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Jason Aaron en indé' : le récap de la violence en quatre titres

Jason Aaron en indé' : le récap de la violence en quatre titres

DossierMarvel

Avec la sortie de Thor : Ragnarok, pas mal de regards se rivent sur Jason Aaron, dernier architecte de poids du légendaire viking de Marvel auquel il aura livré un run impeccable, déjà rentré dans l'histoire récente de l'éditeur et de toute la saga Thor, depuis sa création par Jack Kirby et Stan Lee en 1962.

Mais à l'ombre de son travail souvent excellent au sein de la Maison des Idées, Aaron fait aussi partie de la double génération bénie Vertigo/Image Comics, ces auteurs qui s'épanouissent presque davantage sur les histoires nées de leur propre imaginaire, celles qu'ils ont façonné du premier au dernier chapitre, et qui livrent aux repus des parutions super-héroïques de quoi occuper ces moments de lectures (rare) où la perspective de tout le comic-book tend à évoluer.

Il était d'usage jusqu'à il y a peu sur COMICSBLOG.fr d'évoquer le boulot de ces indépendants, souvent l'occasion de mettre un coup de projecteur sur ceux qui sont devenus au fil des ans les grands d'aujourd'hui. Et au moment où toute la sphère de la presse comics va s'intéresser à ce que l'auteur hirsute a mis dans les pages Asgardiennes qui vaille d'être retenu, ici-bas on s'intéresse à Jason Aaron comme véritable écrivain, père d'une poignée de séries exemplaires qui valent d'y laisser traîner l'oeil. Entre violence, analyse historique et vision personnelle de la Bible, de quoi occuper votre weekend de plein de moments sympas, avec pas mal de sang et encore plus de talent. 

Chapitre 1

War, What is it good for ?

The Other Side - Vertigo, 2006

Jason Aaron naît dans le grand état de l'Alabama, territoire des Etats-Unis souvent dépeint en fiction comme l'un des piliers du Vieux Sud, où le conservatisme a connu ses heures de gloires et sévit encore aujourd'hui. L'auteur y trouve sa redneck nation, qui influencera tout son regard sur le drapeau et le patriotisme tourné en dérision dans ses oeuvres. C'est l'un des thèmes de sa carrière loin des réalités fictives de la sphère super-héros : déconstruire l'Amérique et ses illusions, à commencer par le mythe du héros fort et bon sous tout rapport.
 
On prête à Aaron d'être un cousin éloigné de Gustav Hasford, un journaliste lui aussi né en Alabama et qui participera à la Guerre du Vietnam en tant que correspondant de guerre. Sorti de l'enfer de la jungle et des conflits au napalm, Hasford écrit en 1979 un récit biographique, The Short Timers, qui sera adapté près d'une quinzaine d'années plus tard par Stanley Kubrick. Le film Full Metal Jacket et ce lointain héritage inspirent à Aaron son premier travail d'envergure en solitaire, The Other Side, publié par Vertigo en 2006 avec Cameron Stewart aux dessins.
 

 
The Other Side reprend un mythe majeur du folklore américain. La Guerre du Vietnam. La Guerre du Vietnam vue à travers deux points de vue : celui de chaque camp. On y suit d'un côté le récit d'un jeune soldat parti combattre les rouges, et de l'autre, celui d'un jeune Viet Cong parti défendre son pays et faire la révolution contre l'impérialisme rampant. Très vite, un propos se met en place sur la Guerre, qui révèle la nature humaine, et sur les réalités de ce conflit, à des kilomètres des décideurs d'un monde coupé en deux qui ne se battent qu'à coup d'influences sur un grand échiquier mondial.
 
La série récupère avec adresse l'héritage de Full Metal Jacket de toute une batterie d'essais romancés ou filmés sur le quotidien des GI. Très vite à contre-courant de la grandiloquence cruelle d'un Apocalypse Now, Aaron s'intéresse à l'humanité de ce traumatisme pour les deux pays. Il n'hésite pas à présenter l'Amérique comme le vilain de l'histoire, les soldats de son pays décrits comme de pauvres paumés eux mêmes éberlués devant l'absurdité des ordres, là où le jeune vietnamien est un jeune homme empli d'honneur, de soif de liberté et d'héritage pacifiste.
 

 
The Other Side joue avec la manière dont est souvent décrite cette guerre là en particulier, comme un cauchemar. L'auteur y trouve les premières armes de son oeuvre, de son message : l'homme loin de chez lui, comme coupé de ses repères parce qu'il s'est trop éloigné de son foyer, et de l'autre côté, celui qui connaît sa terre et l'arpente comme une projection de lui-même. Il y trouve aussi la force d'un hurlement contre l'Amérique, contre son idéal militaire, et décrit avec une justesse qui lui collera au stylo pour le reste de sa carrière une violence désabusée, absurde jusqu'à devenir grotesque dans son exécution.
 
Voilà les thèmes semés par Aaron dans ce premier essai. La nature bestiale de l'humain, la honte qui se cache entre chaque pli du drapeau étoilé, et l'héritage que tout un chacun reçoit de son environnement. De son lieu de naissance, de cette terre qu'il aime fuir ou retrouver selon les angles que prendra la bibliographie de l'auteur au fil de ses travaux. Ici, le soldat vietnamien est le gentil de l'histoire (peut-être est-ce historiquement vrai), pratiquement parce que, contrairement à l'autre, il est chez lui, et a ce bout de sol à défendre. On y reviendra plus tard, en attendant, restons chez Vertigo pour un morceau un peu plus conséquent. 
Chapitre suivant >Buffalo Soldier
Illustration de l'auteur
Corentin
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Commentaires (7)
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Avatar de LPU

26 Octobre 2017

LPU

Quid du développement de Southern Bastards. Aaron n'a pas écrit le dernier numéro et la publication est très sporadique.

Avatar de sergio

26 Octobre 2017

sergio

@ROBB STARK, Quoi ?!! Mais jète toi tout de suite sur Scalped ! Pauvre fou !!! Best comic & Best polar, ever !!! ;)

Avatar de Milo

26 Octobre 2017

Milo

Excellent dossier très bien écrit, merci Corentin ! Et du Jason Aaron, c'est effectivement très souvent à lire d'urgence.

Avatar de Robb Stark

26 Octobre 2017

Robb Stark

Ah merci pour l'article, je note pour plus tard, j'ai encore rien lu du bonhomme.

Avatar de sergio

25 Octobre 2017

sergio

Aaron en indé, c juste du caviar !!!

Avatar de LPU

25 Octobre 2017

LPU

Et Men Of Wrath c'est très bien aussi et aurait pu avoir sa place dans ce dossier.

Avatar de LPU

25 Octobre 2017

LPU

Peut être préciser que ces 4 titres sont dispos en Vf chez urban comics. Et aussi qu'ils ont été bien servis par 3 artistes au top (même si ce n'était pas le sujet de l'article). Gloire à Jason Aaron, God of Comics.