien et s'en fout

ReviewCinéma
On a aimé• Ca dure moins longtemps que le premier
On a moins aimé• Terriblement laid
• Plus personne ne prend la peine de jouer
• Une écriture catastrophique
• Ne s'embarrasse plus des fondamentaux du cinéma
• On aurait aimé que ce soit une blague
• Une pensée émue pour Feige qui va devoir composer avec tout ça...
Notre note

Il y a trois ans, Sony Pictures posait avec le premier film Venom les bases d'un univers partagé au concept bancal : le spiderless-verse. C'est à dire, développer un ensemble de films calqués sur les plus grands adversaires de Spider-Man, néanmoins sans que le Tisseur puisse faire son apparition, car pour le moment resté dans l'univers de Marvel Studios. En ressortait, sous la direction de Ruben Fleisher, un film d'une laideur et d'une stupidité confondante, rapidement raillé par toutes les critiques, mais qui se trouvait quand même les faveurs plus clémentes d'un public. Il faut dire que la figure de Venom est ce qu'on appelle un "fan favorite" et qu'une campagne de marketing savamment menée (quoique mensongère) en Chine aura permis au film d'exploser au box-office. 

Comme les studios de production écoutent d'abord les sonorités des pièces trébuchantes plutôt que les avis des personnes qui s'intéressent et aiment le cinéma et/ou les comics, Sony Pictures passe la seconde trois ans plus tard avec Venom : Let There Be Carnage. Et puisque le public a validé l'offre du premier volet sans sourciller, autant vous le dire tout de suite : ce second opus fait la même chose, mais en pire, et surtout : plus personne n'en a rien à foutre de faire n'importe quoi. Rarement aura-t-on eu le sentiment d'être autant pris pour des cons devant un film, mais expliquons tout cela calmement, voulez-vous bien. 

On prend les mêmes et on fait pire

Cadencé à seulement une heure trente de bobine (sans le générique), Venom : Let There Be Carnage a ce premier avantage, celui de ne pas se perdre avec une heure d'exposition. Les protagonistes sont connus, et passé une introduction pour nous présenter le background de Cletus Kasady (Woody Harrelson), on entre rapidement dans le vif du sujet. A savoir : Cletus qui veut absolument faire ses confessions à Eddie Brock (Tom Hardy, impliqué à la production et au scénario du film), puis s'étonne de se retrouver condamné à mort après ; et de l'autre côté, une relation difficile entre Eddie et le symbiote Venom, dépeint tantôt comme des colocataires, tantôt comme un couple. Eddie force son compagnon d'infortune à ne manger que du chocolat ou des poulets plutôt que des cerveaux, quand bien même le symbiote en a besoin pour sa santé, et quand bien même un accord "pour ne manger que les méchants" semblait avoir été passé entre les deux. Vous savez, pour faire de Venom un personnage sympathique, une sorte de friendly neighbourhood Venom. Voilà.


A côté, on se rend compte qu'Eddie galère toujours dans sa relation amoureuse avec Anne (Michelle Williams), puis au moment de sa mise à mort, Cletus rentre en contact avec le sang d'Eddie, se transforme en Carnage - ha oui, et il part à la recherche de Frances Barrison (ou Shriek, jouée par Naomie Harris), son amour d'enfance, tout en cherchant à tuer Eddie parce que, parce que. Vingt quatre heures après avoir vu le film, on se demande toujours quelle raison les scénaristes lui donnent avant de se rappeler que Kelly Marcel et Tom Hardy n'en ont visiblement pas eu grand chose à foutre d'écrire un film correct. Comme dans le premier opus, on ne s'embarrasse pas une seconde des règles de cohérences d'unités de lieux ou de temps. Les personnages apparaissent comme par magie où bon leur semble, il est difficile de suivre les ellipses entre scènes et de savoir qui fait quoi et au bout d'un moment, le spectateur finit par lâcher l'affaire. Venom : Let There Be Carnage est fait par des personnes qui n'en ont rien à carrer de faire un film, juste à bricoler 1h30 d'images pour justifier d'aller en salles, en ajoutant une scène post-générique qui constituera le seul (non) intérêt de se déplacer. Heureusement qu'il y a YouTube, en fait. 

