
Non : ce n'est toujours pas terminé. Et poutant, quelques jours plus tôt, dans un article publié au début de cette semaine, une date butoir semblait pourtant avoir été fixée. Les représentants de Paramount Skydance, toujours engagés dans une curieuse croisade pour obtenir les faveurs des actionnaires du groupe Warner Bros., faute d'avoir su convaincre le conseil d'administration, avaient affirmé que l'offre publique d'achat présentée en décembre dernier n'aurait plus court d'ici... le 21 janvier 2026. En somme, et théoriquement, le débat aurait pu en rester là. Manifestement, Paramount Skydance n'a pas été en mesure d'obtenir ce qu'elle espérait obtenir sur cette échéance. Et donc... la logique voudrait que tout ceci s'arrête, enfin, une bonnes fois pour toutes.
Mais en définitive, les équipes de Paramount Skydance ont tout de même décidé de poursuivre leurs projets. L'enseigne a officiellement annoncé que sa proposition pour une offre publique d'achat allait être renouvelée sur une nouvelle échéance, désormais fixée au 20 février 2026. En s'adressant une fois encore aux actionnaires, avec la consigne de libérer leurs parts du groupe Warner Bros. en vue d'une transaction individuelle, pour contourner les directives du conseil d'administration de la compagnie.
Pour l'heure, au même prix que lors des tentatives précédentes : 30 dollars l'action. Soit 108 milliards au global si Paramount devait effectivement racheter l'intégralité des parts de Warner Bros. actuellement sur le marché. Selon les sources de Variety, ce prix-plancher représenterait le maximum de ce que la famille Ellison (et ses partenaires, parmi lesquelles trônent quelques puissances pétrolières du Proche Orient) accepterait de débourser dans l'immédiat. Or, dans la mesure où les montants proposés jusqu'ici n'ont pas été capables de séduire la base des investisseurs, la situation reste bloquée dans la même impasse. Sauf retournement de situation éventuel, la date proprement dite ne change pas grand chose aux données de l'équation, et le conseil d'administration de Warner Bros. reste persuadé que l'offre de Netflix représente la meilleure des options - dans la mesure où le plan de financement présenté semble clair (avec un emprunt de 40 milliards financé par trois banques d'affaires différentes et identifiées, Wells Fargo, BNP et HSBC), et désormais, uniquement basé sur un échange de liquidités (soit : que du cash, pas d'actions).
Le groupe a d'ailleurs présenté un communiqué de presse pour avancer une donnée supplémentaire : après avoir consulté ses actionnaires, ou leurs représentants directs ou indirects parmi les fonds de placements, les portes-parole de Warner Bros. estiment que 93% d'entre-eux seraient actuellement défavorables aux propositions déposées par Paramount Skydance, en faveur de l'accord avec Netflix. Et en l'occurrence, nous comprenons que tout ceci repose surtout sur l'angle de la fiabilité, dans la mesure où les tarifs restent relativement voisins - avec 27,75 dollars l'action pour Netflix et 30 dollars pour Paramount, la différence ne serait pas suffisante pour faire pencher la balance dans la direction des Ellison - si les sources de capitaux nécessaires pour valider la transaction ne sont pas assurées dans les faits. Surtout maintenant que les deux propositions reposent sur des offres en liquide, et plus sur un échange partiel de valeurs boursières.
Et au passage, une donnée susceptible de fausser l'argumentaire des Ellison : en réalité, selon les estimations des spécialistes, le différentiel de valeur entre les deux offres s'expliquerait surtout par un calcul d'équivalence. D'un côté, Paramount Skydance entend effectivement racheter l'ensemble du groupe, avec les canaux de la télévision linéaire. De l'autre, Netflix parierait seulement sur les antennes de production et de diffusion en streaming et au cinéma.
Or, le pôle télévision (représenté par Discovery Global avec les sous-sections concernées, CNN, TNT, etc) ne représenterait qu'une valeur boursière comprise entre... 2,41 dollars et 3,77 dollars. En somme, et dans la mesure où Warner Bros. avait prévu de se séparer de cette part de son activité avant d'étudier l'actuel projet de fusion, dans les faits, l'offre des Ellison ne représente pas une somme réellement supérieure si l'on prend l'actuelle structure "Warner Bros. Discovery" avec tous ses actifs actuels. Ou pour le dire plus simplement : si Netflix avait aussi voulu s'offrir les propriétés Discovery Global, la plateforme aurait certainement proposé un prix de rachat supérieur. Ou équivalent aux 30 dollars l'action. Et dans la mesure où cette part du groupe est aujourd'hui considérée comme un poids mort, on peut comprendre l'envie des actionnaires de s'en séparer... par simple calcul sur l'état actuel de l'industrie, ou par choix philosophique personnel.
Les communicants de Warner Bros. et de Netflix ont aussi rassuré leurs investisseurs sur la viabilité de cette opération - dans la même déclaration, ceux-ci affirment que les censeurs fédéraux ne devraient pas poser de problème (et de ce point de vue, effectivement, la porosité notoire des lois anti-trust n'est plus exactement un objet de débat) et que la fusion devrait bien avoir lieu comme prévu. Le rendez-vous est donné pour le mois d'avril, en prévision d'une séance publique adressée aux actionnaires, afin de valider un vote démocratique pour sceller l'affaire une bonne fois pour toutes. De son côté, Paramount Skydance envisage la possibiltié d'intervenir par proxies pour fausser les résultats du vote, et devrait probablement poursuivre la campagne de dénigrement du moment, par communiqués de presse, par les tribunaux, et par toutes les autres tentatives de contournement possibles.
Bref, une journée différente, mais toujours la même musique. Rien n'a l'air de vouloir bouger, sinon la date butoir, éternellement repoussée de quelques semaines en attendant l'audience publique. Et quelques invectives en langage de cols blancs. En l'occurrence, si 93% des actionnaires considèrent effectivement que l'offre de Netflix reste la plus intéressante... si une nouvelle surenchère n'intervient pas rapidement, l'affaire semble plutôt claire pour le moment.