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Thor : Love & Thunder : foudroyante déception

Thor : Love & Thunder : foudroyante déception

ReviewCinéma
On a aimé• Jane Foster en Mighty Thor...
• Une jolie aventure cosmique
• Si vous aviez aimé l'esprit Waititi de Ragnarok
On a moins aimé• ... mais pas son écriture
• Des acteurs qui ne savent pas vraiment ce qu'ils doivent jouer
• Rythme chaotique et cuts grossiers
• Trop bruyant, des vannes qui tombent trop à plat
• Il ne fallait pas donner Gorr et Mighty Thor à adapter à Waititi
Notre note

Disclaimer : cette critique du film Thor : Love & Thunder vous est garantie sans aucun spoiler.

Le personnage de Thor est le premier, dans l'ensemble de la production Marvel Studios, à écoper d'une quatrième aventure en solitaire. Le parcours du personnage pour chacun de ses films a été quelque peu difficile à cerner. Si chacun essaie de se rappeler les efforts shakespeariens de Kenneth Branagh sur le premier opus, et d'oublier la tentative gênante de ramener la fantasy au coeur de ce que fut le second film d'Alan Taylor, c'est avec Taika Waititi que la direction d'un réalisateur semblait, enfin, s'accorder avec les envies de l'acteur principal. Comprendre : Chris Hemsworth a beau avoir une certaine stature - et surtout les biscottos qui vont avec - pour incarner l'idée que l'on peut se faire d'un personnage de dieu, la performance du comédien n'a jamais réellement collée avec le sérieux que l'on peut retrouver dans le personnage des comics Marvel

Aussi, avec l'orientation purement comédie de Thor : Ragnarok, Taika Waititi livrait une interprétation qui, en toute légitimité, fera encore hurler celles et ceux qui attendent péniblement que l'on prenne Thor au sérieux. Mais vis-à-vis des arcs adaptés (ou du moins de Planet Hulk, qui reste assez bourrin dans son déroulé, puisqu'on ne ne va pas se mentir, le Ragnarok n'était que prétexte pour emmener Asgard face au vaisseau de Thanos sur la fin), l'équilibre passait pour relativement sincère. Puisqu'il n'était pas possible de faire de Chris Hemsworth un Thor sérieux, autant se donner à fond dans la comédie, l'absurde et exacerber encore plus le désamorçage de toute situation dramatique. Au sortir de celui-là, il y a cinq ans, votre rédacteur y trouvait son compte - pour l'effet de surprise, le côté rafraichissant de la chose, et aussi voire surtout parce que les deux précédents films étaient encore moins convaincants. 


Arrive maintenant cette quatrième tentative, Thor : Love & Thunder, pour lequel Waititi et Marvel Studios s'attaquent à plusieurs éléments tirés d'un run moderne sur le personnage, mené pendant sept bonnes années par Jason Aaron, et certainement l'un de ses meilleurs travaux en mainstream. D'une part, l'envie de mettre en scène Gorr, le Boucher des Dieux, avec Christian Bale pour l'incarner. D'autre part, faire revenir Natalie Portman, absente depuis Thor 2 de la franchise, et lui faire tenir le rôle de Mighty Thor - Marvel Studios poussant l'envie de mettre en avant d'autres figures héroïques que ses beaux hommes blancs majoritairement représentés à l'écran pendant toute l'Infinity Saga. Dans l'idée, pourquoi pas. Le souci, c'est que ces deux éléments, dans les comics, emportent avec eux une dramaturgie et une profondeur importante, qui ne colle a priori pas du tout avec la façon de faire de Waititi. Une supposition qui s'avère hélas vérifiée une fois sorti d'usine, pour un résultat au mieux indigeste, au pire totalement raté et sans direction nette. L'été ne sera donc pas Marvel Studios. Explications.

Deux Thor valent mieux qu'un tu l'auras ?

