
Débarquée chez DC Comics au début des années 2010 avec les DC Bombshells et la série Sugar & Spike abritée dans l'anthologie Legends of Tomorrow, la dessinatrice Bilquis Evely est certainement aujourd'hui plus connue pour son travail d'orfèvre sur Supergirl : Woman of Tomorrow et Helen de Wyndhorn, deux récits tous deux scénarisés par l'auteur à succès Tom King. Nous avons eu le plaisir de discuter avec le scénariste de ces deux maxi-séries au début du printemps dernier, et puisque Bilquis Evely était récemment de passage en France, il était on ne peut plus logique de se ruer à sa rencontre.
Nous avons donc eu le temps de pouvoir retracer le parcours de la dessinatrice brésilienne, parler de ses débuts dans l'industrie et revenir de façon plus spécifique sur Helen de Wyndhorn et Supergirl : Woman of Tomorrow. Une plongée dans le processus créatif de l'artiste qui, nous l'espérons, vous plaira si vous connaissez déjà son travail, et vous donnera envie de le découvrir au cas contraire. Pour celles et ceux qui sont anglophones et qui veulent profiter de la voix de notre invitée, vous pouvez également profiter de cette interview au format audio via le podcast First Print.
Remerciements spéciaux à Laetitia Matusik de Glénat, Clémentin Guimontheil (agence L2RS) et à Clément Boitrelle pour la retranscription et traduction de l'interview.
AK : Je suis très heureux de vous recevoir Bilquis Evely. Comme il s’agit de notre premier entretien, nous devons revenir aux origines ! Je ne sais pas si beaucoup de personnes en France connaissent tout votre travail. Tout d’abord, pouvez-vous nous dire s’il était facile de mettre la main sur des comics au Brésil, dont vous êtes originaire ?
BE : Ce n’était vraiment pas évident ! La seule bande dessinée brésilienne que j’ai lue enfant, c’est Turma da Mônica (Monica), qui était très connue et faite pour les enfants. En dehors de ça, j’ai toujours adoré dessiner et ce depuis toute petite. J’ai toujours aimé imaginer des histoires via les images. J’ai découvert les comics durant mon adolescence en allant dans un kiosque à journaux. Mes yeux se sont arrêtés sur la couverture d’un album Supergirl qui a tout de suite capté mon attention : je trouvais les dessins vraiment intrigants, notamment l’usage des couleurs et des encrages. J’ai commencé à le feuilleter et quelque chose dans cet album m’a tout de suite parlé. J’ai donc lentement commencé à m’intéresser à ce genre de séries.

AK : Avez-vous eu accès à des récits super-héroïques, des bandes dessinées européennes ? Est-ce que les bandes dessinées brésiliennes sont faciles à trouver ?
BE : On pouvait en trouver un peu, surtout dans certains kiosques mais principalement dans les beaux quartiers. C’était d’autant plus compliqué pour les œuvres françaises, elles étaient davantage destinées aux personnes plus âgées je pense. Je n’ai par exemple découvert la bande dessinée française que lors de mes débuts en tant que dessinatrice professionnelle. Je vous avoue que je ne sais même plus pour quelle raison je suis tombée sur ces œuvres mais je sais que cela fut un vrai choc pour moi. J’adore la variété des styles que l’on peut y trouver. Les dessinateurs français font véritablement partie de mes références et c’est sans doute pourquoi mon dessin diffère de ce que l’on peut trouver dans les comics américains.
AK : C’est une transition parfaite : quelles sont vos références ? Comment avez-vous trouvé votre style ?
BE : Adolescente j’ai étudié les arts graphiques dans une école et l’un de mes enseignants était un grand amateur des dessinateurs « classiques » de la première moitié du 20ème siècle comme Alex Raymond ou Al Williamson. Il m’a ainsi montré leurs dessins, j’ai étudié la façon dont ces derniers étaient à la fois fluides et organiques. Je suis moi aussi tombée très vite sous le charme de ce style de dessins ! J’ai eu la même réaction en voyant les dessins d’Alex Raymond que lors de ma première rencontre avec cet album de Supergirl. J’ai tout de suite voulu m’inspirer de ce style en utilisant divers outils tels que des pinceaux ou des stylos.

AK : Vous avez donc suivi des courts en école d’art, mais qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la bande dessinée en tant qu’art ?
