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Josh D'Amaro nommé pour prendre la présidence du groupe Disney après Bob Iger

Josh D'Amaro nommé pour prendre la présidence du groupe Disney après Bob Iger

NewsCinéma

Oncle Picsou s'est trouvé un nouveau porte-parole. En amont d'une audience publique prévue pour le mois de mars, le conseil d'administration du groupe Disney s'est prononcé sur le nom du prochain président directeur général nommé pour reprendre les commandes de l'entreprise cette année. Aux dernières nouvelles, deux profils étaient encore considérés pour le poste : Josh D'Amaro, de la division Disney Experiences (qui administre les parcs d'attraction et les croisières, entre autres choses), et Dana Walden, de la division Disney Entertainment (en charge de la télévision et du streaming). Finalement, D'Amaro a été nommé pour remplacer Bob Iger, tandis que Walden a obtenu une sorte de montée en grade pour récupérer quelques responsabilités supplémentaires. Les choses bougent. L'organigramme se réinvente.

Bye, Bob

Employé au sein du groupe Disney depuis bientôt vingt-huit ans, le nouveau président directeur général était déjà passé par toute une variété de départements avant d'obtenir son sceptre et sa couronne de régent : finance, stratégie, marketing, opératoire, département créatif, un homme-orchestre assez emblématique de cette tradition des cols blancs capables d'enchaîner les fonctions, les portfolios et les responsabilités au sein d'une même compagnie. Plus récemment, D'Amaro avait placé sur la division des parcs peu de temps avant la pandémie, et ses résultats sur ce front (notoirement complexe) lui auraient valu le respect de ses pairs et la confiance du conseil d'administration.

De fait, le département Disney Experiences (dont les fonctions s'étendent également au secteur des applications et du vidéoludique) fait figure de bonne élève depuis peu, avec un plan d'investissement de 60 milliards sur dix ans validé en 2023, et un chiffre d'affaire en hausse de de 6% sur la récente année fiscale (pour 36 milliards de dollars au global). Compte tenu des obstacles rencontrés sur certaines des autres branches du groupe, on comprend que le conseil d'administration a choisi de sélectionner l'un des hommes forts de cette antenne en plein essor. Au passage, on se rappelle que d'autres investissements sont encore prévus sur le court terme de ce point de vue : Disney aurait actuellement prévu d'ouvrir un nouveau parc dans l'émirat d'Abu Dhabi, pour le plaisir des touristes et des exilés fiscaux.

Dans le même temps, les résultats de la branche Disney Entertainment se sont avérés plus ternes sur la dernière année fiscale : un chiffre d'affaire supérieur, oui, avec 45 milliards engrengés sur les chaînes de télévision, le cinéma et le streaming, mais une performance moins importante avec une hausse de seulement 3% d'une année sur l'autre. Accessoirement, le maillage interne de ces résultats révèle certaines failles cruelles dans la machine (pourtant notoirement bien rôdée) du moteur Disney : quelques contre-performances au cinéma, une économie du streaming qui se cherche, et des chaînes de télévision en perte de vitesse sur le plan des revenus publicitaires. En définitive, la partie la plus positive de ces résultats découle aussi de lourds sacrifices consentis sur la masse salariale. On se souvient notamment que, au moment de son retour, Bob Iger avait validé le licenciement de 7000 salariés... en bonne partie, dans les départements du pôle télévision.

Finalement, Dana Walden a donc obtenu une sorte de sauf-conduit : celle-ci a été nommé au poste de présidente du groupe... et de "chief creative officer". Une sorte de grade intermédiaire entre le véritable nouveau grand patron de la pyramide, Josh D'Amaro, et les départements créatifs et diffusion (studios, chaînes, platforme, etc). A noter que le poste de "CCO" n'existait pas dans l'organigramme précédent. On comprend donc que, plutôt que d'opter pour une solution bicéphale avec deux co-président(e)s, comme chez Netflix, le conseil d'administration a préféré inventer une nouvelle strate de décision pour que Walden et D'Amaro puissent trouver leur propre équilibre dans la répartition des tâches. Et de fait, la "présidente" de Disney, placée sous les ordres du "président directeur général", reste la plus haute gradée dans cette nouvelle hiérarchie des forces en présence. Ensemble, l'une et l'autre devraient donc commander le navire main dans la main, façon chef et sous-cheffe.