On le répète ici : le constat amer tiré de Thor : Love & Thunder ne vient pas que du fait que le film échoue dans son processus d'adaptation, ou à retranscrire ce qui a fait la force des comics fondateurs. Le contrat tacite passé avec Marvel Studios, comme pour toutes les autres productions basées dans le registre super-héros, a été accepté depuis longtemps par la majeure partie du public, fans compris : adapter c'est trahir, les bandes-dessinées seront toujours d'un meilleur niveau, et il faut faire la part des choses à chaque fois. En ce sens, et il est important de le répéter une fois de plus, Thor : Ragnarok pouvait décevoir par ses trahisons mais nous apparaissait comme un compromis acceptable, avec un réalisateur qui se réappropriait un univers/personnage et un Chris Hemsworth qui semblait beaucoup plus à l'aise à faire des pitreries qu'à vouloir se prendre au sérieux dans ses précédentes aventures en solo. 


Le film de Taika Waititi reprend le fil à partir de là où on avait laissé le dieu viking, toujours pourvu de son embonpoint d'Endgame, et en compagnie des Gardiens de la Galaxie. Par un processus de narration - utilisé à plusieurs reprises pour faciliter les ellipses - le scénario se débarrasse très vite de ce premier statu quo pour revenir à une situation plus normée, et évacuer aussi les comparses cosmiques de l'aventure. Afin de laisser le champ libre à James Gunn pour la suite de sa trilogie, en gestation. En parallèle, l'introduction nous permet de comprendre rapidement qui est Gorr et quelles sont ses motivations pour aller parcourir l'univers et s'occuper d'éliminer chaque dieu de chaque mythologie dans les différents recoins du cosmos. Forcément, le "Boucher" finira par venir se frotter aux résidents de New Asgard, et Thor devra donc se mêler de tout ça. Surprise : pour l'assister, il ne sera pas seul, puisqu'une héroïne casquée et capable de manipuler Mjölnir fait aussi son apparition. Mais au contraire des comics de Jason Aaron, son identité est tout de suite annoncée, parce qu'il faut bien que le "Love" du titre serve à quelque chose. 

La thématique de l'amour est en effet très présente, tout au long du film. Un sentiment noble qui sert à la fois de motivation à certains personnages clés de l'intrigue, un élément qui permet de faire facilement de la comédie romantique (entre Thor et Jane Foster, bien sûr, mais aussi avec d'autres, disons, "personnages", qui donnent les scènes les plus absurdes, et les plus marrantes, du film). On s'aperçoit vite que ce répertoire intéresse davantage Waititi pour le développement de ses héros. Dès les premières minutes, passée l'introduction sur Gorr, celles et ceux qui n'avaient pas apprécié la tonalité de Ragnarok en auront pour leurs frais : tout est hyper énergique, coloré, les répliques fusent dans tous les sens (mais sans faire mouche à chaque fois), la musique rock des années quatre-vingt enveloppe la moindre scène, Waititi essaye de faire du rire et pose une action plus ou moins décomplexée... Mais l'effet de surprise de Ragnarok est passé. Et au-delà même du sentiment de redite, surtout, on rit moins. La faute à l'écriture, la faute à une emballage lourdingue ou à un ensemble trop bruyant, qui devient passablement énervant (on pense notamment aux deux chèvres là, qui deviennent rapidement pénibles au bout de trente secondes). 


Cette lourdeur sonore et visuelle est accompagnée par une intrigue qui a beaucoup, beaucoup trop de choses à faire tenir dans un film qui ne dure que deux heures, avec des morceaux de scénario très clairement tronqués ou des situations qui s'enchaînent parfois sans que l'on comprenne trop pourquoi. On pourrait trouver cela intéressant car cela permet d'éviter les temps morts, mais le fait est qu'on finit assez rapidement par se désintéresser des enjeux, puisque la rapidité des enchaînements fait qu'on n'a même pas à se demander si l'on arrivera à un retour au statu quo sur la fin. 

