
Bien que notre review vous certifiait qu'il était possible de lire Multiversity sans n'avoir rien lu de DC Comics, l'oeuvre phare de Grant Morrison, tout juste publiée chez Urban Comics, brasse allègrement dans 80 années d'existence de l'éditeur à deux lettres. Qu'il s'agisse de son intrigue principale ou des chapitres en one-shots, chaque numéro déborde de références aux comics publiés par DC, et propose quelques concepts et idées dont il serait dommage de passer à côté.
C'est pourquoi nous vous proposons (votre humble rédacteur et l'excellent Corentin, qui oeuvre sur les chapitres 3 à 6) ce gros dossier pour faire le tour de Multiversity. De la même façon que l'oeuvre dont nous parlons, la construction sera un peu particulière. Le premier volet est là pour aborder les deux chapitres principaux de l'histoire, alors que les six autres reviennent sur chacun des one-shots se déroulant sur une Terre particulière, en s'attachant à ses concepts, ses personnages et les références qui y sont disséminées. Du moins, celles que nous avons pu voir, puisque ledit dossier ne vise pas à être exhaustif, certaines choses nous ayant probablement échappé.
Nous vous souhaitons donc une excellente lecture, en espérant que le travail vous aidera à y voir plus clair si vous étiez perdu dans Multiversity, ou à vous donner envie de découvrir l'oeuvre (et le Multivers DC de façon plus générale) si vous aviez peur de vous lancer. Comme nous vous le disions récemment en podcast : même si la continuité peut rebuter, c'est en lisant des comics qu'on se familiarise avec des univers. Plus qu'un guide, ce dossier est donc une invitation supplémentaire à la lecture et à la découverte !
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Bien que la maxi-série The Multiversity ait été publiée à l'époque des New 52, les plans de Grant Morrison pour cette histoire remontent bien en amont, puisque le récit devait être à la base publié au courant de l'année 2010. Avec quatre ans de retard, et les ajustements éditoriaux majeurs de DC à l'époque, le premier chapitre s'ouvre malgré tout avec un personnage bien connu des fans du scénariste, puisqu'il s'agit de Nix Uotan, rebaptisé ici le Superjuge, qui avait été aperçu pour la dernière fois dans l'ultime numéro de Final Crisis.
Grant Morrison reprend en effet le personnage là où il avait été laissé. Le Monitor qui avait été en charge de la planète Terre-51 (la Terre de Jack Kirby, où le Grand Cataclysme mènera au monde de Kamandi) avait en effet été considéré comme incapable d'avoir la charge d'une des Terres du Multivers, et s'était retrouvé exilé sur la Terre-0 (la Terre principale des héros DC, qui ne portait pas encore ce nom à l'époque de Final Crisis). Les évènements de cette Crise terminés, Nix Uotan décidait de retourner vivre comme un simple mortel sur cette planète - et c'est dans cette situation qu'on le retrouve. Les choses ont malgré tout changé puisque Morrison le représente désormais comme l'unique Monitor encore en place. Mais la scène d'ouverture de Multiversity est un renvoi direct aux dernières planches de Final Crisis, ou l'on retrouve la disposition des meubles (bureau, lit) dans l'appartement de Nix.

On remarque que Nix aura accumulé chez lui une certaine quantité de comics. L'une des idées principales du Multivers, et établie dans les écrits de Morisson, est que les aventures se passant dans une réalité se retrouvent sous forme de comics dans une autre. Ici, Nix pourrait en quelque sorte surveiller ce qu'il se passe dans le reste du Multivers en allant se procurer tous ces comics (mettons qu'il s'agit plus d'une supposition qu'une affirmation). Entre autres, on retrouve à ces côtés un singe en peluche, M. Stubbs, qui s'anime par la suite. Il pourrait s'agir de la forme simiesque (au vu de la pilosité des mains) que Nix rencontrait dans sa cellule dans les pages de Final Crisis, de la même façon que le rubiks cube posé sur le bureau se rapporte celui utilisé par Metron dans la même scène. Vous l'aurez compris : tout est lié.

De nombreuses références aux précédents écrits de Grant Morrison peuvent être retrouvés au cours du premier chapitre. On retrouve ainsi l'Ultima Thule, le vaisseau utilisé par le Monitor pour passer d'un monde à un autre, en traversant la plaie, la membrane qui sépare chaque version d'une réalité. Pour rappel, comme chaque univers vibre à une fréquence donnée, c'est en se positionnant sur cette fréquence - et en jouant de la musique au sein de l'Ultima Thule qu'il est possible de passer entre les Terre du Multivers.