BE :
C’est une bonne question ! J’aime
imaginer des histoires dans mon coin. Je pense cependant être plus à l’aise
avec les images qu’avec les mots. Enfant, je m’amusais à dessiner et jouer avec mes propres
personnages. Et dans un sens, c’est un peu ça aussi la bande dessinée.
Je suis toute seule, dans mon studio, à imaginer des mondes et des personnages.
Je peux jouer avec leurs émotions, leurs expressions et les faire interagir
avec l’environnement qui les entoure. C’est un moyen pour moi d’être à la fois
indépendante et créative.
AK : Il existe d’autres grands dessinateurs [sud-américains], le plus connu étant Eduardo Risso. A-t-il été difficile pour vous de vous lancer et de vous faire une place sur le marché américain ? J’ai cru comprendre que vous aviez d’abord été publiée au Brésil ?
BE : C’est exact. Ce fut très compliqué, en particulier apprendre les arcanes de la bande dessinée. J’ai d’abord étudié pendant trois ou quatre ans. Je savais plutôt bien dessiner lorsque j’ai commencé à apprendre les différentes techniques que ce soit l’anatomie ou la perspective. Mais les difficultés sont arrivées quand il a fallu apprendre à structurer mes pages et le storytelling. C’était tellement différent que de faire une simple illustration ! Il fallait apprendre à concevoir une page et des cases pour raconter une histoire qui a du sens, tout en étant joli graphiquement. Cette partie fut difficile et ce fut encore plus dur de trouver un boulot ! J’ai donc progressivement fait ma place : j’ai commencé en réalisant des illustrations pour un livre anglais, puis j’ai travaillé sur une bande dessinée brésilienne Luluzinha Teen e sua Turma qui est une sorte de manga brésilien pour les ados. Ce fut une très bonne expérience où j’ai beaucoup appris, que ce soit le timing entre chaque page ou approfondir la science du storytelling. J’ai dû ensuite attendre trois ou quatre ans avant de décrocher mon premier boulot sur le marché américain chez Dynamite. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts, de temps et d’apprentissage. Ce fut dur mais cela en valait vraiment la peine !

AK : Vous avez fait mention de votre apprentissage du storytelling et de sa difficulté. Selon-vous, qu’est-ce qui est le plus difficile ? Le choix et le respect des angles de vue entre chaque case ? Le décalage temporel d’une case à une autre ?
BE : Il faut avant tout que je réfléchisse à plusieurs éléments avant de me lancer dans le dessin. Il faut avoir en tête le rythme de la page. Si j’utilise un angle de vue dans une case, il faut que dans la suivante je respecte le rythme et la cohérence de la page. Et quand il faut connecter tous ces éléments, c’est un peu comme essayer de résoudre un puzzle très complexe ! Quand je travaille sur un album, j’essaie de planifier chaque numéro et je peux parfois passer des heures la tête entre les mains à essayer de résoudre ce gigantesque puzzle, c’est assez difficile ! C’est donc très différent de l’illustration : chaque case doit être compréhensible et apporter quelque chose à l’histoire. D’autant que je dois garder à l’esprit dans quelle direction les personnages doivent regarder, quels sont leurs costumes… Pour Helen de Wyndhorn, j’ai fait des recherches sur les vêtements des années trente, l’ameublement, l’architecture. Il faut donc aussi avoir ces éléments en tête. Au même titre que la posture des personnages, je dois réfléchir à l’angle de vue avec lequel je veux les montrer. Il faut donc avoir en tête tous ces éléments en même temps et c’est pour cela selon moi que la bande dessinée est si difficile.
AK : J’imagine qu’un autre élément difficile à maîtriser est la dernière case de la page de droite : vous avez certes le script avec vous mais comment faites-vous pour savoir quel sera le dessin qui donnera envie au lecteur de tourner la page ?
BE : Quand vous travaillez avec quelqu’un comme Tom King, vous travaillez avec un auteur qui a un sens aiguisé du rythme et de la séquentialité. Aussi, je lui fais entièrement confiance pour rythmer les pages car je sais qu’il y a déjà réfléchi, cela se sent. Comme je réalise mes crayonnés numéro par numéro, je peux voir comment l’histoire se déroule et si l’enchainement entre chaque page fonctionne correctement. Mes crayonnés sont toujours très détaillés pour me faciliter la tâche, tout est une question d’organisation.

AK : Vous avez évoqué vos débuts chez Dynamite, je crois que juste après vous avez également signé chez DC ?
BE : Tout à fait.
