
Cette fois, c'est sûr : nous entrons dans les détails techniques. Dans la lutte armée qui oppose désormais les conseils d'administration de Warner Bros. et Paramount Skydance, après les déclarations par communiqués de presse interposées, les menaces frontales et les offres de rachat chiffrées, ne restent plus aux deux parties que les dénominateurs boursiers et juridiques. Ce qui est généralement un peu moins intéressant. Ou plus opaque. Pour l'heure, le clan Ellison, qui représente Paramount Skydance dans ce grand plan de conquête de l'audiovisuel privé aux Etats-Unis, se réfugie dans le détail. La famille de milliardaires espère obtenir une sorte de contretemps pour ralentir la fusion entre Warner Bros. et Netflix, en amont d'une audience publique pour les actionnaires d'ici quelques jours.
Or, pour obtenir un délai (ou une distraction, a minima) qui aurait pu permettre de retarder cette échéance, les avocats de Paramount Skydance avaient récemment déposé une plainte devant le tribunal de commerce du Delaware pour forcer la main de Warner Bros.. L'entreprise espérait alors que la justice aurait pu contraindre le groupe, en poussant pour la diffusion des documents internes formulés par le conseil d'administration au moment de l'étude des différentes offres de rachat présentées en novembre et décembre dernier. Cette tactique n'étant qu'une simple étape intermédiaire dans une campagne de dénigrement plus large. Pour faire court, Paramount Skydance tente pour le moment de faire pencher le vent des actionnaires en sa faveur, en utilisant toutes les armes nécessaires.
Au point d'avoir récemment tenté d'obtenir un jugement rapide, sinon immédiat : les avocats de l'enseigne ont effectivement déposé une motion pour exiger des tribunaux que l'affaire tout de suite en procès. Probablement dans l'idée de compliquer la vie des équipes de Warner Bros., ou de pouvoir apparaître comme une ombre au tableau en amont de la session publique prévue avec les investisseurs.
Mais cette motion a d'ores et déjà été rejetée : selon le juge en charge d'arbitrer l'affaire, rien ne justifierait cette brusque accélération, dans la mesure où le dépot de plainte de Paramount Skydance aurait été passablement exagéré. Le groupe affirme effectivement que la négociation avec Warner Bros. représenterait un enjeu crucial pour la survie de son activité... or, dans les faits, cette précision se cogne contre une vérité factuelle : la fusion entre WB et Netflix n'implique pas de danger concret et immédiat sur la valeur ou le chiffre d'affaire de Paramount.
En somme, la justice a botté en touche pour le moment, et si la plainte des avocats de l'enterprise reste maintenue, la date du procès n'a pas encore été fixée officiellement. Ce qui siginifie que le conseil d'administration de Warner Bros. peut poursuivre (relativement sereinement) son projet de fusion avec Netflix d'ici les prochaines semaines. Il faut bien admettre que la situation devient passablement répétitive, voire embarrassante pour le camp d'en face.
Les portes-paroles de la compagnie n'ont d'ailleurs pas manqué cette occasion de railler la famille Ellison, en expliquant, par communiqué de presse, que tout ceci n'est décidément "pas très sérieux", que ce procès n'était rien d'autre qu'une "diversion" et qu'il était naturel que la justice ne prenne pas de "mesures spéciales" pour entretenir cette notion. Si vous n'êtes pas bilingues dans le langage des grandes entreprises, grosso modo, ils les ont traités de bouffons.
Dans le camp d'en face, les portes-paroles de Paramount Skydance ont encore affirmé qu'il serait dans l'intérêt des actionnaires de Warner Bros. de vendre leurs actions le plus rapidement possible. Une date butoir a d'ailleurs été fixée : les Ellison estiment qu'après le 21 janvier 2026, l'offre publique d'achat actuellement disponible ne sera plus d'actualité. En somme, un nouveau bilan sera probablement prévu d'ici quelques jours pour faire le point, si cette ultime ultimatum devait se valider dans les faits. Pour ce qui concerne Netflix, des précisions ont aussi été livrées pour équilibrer les menaces de Paramount Skydance : la plateforme mise désormais sur un rachat en liquidités (et non par échange de valeurs interposées, ce qui signifie que les actionnaires individuels obtiendrait tout de suite leur argent plutôt que des actions Netflix en échange de leurs parts du groupe), pour répondre aux critiques des Ellison sur la transaction signée au mois de décembre.
En théorie, si la situation ne s'inverse pas dans l'intervalle, Netflix devrait avoir racheté l'ensemble des divisions cinéma et streaming Warner Bros. d'ici le troisième trimestre fiscal de cette année.