Tout au plus, le cheminement de Jane Foster soulève un semblant d'intérêt (particulièrement pour les fans de comics), mais du reste, le procédé Marvel Studios a fini par s'user au terme de la troisième ou quatrième "comédie cosmique". Comme si, au moment où le plan plat du terrestre s'autorisant enfin un peu de dramaturgie (le déséquilibré Eternals, le plus sombre Doctor Strange 2), dans l'espace, tout le monde devait vous entendre ricaner. Avec ce rythme en accéléré, la distribution n'a au final que peu de temps pour accéder à des strates de développement. On se contente de répliques très faciles, d'une direction qui échoue à nous faire croire à la gravité des évènements, la palme revenant certainement à toute la séquence de Zeus (Russell Crowe), à compter parmi les moments les plus gênants dans l'histoire du MCU devant tant de cabotinage (et parce qu'il y a un caméo franchement grossier qui n'a rien à faire là). Christian Bale pose un autre problème : incapable de nous faire croire à la tragédie qui frappe son vilain, ses dialogues ou ses mimiques lui font perdre instantanément toute crédibilité. Le résultat est assez consternant. 


Consternant peut-être parce que l'on sent tout de même que les équipes se sont amusées sur les plateaux de tournage. Les unes et les autres ont manifestement pris du plaisir à aller vers le n'importe quoi. Natalie Portman semble heureuse d'être de retour pour jouer les héroïnes sur le tard, une petite complicité avec Tessa Thompson (Valkyrie) s'installe, mais l'accumulation des one-liners nous empêche de profiter de ce naturel, qui manque. Et puis, il y a la question du "propos" ou de la manifestation concrète de l'intrigue. Comme évoqué plus haut, Thor : Love & Thunder reprend pour lui deux morceaux importants des comics de Jason Aaron, sur Gorr et sur Jane Foster (et si vous avez lu les comics, vous savez de quoi on parle). Mais l'un dans l'autre, le film échoue totalement à retranscrire l'intensité des évènements qui frappent ces deux personnages, bien qu'ils soient abordés. 

Particulièrement dans le cas de Jane, où votre rapport à certaines thématiques pourra malgré tout déclencher quelques émotions, mais même sur un sujet aussi sensible, Waititi reste en surface, sans consistance, alors qu'il y aurait matière à faire quelque chose de formidable. Pour un thème plus rarement évoqué, à la fois dans le corps des blockbusters américains (qui s'interdisent par devoir toute gravité susceptible de laisser le spectateur rentrer chez lui avec autre chose qu'un gargouillis de pop corn), et dans le registre des super-héros, toujours trop absents des pures questions humaines. Encore une fois, ce n'est pas qu'une question de ne pas être assez fidèle aux comics. D'autres films s'émancipent des BDs - personne n'a fait le reproche à Doctor Strange 2 de ne pas être assez Ditko, assez Englehart ou même assez Aaron - ou de prendre un sujet par un autre angle, il n'y a pas de problème avec ça. Mais, ici, le traitement échoue simplement à véhiculer quoique ce soit de sincère. Alors, on reste pour les gros bras, pour la nostalgie des derniers morceaux d'une saga vieille de plus de dix ans, et puis voilà. L'attachement ne va pas au-delà de cette dose d'autocongratulation simplette, et le potentiel du film lui-même, de ses propres pistes ou de ses propres idées, se résume à des répliques qui veulent faire bien.


Savez vous à quoi tout cela s'apparente ? A une grosse, colossale erreur de casting. Connaissant Waititi, son univers, sa façon de faire, on en vient à se demander pourquoi Feige et Marvel Studios ont voulu lui confier l'adaptation de cette histoire précise alors qu'il y avait certainement d'autres choses à faire. D'autres vilains bébêtes, d'autres arcs plus capables d'épouser les contours de son style, d'autres acteurs grisonnants à foutre dans des toges d'empereurs cosmiques parodiques à la Jeff Goldblum. Pour rester dans le cadre des envies du réalisateur, qui doit constamment jongler (mal) entre la gravité, et son envie d'aller là où tout le monde l'attendait : c'est à dire en faisant un film (littéralement) pour enfants. Au fond, la logique est extrêmement curieuse : attendu que toute la saga des Thor s'est basée sur un genre d'apprentissage par l'échec, pourquoi Kevin Feige aurait-il décidé que ce metteur en scène accoucherait de la forme finale ? Pourquoi le "Waitithor" serait la forme définitive de cette tétralogie ? Après tout, dans Infinity War, les Russo et James Gunn étaient bien parvenus à ramener un peu (un peu) de sérieux ou de fantasy cosmique, avec un Thor abattu, la forge de Stormbreaker, etc. Sans même évoquer la série Loki, qui prenait plus au sérieux le relationnel brisé entre les deux frangins, même en l'absence du blondinet.

