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Paramount attaque Warner Bros. en justice pour empêcher la fusion avec Netflix

Paramount attaque Warner Bros. en justice pour empêcher la fusion avec Netflix

NewsCinéma

Dans un articlé publié relativement récemment, la rédaction du site avait cru bon de comparer la stratégie de négociation de Paramount Skydance en la rapprochant des tactiques d'un enfant de sept ans. Vous avez probablement l'image en tête, le bambin passe devant le rayon des jouets, repère une figurine, agrippe la jambe de son parent, demande six fois "allez steuplait" pour toute forme d'argumentaire. Et finalement, lorsque le papa ou la maman en ont finalement assez, l'affreux sacripan finit par obtenir gain de cause. Et si vous pensez que cette image est maladroite, ou exagérée, le fait est que la famille Ellison a tout de même proposé au moins six fois une offre de rachat au conseil d'administration de Warner Bros. Discovery... pour s'entendre répéter la même réponse sur chacune de ces tentatives.

En cause, surtout, les sources de financement avancées par les représentants de Paramount Skydance (avec plusieurs fonds souverains au Qatar, en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis estimés comme peu fiables par les pontes du groupe), et quelques autres désagréments secondaires, notamment sur le sujet de la séparation des actifs de production (cinéma et streaming) et des canaux linéaires (la télévision traditionnelle). Cette situation s'enlise. Pire : elle se dégrade. Désormais, les Ellison entendent donc attaquer Warner Bros. devant les tribunaux.

Après le supplique, la menace

Nous pourrions avoir l'impression qu'une page avait officiellement été tournée depuis le début de cette année, lorsque les représentants du groupe avaient décidé de refuser une nouvelle proposition de rachat de la part de Paramount Skydance. Mais c'était mal connaître l'entêtement des Ellison. Selon la rédaction de Deadline, qui transite entre les communiqués de presse officiellement formulés par ce soupirant éconduit (et un tantinet revanchard), la famille des milliardaires compte désormais changer de braquet. Pour préférer l'assaut aux tentatives de négociations, menaçant Warner Bros. d'une bataille de proxies et ouvrant une action en justice officielle dans l'état du Delaware.

Comme souvent dans ce genre de cas de figure, les détails sont un peu complexes - on peut résumer le principe des combats par proxies aux mécaniques de batailles distancielles par représentants interposés au sein d'une tentative plus générale de prise de contrôle des actifs d'une société. Dans le cas présent, cela signifie (grosso modo) que Paramount Skydance va tenter de persuader certains actionnaires d'aller contre les décisions de Warner Bros. lors des prochaines séances publiques.

Dans la mesure où les compagnies publiques fonctionnent effectivement sur un principe de vote direct (avec un poids plus important selon les parts de l'entreprise captées par les différents investisseurs appelés à se prononcer sur les décisions en question), les batailles de proxies permettent généralement d'infiltrer la mécanique interne d'un groupe pour dégager les décisionnaires en poste. Encore une fois, ceci est un résumé extrêmement simpliste, dans la mesure où les détails concrets sont de l'ordre du langage boursier (qui n'est pas forcément perméable pour tout le monde, en particulier pour une rédaction spécialisée comics). Si vous voulez un exemple concret de comment tout ceci fonctionne... vous avez peut-être entendu parler de la série Succession ? Vous voyez quand Kendall veut pousser son méchant papa vers la retraite avec le soutien de financiers extérieurs, dont il s'est assuré le soutien en leur promettant des parts de l'entreprise ? Dites vous que c'est plus ou moins ça.

Pour l'essentiel, il faudra surtout attendre de voir comment cette menace sera exécutée, dans la mesure où les Ellison ont bel et bien prévu de livrer bataille. Et en l'occurrence, pour s'assurer que leurs proxies potentiels au sein de la masse des actionnaires votent contre le rachat de Warner Bros. par Netflix. Aux dernières nouvelles, le conseil d'administration du groupe avait émis un avis défavorable, adressé aux investisseurs, pour contre l'offre publique d'achat formulée par Paramount Skydance au moment où la compagnie comptait s'adresser directement aux actionnaires individuels. Bref, nous entrons dans la phase technique... pas forcément la plus captivante, mais le message a le mérite d'être clair. Accepter la défaite ? Jamais. Ce n'est pas dans la mentalité des conservateurs (vous n'avez pas vu le film avec Sebastian Stan ?).

Dans le même temps, la plainte déposée par les avocats des Ellison dans l'état du Delaware aurait pour objectif de forcer la main de Warner Bros. Discovery... Pour les obliger... à se justifier d'avoir accepté l'offre de Netflix plutôt que celle de Paramount Discovery, si l'on comprend bien le motif global de cette action en justice. Dans les détails, celle-ci serait effectivement pensée pour "amener de la clarté sur la capitalisation de son réseau linéaire (Global Networks), sur la façon dont a été évaluée la proposition de Netflix, comment l'achat permettra de compenser les coûts de la dette", etc. Là-dessus, il n'est pas du tout impossible que ce procès fonctionne en réalité comme un simple grain de sable pour ralentir la machine, le temps de laisser les Ellison sélectionner leur proxies et infiltrer Warner Bros. de l'intérieur. Ou pour plaider leur cause auprès de Donald Trump, finalement moins intéressé par toute cette affaire de rachat que prévu.

Pour résumer le fond du message : "nous voulions acheter Warner Bros. alors c'est comme ça et puis c'est tout, non mais oh." Ce qui est plutôt étonnant, dans la mesure où Paramount Skydance assurait encore en décembre dernier que cette fusion potentielle n'était absolument pas une "obligation" de leur point de vue. En définitif, la justice et un parterre de pauvres actionnaires innocents se retrouvent désormais pris dans la spirale, de la part d'une compagnie manifestement agacée, et qui n'entend pas (mais alors pas) lâcher l'affaire. Larry Ellison doit vraiment être un grand fan de Batman pour continuer de s'accrocher de la sorte. Ou alors tout ceci fait partie d'une tentative de s'approprier les moyens de production et les médias traditionnels pour empêcher toute forme de concurrence et appliquer une vision unique et totalitaire sur l'audiovisuel aux Etats-Unis ? Non ? Vous pensez ? Maintenant que vous le dites, si ça se trouve...

Plus d'informations prochainement pour peu que la justice estime la plainte crédible.

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Illustration de l'auteur
Corentin
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