Dans le premier Venom, seul Tom Hardy était en roue libre totale, sans aucune direction, alors que le reste du casting faisait semblant de croire, le regard morne, à ce qu'il devait jouer. L'ensemble du cast semble avoir vu le premier opus et s'être dit "allez, on fait tous comme Tom" : le battage de couilles est affolant. Tom Hardy ne fait même plus semblant d'essayer, à parler en regardant dans le vide même quand il doit donner la réplique à un autre acteur (à se demander s'il n'a pas fait toutes ses prises seul). Son personnage n'a aucune cohérence narrative : on le croyait reporter d'investigation à succès, mais le fait d'être célibataire l'a rendu encore plus con qu'un enfant de quatre ans.


Un constat applicable aussi à Venom, avec qui les disputes semblent être inspirées d'une rixe dans une cour de primaire, quand bien même le symbiote vante le "savoir de sa ruche de plus de 80 milliards d'individus, qu'un cerveau humain ne saurait absorber". Woody Harrelson est effacé par le jeu de ses perruques, tandis que Naomie Harris excelle dans sa version d'une Cruella bourrée H24, dont les 2/3 des répliques sont des cris, et le reste une écriture à la ramasse à base de rires de méchants, parce qu'on n'a pas trop trouvé mieux à lui donner. Par ailleurs, on peut être certain qu'Alison Bechdel appréciera la façon dont tous les personnages féminins sont écrits, mention spéciale à Michelle Williams qui écope d'une scène parmi les plus confondantes et gênantes qu'il nous a été donné de voir ces dernières années. C'est là qu'on se rend compte que réellement, tout le monde a laissé tomber l'idée de faire quoique ce soit d'artistique : il y a des chèques à signer et des frigos à remplir, tant pis s'il faut se salir les mains dans l'opération. 

Si le premier Venom n'était déjà pas bien beau, Venom : Let There Be Carnage réussit à être tout autant, si ce n'est encore plus laid. Venom en lui même est toujours aussi bizarre et ne retranscrit jamais la puissance ou l'allure du personnage telle que la bande dessinée a pu le faire. Carnage semble s'en sortir un peu mieux au départ, notamment par l'utilisation de ses multiples bras/tentacules, avant que l'on ne se rende compte que la production ne voudra pas utiliser la caractéristique primaire qui le différencie de Venom - à savoir, le fait d'avoir un symbiote lié au sang de son hôte. En résulte visuellement la même substance visqueuse que pour Venom, mais en rouge, avec une échelle de pouvoirs totalement aléatoire, et surtout jamais justifiée, ne serait-ce qu'un minimum. Carnage a des tentacules ? Très bien, c'est normal. Il jette des projectiles ? D'accord. Ha ? Il fait des tornades géantes en intérieur ? Soit. Et il peut se propulser avec sa matière visqueuse tout en haut d'une cathédrale tout en engluant ses quatre clochers à la fois ? Oui, bah écoutez, à ce stade là, tout le monde s'en branle aussi.


Tout ce qu'on vous dépeint pourrait vous paraître amusant, de façon à faire rentrer Venom : Let There Be Carnage dans la case des nanars à mater au second degré avec des bières (beaucoup) et des potes. Même pas. L'ensemble est confondant d'un cynisme absolu, presque nihiliste, dans sa volonté de ne rien faire bien. Le script se repose sur des ressorts répétés ad nauseam dans le film : Venom veut manger des têtes et c'est pour ça qu'il ne s'entend pas avec Eddie, Carnage est fou amoureux de Frances, Anne et Dan sont là pour qu'on ne se retrouve pas qu'avec quatre personnages. Un ensemble de trois couples tous foireux qui permet de faire de ce Venom 2 un film bizarre sur les relations plus ou moins toxiques, avec une fausse envie d'explorer les thématiques d'homosexualité, une scène de "coming out" dans une rave party représentant certainement le sommet de cynisme dans la façon d'aborder ces thèmes sur grand écran. C'est long, gênant, surréaliste et on se cache la tête entre les mains. D'autres moments sont ainsi basés sur des blagues (ratées) qui s'étirent et n'en finissent pas, donnant des longueurs à un film qui pourtant est l'un des blockbusters adaptés de comics les plus courts depuis longtemps.

