
Dark Horse accueille le grand retour de l'un de ses monuments. Au sens minéral du terme. Pour célébrer les quarante ans de la maison d'édition, Concrete, l'une des toutes premières créations originales publiées par Mike Richardson au moment d'ouvrir sa propre enseigne sur un marché indépendant encore balbutiant, va bientôt pouvoir repartir vers de nouvelles aventures. De fait, le projet en profitera pour fêter son propre anniversaire, dans la mesure où la compagnie et le personnage ont été lancés la même année. Un retour symbolique, donc. Mais aussi, pour les nombreux fans de cette curiosité, longtemps présentée comme l'un des indispensables du secteur, la promesse d'un bonus largement inespéré.
Maintenant, qu'on se comprenne : contrairement aux personnages de Hellboy ou de Sin City, l'existence de Concrete se sera longtemps bornée aux connaisseurs des curiosités publiées en périphérie des grandes maisons d'édition traditionnelles. Et si cette série, imaginée par l'auteur Paul Chadwick, a longtemps été présentée comme un chef d'oeuvre de l'industrie (au point d'avoir obtenu plusieurs victoires aux Eisner Awards et aux Harvey Awards sur ses premiers volumes), le projet reste toutefois relativement confidentiel. Surtout dans le présent. Pour beaucoup, cet univers de fiction avait d'ailleurs été officieusement terminé avec Concrete : Three Uneasy Pieces (2012). En définitive, comme les fans de Swamp Thing ont pu le vérifier récemment : la patience, ça paye. Et Mike Richardson n'abandonne pas les copains des premiers temps.
Une nouvelle mini-série en cinq numéros, Concrete : Stars Over Sand, a donc été annoncée pour le printemps. Pour un peu de contexte, mettons simplement que cette petite chronique décrit le quotidien d'une relecture réaliste de Ben Grimm... sans les Quatre Fantastiques, sans super-vilains, sans menaces cosmiques, sans bagarre et sans costume pour habiller le paysage. Dans Concrete, les lecteurs se contentent bêtement de suivre les péripéties de Ronald Lightgow - homme de lettres, spécialiste de l'écriture de discours officiels pour les politiciens, un quidam résolument normal qui va devoir se faire aux codes d'une nouvelle vie passée dans un corps imposant, sans aspérité et... rocheux.
Après avoir été enlevé par des extraterrestres, Ronald (ou "Concrete") se réveille en effet dans un enveloppe rocailleuse, virtuellement invulnérable et armé d'une force surhumaine. Le personnage va réussir son évasion et retourner sur sa planète d'origine... sans toutefois se débarrasser de cette nouvelle apparence. Le gouvernement acceptera de le relâcher, en comprenant que le pauvre bonhomme ne peut pas grand chose aux réalités de sa nouvelle condition, et bricolera un bobard officiel pour expliquer au grand public l'existence de ce golem de pierre (en l'occurrence, dans la série, les Etats-Unis vont affirmer que Concrete est un androïde développé par l'armée).

La série part de ce postultat pour développer un propos plus existentialiste, parfois comique, et ouvertement naturaliste sur le quotidien de cette créature malchanceuse. Et ce, sans adversaires, sans super-méchants, sans crimes susceptibles de nécessiter son intervention. En dehors de ses origines et de son apparence, le monde de Concrete applique une consigne de réalisme strict. Une sorte de déconstruction presque post-moderne des codes de la mutation dans les récits de super-héros... prise sous l'angle du quotidien. Et aussi, de l'émerveillement, de la poésie, voire même de l'écologie par endroits. Un chef d'oeuvre qui nous manque encore dans le paysage de l'édition française, malheureusement, en dehors d'une timide tentative engagée chez Semic (avec deux tomes publiés entre 2004 et 2005, autant dire que les albums en question sont largement introuvables dans le présent).
Pour cette nouvelle série, nous retrouvons la saga là où nous l'avions laissée.
"Concrete est entré dans un désert sans espoir de retour. Larry et Maureen sont fous de rage. Il paraît que le personnage arpente les montagnes arides des environs, couvert de sang, et qu'il s'en prend furieusement aux passants. Désespéré, désorienté, Concrete évolue dans cet environnement terrifiant qu'il ne comprend plus. Ses hurlements déchirent la campagne. Une étrange globe surplombe les falaises. Son corps est recouvert de pierre. Il se pense traqué. Il pense que les humains sont une menace pour lui. De retour parmi les vivants, entré dans une ultime quête désespérée face à l'échéance imminente, le personnage est de retour, dans son emballage habituel."
Paul Chadwick en profitera de cet anniversaire pour retrouver son amour des couvertures peintes (une autre des traditions de la série) en lâchant au passage une variante en crayonné. Le dessinateur explique avoir passé de longues années avant de pouvoir terminer ce projet, et se félicite de pouvoir enfin retrouver sa mascotte pour un volume inédit. Vivement.
Concrete : Stars Over Sand #1 est attendu pour le 16 juin 2026.