AK : Vous souvenez-vous comment vous en êtes venue à travailler pour l’un des « Big Two » ?
BE : Lors de mon passage chez Dynamite, une de mes collègues éditrices, Molly Mahan, est partie travailler chez DC. A l’époque, j’allais terminer Shaft, ma deuxième série chez Dynamite et une fois cette dernière achevée, elle est partie chez DC. Ils travaillaient à l’époque sur une nouvelle série, Bombshells. Molly a soufflé mon nom à l’éditeur qui s’occupait de cette série et c’est comme ça que DC m’a demandé de réaliser deux numéros pour cet album. C’est ainsi qu’a commencé ma collaboration avec eux.
AK : Aviez-vous de l’appréhension à l’idée de vous attaquer à des personnages que tout le monde connaît depuis des dizaines d’années ou bien étiez-vous juste contente de rejoindre la grande famille des comics de super-héros ?
BE :
J’étais un peu stressée oui car ce fut avant tout une nouvelle étape dans ma
carrière. Je ne connaissais pas grand monde chez DC ni comment ils
fonctionnaient. Mais au final, tout le monde fut très gentil avec moi, les
éditeurs sont toujours à votre écoute. On s’assure toujours que vous êtes
suffisamment à l’aise. Aussi, j’ai très vite pris confiance en moi. J’essaie
toujours de me concentrer sur l’histoire que je dois raconter via mes dessins
aussi j’essaie de ne pas trop me soucier d’autres choses ! C’est
déjà suffisamment difficile de travailler sur les planches ! Et au final,
tout s’est bien passé.

AK :
A l’inverse, quand vous avez œuvré sur la série Sugar and Spike, vous avez eu
la chance de travailler sur deux personnages très peu connus et qu’il a fallu
moderniser. Comment vous-y êtes-vous prise ? Avez-vous eu carte
blanche ?
BE : Laissez-moi me rappeler…
AK : Cela commence à remonter effectivement.
BE : Je travaillais donc sur Bombshells, série pour laquelle j’ai réalisé quelques numéros. DC m’a alors proposé de participer à cette série qu’ils étaient en train de planifier. J’ai eu des discussions très intéressantes avec l’éditrice à l’époque. Elle avait en tête plusieurs directions vers lesquelles je pouvais me diriger. Nous avons donc réfléchi à plusieurs concepts ensemble, j’ai par la suite envoyé plusieurs croquis pour qu’ils soient approuvés. Néanmoins, j’avais pas mal de liberté. J’ai par exemple essayé d’adopter un style plus classique, avec des traits plus simples. Je me suis dit que cela collerait mieux avec le ton de l’histoire qui se veut légère. Ce fut une très bonne expérience d’autant que chez Dynamite, j’avais déjà eu l’occasion de travailler sur des personnages un peu plus « pop ». Pour Shaft qui se déroule dans les années 70, j’ai dû faire pas mal de recherches sur le style vestimentaire, l’architecture. Ce fut plus ou moins la même chose pour Sugar and Spike mais l’expérience a été plutôt chouette.
AK : Par la suite, vous avez travaillé sur votre plus gros projet : Supergirl – Woman of Tomorrow. Comment avez-vous rencontré Tom King et comment s’est passée votre collaboration ?
BE : Eh bien, une fois mon album précédent terminé, The Dreaming, je me suis demandé ce que je voulais faire ensuite. J’échangeais avec mon éditeur chez DC car je souhaitais continuer à travailler avec eux. Dans l’entre- fait, j’ai reçu un mail d’un autre éditeur chez DC, Jamie Rich, dans lequel il me montrait un message qu’il avait reçu de Tom lui proposant différentes idées pour un album sur Supergirl. Ses idées étaient absolument parfaites ! Supergirl est une héroïne qui m’est très chère et qui signifie beaucoup pour moi. L’histoire parlait donc de Supergirl accompagnée d’une jeune fille qui veut se faire vengeance le tout dans l’espace ! Le pitch m’a paru très intéressant et amusant et j’ai donc tout de suite accepté ! J’ai toujours voulu travailler avec Tom, c’est quelqu’un de très talentueux. Il m’a ainsi demandé ce que je voulais dessiner car il allait se lancer dans la rédaction du script. De mon côté, j’avais commencé à réfléchir à des images qui seraient intéressantes à intégrer dans cette histoire. Je lui ai donc proposé de partir sur des représentations cosmiques, avec des lignes et des traits fluides. J’ai également suggéré un côté poétique, un peu comme Le Petit Prince. Il m’a répondu qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire de tout ça et peu de temps après, il m’a envoyé cet incroyable script. C’est ainsi que tout a commencé !

