
Sans surprise, les actionnaires de Warner Bros. Discovery ont validé la vente du groupe. Lors d'une séance publique organisée hier matin, les investisseurs se sont largement prononcés en faveur de l'accord signé avec le groupe Paramount Skydance, qui s'était proposé de racheter les actifs de WBD pour un montant historique de 111 milliards de dollars (ou 31 dollars par valeur d'action individuelle). Cette étape étant désormais validée, la famille Ellison, aux commandes de l'empire Paramount, va donc pouvoir avancer vers les prochains points de passage obligatoires des transactions de cette catégorie. Et notamment, par la sollicitation d'un avis favorable de la part des régulateurs fédéraux pour l'audiovisuel et le respect des normes concurrence. Encore une fois, une simple formalité administrative.
Selon les portes-parole du conseil d'administration de Warner Bros., la validation de la fusion a remporté un vote d'adhésion massif de la part des différents investisseurs sollicités. Ce qui n'est pas une surprise : avant que ne s'engage les négociations autour de la vente du groupe, l'action de cette superstructure plafonnait encore aux alentours de 13,5 dollars au plus haut de l'activité en septembre dernier. Les différents porteurs intéressés au capital de Warner Bros. espéraient certainement que la concurrence amorcée entre Netflix et Paramount permettrait de débloquer une escalade de valeurs susceptible de générer une plus-value intéressante : c'est désormais chose faite.
En revanche, les actionnaires se seraient aussi majoritairement opposés au vote du bonus de départ de David Zaslav, futur ex-président de Warner Bros. Discovery, négocié en aval de cette fusion. Pour rappel, celui-ci est effectivement supposé empocher un parachute doré aux alentours de 550 millions de dollars (dont 517 millions en liquide). Voire bien plus une fois toutes les sommes mises dans la balance, dans la mesure où le groupe aurait aussi prévu de rembourser Zaslav sur la taxation de ses propres actions (dans le cadre de la libération anticipée sur ses propres stock-options) pour un montant de 335 millions. En l'occurrence, les actionnaires du groupe ont estimé que cette décision était largement problématique, en accord avec les recommandations d'un cabinet de conseil mandé pour livrer une expertise sur les détails de l'accord.
Notons toutefois que ce vote reste purement symbolique : sur cette partie de la transaction, l'avis des investisseurs n'est pas obligatoirement appliqué dans la concrétude réelle des faits. Si le conseil d'administration décide effectivement de valider le parachute doré de David Zaslav, rien ne les empêche d'un point de vue légal, et il est facile d'imaginer que celui-ci avait de toutes façons été négocié en amont par le président directeur général de l'entreprise et ses interlocuteurs directs au sommet de l'échelle. Ceci étant, le signe reste plutôt éloquent en tant que tel, dans la mesure où le scrutin d'hier représentait l'opinion des petits porteurs et des entreprises associées au capital de Warner Bros., et pas seulement de la petite poignée de dirigeants qui commandent le groupe depuis le conseil d'administration.
Pour la suite, le projet de fusion devrait être validé pour de bon d'ici le prochain trimestre fiscal (entre juillet et septembre de cette année) une fois que l'administration de Donald Trump aura appliqué un coup de tampon approbateur sur le futur groupe né de cette transaction. Dans l'intervalle, quelques petits mouvements de résistance s'organisent depuis Hollywood par la voie de lettres ouvertes et d'interviews dans la presse spécialisée de la part de certaines grandes figures du milieu ou des syndicats... mais en l'état, aucune menace de grève n'a été formulée, et l'enquête promise par le procureur général de Californie ne semble pas non plus avoir accouchée de grand chose pour le moment.
Nous pouvons donc imaginer que le reste du processus se passera sans encombres intermédiaires.