En cette semaine spéciale Justice League, ouvrons le bal avec un papier consacré à Wonder Woman, la dame de l'épique équipe super-héroïque de DC Comics, dont la première aventure cinéma a démarré cet été.
Et si l'on vous a déjà parlé des comics à lire concernant le personnage à l'occasion de la sortie du film de Patty Jenkins, l'occasion de voir un film dans lequel Wonder Woman est présent, et réalisé en partie par Joss Whedon (bien que son crédit officiel se situe au niveau du scénario), est trop belle pour ne pas vous parler du film que Whedon a voulu faire pour l'Amazone. Un projet qui date de plus de dix ans, alors que le MCU n'allait même pas encore voir le jour - et que le dernier film DC était Superman Returns. Joss Whedon avait un script pour un film Wonder Woman, qui a été mis à la disposition de tous cet été.

Et le script en question a fait pas mal de bruits notamment pour des scènes, descriptions et dialogues sexistes qui auront soulevé de vives réactions sur les sites (américains, pour la plupart) et les réseaux sociaux. Un bad buzz qui aura terni la réputation de Joss Whedon, pourtant réputé dans le milieu pour être féministe et doué à l'écriture de personnages féminins (beaucoup lui vouent un culte pour Buffy).
Il n'y a pas à débattre sur la nature sexiste, ou particulièrement gênante, de certaines lignes dans le script de Whedon, mais le but de ce papier n'est pas d'enfoncer des portes ouvertes (et parfois, avec un certain manque de recul) depuis plusieurs mois. Car malgré ces écueils - qui restent des fautes, qu'on ne me fasse pas dire le contraire - le script de Joss Whedon a d'autres points qui sont intéressants à traiter, et que beaucoup n'auront pas voulu détailler. Par curiosité et par envie d'aller plus loin qu'une forme de manichéisme - et parce qu'il faut aussi relativiser la position féministe du Wonder Woman de Patty Jenkins, je vous propose donc de faire le point sur les qualités, défauts et limites d'un film qui n'a pas été. Et qui aurait peut-être valu le coup, qui sait ?
Le but de cette première partie sera donc d'adresser les remarques de sexisme faites à l'encontre du script de Joss Whedon, afin de se concentrer sur les autres aspects de l'histoire qui méritent tout autant qu'on s'y attache. D'autant plus que certains faits rapportés manquent cruellement de remise en contexte ; à savoir qu'il faut distinguer ce que Joss Whedon a écrit et qui peut le faire passer pour un bon gros macho des familles, tels qu'Hollywood en connaît des dizaines, et les remarques sexistes qui sont faites par les personnages et qui interviennent dès lors dans un processus d'écriture qu'il est important de contextualiser.
Dans le script de Wonder Woman par Joss Whedon, il faut avouer que certains passages sont assez gênants. On y trouve notamment des descriptions de personnages qui utilisent une curieuse façon de les dépeindre. C'est le cas pour Hyppolite, la mère de Diana, qui est décrite comme une "femme d'âge moyen, mais séduisante malgré tout" - avec l'idée possible derrière qu'une femme de la quarantaine ne pourrait pas être séduisante. On pourra reprocher une formulation maladroite (un simple "et" au lieu de "mais" éviterait toute extrapolation du propos de Whedon), mais d'autres reproches sont faits pour la description de Diana, qui s'étaie sur plusieurs lignes avec de nombreuses descriptions pour ses cheveux, ses courbes, afin de statuer que Diana Prince est une belle femme. Ce qui paraît logique, encore faut-il avoir la finesse quand il s'agit de l'écrire.

