
Drôle d'année pour les adaptations de comics. D'un point de vue global, l'industrie semblait avoir (enfin) été capable de se retrousser les manches. Avec Lanterns, avec Spider-Man : Brand New Day, avec Spider-Noir, les grandes enseignes du secteur seront manifestement tombées d'accord pour pousser les curseurs plus loin, en consentant un effort supplémentaire pour une élévation générale du niveau de qualité sur les productions de la famille des super-héros. Mais dans le même temps, toute cette bonne volonté, sans doute tombée trop tard, ne s'est pas forcément accompagnée de résultats probants. Si Wonder Man et Spider-Noir passent pour de bons exemples de cette démarcation (en comparaison des séries Marvel Television d'hier, en tout cas), le fait est que les audiences n'auront pas été suffisantes pour justifier l'existence de ces produits sur le temps long.
Malgré un accueil critique plutôt confortable et quelques sélections aux Emmy Awards des catégories techniques, l'adaptation (partielle) du Spider-Man Noir a effectivement été annulée tout récemment sur les ordres du diffuseur Prime Video. Et dans les faits, cette nouvelle n'aura pas surpris grand monde - compte tenu de la façon dont la plateforme aura choisi de naviguer cette production, déjà alourdie par une exigence de budget hautement sacrificielle, puis propulsée sur les ondes sans avoir pu profiter d'une diffusion hebdomadaire. Par chance, Oren Uziel et Steve Lightfoot, les deux créateurs de la série, auront au moins pu poser le vaisseau sans encombre avec une fin suffisamment claire et concise pour s'éviter le risque d'un cliffhanger frustrant ou d'une conclusion ouverte en l'attente d'un renouvellement inespéré. Nicolas Cage estime de son côté que la commande a été honorée, et que cette façon de boucler la série reste satisfaisante en l'état.
Néanmoins, ceci ne veut pas dire que les deux showrunners avaient envisagé le produit comme une mini-série. Au contraire, Uziel se sentait même prêt pour rempiler dans le cas d'une saison deux éventuelle, et explique que le sentiment d'une conclusion fermée s'explique surtout par l'envie des créateurs de respecter les formats inhérents au registre du film noir, support matriciel de la série Spider-Noir. Voici ce que celui-ci a expliqué aux équipes du site Variety tout récemment :
"Si nous avions eu cette chance, nous serions certainement partis pour explorer un autre environnement. Il existe beaucoup de films noirs basés dans les rues de Los Angeles. Nous aurions pu explorer cette piste, par exemple. Ou bien nous inspirer des films noirs tournés en Europe. Les idées ne manquaient pas. L'intrigue commence en 1933. Où est-ce que tout ça se dirige ? Vers le cataclysme de la Seconde Guerre Mondiale. Nous aurions pu raconter énormément d'histoires sur cette base.
Le fait est que la fin referme bien l'intrigue de la série. Parce que nous voulions rendre hommage à ce répertoire de cinéma. Et dans ces films, l'histoire commence lorsque le client débarque dans le bureau du détective privé, et se termine lorsque le héros boucle l'enquête. Donc oui, ça boucle bien. Nous avons raconté une histoire, et cette histoire ressemble à un film en plusieurs épisodes. C'est assez difficile de savoir que l'on ne pourra pas retourner travailler avec cette équipe, avec ce casting... mais dans le même temps, je n'ai aucun regret."
Dans le même temps, Uziel en profite pour torpiller l'information frauduleuse qui affirmait que Spider-Noir aurait profité d'un budget de 400 millions de dollars. Pour rappel, si vous avez vu passer cette information sur les réseaux sociaux, il sera toujours utile de vous rappeler que les sources méritent généralement d'être interrogées. En l'occurrence, bien sûr, aucune adaptation de comics de cette taille ne mobilise pareil degré d'investissement budgétaire (Prime Video aurait certainement annulé la production en plein tournage si l'enveloppe s'était avérée aussi élevée). Et au passage, le créateur de la série en profite pour confirmer que d'autres produits basés sur la licence Spider-Man seraient encore envisagés chez Prime Video, contre toute attente... même si aucune donnée tangible n'existe sur le sujet dans l'immédiat. À voir, donc, faute de mieux.