Enfin, on retrouvera par la suite le Palais des Héros, qui est le satellite qu'utilisait le Monitor dans le récit Crisis on Infinite Earths, et resté en l'état bien qu'on puisse voir les dégâts qu'il a subi depuis. C'est là qu'on retrouve également sous forme "numérique" Harbinger, celle qui aidait le Monitor dans CoIE pour rechercher les différents héros du Multivers dans la lutte contre l'Anti-Monitor.

En plus d'une multitude de personnages issus de tous les univers de DC Comics, c'est un ensemble d'entités qui répond au nom de La Noblesse (The Gentry en langue originale) qui forme la véritable némésis de cette histoire. Cet ensemble prend des formes nombreuses et des noms imaginatifs. Tel qu'on nous l'expliquera par la suite dans The Multiversity #2, les entités de la Noblesse et leur maître la Main Vide (Empty Hand) viennent de Terre-33 (voir le chapitre Ultra Comics), soit notre monde réel. A partir de là, on peut y voir dans La Noblesse les manifestations de comportements propres aux lecteurs et éditeurs, et qui viennent nuire directement aux comics.

Ainsi, parmi les théories circulantes, on associe Dame Impitoyable sera la tendance au grim & gritty pour coller à des super-héros plus "réalistes" ; Demogorgunn (représenté par une masse de corps) sera la popularité grandissante des super-héros (mais pas par les comics, d'où ce "mauvais côté" qu'il représente) ; le Seigneur Détraqué sera la façon dont les histoires se reposent sur une même structure ; Machinenfer représente le côté complétiste des lecteurs parfois absurde ; alors qu'Intellectron est une représentation de la sur-analyse des comics. Tous ensemble oeuvrent pour l'avènement de la "machine à oubli" - qui est a priori le cinéma. Ainsi, le message de la Main Vide dans les dernière planches de Multiversity, qui explique qu'il était juste de passage pour évaluer les forces des super-héros, permet de voir la chose ainsi.

C'est dans le but de faire des adaptations de super-héros que l'ensemble des comportements néfastes pour les comics apparaissent. Et comme c'est par les comics que les héros arrivent à triompher, et par la musique du Multivers, une métaphore de l'imagination, on comprend donc que Multiversity est un appel aux créateurs pour se servir de toutes les histoires produites pour continuer à faire vivre le médium. Comme l'a fait Morrison avec cet ouvrage. N'est-ce donc pas limpide à présent ?
Terre-7

La Terre-7 est la première planète visitée par Nix Uotan et son compère simiesque. Comme le précise le guide de Multiversity, il s'agit d'une re-création de la Terre-8 (qui sera abordée juste après). Ainsi, puisque cette dernière représente l'univers de Marvel Comics, la Terre-7 est l'équivalent de l'univers Ultimate de cet univers. Le fait qu'elle soit la première détruire au cours de Multiversity n'est pas anodin. C'est un fait rappelé pour évoquer le destin tragique d'une majorité de ses héros au courant de l'event Ultimatum au cours duquel de nombreux héros de cette ligne éditoriale furent tués (et Morrison anticipait peut-être déjà la disparition de l'univers au cours de Secret Wars lorsqu'il écrivait ce numéro).
Le seul héros encore présent sur cette Terre reste le Thunderer, une version afro-américaine de Thor, mais l'on peut aussi voir que certains des héros reviennent sous forme de zombie - une allusion évident à Marvel Zombies, puisque cet univers était né des pages d'un crossover se déroulant dans les pages d'une série Ultimate. Sur le croquis, on reconnaît en le Croisé un Captain America, en Golem La Chose, "Doc" Futur étant Reed Richards, Walküre Walkyrie, Microbot Ant-Man, et la petite bizarrerie qu'est Devilfist puisqu'il s'agit clairement d'un clin d'oeil à Hellboy - quoique le gant rappelle également celui de Thanos.
Terre-8

Comme on vous le disait précédemment, Terre-8 est la version réimaginée de l'univers Marvel au sein même du Multivers de DC Comics. C'est également la seconde Terre a être prise d'assaut par les forces de la Noblesse, et là que Nix Uotan sera corrompu. On pourra imaginer que Grant Morrison n'aura pas choisi innocemment de faire disparaître ou mettre en danger profond les deux Terre se rapportant aux publications de la Maison des Idées.
On retrouve sur cette dimension une version des Avengers, baptisée ici Représailleurs, dont les différents membres sont là aussi rapidement reconnaissables par rapport à l'univers Marvel. On constate en outre que Grant Morrison utilise toute la diversité possible pour réimaginer les personnages, n'étant pas emprisonné dans le contexte sociétal de création de ces personnages de l'époque. Ainsi, Thor est à nouveau afro-américain et répond au nom de Wundajin ; Ladybug est une Spider-Man au féminin ; Deadeye est un Hawkeye à la peau bleue ; Kite est une version féminine de Falcon ; Le Croisé Américain est à l'évidence la représentation (à l'ancienne) de Captain America ; Dragon Rouge est l'équivalent de Black Widow et Machinehead est Iron Man.