Et le rapport aux comics ? Honnêtement, faut-il encore essayer de s'y rattraper ? Serkis et ses équipes ont fait le minimum syndical en ouvrant quelques pages de Venom vs Carnage (pour le personnage de Pat Mulligan) ou de Maxiumm Carnage (pour Ravencroft, Shriek et le comportement de Kasady), mais parvient à se planter sur toutt. On ne s'explique pas pourquoi d'un film à l'autre Brock est devenu complètement débile ; la production essaie ENCORE d'humaniser un super-vilain en essayant de faire s'apitoyer le public sur l'enfance de Kasady ou en lui donnant un love interest rincé. Puis reste toujours les problèmes primordiaux, qui rappellent que ce film n'a été fomenté que sur un tas de mauvaises idées : un Carnage qui ne verse littéralement pas une goutte de sang, un Venom toujours aux fraises, l'absence de Spider-Man, etc. La réalisation sommaire et quelconque et la laideur des effets spéciaux ne peut même pas rattraper quoique ce soit. Le tout a toujours l'allure d'un film qui a été bricolé avec vingt ans de retard, sera encore plus laid sur petit écran, et même en utilisant l'argument du "je pose mon cerveau de côté", soyons clair : mais qu'est-ce que c'est nul.


A croire que personne n'a rien retenu des leçons du premier film et de ce qui lui avait été reproché. C'est ça, la magie du cynisme : enhardi par des hordes de spectateurs décidés à "se faire leur propre avis", le studio touche un gros chèque, et rempile. A la différence cette fois que tout le monde est très conscient de faire n'importe quoi, et s'en fout. Au moins, avec sa courte durée, et le degré de débilités enchaînées à la minute, le temps semble (insistons sur le "semble", parce qu'on ne s'amuse pas pour autant) un peu moins long. Par ici, on pense qu'il serait vraiment temps avec un film tel que Venom : Let There Be Carnage d'avoir une vraie discussion entre fans de cinéma, de comics et de pop culture, et de se demander si c'est vraiment ça que l'on veut voir en salles, s'il y a un moment où il ne va pas falloir dire à Amy Pascal et Avi Arad d'arrêter leurs conneries. Idem pour la post-générique, qui n'a rien d'épique de toute façon : après avoir vu tout le film, vous croyez vraiment que Feige et ses équipes ont envie d'accueillir tout ce chaos dans leur univers ? C'est vraiment ça que vous souhaitez, collectivement et culturellement, en tant que public ? 

De toute façon, le chemin est tout tracé. On aura beau avoir perdu une heure et demie de notre vie et tenter de vous l'expliquer, Venom : Let There Be Carnage sera un carton, validant avec un cynisme baveux toute la démarche de Sony Pictures sur cet univers, dégoutante de A à Z. Venom : Let There Be Carnage n'est pas qu'un mauvais film, c'est un insulte constante envoyée à son public, qu'il soit fan de comics ou non. Un ramassis d'écriture éclatée servie par des effets spéciaux et une photographie laide, des acteurs et actrices qui n'en ont rien à faire d'être là, et un réalisateur à qui on a juste dit "tiens Andy, voici une caméra". On se demande vraiment ce qu'un certain bonhomme à casquette va pouvoir faire avec tout ça. Il faudra vraiment un miracle pour redresser le niveau après avoir plongé si bas.

Arno Kikoo
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