
Reste-t-il encore un scénariste du Royaume-Uni qui ne serait pas encore passé par la case des comics James Bond ? La question peut se poser. Lorsque les éditions Dynamite Entertainment s'étaient proposées pour relancer le personnage vedette au format comics, les signatures ambitieuses n'avaient pas attendues - comme ça, au vol, Warren Ellis ("grmbl" non mais on ne savait pas à l'époque), Garth Ennis et Andy Diggle auront profité de cette occasion pour s'emparer du super-espion de la couronne. Pour ce qui concerne l'autre côté de l'océan, Greg Pak, Ben Percy et Philip Kennedy Johnson étaient aussi apparus en renfort pour laisser un peu de repos aux plumes du vieux continent. Mais en définitive, toutes les bonnes choses ont une fin. Les droits de ce personnage imaginé par le romancier Ian Fleming sont sur le point de changer de pognes. IDW Publishing a profité de la New York Comic Con pour scander la bonne nouvelle, l'enseigne reprenant officiellement les commandes de la franchise pour les formats comics.
Avec une prise en forme de gigantesque coup de poing pour attaquer le travail, la compagnie peut déjà se targuer de poursuivre une élégante tradition. Et en effet : une légende vivante de l'écriture accepte la périlleuse mission d'amorcer le tout premier volume des prochains comics James Bond publiés sous le pavillon du repreneur officiel. Qui ça, qui ça ? Grant Morrison ! Oui ! Qui d'autre ? Apprenez que nous n'attribuons pas le sceau de la "légende vivante" au hasard dans ces contrées virtuelles. Et de fait, difficile de faire mieux au moment d'annoncer une transition de propriété intellectuelle. IDW compte donc appliquer le même degré d'ambition que les éditions Dynamite Entertainment lors de la précédente exploitation des droits de cette licence, en complétant au passage la frise chronologique des géants du Royaume-Uni placé aux commandes des nouvelles aventures de l'espion. Allez. Prochaine étape : le barbu. Peut-on rêver ? Non ? D'accord.
Morrison a profité de la New York Comic Con pour confirmer l'annonce, agrémentée d'un petit commentaire personnel pour définir ses pistes de réflexion sur le projet :
"Bonjour New York. J'espère que cette convention se passe bien pour vous. Et je tiens d'abord à m'excuser de ne pas pouvoir être des vôtres - une poignée de menaces s'abattant en ce moment même sur le monde libre auront retenu mon attention. Mais fort heureusement, nous avons l'homme de la situation bien en main. Il s'appelle Bond. James Bond 007. Moi je suis Morrison. Grant Morrison. Scénariste des prochains comics James Bond chez IDW Publishing.
Il est temps de propulser notre espion dans le monde moderne ! Celui des guerres du désert, des IAs qui désobéissent aux ordres de leurs maîtres, des 'fake news', des milliardaires malpropres et des attaques variées contre nos belles démocraties. Sans oublier, bien sûr, les nouvelles voitures, les novueaux gadgets, et un nouvel ennemi juré proprement terrifiant. James Bond va devoir affronter les challenges les plus imposants de sa longue existence de héros de fiction, en assistant à l'effondrement d'un monde qui s'était juré de protéger."
Attendez... ils ne vont quand même pas mettre de la politique dans mon super-espion emblématique de la Guerre Froide et du souvenir mélancolique d'un impérialisme britannique sur le déclin ? C'était pas juste une question de montres lasers, d'adversaires aux accents exotiques et de conquêtes féminines aux noms ridicules ? Hein ? Ian Fleming a servi dans le renseignement britannique contre les nazis ??? Non mais... n'importe quoi même. Les montres lasers on a dit. Vous confondez tout.
Pour l'heure, IDW compte publier une mini-série en six numéros pilotée par Grant Morrison sous le titre James Bond : Sunbreaker. L'artiste n'a pas été nommé officiellement, pas plus que la date de sortie. Du côté de la maison d'édition, on se félicite ("tu m'étonnes") d'avoir signé pareil(le) auteur(ice) pour attaquer ce chantier ambitieux. Peu de personnages auront aussi bien réussi leur transition vers les formats séquentiels, et en attendant que Denis Villeneuve ne relance la licence au cinéma, les fans de l'espion auront largement eu de quoi manger dans les rayonnages de librairies depuis ces quelques dernières années. Pourvu que ça dure.




