
Mh ? Qu'est-ce vous dites ? "T'es en retard !" C'est vrai. Ceci étant, vous admettez que certaines oeuvres méritent que l'on prenne le temps de la réflexion. Mh ? "Une fausse excuse" ? Attention les gars, vous devenez paranoïaque. Ça commence comme ça, et après c'est la Terre plate, les conspirations Qanon et l'électricité au sommet des pyramides. Et ensuite, qui c'est qui a l'air bête aux soirées entre collègues avec son bonnet en allu' ? Pensez capital social. Ceci étant, le fait est que la série Lanterns elle-même n'est pas extérieure au motif de la parano', même si l'on aurait tort de présenter ce projet, développé par Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, comme un simple thriller policié dans l'environnement coloré des porteurs de bagues de DC Comics.
D'ailleurs, coloré, oui ou non. Depuis la sortie de ce blockbuster en huit épisodes, imaginé par deux des grands noms de la télévision moderne (et un auteur de comics en pleine reconversion), les débats auront été bon train. Un gâchis, compte tenu de l'imaginaire normalement plus spatial et riche de la mythologie Green Lantern ? Un juste retour des choses pour le répertoire des adaptations de comics, souvent trop engoncé dans ses habitudes formelles ? Un manifeste politique, parfois brillant, parfois balourd, en reflet de l'évolution de notre perception de l'identité noire parmi les figures d'autorité aux États-Unis depuis ces vingt dernières années ? Ou bien encore, un produit de studio, au service d'une entreprise commerciale, qui assume ses référents et son envie de ne pas brusquer en s'installant dans une codification préétablie. Ou même : tout ça. Tout ça en même temps. Imaginez.
Avec le recul (et une actualité culturelle qui bouge toujours plus vite), on serait tout de même tentés de croire que Lanterns passera pour un petit événement dans la télévision de cette année. Ne serait-ce que parce que les audiences étaient bonnes. Et que - contre le vent des polémiques racistes éventuelles - la série aura rempli son objectif. Un objectif qui nous propose de comprendre le super-héros autrement... et dans la foulée, de voir le Green Lantern autrement. Pour les bonnes et les mauvaises raisons. Se pose maintenant la question : que va-t-on retenir de cette étrange expérience filmée ?

Au premier abord, la gestation de la série Lanterns passe surtout pour la solution d'une équation longtemps restée insoluble. Comment faire du Green Lantern pour le grand public ? Avec une échelle de production, une enveloppe budgétaire, susceptible de conserver ce qui fonctionne sans mettre trop d'argent en jeu. Une bonne partie de la question reposait légitimement sur cette donnée. Au départ, lorsque Warner Bros. s'était finalement motivé pour produire un blockbuster complet autour de cette marque (alors extrêmement populaire en comics), les turpitudes d'un Hollywood alors déjà incapable de situer correctement les forces et faiblesses du répertoire des super-héros accoucheront finalement d'une oeuvre ratée. Échec commercial conséquent, le film Green Lantern de Martin Campbell avec Ryan Reynolds, Mark Strong et Taika Waititi viendra torpiller les espoirs du studio pour cette franchise pourtant riche de promesses.
Trois films avaient alors été prévus, mais compte tenu des résultats financiers, Warner Bros. et DC Entertainment décideront finalement de sceller la franchise dans un bloc de bitume... enterré quelque part dans le désert du Nevada. Sans espoir de retour, malgré un nombre assez important de tentatives (de la part de David Goyer, Geoff Johns, Greg Berlanti... et même, dans une moindre mesure, Zack Snyder avec sa Justice League, puisque le programme prévu au départ comprenait bien la présence des porteurs de bagues).
En définitive, avec l'arrivée de James Gunn et Peter Safran aux commandes, au terme d'un rachat supplémentaire qui viendra une fois encore bousculer l'organigramme interne du studio, une solution sera proposée. Une solution à trois têtes. Chris Mundy, champion du polar rural moderne (Ozark). Damon Lindelof, géant de la télévision - et paradoxalement, en reflet d'une carrière autrement plus riche, vétéran relatif de la gestion de projets sur les adaptations de comics compliquées (Watchmen). Et Tom King, donc, scénariste de renom pour la BD des super-héros qui officialise sa transition vers Hollywood de longues années après avoir tissé de premiers contacts avec DC Films, puis DC Studios. Un cas assez particulier de série basée sur l'accumulation des compétences aux postes de showrunners, pour un résultat néanmoins étonnament fluide.

