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Warner/Paramount : le PDG David Zaslav obtient un parachute doré de 550 millions après la fusion

Warner/Paramount : le PDG David Zaslav obtient un parachute doré de 550 millions après la fusion

NewsCinéma

Lors des grandes transactions de la famille des fusions et offres publiques d'achat, l'habitude commande : tout le monde se sert au passage. Pour les responsables du haut commandement,  au sommet de la chaîne, cette notion peut même sembler toute naturelle. De fait, lorsqu'un grand groupe prend les commandes d'un autre grand groupe, les postes importants sont généralement remplacés (dans la mesure où le nouveau propriétaire préférera installer ses propres troupes sur les sièges les plus haut placés). C'est pour cette raison, entre autres, que la notion de parachute doré a été inventée. L'ancien PDG qui a facilité et négocié les conditions de la fusion récupère un énorme chèque en remerciement de ses services... et peut ensuite quitter l'entreprise avec le sentiment du devoir accompli.

Demi-Milliard pour bilan... contrasté

Or, dans la réalité moderne qui anime le microcosme de l'audiovisuel, cette réalité empoisonne l'exercice concret de l'activité des grands groupes. Dans le cas de Warner Bros., ce n'est pas un secret : au moment où Discovery Inc. a récupéré la compagnie alors chancelante des mains du géant des télécoms AT&T, la piste d'un potentiel futur rachat avait déjà été évoquée. Et dans la foulée, la presse spécialisée aura couvert les décisions consécutives de cette stratégie. Parmi lesquelles, et vous avez probablement eu l'occasion de suivre cette actualité chaotique depuis quelques années, le dégraissement général de l'appareil productif, l'économie d'échelle graduelle, les remplacements de certains postes importants, l'investissement dans les stratégies d'avenir. 

Ou bien, pour résumer ce bilan en des termes moins courants dans le langage des grandes écoles : licencier beaucoup de gens, annuler beaucoup de projets considérés comme trop risqués ou trop peu rentables, déprogrammer des grilles de streaming plusieurs séries et cartoons pour ne pas avoir besoin de verser aux équipes créatives leurs arriérés de paiements, relancer certaines franchises qui ont déjà fait leurs preuves (avec la refonte de DC Studios, une nouvelle série Harry Potter, un nouveau film Le Seigneur des Anneaux, etc), miser sur le streaming, et délocaliser les produits potentiellement coûteux en s'associant avec d'autres diffuseurs (The SandmanBatman : Caped Crusader, etc). Sans oublier, au passage, d'entamer la séparation des activités de groupe entre deux enseignes : cinéma, streaming et production dun côté, le canal d'avenir... et télévision traditionnelle de l'autre, le créneau en perte de vitesse.

Bref, on désosse la machine, on tire les frais vers le bas, on tranche dans la masse salariale, on mise sur ce qui marche. Dans l'optique de présenter un bilan dans le vert ou autant que possible avant de mettre l'entreprise sur le marché. Pour les grands patrons qui activent ce genre de stratégies, l'objectif n'est pas seulement de rester concurrentiels ou de faire plaisir aux actionnaires, antagonistes naturels de la prise de risque et des rentabilités modérées. En l'occurrence, David Zaslav et ses sbires du conseil d'administration courent eux aussi après leurs propres compensations. D'une part, parce que les patrons au sommet de l'échelle, en plus de leurs salaires, sont aussi rémunérés en parts d'action (et peuvent donc vendre leurs propres capitaux boursiers en cas de fusion). Et aussi parce que la carotte du parachute doré motive en bonne partie l'action de ces présidents de groupe, plus repreneurs que capitaines de navires, qui prennent le contrôle d'entreprises fatiguées en espérant une belle plus-value au moment de la vente potentielle.

Pour ce qui concerne Zaslav, les chiffres sont tombés. Celui qui aura négocié la mort de Warner Bros. avait déjà pu toucher une somme importante au moment de la signature avec le groupe Paramount Skydance, en vendant ses propres actions pour un montant de 114 millions de dollars dans le cadre de l'offre de rachat formulé par la famille Ellison. Mais il ne s'agissait que de valeurs boursières. Pour ce qui concerne son propre parachute doré, l'ancien PDG pourra compter sur une somme coquette : 34 millions de bonus de départ, 517 millions en capital propre, 44 millions en couverture santé et remboursement de bénéfices, autant de petites cases prévues dans les contrats, qui accouchent d'un montant final de plus de 550 millions de dollars de prime de départ en définitive. Avec un parachute pareil, on vole loin. 

Au passage, la rédaction de Variety, qui rapporte ces chiffres en se basant sur les conclusion de la SEC (Securities & Exchange Communications, organe de régulation fédéral pour les marchers boursiers aux Etats-Unis), ajoute que David Zaslav aurait aussi dû toucher un montant externe de 335 millions (au titre du remboursement de la dette) dans le cas d'un accord signé avant le 11 mars. Or, de fait, si Warner Bros. et Paramount Skydance se sont bien entendus pour la fusion avant cette date, celle-ci n'est pas encore effective. Aussi, le sac d'or en question devrait théoriquement perdre en valeur graduelle sur le temps long, et l'ancien président ne pourra obtenir cet ultime bonus salarial que lorsque l'opération aura été finalisée, votée et ratifiée sur papier. On imagine toutefois que le bonhomme devrait bien s'en sortir, et finir avec une enveloppe globale, tous versements confondus, situés quelque part entre le demi-milliard et le milliard de dollars d'ici la fin de cette année. Et la bonne fatigue du travail bien fait par-dessus le marché.

Et si la question du mérite pourra certainement se poser, au sortir de plusieurs années d'une présidence dont le bilan artistique reste largement discutable, ou même de ce danger que pose la concentration des pouvoirs (ouvertement illégale, quoique validée par les instances clientélistes de la Maison Blanche) dans le microcosme de l'audiovisuel aux Etats-Unis, seule la réalité bancaire l'emporte dans ce cas de figure précis. Le système des grandes entreprises fonctionne selon cette série de principes gravés dans le marbre : peu importe la qualité des produits, la vision, le consentement tacite des consommateurs, ou les conséquences en bout de chaîne pour l'emploi, la concurrence ou la valeur artistique.

Une fois que tout a été dit, un grand studio reste une compagnie comme les autres, et les règles ont le mérite d'être claires. On ne doute pas que la stratégie de David Zaslav sera elle-aussi enseignée dans les écoles de commerce de demain... puisque, en définitive, celui-ci passe pour le vrai grand gagnant de toute l'affaire. Une pensée agréable, donc, en attendant les charrettes de licenciements et les annulations de films qui finiront par tomber une fois la fusion finalisée.

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Illustration de l'auteur
Corentin
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