On retrouve à côté d'autres personnages tels que Béhémoth, un bébé Hulk tout bleu ; Major Max qui est l'équivalente de Captain Marvel ; Hyperius qui est un pastiche d'Hypérion, lui-même un clone de Superman du côté de Marvel. A noter d'ailleurs que ce dernier était déjà présent dans les pages de Final Crisis, lors de l'attaque finale contre Mandrakk. D'autres personnages apparaissent de façon plus succincte (et souvent à l'état de cadavre), comme ces personnages ci-dessus que l'on pourra assimiler à La Chose, la Torche Humaine, Scarlet Witch ou Cyclops. Du côté des vilains, Lord Havok est la version Terre-8 de Doctor Doom.
Terre-23
Les lecteurs de Final Crisis #7 et du numéro Action Comics #9 (période New 52) connaissent déjà la Terre-23, qui est celle qui a pour Superman Calvin Ellis, accessoirement président des Etats-Unis, et qui est inspiré de Barack Obama. Il s'agit d'une Terre sur laquelle la plupart des super-héros et héroïnes sont noirs, et où les personnages blancs sont donc une minorité.
Ainsi, Wonder Woman est Nubia, en référence au royaume africain indépendant qui a existé au cours de l'Antiquité, et dont cette indépendance a certainement motivé Grant Morrison à en faire la Themsyscira de cette Terre. Les super-héros noirs font tous partie de la Justice League, soit Green Lantern (dont le nom est ici inconnu), Vixen, Steel, Zatanna (également noire ici), Black Lightning ou Cyborg. A noter que si cette Terre apparaissait déjà dans Final Crisis, sa numérotation ne lui a été donné qu'au courant des New 52 avec la résurgence de Calvin Ellis dans les pages d'Action Comics.
Au fil des pages de The Multiversity #2, de nombreuses autres Terre sont visitées de façon très brève, afin de mettre l'emphase sur le recrutement de l'ensemble des héros du Multivers de DC Comics. Les indications des Terre en question permettent de s'y retrouver aisément avec les pages du Guide présent dans le recueil - et ne nécessitent pas forcément qu'on les développe plus ici, au vu de leur maigre importance en tant que tel dans la compréhension du récit.
Notons malgré tout que Terre-13 est une version "dark" de l'univers DC, ou ce sont des personnages sombres et qui pour beaucoup avaient intégré les publications Vertigo, avant que les New 52 ne les réintègre à la continuité principale. Etrigan devient l'équivalent de Superman en se faisant appeler Super-Démon. Pour l'anecdote, Grant Morrison avait évoqué par le passé une version super-héroïque de John Constantine dans les pages de son Doom Patrol #53 - et cette Terre vient donc très certainement de ces précédents écrits.