La consigne aurait donc été donnée de produire un feuilleton plus terrestre, pour éviter un budget trop important (qui finira pourtant par être atteint - avec une enveloppe conséquente de 140 millions de dollars supposés, le projet opère dans la tranche la plus haute des feuilletons modernes, pour presque 18 millions par épisode). Étiquette HBO sur la devanture, avec un casting qui accueillera même plusieurs vétérans de la maison (Kelly McDonald, Garret Dillahunt, etc) et un emballage qui aurait de quoi évoquer la structure d'un True Detective, des trames temporelles au pur aspect d'enquête dans la ruralité... Peut-être aura-t-il été nécessaire d'appéhender les choses sous cet angle pour permettre de débloquer la série, malgré la faiblesse de la marque Green Lantern au regard des différentes propriétés de Warner Bros. précédemment.
De ce point de vue, Lanterns est un authentique objet de compromis. Si les fans de comics apprécient traditionnellement la figure de Hal Jordan, héros fondateur et mascotte officielle de la saga des porteurs de bagues, le fait est que le héros a ici été transformé pour opérer dans une zone plus grise. Tête brûlée, grand solitaire, nihiliste méfiant, la lecture proposée par la série hésiterait entre les facéties bougonnes et désabusées de l'agent K de Men in Black, un Martin Riggs toujours blagueur et casse-cou, mais vieillissant, quelques notes de Han Solo et un rien d'Indiana Jones. L'exemple de l'archéologue est d'ailleurs assez intelligent comme point de comparaison... si ce n'est que les fans auront connu un Indiana plus jeune avant de découvrir l'Indiana plus vieux. Chez Lanterns, la frustration des fans viendra sans doute du fait que nous n'aurons jamais vu si cette lecture de Jordan était effectivement celle des comics au départ... pour ne découvrir que le produit fini. Le résultat d'une vie entière d'agent de la police de l'espace, au service d'une race alien obsédée par le contrôle et suspecte de la pensée individuelle.

De ce point de vue, on comprend donc que les scénaristes auront volontairement plié Jordan pour le faire rentrer dans un propos particulier. Sur le rôle véritable des Green Lanterns, un corps de police armé des meilleures intentions, certes, mais qui travaille tout de même au service d'un petite peuplade d'individus (Les Gardiens) qui auront décidé tout seuls de devenir les garants de la paix dans le cosmos, en recrutant précisément des soldats fidèles au service de leur autorité. Et auparavant (une donnée qui reste canonique dans la diégèse des comics) en créant les Manhunters, une autre version supérieure de la force cosmique, coupable de bien des exactions. En somme, en remettant ces éléments dans le bon ordre, et en prenant l'allégorie de la peur comme motif principal, Lindelof, Mundy et King vont déconstruire la proposition de base des Green Lanterns de DC Comics. Dans cette version des faits, Hal ne peut donc plus fonctionner comme un héros volontaire et vaillant... mais plutôt comme la victime d'une autorité ingrate, d'un rôle de gardien lourd à porter, et d'une vie de patrouilleur solitaire qui a fini par faire de lui... un cynique.
Cette relecture de la symbolique autoritaire passe certainement pour l'une des grandes réussites de la série. De la même façon que d'autres projets de Damon Lindelof, ce que l'on nous présente au départ comme une adversité, un antagonisme, se révèle vite plus profond. Scénariste de l'individu et de la trajectoire, le bonhomme aime généralement traiter du motif de l'émancipation. Pas forcément du point de vue d'une autorité ou d'une société... parfois, il peut s'agir d'une famille, d'une limite mentale personnelle, ou de l'image que son protagoniste se fait de lui-même. Architecte de la figure solitaire qui réfléchit aux choses en fonction de son passé (i.e. : Lost) dans des mondes souvent frappés par l'idée du deuil ou d'un manque indiscible (i.e. : The Leftovers), le scénariste reprend donc Jordan sous cet angle formel, de même qu'un John Stewart qui passe pour le grand héros de toute cette histoire.
