
Alors que l'année 2026 démarre sur du grand n'importe quoi du côté de la politique internationale, mieux vaut se concentrer sur les enjeux du divertissement de masse pour ne pas céder à des crises de panique. Encore que. Le grand feuilleton du (potentiel) rachat de Warner Bros. par Netflix inquiète également un bon nombre de professionnels de l'industrie du cinéma, qui aurait peur que le géant du streaming enterre définitivement l'expérience salles une fois Warner intégré dans son giron. Si Ted Sarantos, grand patron de Netflix, a assuré vouloir maintenir l'activité cinéma pour la sortie des films Warner (et, accessoirement, laisser en place les équipes actuelles de DC Studios), il n'est pas dit que cette activité ne soit pas néanmoins chamboulée.
Publié il y a quelque jours, un long papier du média Deadline revenait sur le succès d'une opération spéciale faite par Netflix pour la diffusion de l'épisode final de Stranger Things, d'une durée de deux heures, qui a profité d'une sortie dans un certain nombre de salles de cinéma aux États-Unis. L'opération a permis d'engranger entre 25 et 30 millions de dollars par les salles de cinéma, mais il faut bien prendre en compte qu'il ne s'agit pas de box-office : pour des raisons contractuelles liées aux royalties accordées au casting de la série, Netflix ne pouvait pas récupérer de sous sur la diffusion cinéma. L'entrée aux séances était techniquement gratuite, mais pour y accéder, il fallait payer un bon d'achat de 20$ (pour tout ce qui est nourriture et boisson).
La somme engrangée (baptisée "concession cash") est donc allée directement dans les poches des cinémas (puisque ce ne sont pas des billets de cinéma qui ont été vendus) au lieu d'être partagé avec le studio - ce que Deadline décrit comme une forme de cadeau de Noël de la part du géant du streaming, qui a tout de même bien profité de son côté de cette double exposition entre sa plateforme et les salles obscures qui ont fait de la diffusion de l'épisode final un petit évènement.
Le retour sur cette opération et son succès commercial permet surtout de revenir sur les ambitions de Netflix vis-à-vis du cinéma, à l'heure où la plateforme va se payer l'un des plus grands studios américains de l'histoire, et où la question de garder la sortie des films au cinéma reste sur toutes les lèvres. Récemment, Sarantos affirmait de but en blanc que son entreprise resterait voué à la sortie des films Warner (et donc, par extension, DC Studios) au cinéma en suivant "la fenêtre standard de l'industrie" - mais c'est sur le terme de "standard" que les analystes pêchent encore. Puisque comme le rapporte les sources de Deadline, la volonté de Netflix pour ce standard serait une fenêtre d'exclusivité cinéma de seulement 17 jours, tandis que les chaînes de cinéma importantes comme AMC estiment qu'il faut maintenir cette fenêtre à un minimum de 45 jours.
Les habitudes de consommation étant ce qu'elles sont, réduire l'exclusivité aux salles de cinéma à moins de trois semaines signerait certainement la mort commerciale de nombreux films - ou du moins, un manque à gagner clair et net. Par ailleurs, l'expérience Stranger Things (ou plus tôt l'an passé, de K-Pop Demon Hunters) montre bien qu'il y a un intérêt monétaire à proposer des films au cinéma, et ne pas se limiter qu'au streaming. Les dernières années ont bien montré toutes les limites des modèles de plateforme sur la question de la rentabilité par rapport aux sommes englouties pour produire séries et films.
Le papier de Deadline ne dit pas qu'une décision a pour le moment été prise - et il reste de toute façon encore un certain temps avant que cette question ne doive s'appliquer concrètement, d'ici à ce que le rachat soit entièrement validé, sauf retournement de situation majeur. Affaire à suivre.