La Ligue de Sang venant de Terre-43 est inspirée de l'Elseworld "Batman Vampire" de Doug Moench et Kelley Jones, une trilogie composée des récits Red Rain, Bloodstorm et Crimson Mist. Autrefois considérée comme hors-continuité par sa nature d'Elseworld, la trilogie a été rééditée récemment en VO dans une collection baptisée Tales of the Multiverse, signe que l'éditeur a compris l'intégration proposée par Grant Morrison.
Le concept de Terre-17 est assez simple, puisqu'il s'agit d'une réalité dans laquelle la Guerre Froide s'est résolue par l'appui sur le bouton des commandes nucléaires, entraînant l'humanité sur une planète ravagée par les bombes. Ici, l'incarnation de la Justice League sont les Atomic Knights of Justice, dont la première apparition fut dans le dernier numéro de la maxi-série #52. Son concept est dérivé des publications de Strange Adventures #117 qui présentait déjà une Terre dévastée par le nucléaire. A l'époque de publication (1960), on imagine que c'est une IIIe guerre mondiale qui a lieu en 1986 - d'où le nom de code de Terre-86 qui est à l'époque utilisé.
La Terre-51 est l'une des terre reprenant une vision d'auteur de l'univers DC (comme la Terre "Red Son" 30, la Terre "Just Imagine" 6 ou la Terre "Kingdom Come" 22). Il s'agit ici de la version modernisée de la Terre A.D. (After Disaster) imaginée par Jack Kirby lorsque ce dernier proposait aux lecteurs du monde entier Kamandi #1. Sur cette Terre, le grand Cataclysme a eu lieu et le monde est désormais dominé par des animaux antropomorphiques. A noter qu'il est noté que les New Gods sont aussi sur cette planète, mais il s'agit d'une manifestation de ces personnages, qui vivent autrement à New Genesis qui, comme Apokolips, fait partie de lieux qui ne sont présents qu'une seule fois dans le Multivers.
Le cas Terre-36 est demandera plus de connaissances pour être reconnu au premier coup d'oeil. Il s'agit en effet d'une référence à Big Bang Comics, une série publiée chez l'éditeur indépendant Caliber Comics, puis dans un second temps par Image Comics, et qui rendait hommage aux super-héros du Golden et Silver Age. La série a été créée par Gary Carlson et Chris Ecker et ses personnages étaient déjà des inspirations de ce que DC Comics avait sous la main. On accordera une attention particulière au Pister Rouge, le Flash de cette Terre, qui permet au cours du climax de recruter tous les Bolides du Multivers pour affronter le Nix Uotan corrompu. Et qui, au contraire de nombreux Flash au cours des différentes Crisis, ne sera pas sacrifié, mais intégrera l'Opération Justice Incarnée, force de protection du Multivers.
Du côté de Terre-26, il faut aussi se référer à l'histoire des comics pour comprendre son origine. Au cours du Golden Age, et parce que les publications s'adressent alors majoritairement aux enfants, c'est dans les pages de New Comics #9 (1936) que sont imaginées des histoires avec des animaux antropomorphiques (les "funny animals"). Il faudra en revanche attendre les années '80 et les publications successives des titres New Teen Titans et Captain Carrot & his amazing Zoo-Crew pour qu'un nom concret soit donné à cette réalité : Earth-C (pour cartoon). La terre sera en premier lieu considéré comme une réalité alternative plutôt qu'une terre parallèle, pour expliquer le fait qu'elle puisse survivre à Crisis on Infinite Earths. L'appellation de Terre-26 sera par la suite utilisée dans Captain Carrot and the Final Ark, mini-série en trois numéros publiée en tie-in à Countdown. La terre-26 est donc l'équivalent de ces deux terres dans son Multivers, et il existe une théorie qui explique que chacune des Terre est en fait la même planète, mais qui a été déformée au fil des années par la physique bizarre (des dessins animés) qui y règne.
On terminera cette entrevue avec la Terre-48, qui reprend elle aussi l'idée de plusieurs Terre apparues avant elle. Le concept est à peu près le même, puisqu'il s'agit d'une réalité ou tout le monde a des super-pouvoirs, chaque personne, chaque être vivant (jusqu'au moindre animal). Grant Morrison la décrit comme le concept du super-héros poussé à son paroxysme, jusqu'à en être ridicule. On retrouve des premières traces de cette idée dans Crisis on Infinite Earths #4, ou la planète est alors appelée Terre-6. Par la suite, l'idée de Terre-48 réapparaît dans Countdown to Aventure #1, sorti en 2007 peu de temps après la recréation du Multivers post-Infinite Crisis. On peut y voir également dans cette réalité une référence au récit Top10 d'Alan Moore, publié sous l'imprint America's Best Comics.





29 Mars 2019
Corwyn-McFlyExcellent travail ! La compréhension d'un Univers aussi riche méritait quelques explications de texte. C'est à la seconde lecture de Multiversity que j'ai enfin apprécié l'œuvre de Morrison qui n'est vraiment pas un auteur aisé à suivre. Je suis effaré par le nombre de détails que vous avez pu compiler, chapeau bas !
16 Mars 2019
bela09Ce film est génial mais je suis déçu car la qualité de l'image est très mauvaise Heureusement, j'ai trouvé un endroit pour regarder ce film avec la meilleure qualité et sous-titres Venez visiter cette page: NEW123MOVIES.ORG
03 Decembre 2018
Az le tentaculaireMerci pour cet article. Il m'a donné envie d'acheter ce comics. Mais après lecture j'ai tout de même un avis plus mitigé. J'ai trouvé PAX AMERICANA fabuleux, j'ai adoré CONQUÉRANTS DE L'ANTI-MONDE (bon j'adore chris Sprouse) , et TERREMOI (le duo batman/superman reflet de midnighter/apollo et plein d'autres petites idées). J'ai beaucoup aimé CAPTAIN MARVEL et LA FIN DE LA SPLENDEUR. Mais franchement pas fan de ULTRA COMICS (je préféré largement le délire dans l'album FLEX MENTALO sur le même thème) et j'ai eu beaucoup de mal avec la trame principale avec Nix Uotan et tout le palais des héros (trop identique à CRISIS ON INFINITE EARTHS mais en trop condensé). Bon si on ajoute que j'ai bien aimé le délire récapitulatif des 52 terres, cela reste un très bon achat tout de même.
26 Novembre 2018
Kid_RoyMerci pour ça, simplement merci.
26 Novembre 2018
BarzaiMerci beaucoup pour ce dossier très complet et passionnant à lire.