De ce point de vue, si les trois showrunners auront largement accepté de tricher pour faire de Jordan le véhicule de leur vision de ce monde particulier, l'incarnation de Stewart reste probablement l'un des éléments les plus proches des comics. Ou en profondeur, au moins. D'un pur point de vue physique (même si c'était encore le cas avec Chandler, habitué des rôles de policiers, de militaires ou de mentors depuis plusieurs décennies, et parfaitement capable de camper cette parodie du policier fourbu, blasé, en préretraite), Aaron Pierre semble tout droit sorti d'une case de comics, taillé comme une armoire et armé des mêmes yeux perçants que le Green Lantern de la série animée La Ligue des Justiciers. Mieux encore : si cette donnée est un peu moins présente aujourd'hui, le fait est que Stewart avait aussi été créé comme un coup de gueule de part de Dennis O'Neil et Neal Adams, contre le fait que les super-héros traitaient trop peu des problématiques raciales aux Etats-Unis entre la fin des années soixante et le début des années soixante-dix.

Conçue comme une figure d'authentique militant en rébelllion, le premier héros noir de la mythologie des porteurs de bague était apparu dans un contexte de racisme encore largement institutionnalisé aux États-Unis. Avec le recul, les créateurs de la série ont donc décidé d'appliquer cette donnée avec davantage de modernité, mais aussi dans des nuances plus abstraites. Ainsi, si John lui-même n'est pas directement victime des mêmes exactions racistes que son équivalent séquentiel des débuts, le personnage porte en lui un message politique frontal, clair, sur l'identité afro-américaine. Véhicule des angoisses de son père et de la pression maternelle pour gravir les échelons d'un système tenu par les blancs (ou les bleus, en l'occurrence, puisqu'il s'agit de plaire aux petits aliens qui distribuent les bijoux magiques au départ), Stewart devient l'exemple alpha d'une problématique vieille comme les comics de super-héros. Au départ, notre discipline préférée était tout de même apparue dans une séquence largement dominée par les scénaristes et le lectorat des blancs, et il aura fallu attendre longtemps (grâce au travail de Stan Lee, Kirby, O'Neil, Adams, etc) pour imposer d'autres styles de personnages, portés par d'autres styles de revendications.
Or, si les choses ont bougé dans le présent, le fait est que l'industrie s'agrippe encore aux figures fondatrices. Et lorsqu'un héritier issu de la diversité est inventé aujourd'hui, on lui demande de justifier son existence. Pour éviter l'accusation d'une "diversité forcée", nourrie aux idéaux politiques ou idéologiques en sous-main. Lanterns présente une démonstration assez astucieuse de cette problématique, avec un justicier conscient que le porteur de bague actuel n'est pas le plus légitime, et a surtout profité d'un heureux hasard social qui favorise les gens de son groupe. Or, il lui faudra ensuite être éduqué dans un moule précis, avec un traumatisme précis... comme pour mériter ce qu'il aurait, en d'autres circonstances, obtenu plus facilement. De ce point de vue, Lanterns reste une série assez politique, mais qui refuse de s'arrêter sur ce seul constat.
Rapidement, l'idée de l'émancipation s'empare du texte. Stewart lui-même ne finira par recevoir l'anneau que lorsqu'il aura fait la paix avec Jordan, en acceptant au départ de casser le moule et de ne pas reproduire la même mécanique cyclique de l'homme qui obéit aux ordres sans poser de questions. Jordan lui-même finira par trouver une forme de paix, en assumant d'avoir formé sans le faire exprès un héritier digne de lui, à qui il a été capable de transmettre un peu de sa pensée individuelle et rebelle. Le reste des personnages iront dans le sens de cette même allégorie de la programmation - de ces comportements automatiques induits par les règles de l'univers, la projection du regard des autres, la parentalité et ce qu'elle infuse de valeurs dans ses enfants, voire même la robotique ou la création artificielle de la vie. Bref, une masse de sujets somme toute assez épaisse, et qui brasse dans tout un tas de registres.
On peut accepter de voir Lanterns comme une adaptation molle de la marque Green Lantern... ou bien, au contraire, la comprendre comme un produit qui évoque le travail de ses auteurs. De la même façon que le Batman de Tim Burton sacrifiait une bonne partie des éléments du canon pour imposer la philosophie personnelle de son grand chef d'orchestre (la figure de l'artiste chez le Joker, un Bruce Wayne animal qui dort les pieds suspendus, un héros finalement assez fantômatique et absent...), Hollywood est peut-être enfin en train de réaliser que le grand public ne se déplace pas pour le simple plaisir du fan service. Ou pas pour les petites propriétés intellectuelles moins connues. En l'occurrence, il est possible de recommander Lanterns aux fans de Watchmen ou d'Ozark sans risquer grand chose... parce que le but n'est plus ici de prendre de petits salariés sous contrat pour exécuter une commande préfabriquée, mais bien de développer une oeuvre entière, authentique, avec un propos, une réflexion, un argument et un déroulé qui nous épargne le cahier des charges usuel.