Dans Wonder Woman de Joss Whedon, l'histoire suit un cours assez classique, si ce n'est qu'en comparaison du film de Patty Jenkins, l'action se déroule à notre époque. Steve Trevor échoue sur Themyscira et Diana le sauve de justesse d'une condamnation à mort puisqu'aucun homme n'est autorisé à fouler de son pied l'île paradisiaque. Le pilote après revient dans la ville de Gateway où une certaine Arabella Callas, CEO de la compagnie Spearhead, fomente un plan diabolique pour servir les intérêts de Strife, présentée ici comme la nièce d'Ares (qui en sera logiquement le bénéficiaire). Le plan réside dans la construction d'une machine qui prend l'apparence mythologique de la Chimère afin de détruire la ville par dessous (comprendre : en provoquant des tremblements de terre) et d'instaurer une ère de peur pour l'humanité, qui attise tensions et craintes qui assurent à Ares son pouvoir sur Terre.
Au cours de l'aventure, on dénotera une scène particulièrement gênante qui se situe dans un club. On soupire déjà de savoir que le film a forcément un passage dans une boite. Diana, Steve y pénètrent car ils sont à la recherche d'un Kleen, vilain secondaire qui occupe le poste de magnat du crime dans Gateway, et que l'Amazone cherche à arrêter dans son combat pour enrayer la détresse des habitants de la ville. De façon assez abrupte dans cette scène, Diana décide d'aller danser, et toute la description de ce moment est gênante, avec une impression de débarquer comme un cheveu sur la soupe, et les réactions des personnages masculins environnants sont assez risibles. Deux collègues de Steve Trevor, Ben et Griffin, comparent le spectacle à un "cadeau de Noël". Cela étant dit, la scène amène l'un des passages les plus intéressants du film (on y revient plus tard), et si l'on regarde les réactions dans le film de Jenkins, comme celle de Sameer (Said Taghmaoui), on se situe dans le même ton, ou l'apparence physique de Wonder Woman prédomine sur le reste.
— Pauline (@Punziella) 16 juin 2017
De même, une autre citation (voir le tweet ci-dessus) fait dire à Steve Trevor quelque chose d'hyper sexiste, à savoir qu'il trouve Diana dangereuse et qu'il aimerait la voir nue mais prendre cette phrase hors contexte est ici malhonnête quant aux intentions du scénario. Explications : malgré son statut d'Amazone, Diana n'est pas complètement invincible - lors de son arrivée dans notre société, elle se fait tirer dessus par un soldat collègue de Steve qui se montre méfiant (ceci est un euphémisme) vis-à-vis d'elle. La scène décrite fait suite à un premier combat de Diana qui se retrouve blessée et se retrouve au repos. Et si le dialogue semble très rude, notamment du fait que Steve dit qu'il déteste être attiré par Diana mais souhaite la voir nue, c'est qu'on s'aperçoit juste après qu'il est en fait assis sur le lasso de vérité. Dès lors il s'en aperçoit et s'en trouve ridiculisé : "c'est pour ça que que les mecs ne parlent pas de leurs sentiments. Leurs sentiments font pitié." Une réplique qui sera reprise plus tard, lors du combat final contre la Chimère et Strife, où Steve essaie d'avouer ses sentiments à Diana et cette dernière l'interrompt en lui ordonnant de rester concentré : "et maintenant il veut parler de ce qu'il ressent" se moque-t-elle.
Et on en arrive au point principal du sexisme dans ce film Wonder Woman : ce n'est pas le script qui l'est, mais les personnages masculins dépeints dedans. Steve Trevor est à cet égard assez détestable, et a une attitude où il veut rabaisser Diana en lui disant ce qu'elle peut ou ne peut pas faire, en diminuant son statut d'héroïne et en la remettant "à sa place" à plusieurs reprises (et on parle de shut up ultra-froids). Parce que Diana a aussi un certain complexe de supériorité lorsqu'elle arrive dans notre monde, en voulant se positionner directement comme la figure héroïque que tout le monde attend - alors que c'est par ses actes qu'on définira l'héroïsme. Whedon joue de cet aspect puisqu'il fera perdre temporairement ses pouvoirs à Diana, un processus de déconstruction/reconstruction assez classique.
Mais revenons-en au comportement de Steve et des autres hommes dans le film, plusieurs d'entre eux traitant Diana de "chienne" pour un oui ou pour un non. Dans cette attitude détestable, je n'y vois que le reflet de notre société actuelle, qui est profondément machiste à bien des niveaux. L'arrivée d'une femme de pouvoir, dans tous les sens du terme, met à mal les idéaux paternalistes et masculins de Steve et ses consorts, et c'est ce malaise que Whedon décrit, et qui rend ces personnages antipathiques (on pourrait même se demander comment Diana finit par embrasser Steve, mais le personnage n'est heureusement pas caractérisé uniquement par ses mauvais côtés - et surprise, il évolue...).
La violence est d'ailleurs tout autant verbale que physique, puisque l'un des personnages, on le répète, tire littéralement sur Wonder Woman à cause de sa défiance envers elle. Le scénariste joue d'ailleurs beaucoup sur le fait que Steve croit savoir ce que Diana peut faire ou non, et c'est même repris une ultime fois dans la scène de fin. L'Amazone s'apprête à s'élancer du haut d'une falaise, et Steve lui dit "tu es une sacrée femme, Diana, mais tu ne peux pas voler". Elle se retourne avec un sourire, "ha bon, je ne peux pas ?" - et c'est la fin. Un point final sur le fait qu'aucun homme n'arrive à cerner les capacités de Wonder Woman, et que même quand c'est le cas, les accepter semble bien difficile.
On peut d'ailleurs noter que les antagonistes principaux du film sont des femmes, et de caractère. Les deux sont en charge. Même si l'ombre d'Ares plane (ce dernier n'arrive que dans un caméo) ; mais Strife n'est pas aux commandes d'un homme, comme l'est Doctor Poison dans le film de Patty Jenkins. Un fait pas si anodin que ça à relever et qui permet, entre autres, d'apporter un contrepied au script de Joss Whedon, qu'on pourra sanctionner surtout pour ses fautes dans la description des personnages (et cette scène de boîte de nuit ultra gênante), mais bien moins dans les déclarations des personnages masculins qui en effet, sont sexistes, mais dans un but clairement narratif et qui ne reflète en vrai qu'un véritable aspect du comportement masculin actuel.




14 Novembre 2017
guigui le gentilÇa aurait fait un chouette film je pense...
13 Novembre 2017
Guillaume_PrsJoli papier pour commencer la semaine, j'aurais également été curieux de voir ce film à l'époque, surtout vu le contexte du cinéma héroïque d'alors. Pour la question du féminisme/machisme, les propos que tu rapportes ne me choquent pas. Après tout, de part sa nature Wonder Woman est un personnage qui symbolise le mieux, dans les comics, l'opposition de ces deux concepts ainsi que la frontière qui les sépare; donc il faut que les personnages aient des réactions archétypales face à elle, justement pour faire réagir et réfléchir. Whedon est surement féministe mais si on décide de voir Buffy comme l'exemple parfait on peut aussi se poser la question du "une blonde canon, en pantalon en cuir moulant, toujours sexy et impeccable, est-ce du féminisme ou un fantasme macho ?" et dans cette logique remettre en question le statut d'oeuvre féministe du film de Jenkins, être aussi catégorique est difficile. En tout cas j'ai aussi hâte de voir Batgirl et de retrouver WW dans Justice League.
13 Novembre 2017
kamiyoshiJe suis globalement fan de Whedon donc j'aurai bien aimé voir son film mais bon, on espère qu'il fera du bon taff sur Batgirl