
C'est un peu le principe des créations tombées dans le domaine public : toutes les idées les plus folles sont désormais autorisées. Et de ce point de vue, le personnage de Frankenstein aura largement eu le temps de prouver sa valeur en tant que matière première malléable au sein de l'industrie des comics. Présent chez DC, chez Marvel, chez Dark Horse au sein de la saga des Hellboy de Mike Mignola, sur le marché indépendant au sens large, la célèbre créature de Mary Shelley aura souvent eu l'opportunité de se réinventer pour adopter des formes et des structures tonales relativement variées. Et ce n'est pas fini.
En suivant la feuille de route des concepts farfelus dont notre petite discipline a le secret, les éditions Oni Press ont validé récemment la création d'une mini-série originale pour pousser une nouvelle envie de mélange des genres. Annoncé en quatre numéros, le titre Prometheus Graft : The Slaying at Death's End a été réalisé par George Northy (que nous avions pu croiser sur les anthologies Yuletide et Shiver SuspenStories) en compagnie de l'artiste Caitlin Yarsky (Black Hammer : Reborn) et se propose tout simplement de mélanger Frankenstein avec les romans policiers de la tradition du détective privé et de l'unité de lieu emblématique de l'oeuvre d'Agatha Christie. Un répertoire que l'on représente généralement sous le titre "whodunit" et dans lequel s'inscrivent des oeuvres aussi variées que Le Crime de l'Orient Express ou Knives Out plus récemment.
Quel rapport avec la créature, dans ce cas ? C'est tout simple. Pour une fois, plutôt que de devenir un voyageur solitaire tentant désespérément de comprendre le sens de son existence, le fils ressuscité du Docteur Frankenstein a décidé d'adopter un alias civil. Et de s'établir comme un détective prestigieux. Se faisant désormais appeler Prometheus Graft ("ah mais parce que" exactement, vous avez la référence, bravo), le personnage a manifestement été capable de se faire accepter par la haute société européenne, au point d'adopter les codes de ce petit univers. Prometheus est donc désormais un gentleman, expert du crime et des énigmes impossibles, que l'on consulte généralement pour résoudre l'un ou l'autre crime. En somme, c'est un peu comme FrankenCastle, mais avec Hercule Poirot.

Le pitch nous entraîne plus loin dans l'argument de cette création originale, qui compte tout de même présenter un bestiaire plus vaste en plus du monstre traditionnel :
"A l'aube d'un siècle nouveau, qui annonce la fin des superstitions archaïques au profit de la science, Graft pense avoir enfin été capable de l'emporter sur son propre passé de créature monstrueuse. C'est alors qu'il est convoqué dans le château isolé de Death's End en pleine Roumanie. Une fois sur place, le détective découvre qu'un seigneur immortel a tout bonnement décidé de rassembler les représentrants des créatures surnaturelles et des monstres les plus puissants d'Europe afin de négocier avec eux les conditions d'une trêve.
Mais la signature de cette paix vole en éclats. En effet, pendant cette soirée mondaine, nous allons découvrir que l'un des invitiés a été assassiné... Et toutes les factions (sorcières, loups-garous, vampires, etc) crient vengeance, en reniflant le traquenard. Armé de son instinct légendaire, Prometheus Graft va donc devoir résoudre cette nouvelle affaire afin d'éviter que les créatures ne retrouvent leurs bas instincts."
On peut faire tout faire en comics, c'est formidable. Vous reconnaissez les structures empruntées aux romans mentionnés plus haut : un même lieu, un cadavre, une allure de rassemblement mondain, plusieurs suspects avec des motifs crédibles. Et puis aussi, le détective assemblé sur la base de plusieurs cadavres qu'un scientifique a été capable de ressusciter par le pouvoir de la foudre. Vivement le crossover avec Benoit Blanc.
Prometheus Graft: The Slayings at Death's End #1 fera ses débuts le 9 décembre 2026 chez Oni Press avec des couvertures de Yarsky et Eric Powell (forcément). Peut-être le début d'une nouvelle série de plusieurs tomes ? A voir.