Ceci étant, difficile de faire semblant : oui, les fans du Green Lantern de Geoff Johns auraient certainement préféré une adaptation en case par case de ce volume précis... et le fait que l'on aperçoit trop peu de cette belle mythologie au fil de ces huit épisodes pour ne pas rester un peu frustrés, compte tenu de la maigre présence de la franchise sur les écrans de toutes sortes, en général. Néanmoins, encore une fois, il faut accepter la mesure. Hollywood a eu l'occasion de tenter les Green Lanterns une première fois... et l'échec du premier film aura bien failli enterrer la marque pour de bon. Dès lors, on aurait tort de l'oublier, l'existence même de cette série passe déjà pour une bonne nouvelle. Son succès populaire également. Que l'on apprécie ou non le résultat, le fait est que Lanterns a permis de déverrouiller la suspension d'impopularité des porteurs de bagues !
Et avec Guy Gardner de l'autre côté de la clôture, et la promesse d'un retour dans Man of Tomorrow pour Stewart, nous pourrions imaginer que, avec ou sans la version actuelle du DCU, les producteurs pourront plus favorablement envisager l'avenir de cette marque précise sans se poser la question d'un probable nouvel échec financier. En général, un seul succès suffit. Prenez The Crow : si l'on produit encore aujourd'hui des tentatives de reboots de cette licence (pourtant basée sur un seul véritable bon film, sorti plus de trente ans plus tôt et qui aura tout de même encaissé la mort de l'acteur principal), c'est bien parce que, depuis Hollywood, on a de la mémoire. Ou même encore, prenons les films de Sony Pictures, une longue suite catastrophique d'échecs commerciaux, seulement motivés par le fait que la franchise Venom avait été capable de fonctionner sur un plan individuel. Alors, imaginons que Lanterns était une simple version d'essai, une tentative plus tranquille de faire accepter l'existence des justiciers d'Oa pour le grand public. Et maintenant que ce travail a été fait, qui sait ce qui nous attend pour l'avenir ?

Néanmoins, pour toutes ses réussites, la série accuse quand même le coup de quelques défauts manifestes. Si la promesse d'attaquer le travail par la mort du mentor était plutôt astucieuse, le fait est que la seconde moitié de la série manque un peu de piquant. Une fois révélée l'identité du Manhunter, l'aspect de pur polar disparaît rapidement au profit d'une série plutôt tournée vers la reconstruction des traumatismes et des blessures du passé, pour un sentiment pas désagréable, mais qui manque de rythme et qui prend un peu trop son temps. De la même façon, en dehors de quelques uns, le casting secondaire disparaît vite dans cette carte postale du fin fond de l'état du Nebraska, carte postale de la tranquilité des vieux cowboys et des intolérances quotidiennes. C'est peut-être sur cet aspect que les critiques les plus négatives auront vu juste : en voulant faire trop propre, trop bien habillé pour séduire le grand public, la série finira par en perdre un peu de sa magie sur les derniers épisodes. Avec moins de bagues et davantage de civils, de quotidien.
Même le fait d'invoquer finalement la figure de Sinestro ne sert pas forcément les intérêts cosmiques de DC Studios. Car enfin : si l'on peut comprendre l'intérêt de rester dans un format agréable de minimalisme pour garder les pieds sur Terre (au sens propre) avec une photographie descendue, peu de créations sous forme de lumières vertes, et un déroulement très quotidien, très détective feuilletonnant... le fait de passer une petite séquence dans les étoiles, les vraies, aurait certainement été l'opportunité de s'autoriser un peu plus de folie. Ou de caresser un pan plus vaste de la trame globale des Greens Lanterns de cette réalité, voire de cette licence. Un peu de la même façon que le film Clayface, qui aura volontiers accepté une compartimentation sévère de son environnement pour fonctionner comme un pur one-shot déconnecté de toute réalité extérieure, on aurait presque le sentiment que James Gunn et Peter Safran ont peur de faire du Kevin Feige. De donner de quoi manger. D'ouvrir la carte pour relier les points entre eux. Une pudeur qui s'explique sans doute pour deux raisons : ne pas imposer de cahier des charges aux scénaristes... et aussi, proposer des produits autocontenus, de peur de ne pas être encore présents aux manettes d'ici un ou deux ans pour assurer la suite des opérations.
