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Paramount Skydance retravaille son offre de rachat pour le groupe Warner Bros.

Paramount Skydance retravaille son offre de rachat pour le groupe Warner Bros.

NewsCinéma

Quelques évolutions (réelles, pour changer) dans le cadre du grand feuilleton qui occupe actuellement la presse spécialisée aux Etats-Unis. Voire même la presse généraliste, en définitive. Depuis quelques semaines, le rachat du groupe Warner Bros. par le géant du streaming Netflix s'est effectivement déplacé sur le terrain politique (voir même frontalement politique), puisque Ted Sarandos, le président de la plateforme, a récemment été convoqué au sénat pour répondre aux interrogations d'une commission d'enquête censée rendre un avis sur l'opération commerciale du moment. En l'occurrence, une sorte de mise en bouche.

Le sous-comité en question, dans lequel nous avons d'ailleurs pu entendre le point de vue du sénateur Ted Cruz (l'un des représentants les plus célèbres, et aussi les plus féroces, de la famille politique pilotée par Donald Trump) a effectivement  interrogé les principales figures de proue de Netflix dans le cadre d'une audience purement performative. Sans surprise, l'audience s'est rapidement transformée en une sorte d'inquisition organisée autour  du motif sempiternel de la guerre culturelle, contre le progressisme, la représentation de la diversité en fiction, et les éventuels enagements politiques de la plateforme depuis ces quelques dernières années.

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En l'occurrence, l'exercice a surtout permis d'affirmer la situation actuelle de lutte pour le contrôle idéologique des masses qui anime (en substrat) les enjeux réels de ce rachat du point de vue du Parti Républicain aux Etats-Unis. Cette angle d'attaque participe directement d'un débat devenu plus sérieux, pour faciliter la prise de contrôle de Warner Bros. par les propriétaires de Paramount Skydance. La famille Ellison, proche de l'actuel président des Etats-Unis, a effectivement dégainé cet argumentaire comme un levier pour servir ses propres intérêts. Entre temps, le sujet s'est répandu dans les communautés MAGA les plus engagées. Avec cette audience sénatoriale, Netflix a donc pu prendre la température, en attendant de voir l'affaire passer entre les mains de la seule instance capable de censurer la transaction : le département de la justice, représenté par la procureure générale Pam Bondi, ancienne avocate de Donald Trump, actuellement en charge du ministère public pour les affaires fédérales.

Dans le même temps, les Ellison ont eu l'occasion de s'entretenir avec le président des Etats-Unis dans le cadre d'une rencontre organisée la semaine dernière. L'optique reste sensiblement la même dans ce cas de figure précis : selon les spécialistes des médias, cette famille de milliardaires compte toujours sur le soutien actif de Donald Trump pour obtenir gain de cause. Le Wall Street Journal avait d'ailleurs évoqué les détails de tractations internes entre le chef d'état et le clan des Ellison en décembre dernier, autour du réseau d'informations CNN en particulier : si Paramount Skydance devait obtenir le contrôle des actifs du groupe Warner Bros., la chaîne d'information, considérée comme trop démocrate (ou trop factuelle ?) du point de vue de la Maison Blanche, sera vraisemblablement réorganisée ou démantelée pour aller dans le sens de la politique menée par Donald Trump et ses alliés. En accord avec les convictions personnelles de Larry et David Ellison, favorables aux idées de la famille MAGA. En somme, bien plus que la simple question du cinéma et de la production de séries télévisées, les propriétaires de Paramount Skydance ont préféré miser sur cette promesse d'un contrôle total des médias dominants pour s'accorder les faveurs du Parti Républicain.

En l'état, personne ne sait exactement si cette rencontre a permis de débloquer un engagement éventuel de Donald Trump dans le cadre de ce dossier pour le moment... mais la logique reste la même : les Ellison utilisent actuellement toute la panoplie des contre-pouvoirs (pardonnez l'ironie) disponibles pour tenter d'empêcher Netflix de récupérer la mise. Un combat qui se joue aussi, bien sûr, sur le front boursier.

Aux dernières nouvelles, les représentants de Paramount Skydance ont effectivement déposé une nouvelle offre, toujours adressée aux actionnaires de Warner Bros., pour retenter leur chance avec quelques détails supplémentaires. Pour faire court : le groupe s'est engagé à verser un montant de 0,25 dollars l'action tant que la vente n'avait pas officiellement été validée. Ou pour le dire plus simplement, ceci signifie que plus le temps passe sans transaction actée, plus les actionnaires pourront recevoir une somme importante une fois franchie la ligne d'arrivée. Par exemple, si Paramount Skydance finissait par racheter Warner Bros. dans douze mois, les actionnaires pourraient alors obtenir quatre fois ce montant de 0,25 dollars par action individuelle... et donc s'en sortir avec une belle somme au final.

Mais alors, pourquoi ? C'est tout bête : il s'agit simplement de jouer la montre. Actuellement, Warner Bros. a prévu de soumettre au vote le sujet du rachat de ses actifs par Netflix en avril prochain. La base des investisseurs aura alors l'opportunité de dire oui ou de dire non. Et une fois cette opération enregistrée, il ne sera plus possible de revenir en arrière. En somme, Paramount Skydance, qui attend toujours le soutien du département de la justice et de ses alliés républicains, tente de faire durer la course aussi longtemps que possible. Le groupe tente donc de convaincre les actionnaires qu'il n'est pas nécessaire de se presser... puisqu'avec cette promesse de petit bonus en bout de course, ceux-ci pourraient récupérer une somme plus importante si une autre fusion (avec... Paramount Skydance) était votée d'ici les deux, trois ou quatre prochains trimestres fiscaux. 

Dans le même temps, une autre clause a aussi été proposée... qui consisterait à verser une certaine somme d'argent dans les comptes de Netflix si le projet de fusion ne devait pas aboutir (de 2,8 milliards de dollars, en l'occurrence). Au global, les Ellison ont donc prévu de sortir le chéquier pour s'assurer de la victoire, en augmentant encore davantage le plafond des dépenses prévues. Pour rappel, l'offre proposée était déjà fixée autour de 108 milliards de dollars pour l'ensemble du groupe Warner Bros.... et avec ces deux nouvelles concessions (sans oublier le sujet épineux du financement de la dette), le montant final serait encore supérieur, sans doute plus proche des 115 milliards selon le temps de gestation. Une somme qui serait en grande partie financée par le géant de l'informatique Oracle et par plusieurs fonds souverains parmi les puissances pétrolières du Proche-Orient.

Pour l'heure, le département de la justice ne s'est pas encore pleinement saisi du dossier Warner Bros./Netflix, actuellement occupé par une sombre affaire de scandale sexuel (autour d'un certain "Jeffrey Epstein" dont on parle peu, ça n'a pas l'air de faire grand bruit vous remarquerez...). Dans tous les cas de figure, les rebondissements risquent de se multiplier d'ici le mois d'avril.

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Illustration de l'auteur
Corentin
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