
Sur le papier, cette nouvelle ne concerne pas directement le secteur des adaptations de comics au sens strict. Mais, dans le cas de ces grands groupes de l'audiovisuel dont une part importante de l'activité s'exerce sur les marchés occidentaux, les données ont généralement l'habitude de se connecter les unes aux autres. Or, ce qui semble vouloir s'appliquer au cas du groupe Sony Pictures Entertainment semble s'inscrire dans une tactique de réorientation des priorités en interne. La rédaction de Variety a repris un communiqué de presse tombé récemment de la part des pontes de la compagnie, pour annoncer plusieurs centaines de licenciements dans certains secteurs précis.
Pour l'heure, le groupe présente cette stratégie de dégraissage dans la masse salariale comme une simple restructuration, pour des décisions stratégiques plutôt que comme une réaction au contexte global du moment. Et de ce point de vue, en acceptant de considérer les discours d'intention pensés pour les actionnaires et la presse spécialisée dans l'étude des marchers boursiers, Sony Entertainment se porte plutôt bien, comparativement aux autres groupes installés sur le secteur de l'audiovisuel. Compagnie monumentale sur le marché de la télévision, dans le domaine de la fiction (les exemples se comptent pas centaines, trop nombreux pour être cités dans l'ordre, mais citons tout de même The Boys, The Last of Us, For All Mankind, The Crown, Cobra Kai...), des jeux télévisés et de l'animation, celle-ci a été capable de traverser la guerre du streaming sans encombre... en refusant simplement de prendre part au conflit.
Si cette donnée reste fondalementale paradoxale pour un constructeur de machine, le fait est que Sony Television peut vraisemblablement se targuer d'avoir remporté cette énorme bataille entre les géants du petit écran de part son statut d'acteur externe, voire d'éditeur tiers, en quelque sorte. Les nostalgiques de la Dreamcast apprécieront l'analogie. En refusant de monter son propre service, le département a été capable de travailler en bonne intelligence avec les belligérants de la conquête des salons et des appareils connectés, au point de pouvoir constituer sa clientèle sur chacune des grandes plateformes de streaming actuellement sur le marché. Seule distinction nette : la plateforme Crunchyroll, hors catégorie de par sa production spécifiquement dédiée aux productions animées, qui appartient également au groupe Sony Corp.
L'activité du reste du groupe a généralement été sauvegardée du reste de la crise de l'audiovisuel l'an dernier grâce aux bons chiffres collectés sur le secteur vidéoludique. Dans le même, la présidence de l'enseigne, représentée par le PDG Ravi Ahuja, estime que de nouvelles zones de croissance sont encore possibles. C'est en tout cas sous cet angle que l'entreprise présente ce grand projet de restructuration, qui prévoit de bouger quelques départements (en fusionnant quelques antennes sur la branche télévision), de réduire les effectifs dans le domaine des effets spéciaux (en supprimant la compagnie Pixomondo) et en investissant sur les zones les moins risquées : développement des franchises actuellement établies, investissement sur les adaptations de jeux vidéo en fiction, en particulier pour les marques du groupe Sony, et aussi, développement de la branche animation, des contenus streaming (en SVOD mais aussi sur les plateformes YouTube et Twitch), etc.
Certains des licenciements concernés pourront sembler logiques compte tenu de l'air du temps - dans le domaine de la télévision linéaire ou de l'emploi dans les effets spéciaux, l'effet du streaming et la poussée de l'intelligence artificielle représentent deux constantes établies pour la destruction globale de la masse salariale depuis quelques mois, un mouvement qui s'observe sur l'ensemble des grands groupes en Occident. Dans le même temps, les adaptations de jeu vidéo, qu'il s'agisse de productions en images réelles ou de productions animées, ont longtemps été présentées comme une potentielle nouvelle ruée vers l'or pour Hollywood au moment des prophéties sur l'effondrement potentiel des films de super-héros quelques années en arrière. Or, entre temps, les produits de cette réflexion sont arrivés : Mario, The Last of Us, Fallout, Minecraft, les séries animées de Netflix, etc.
Pour une entreprise avec un catalogue d'exclusivités aussi conséquent que Sony Entertainment, il était naturel de poursuivre cette piste, et la série God of War actuellement en gestation devrait aussi servir de laboratoire pour constituer ce futur pipeline. Dans le même temps, les grands plans d'expansion de la franchise Spider-Man sont probablement toujours d'actualité, même si l'érosion de la marque Venom aura sans doute redirigé l'enseigne vers de nouvelles expériences (qui sont, d'ailleurs, actuellement en train de s'écrire).
En somme, difficile de sonner le tocsin pour le moment. Aux dernières nouvelles, Sony était encore capable de miser sur une stratégie d'expansion en rachetant les droits des Peanuts (Snoopy) pour une certaine somme, sans doute dans l'optique de lancer de nouveaux produits autour du chien savant de Charles Schulz. Généralement, ce genre de politiques de centralisation de grosses franchises n'est pas le symptôme d'un groupe en difficulté. Aux dernières nouvelles, l'action de l'entreprise se portait encore plutôt bien, encore au-dessus de la moyenne des cinq dernières années malgré une petite baisse de performance contextuelle.
La présidence de Sony Entertainment promet d'autres annonces d'ici les prochaines semaines.