AK : Ce que j’apprécie dans l’album c’est que dans les scènes de voyage dans ce « bus de l’espace », vous avez dessiné à l’arrière-plan différents extra-terrestres qui vivent leur vie. Aviez-vous la liberté de donner vie à ces scènes ou bien suiviez-vous le script à la lettre ?
BE : Tom est très direct dans ses descriptions. Il va indiquer par exemple : « Un bus dans l’espace. Ruthie est assise dans ce bus. » Tom est un grand auteur dans la mesure où il vous laisse suffisamment de place pour que vous puissiez ajouter votre propre touche. Je me souviens qu’il avait mentionné que la scène devait se dérouler dans un genre de « classe économique ». C’est pour cela que j’ai voulu représenter un bus sale et désordonné, avec différents aliens qui parlent, chantent. Ce sont justes des personnages tout à fait lambdas qui s’amusent. J’ai beaucoup aimé dessiner ce passage.
AK : Je suppose que vous avez également eu carte blanche pour représenter les différentes planètes que Kara et Ruthie traversent ? Ainsi vous n’aviez pas à faire des recherches si ces mondes apparaissent pour la première fois.
BE : Exactement. J’ai néanmoins dû faire quelques recherches concernant le fameux bus par exemple : je suis allée voir des images de bus et de vaisseaux spatiaux pour au final mélanger les deux ! Ce fut avant tout un travail d’inventivité. Maintenant, si vous demandez comment je m’y suis prise pour imaginer les différents extra-terrestres, disons que je me suis servi des premières idées qui me venaient à l’esprit. Est-ce que cet alien est plus rond, plus anguleux ?
AK : Cela semble si naturel dans votre dessin ! D’autant que vous rajoutez beaucoup de détails au second-plan, de sorte que l’on a vraiment l’impression que les personnages vivent dans un monde concret et tangible. Combien de temps cela vous prend-il pour dessiner ce genre de page ?
BE : Pour ce genre d’album, j’ai besoin d’être très rapide…
AK : Mais vous ne pouvez pas être rapide avec autant de travail !
BE : Il m’arrive de me retrouver coincée sur certaines pages mais je pense que la pression que je me mets toute seule me fait aller plus vite. J’ai sept semaines pour terminer un numéro de 24 pages et je réalise en moyenne une page par jour, parfois un jour et demi en fonction de ce que j’ai à dessiner mais jamais plus que ça. En vérité je ne sais pas trop comment j’y parviens. C’est honnêtement plutôt fatigant mais j’arrive à travailler plutôt rapidement.

AK : C’est durant votre travail sur Supergirl que vous avez décidé de réaliser un autre projet avec Tom King, et c’est ainsi qu’est né Helen de Wyndhorn. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
BE : Bien sûr. Avant que je ne termine les dernières pages de Supergirl, Tom m’a demandé par mail ce que je souhaitais faire ensuite. Il a adoré travailler avec moi et ce fut réciproque évidemment. Il m’a demandé si j’avais un personnage chez DC qui m’intéressait ou si j’avais des idées pour quelque chose de différent. Je me suis alors dit qu’il serait peut-être bon d’aller voir ailleurs, de créer quelque chose d’inédit. En fait, le projet a commencé comme Supergirl : j’avais certaines images en tête que j’avais envie de dessiner. J’ai effectué quelques recherches pour créer un genre de moodboard pour Tom. Ce dernier comprenait de vieilles illustrations des années 1900, des illustrations pour de la littérature, dans un genre plus classique. J’y ai également inclus des références à de la fantasy plus pulp. A l’époque, il était en train de lire Les Hauts de Hurlevent et s’intéressait beaucoup à Conan le Barbare de Robert Howard. Il a donc combiné mes idées avec ce qui l’intéressait à l’époque et m’a très vite envoyé un petit message me présentant ses différentes idées : l’histoire d’une jeune femme dont le père était écrivain, qui a également un grand-père etc. J’ai trouvé ses idées incroyables, il s’est donc lancé dans la rédaction d’un script que j’ai de nouveau trouvé excellent et c’est ainsi que je me suis mise au travail.
AK : A-t-il été difficile de designer Helen et les autres personnages ? Comment être sûr que vous avez LE personnage définitif pour l’histoire ?