En dehors de ça, quelques scènes surprennent ("quand le méchant se fout à poil ?" quand le méchant se fout à poil) mais l'emballage tient bon. Lanterns remplit sa condition de série pour adulte - et sans forcément tomber dans le gimmick. Plutôt que d'être une production "adulte" façon The Boys, le produit préfère rester sur son alignement True Detective. Une présence assez notable du deuil et de problématiques humaines complexes, dans un apparat politique qui assume d'appeler un chat un chat. La peur servant de moteur allégorique principal, de même que la recherche de son propre chemin en dépit des circonstances, on asusme en effet de ne pas tomber dans un divertissement plus adulescent. Et c'est aussi ici que la série trouve sa propre identité : contrairement aux autres productions de DC Studios, on ne ressent pas ici la main invisible de James Gunn aux sommet des ficelles du marionnettiste. Encore une fois, le produit a l'humanité de son Lindelof, la ruralité morbide de son Mundy, et les dépressifs qui aiment s'écouter parler de son King.

Si cela peut vous paraître étrange, rassurez vous : c'est une bonne nouvelle. C'est vrai. On peut s'étonner de pointer du doigt l'idée que, simplement, l'oeuvre de trois créateurs... ressemble au reste du travail des trois créateurs en question. Non ? C'est bizarre, sur le papier, de souligner cette donnée qui devrait pourtant nous paraître évidente. Néanmoins, prenez les Eternals de Chloe Zhao. Prenez l'Aquaman de James Wan. Généralement, les adaptations de super-héros sont à ce point enfoncées, recroquevillées dans leur formule de défouloir calibré que l'on remarque à peine qui s'est chargé de tenir la caméra pour l'essentiel des exemples de la longue liste. Et ce n'est pas un bug. C'est tout le principe. Le temps des Christopher Nolan - ou même des Zack Snyder, avec une patte bien tranchée lui-aussi - nous semble désormais bien loin. Nous acceptons généralement, collectivement, l'idée que les productions de franchise doivent encore opérer dans cette zone de la non-identité interchangeable. De purs produits de producteurs, pour le commerce des commerciaux.
Avec Lanterns, ce n'est pas le cas. Et même plus encore que Watchmen, la prouesse se remarque d'autant plus que, malgré son statut de licence sacrifiée par un premier film catastrophique, il ne s'agit pas d'un petit groupe de personnages mineurs dans le catalogue des éditions DC Comics. On appréciera au moins de voir le genre évoluer, après toutes ces longues années de répétitions.
Enfin, pour conclure, la série Lanterns est surtout venue confirmer une promesse. Pas celle d'adpater les Green Lanterns de DC Comics dans leur entièreté - vous l'aurez compris. Mais plutôt celle d'une démarquation nette avec les habitudes industrielles locales. On l'a vu : cette année, DC Studios aura balancé toute une variété d'objets au mur, en espérant que ça colle. Supergirl étant probablement le plus raté des trois, on pourra donc prendre comme une bonne nouvelle l'idée que - enfin ! - on peut se revendiquer fan de super-héros en admettant l'idée de ne pas tout apprécier. Et non, pas parce que les produits en question sont bons ou mauvais. Mais simplement parce qu'ils ne se ressemblent plus. Clayface ne ressemble pas à Lanterns. Lanterns ne ressemble pas à Peacemaker. Peacemaker ne ressemble pas à X-Men '97. Et sur cette arborescence naissante, nous pourrions peut-être alors envisager un futur qui éviterait les troisièmes actes automatiques, le fanservice boursouflé, les thèmes musicaux en forme de marches glorieuses. Pour laisser les artistes s'exprimer en utilisant ce matériau comme base de travail, sans forcément devoir se plier aux codes en vigueur. Quitte à déplaire aux uns ou aux autres, qui n'auront alors qu'à attendre l'itération suivante. Un peu comme les adaptations de James Bond ou de Sherlock Holmes... ou bien : hey. Un peu comme les runs de comics, finalement.