Au final, le mélange proposé par Waititi ne peut aboutir qu'à quelque chose d'indigeste, qui ne satisfera pas grand monde, et pire, qui participera certainement à conforter la partie la plus conservatrice (ou stupide) du public qui refuse par principe l'idée de la Mighty Thor, et qui sera trop heureuse de pouvoir attribuer à cette seule décision le ratage d'ensemble. Et donc, écrivons le noir sur blanc : Jane Foster fait justement partie des points forts du film. Et d'un point de vue visuel, on réussit à lui donner une certaine prestance et une utilisation de ses pouvoirs qui est plaisante à regarder (le film n'est pas plus laid qu'une autre production Marvel Studios, même si les fonds verts se voient toujours autant). C'est l'intégration de son arc à l'ensemble, et l'histoire en général, qui essaie de concilier des éléments qui n'ont pas grand chose à faire entre eux, qui pose problème. 


D'autant plus qu'avec cette durée d'à peine deux heures (l'un des films les plus courts de l'interminable "Phase 4"), les coupes se voient. En gras. D'un point de vue purement cinématographique, on note des cuts à la truelle littérale, où des personnages dans deux situations apparaissent comme complètement différents d'un plan sur l'autre, où des actions ont clairement été exécutées hors-champ - et c'est alors au spectateur de reconstruire ce qu'il s'est passé, de quoi sortir aisément d'un film qui a beaucoup de mal à garder le spectateur accroché sans cette difficulté supplémentaire. Bien que certaines idées visuelles soient intéressantes (comme cette séquence en noir et blanc vue dans les trailers, ou un autre élément présent à la fin), on peine à citer un moment, une scène qui permettrait de rehausser ce Love & Thunder, comme d'hab', vite oublié. Thor et Jane Foster méritaient certainement mieux, mais surtout, mériteraient autre chose. Un autre style, un autre ton, une autre enveloppe, un autre cahier des charges. Laisser carte blanche à un réalisateur, pourquoi pas, mais le boulot du producteur est aussi de comprendre qui placer au bon endroit. Avec Thor : Love & Thunder, il y a clairement eu un souci originel dès le moment où fut posée la question : que faire, comment et avec qui. Malheureusement, et comme d'hab', le manque de prise de risque ne paye toujours pas.

Passé l'effet de surprise Thor : Ragnarok, la routine de comédie cosmique absurde développée par Waititi ne réussit pas à s'affirmer avec Thor : Love & Thunder. On tape contre une sorte de péché originel dans le choix qui a été fait d'adapter deux points importants du run de Jason Aaron au cinéma, entre les mains d'un metteur en scène qui doit bricoler pour éviter à tout prix de tomber dans le registre dramatique. Alors on essaie de foutre dans une même boîte des pans d'histoire contraires, avec quelque chose de résolument plus léger (enfantin), tout en insérant au forceps un maximum de blagues (pas drôles). Et tant mieux si les acteurs cabotinent, tant mieux si personne ne plonge plus profondément que la surface plastique, et tant mieux si on reste très éloignés de tout ce qui aurait pu être intéressant à explorer. On pourrait rester pour le spectacle, les déflagrations, les couleurs et le rock des années quatre-vingt, mais l'habit ne fait pas le moine, et ces éléments de décoration ne parviennent pas à faire oublier qu'ici, Marvel Studios s'est foncièrement planté. 

Arno Kikoo
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