BE : Cela m’a pris beaucoup de temps ! Il m’a fallu trois mois pour créer le personnage d’Helen. J’ai essayé plusieurs coiffures par exemple. Pour que l’album fonctionne, il fallait que son personnage soit suffisamment charismatique et intéressant. Le personnage de Lilith aurait pu être très antipathique car elle est rigide et assez conservatrice. J’ai donc voulu la rendre également attentionnée envers Helen. Cette dernière m’a demandé beaucoup de temps, de même que son grand père, mais je suis contente du résultat.
AK : Vous mentionniez Les Hauts de Hurlevent, a-t-il été difficile de mélanger des éléments à la fois romantiques, aristocratiques avec ceux de high-fantasy ? Dit comme cela, on a du mal à voir comment les deux peuvent se marier mais pourtant, vous y êtes parvenu ! Quelle est votre recette ?
BE : J’adore mélanger des choses qui n’ont rien à voir ! Ce fut néanmoins un peu difficile car il a fallu que je réalise pas mal de recherches pour les éléments plus réalistes de l’histoire (les vêtements, l’architecture…). Je voulais également qu’Helen conserve son look vintage y compris durant ses aventures dans le monde plus fantastique. Mais c’est le genre de défi que j’aime relever et qui me permet de me dépasser. Je ne sais pas vraiment si je pourrais vous donner une recette précise, j’essaie simplement de suivre mon instinct, mon intuition.
AK : J’ai rencontré Tom King il y a un mois et je lui ai parlé des différentes scènes dans lesquelles on peut apercevoir des monstres gigantesques, d’énormes serpents… Il m’a répondu « C’est du Bilquis toute crachée ! ». Il m’a expliqué avoir simplement indiqué dans le script qu’il y avait un monstre, et le reste est venu de vous. Est-ce vraiment le cas ?
BE : Complètement !
AK : Il vous suffit d’une simple indication très vague et vous arrivez à dessiner des créatures majestueuses !
BE : Tom est quelqu’un d’adorable : il sait utiliser les bons mots dans ses scripts pour vous laisser suffisamment de place pour être créative. C’est donc bel et bien ainsi que nous avons travaillé. Dans Supergirl, il ne décrit pas le bus de l’espace, il vous dit juste qu’il y en a un. De même, il vous indique qu’Helen et son grand-père escalade une montagne, mais il ne vous dit pas à quoi ressemble cette montagne. Il vous laisse suffisamment de place pour que vous puissiez faire preuve d’inventivité.

AK : Comment avez-vous réalisé les pages d’ouverture ? Elles semblent différentes du reste de l’album. Avez-vous changé les couleurs ?
BE : Elles sont effectivement différentes. Je les ai réalisées au crayon. C’est la première fois que j‘en utilise exclusivement. J’ai également utilisé un autre genre de papier : du 100% coton qui a une texture très différente. Cela s’approche un peu d’une toile de tableau. C’est un papier plus doux, je voulais vraiment donner l’aspect, le grain d’une peinture ainsi.
AK : Aux Etats-Unis la série a été publiée en single-issues et un élément important dans ce format sont les couvertures qui doivent attirer le regard. Avez-vous reçu des indications concernant ces dernières ou bien avez cherché à être la plus frappante visuellement ?
BE : Les couvertures ont été réalisées de A à Z par Matheus Lopes et moi. Nous n’avons pas vraiment eu d’indications, j’ai seulement cherché à trouver les compositions les plus intéressantes pour les couvertures et qui permettaient également d’illustrer l’ambiance de chaque numéro. La couverture de l’édition française chez Glénat correspond à celle du deuxième numéro. On y aperçoit de nombreuses armes comme des épées ou bien des éléments d’armure. Helen y est également ivre ; j’ai essayé de reproduire une posture que l’on pouvait voir dans les magazines vintages où les mannequins semblent poser mais danser en même temps. Les armes et les fleurs de la couverture font référence à celles que l’on retrouve dans le jardin du numéro. J’ai donc essayé à chaque fois de faire référence à ce que l’on retrouve dans les différents chapitres.
AK : Un film Supergirl est prévu cet été et je crois bien que c’est la première fois qu’un film fait explicitement référence à un comics, le vôtre en l’occurrence. Avez-vous été contactée par Warner ou DC pour certains designs ou bien avez-vous juste reçu un chèque de leur part ?
BE : Je ne peux pas trop en parler mais je peux vous dire que j’ai réalisé quelques éléments promotionnels.
