The Other Side - Vertigo, 2006
Jason Aaron naît dans le grand état de l'Alabama, territoire des Etats-Unis souvent dépeint en fiction comme l'un des piliers du Vieux Sud, où le conservatisme a connu ses heures de gloires et sévit encore aujourd'hui. L'auteur y trouve sa redneck nation, qui influencera tout son regard sur le drapeau et le patriotisme tourné en dérision dans ses oeuvres. C'est l'un des thèmes de sa carrière loin des réalités fictives de la sphère super-héros : déconstruire l'Amérique et ses illusions, à commencer par le mythe du héros fort et bon sous tout rapport.
On prête à Aaron d'être un cousin éloigné de Gustav Hasford, un journaliste lui aussi né en Alabama et qui participera à la Guerre du Vietnam en tant que correspondant de guerre. Sorti de l'enfer de la jungle et des conflits au napalm, Hasford écrit en 1979 un récit biographique, The Short Timers, qui sera adapté près d'une quinzaine d'années plus tard par Stanley Kubrick. Le film Full Metal Jacket et ce lointain héritage inspirent à Aaron son premier travail d'envergure en solitaire, The Other Side, publié par Vertigo en 2006 avec Cameron Stewart aux dessins.
The Other Side reprend un mythe majeur du folklore américain. La Guerre du Vietnam. La Guerre du Vietnam vue à travers deux points de vue : celui de chaque camp. On y suit d'un côté le récit d'un jeune soldat parti combattre les rouges, et de l'autre, celui d'un jeune Viet Cong parti défendre son pays et faire la révolution contre l'impérialisme rampant. Très vite, un propos se met en place sur la Guerre, qui révèle la nature humaine, et sur les réalités de ce conflit, à des kilomètres des décideurs d'un monde coupé en deux qui ne se battent qu'à coup d'influences sur un grand échiquier mondial.
La série récupère avec adresse l'héritage de Full Metal Jacket de toute une batterie d'essais romancés ou filmés sur le quotidien des GI. Très vite à contre-courant de la grandiloquence cruelle d'un Apocalypse Now, Aaron s'intéresse à l'humanité de ce traumatisme pour les deux pays. Il n'hésite pas à présenter l'Amérique comme le vilain de l'histoire, les soldats de son pays décrits comme de pauvres paumés eux mêmes éberlués devant l'absurdité des ordres, là où le jeune vietnamien est un jeune homme empli d'honneur, de soif de liberté et d'héritage pacifiste.
The Other Side joue avec la manière dont est souvent décrite cette guerre là en particulier, comme un cauchemar. L'auteur y trouve les premières armes de son oeuvre, de son message : l'homme loin de chez lui, comme coupé de ses repères parce qu'il s'est trop éloigné de son foyer, et de l'autre côté, celui qui connaît sa terre et l'arpente comme une projection de lui-même. Il y trouve aussi la force d'un hurlement contre l'Amérique, contre son idéal militaire, et décrit avec une justesse qui lui collera au stylo pour le reste de sa carrière une violence désabusée, absurde jusqu'à devenir grotesque dans son exécution.
Voilà les thèmes semés par Aaron dans ce premier essai. La nature bestiale de l'humain, la honte qui se cache entre chaque pli du drapeau étoilé, et l'héritage que tout un chacun reçoit de son environnement. De son lieu de naissance, de cette terre qu'il aime fuir ou retrouver selon les angles que prendra la bibliographie de l'auteur au fil de ses travaux. Ici, le soldat vietnamien est le gentil de l'histoire (peut-être est-ce historiquement vrai), pratiquement parce que, contrairement à l'autre, il est chez lui, et a ce bout de sol à défendre. On y reviendra plus tard, en attendant, restons chez Vertigo pour un morceau un peu plus conséquent.
26 Octobre 2017
LPUQuid du développement de Southern Bastards. Aaron n'a pas écrit le dernier numéro et la publication est très sporadique.
26 Octobre 2017
sergio@ROBB STARK, Quoi ?!! Mais jète toi tout de suite sur Scalped ! Pauvre fou !!! Best comic & Best polar, ever !!! ;)
26 Octobre 2017
MiloExcellent dossier très bien écrit, merci Corentin ! Et du Jason Aaron, c'est effectivement très souvent à lire d'urgence.
26 Octobre 2017
Robb StarkAh merci pour l'article, je note pour plus tard, j'ai encore rien lu du bonhomme.
25 Octobre 2017
sergioAaron en indé, c juste du caviar !!!
25 Octobre 2017
LPUEt Men Of Wrath c'est très bien aussi et aurait pu avoir sa place dans ce dossier.
25 Octobre 2017
LPUPeut être préciser que ces 4 titres sont dispos en Vf chez urban comics. Et aussi qu'ils ont été bien servis par 3 artistes au top (même si ce n'était pas le sujet de l'article). Gloire à Jason Aaron, God of Comics.