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Leviathan #1 : Le Cloverfield de l'absurde

Leviathan #1 : Le Cloverfield de l'absurde

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On a aimé
• Le coup de crayon fouillé et bordelique de Nick Pitarra
• Un peu de kaiju ne fait jamais de mal
• L'hésitation entre horreur et comédie typique de Layman
On a moins aimé
• Encore un peu léger
Notre note

John Layman, auteur de l'excellente série Chew, s'en revient dans les kiosques cette semaine avec un nouveau projet en indé'. Après avoir cheminé sur les sentiers plus classiques du comics mainstream, avec Detective Comics il y a quelques années, on retrouve l'énergie et le goût pour le mélange des genres cher à ce scénariste un peu fou, qui vient ici nous conter sa version de Cloverfield. Mâtinée d'un esprit à la Dernier Pub Avant la Fin du Monde.

Tout commence par une soirée des plus tranquilles, où le scénariste s'amuse à placer par touches l'esprit de sa série en trois cases. Une bande de nerds des productions Toho sème l'idée que Leviathan est une série de kaiju, le curé du coin récitant les textes sacrés pendant sa pause clope parle lui d'un motif plus religieux, empruntant au monstre biblique du même nom, et un SDF ivre comme ceux que l'on croise en face de la Gare du Nord sème plutôt l'idée d'une série d'apocalypse, où le monstre n'est qu'un prétexte au chaos.

En une page, Layman explique donc son projet : fabriquer un titre où la fin du monde est proche, perpétrée par une grosse bête dont l'origine sera a priori un mélange de plusieurs idées. Cette manière de faire le tour de la symbolique du monstre géant en fiction ou dans la culture est plutôt éloquente sur le style du scénariste, qui s'amuse à ne jamais prendre son sujet au sérieux.
 

 
Et à ce titre, c'est avec intelligence qu'il aura choisi de s'entourer de Nick Pirrata et des couleurs de Michael Garland. Le premier, dans un trait de perpétuelle exagération, arrive à donner ce sentiment d'absurde et de cartoon satirique sur un motif plutôt dénué de blagues (quoi que celles-ci soient aussi présentes) en alternant avec une grande violence et des pages généreuses où le trait, fouillis, se laisse aller à tous les abus possibles. Les couleurs de Garland viennent elle-aussi jouer sur le décalage des ambiances, à la fois cradingues et criardes par endroits, et très vives et furieuses à d'autres.
 
Layman prend comme héros un jeune homme parti avec son meilleur ami acheter quelques bières en soirée. Vous le voyez avec sa petite-amie sur la couverture, et le rôle que chacun occupe sera l'un des enjeux de ce premier numéro, plutôt sans détours. Dérangé par l'arrivée subite d'un immense dragon dans le paysage urbain, Ryan (c'est son nom) va devoir tenter de retrouver l'amour de sa vie en échappant aux décombres perpétrés par la bête.
 
La narration, au départ plutôt comique, se tait peu à peu à mesure que l'introduction s'achève et que l'action commence. Les découpages et l'aspect comique du trait de Pirrata entourent l'ensemble d'une patine absurde, rythmée par les moments d'humour ou de n'importe quoi que s'autorise Layman - des blagues d'abord, puis un regard sur la présidence Trump quasi réaliste, et la création d'un monde où l'armée des Etats-Unis semble prête à dégainer un Gundam. Un esprit de réel mixité entre le rire et le réellement cruel, à la Chew.
 

 
La série alimentaire du scénariste avait en effet la même capacité à jongler entre le sérieux d'un véritable polar et l'ensemble grand-guignolesque d'un monde où les dealers vendent du poulet après que celui-ci ait été interdit par l'état. Ce premier numéro est tout de suite très violent, très noir, et en même temps très bariolé, comme un épisode des débuts de South Park à l'époque où le scénario pouvait aller dans tous les sens et où la morale de fin n'était pas le plus important.
 
Il en ressort une lecture plutôt très agréable, très jolie et très iconoclaste. On aime à retrouver la folie furieuse de Layman entre de si beaux crayonnés, sur un produit soigné dont la seule interrogation sera des thématiques de long-terme (Chew visait assez loin en terme de scénario), on espère donc que Leviathan ne sera pas juste un hit & run assez court et que l'histoire se tiendra au-delà de cette promesse, séduisante.
 

 
Un bon numéro #1 pour une bonne semaine en indé'. Leviathan, par sa capacité d'auto-dérision, la richesse de ses dessins et son aspect semi-parodique du genre du monstre géant, fait le boulot et marche dans les pas d'autres oeuvres de ce scénariste. A voir cependant comment cette première impression se confirme par la suite, en espérant un peu plus de générosité du côté de l'humour noir, à développer. 
Illustration de l'auteur
Corentin
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Commentaires (7)
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Avatar de joujof

07 Aout 2018

joujof

Leviathan #1 est effectivement un très bon premier épisode. En espérant un peu plus de densité par la suite. Graphiquement, c'est excellent. Layman a parlé en interview d'une dizaine d'épisodes voire plus si les ventes suivent.

Avatar de joujof

07 Aout 2018

joujof

@kaiserstark : Chew en intégrale est prévu pour 2019 chez Delcourt ! Je l'attends pour me mettre à la série.

Avatar de Milo

06 Aout 2018

Milo

Chew c'est le bien. Y a peut-être que la toute toute fin qui m'a laissé un drôle de goût en bouche (t'as saisi ?), mais sinon c'était génial. Du coup j'ai bien hâte de découvrir Farmhand et Leviathan.

Avatar de Kaiserstark

06 Aout 2018

Kaiserstark

@NICK FURAX : Moi aussi ça fait un moment que j'ai envie de m'y mettre aussi à Chew. C'est dommage d'ailleurs que Delcourt n'ait jamais publié une sorte d'intégrale à la Urban pour la série en France.

Avatar de Nick Furax

06 Aout 2018

Nick Furax

Que j'ai acheté y'a genre 5 ans lors d'une promo, et s'est malheureusement égaré chez mes parents entre mes nombreux déménagements. faut que je le retrouve dans mes cartons. Mais chuis chaud ! J'ai aimé le ton de Leviathan, et le dessin de Farmhand. Reste plus qu'à concrétiser <3

Avatar de Corentin

06 Aout 2018

Corentin

Tu vas kiffer! Le truc commence réellement après le premier TPB though.

Avatar de Nick Furax

06 Aout 2018

Nick Furax

J'ai beaucoup aimé, malgré cette fin assez noire. Hâte de la suite (et entre ça et Farmhand, je suis rodé pour me mettre à Chew, depuis le temps que je dois le faire)