AK : Comme une magnifique couverture pour l’artbook.
BE : Oui ! J’ai adoré la dessiner car cela m’a donné la chance de dessiner mes personnages à nouveau et de les revisiter ! C’était bien plus amusant que ce à quoi je m’attendais. Je ne sais pas pourquoi mais je suis toujours fébrile à l’idée de devoir dessiner à nouveau Supergirl, sans doute car elle a gagné en importance. Mais quand j’ai réalisé la couverture, ça m’a semblé si naturel ! Ce fut vraiment agréable de la dessiner à nouveau ainsi que Ruthie, les extra-terrestres tout en les mélangeant aux personnages du film. J’ai vraiment adoré ce travail.

AK : Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre collaboration avec Matheus qui colorise vos travaux ? Comment fonctionnez-vous ?
BE : Je crois que nous avons commencé à travailler ensemble en 2015 mais uniquement pour différentes couvertures. Puis, nous avons collaboré en 2018 pour The Dreaming car j’avais glissé son nom à mon éditeur. J’ai toujours aimé son travail, je le suis depuis ses débuts avant même qu’il ne devienne professionnel. Il a retenu mon attention car les couleurs qu’il utilise sont tellement différentes. Il y a un côté très doux, son travail sur la couleur est très agréable à regarder. C’est vraiment agréable à regarder. Il est également très doué pour s’adapter à chaque artiste, il sait trouver le bon équilibre à chaque fois. Aussi je n’ai pas hésité quand j’ai eu la chance de l’inviter à travailler avec moi et depuis, nous n’avons cessé de travailler ensemble.
AK : Vous avez beaucoup travaillé pour DC, allons-nous vous retrouver dans l’écurie d’en face, chez Marvel ou bien continuerez-vous à travailler sur des séries en creator-owned ?
BE : On ne sait jamais ! J’ai réalisé quelques couvertures pour Marvel il y a deux ans de ça, ce fut plaisant. Pour être honnête, depuis que je suis ado j’ai toujours préféré DC, sans doute parce que j’ai découvert les comics grâce à Supergirl. J’ai toujours été plus proche de ces personnages. Mais en tant qu’artiste, on ne sait jamais. Si l’on me propose une bonne histoire qui aiguise ma curiosité, pourquoi pas.
AK : Qu’est-ce qui vous attend maintenant ? Travaillez-vous sur un nouveau projet dont vous pourriez, ou pas, nous parler ?
BE : Je suis actuellement en train de réfléchir à ce que je souhaite réaliser par la suite. Depuis la publication d’Helen de Wyndhorn, j’ai été occupé par d’autres choses sans rapport avec les comics. Mais je me suis rendu compte que cela me manquait car c’est vraiment ce que j’aime faire. J’adore imaginer des histoires et jouer avec mes personnages, ça me manque. Grâce à Helen j’ai pu travailler sur beaucoup de choses qui me plaisaient, le tout dans un seul album ! J’essaie donc de trouver ce qui pourrait me plaire par la suite.
AK : Et pourquoi pas le marché européen ? Je suis sûr que vous pourriez recevoir des demandes de la part d’éditeurs français.
BE : Pourquoi pas, je n’ai encore jamais eu l’opportunité de travailler pour le marché français ce serait une expérience intéressante. Peut-être !
AK : Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez consacré Bilquis, ce fut un plaisir.
BE : Merci !
11 Juin 2026
L2-D2@Olibirus : bonne idée, je vais sûrement faire ça !
11 Juin 2026
olibrius@L2-D2 : ça n'engage que moi (car personnellement j'aime beaucoup Tom King), mais si tu as aimé Supergirl tu devrais aimer Helen de Wyndhorn.
Laisses-toi peut-être respirer entre les deux car il y a des choses que j'ai trouvé très similaires (normal vu que l'équipe créative est identique).
11 Juin 2026
L2-D2Merci beaucoup pour cette interview très intéressante !
De mon côté, je suis actuellement en train de découvrir le travail de la dessinatrice sur "Supergirl - Woman of Tomorrow" justement (même si je n'en suis qu'à l'épisode 3), et je trouve ça visuellement magnifique.
Est-ce que c'est si bien que cela, Helen de Wyndhorm ? Tom King est tout de même assez clivant, j'ai décroché de son Batman Rebirth...
10 Juin 2026
AusGutsChouette itw !
Hâte de découvrir ses prochaines bds.