
En sous-marin, les éditions Ignition Press se constituent un catalogue solide depuis la périphérie du marché indépendant. Encore relativement jeune, cette nouvelle enseigne consacrée aux créations originales, fondée par Filip Sablik et Eric Gitter, a été capable d'accueillir toute une variété de projets ambitieux par différentes équipes créatives déjà bien implantées : Tim Seeley, Leah Williams, Si Spurrier, Rob Guillory, Tini Howard, les frères Miranda, entre autres choses.
Rien de surprenant lorsque l'on sait que l'éditeur Jamie S. Rich, un authentique vétéran de l'industrie passé par Dark Horse, Oni Press, et surtout Vertigo (sans oublier, au passage, l'antenne Young Animal de chez DC Comics), pilote ce pôle de propositions inédites avec l'ambition de concurrencer les compagnies dominantes. Et ce n'est pas terminé, puisque les éditions Ignition Press vont accueillir deux autres pointures d'ici cet été, avec un projet de Christian Ward et John Pearson : The Patron.
Or, justement, malgré ces débuts prometteurs, il ne serait pas inintéressant de questionner les méthodes de la maison sur le plan du marketing. Et c'est vrai : lorsque l'on a été capable de signer deux étoiles montantes de l'industrie, comme dans le cas présent, l'on aurait envie de croire qu'il serait justement nécessaire de faire un peu plus de bruit au moment de formuler l'annonce officielle. Malheureusement, la présentation du projet en question semble être passée sous les radars, seulement évoquée dans les sollicitations officielles des sorties du mois de juillet. Rien de grave : le titre passe déjà pour une curiosité suffisamment originale pour fonctionner sans effort.

D'ailleurs, The Patron semble même avoir été taillé pour correspondre au crédit officiel "édité par Jamie S. Rich". La mini-série évoque les contours des thrillers brumeux du Vertigo des premiers temps, avec une passion pour l'opacité vaporeuse et le point de vue artistique, avec un scénario qui se concentre sur le milieu de la peinture et du mécénat. Effectivement, dans le corpus anglo-saxon, le terme de "patron" peut aussi désigner cette catégorie de gens riches qui décident de financer et de soutenir l'un ou l'autre artiste sans espoir réel de retour sur investissement, pour la passion du pictural et l'envie de défendre les métiers de la culture au sens large. Sauf que, bien entendu, cette occupation, généralement présentée comme un acte de pure générosité bénevole, va cette fois être prise en sens inverse, sous la forme d'un feuilleton policier noir et violent.
A savoir :
"Tous les grands artistes de l'histoire ont un même point commun : ils sont morts. Authentique mécène du secteur des beaux-arts, l'énigmatique Mr Cherish a passé l'essentiel de sa vie dans les galeries, cherchant sans relanche les artistes débutants pour les propulser de l'ombre vers la gloire, du statut de simples inconnus jusqu'aux sommets de leurs disciplines respectives.
Mais malheureusement pour eux, les artistes défendus par Cherish ont aussi profité d'un aura supplémentaire... après leurs morts. Du point de vue d'un collectionneur, aucune oeuvre d'art n'est plus précieuse ou plus rare que si son créateur n'est plus capable de produire de nouvelles toiles. Cherish a bien compris cette méthode, qui aura fait de lui un homme riche. Au point de perfectionner un talent pour la fabrication de tragédies spectaculaires, sans avoir jamais été inquiété. Le mécène prend un artiste sous son aile, défend son travail... et une fois le fournisseur éliminé, celui-ci peut revendre pour bien plus cher les créations de son ancien protégé disparu. Or, Matty Barnes, un jeune peintre sans le sou, a été sélectionné pour devenir le nouveau 'poulain' de Cherish. Mais cette fois, tout ne va pas se passer comme prévu."
Connu pour ses talents d'artiste peintre, et généralement considéré comme l'un des nouveaux génies de l'usage du numérique et des contours, Christian Ward s'est réorienté depuis peu vers un profil plus complet, en se donnant pour objectif d'écrire ses propres histoires.
Ce qui aura notamment été le cas chez DC Comics avec Batman : City of Madness, mais aussi avec la mini-série Two Face en compagnie du dessinateur Fabio Veras. Pour The Patron, celui-ci devrait donc se contenter de l'écriture. Mais pas d'inquiétude : de la même façon, le brave John J. Pearson est actuellement en train de gravir les échelons de l'industrie en tant que nouvel artiste star. Héritier naturel de Bill Sienkiewicz, proche de Martin Simmonds, celui-ci s'était illustré (au sens propre) sur les projets Blue in Green, Mindset et In Bloom, avec le même goût pour l'horreur surréaliste et les effets de style.
Autant dire que le sujet de la peinture correspond bien aux profils des deux loustics. The Patron #1 est attendu pour le 29 juillet 2026 avec des couvertures de Ward, Pearson, Anand RK et Tula Lotay.