De son côté, le prochain "président directeur général", donc (ou "CEO" selon la terminaison officielle) ne devrait pas attendre longtemps avant de pouvoir attaquer la décoration de son nouveau bureau. D'ici le 16 mars 2026, lors de l'audience publique qui permettra de présenter les grandes lignes de son plan de bataille pour redresser le navire Disney, et d'insuffler une nouvelle direction aux différentes antennes du groupe, Bob Iger devrait démissionner dans la foulée. L'ancien chef de rang assurera la transition et la passation en compagnie de son successeur. 

Josh D'Amaro deviendra officiellement le huitième président de l'histoire du groupe Disney d'ici cette échéance. Pour un salaire plancher de 2,5 millions de dollars annuels, selon Deadline... et une possibilité de bonus divers (en action ou en liquidités) de 250% en fonction des résultats obtenus d'ici la fin de l'année fiscale. Forcément, ça motive. Accessoirement, cette nomination s'accompagne d'un chèque de 9,7 millions de dollars (toujours selon l'article de Deadline) et devrait aussi récupérer des stock-options de 26,2 millions chaque année dans le cadre de sa présidence. Comme quoi, les grands patrons ont leurs propres versions du treizième mois. Pour rappel, en mettant toutes les sommes (salaires, bonus et dividendes) sur la même balance, Bob Iger avait de son côté empoché 45 millions de dollars l'an dernier pour le même poste. Paradoxalement, on aurait donc envie de croire que D'Amaro n'obtient pour le moment qu'une sorte de salaire "junior" en attendant de faire ses preuves. C'est fou non ?

Pour Dana Walden, son salaire annuel serait prévu pour atteindre la somme de 3,75 millions de dollars par an... mais avec seulement (?) 15,75 millions de dollars de stock-options chaque année. 

Ensemble, le PDG et la CCO du nouvel empire Disney devront naviguer dans une période passablement compliquée : si Bob Iger avait surtout été rappelé pour commander le navire dans la tempête, en redressant la balance de dépenses de Disney+ et en endossant les nombreuses charrettes de licenciements et annulations de produits nécessaires pour équilibrer les comptes après les folies perpétrées par son prédecesseur Bob Chapek, l'enseigne reste dans une position délicate compte tenu des menaces du présent. Avec une concurrence de mieux en mieux armée (avec le futur groupe Warner/Netflix ou Warner/Paramount), des licences internes qui prennent la poussière (la licence Marvel Studios est en petite forme et la marque Star Wars attend encore de retrouver les écrans de cinéma), un secteur de la télévision qui continue de perdre des parts de marché face au marché du streaming, et quelques autres probématiques liées aux conditions actuelles de la politique aux Etats-Unis (avec le cas particulier de Disney et de sa place-forte en Floride), de nombreux chantiers attendent encore D'Amaro et Walden d'ici les prochains mois.

D'un certain point de vue, Bob Iger aura au moins eu le mérite de faciliter la vie de ses deux successeurs en anticipant la concurrence rivale de l'intelligence artificielle générative en décidant de s'allier avec OpenAI pour éviter d'entrer dans une guerre ouvete avec les acteurs de ce secteur dangereux. Se posera ensuite la question de l'impact réel de cette décision, et des transitions que Josh D'Amaro aura envie de mettre en place pour imposer sa propre signature sur le groupe (dont la mécanique grince sérieusement sur plusieurs zones cruciales depuis quelques années). A voir. De toutes façons, tout ceci reste un simple habillage cosmétique : une fois qu'on a tout dit, le vrai grand patron, ça reste le vieux canard dans son coffre-fort.

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Illustration de l'auteur
Corentin
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