
Depuis que les numéros crossovers entre Marvel et DC Comics ont été publiés, les deux plus grandes maisons d'édition des États-Unis n'ont plus de mal à travailler ensemble, bien au contraire. La réédition prochaine du titre JLA/Avengers cet été est un nouvel exemple de collaboration main dans la main afin de montrer que même les éditeurs concurrents en apparence peuvent oeuvrer pour une forme de bien commun. Et puisque l'on parle de "collaboration", le terme est tout trouvé pour faire part de la nouvelle directive sur laquelle les deux éditeurs ont décidé de s'entendre, avec une application prévue pour l'été prochain. À savoir : la signature d'une nouvelle charte (ou accord, selon le terme préféré) qui régira les contenus des histoires de leurs comics de super-héros, avec une interdiction d'en référer à des sujets politiques. Explications.
C'est lors d'une conférence de presse commune tenue à New York que les responsables éditoriaux de Marvel et DC Comics, à savoir C.B. Cebulski et Marie Javins, ont présenté leur nouveau projet. Il s'agit d'un accord sobrement baptisé NP Accord (pour "no politics accord") qui engage les deux maisons d'édition à n'aborder aucune thématique politique ou aucun sujet d'actualité qui pourrait "être clivant" dans leurs bandes dessinées de super-héros. L'ensemble des auteurs et artistes travaillant pour les Big Two se verront obligé de signer une décharge spéciale qui les obligera à respecter cette nouvelle façon de faire à compter des numéros publiés en juillet 2026 - puisqu'il n'est pas possible de le faire avant, les numéros sortant avant étant déjà validés.
Les Big Two expliquent : "dans ces temps devenus si compliqués, il nous paraît important de revenir à la racine de ce que sont les comics de super-héros. C'est à dire, du pur divertissement, un échappatoire qui embrasse le merveilleux pour sortir les gens du monde réel, sans venir leur rappeler des choses considérablement plombantes. Qui a envie d'entendre parler de pauvreté, de racisme, d'inégalités, de migration, de catastrophe climatique, avec un personnage tel que Superman ? C'est un non-sens total. Les univers de super-héros ont cette particularité qu'ils peuvent évoluer sur le temps long sans jamais prendre en compte les évolutions de la société, et c'est ce vers quoi nous voulons revenir."
Une tentative de vouloir apaiser les tensions qui peuvent exister au sein du lectorat, et ne plus froisser personne. "On ne veut pas que les bandes dessinées nous sermonnent", abonde Cebulski. "La fiction est libre et ne se nourrit jamais du réel, c'est un fait indiscutable, et c'est l'histoire même de certains de nos plus grands personnages chez Marvel. Regardez Captain America : il n'y a absolument rien de politique dans son histoire, et certains de nos auteurs récents ont eu tendance à l'oublier. Comme Straczynski avec son histoire de parti nazi américain. Qu'est-ce que c'était que ça, vraiment ? Le rapport entre Captain America et les nazis, excusez-moi ?"
En parallèle de cette charte, les Big Two comptent revoir leurs plannings de publication. Ainsi, aucun des deux éditeurs ne célébrera plus de mois spéciaux tels que le Black History Month (en février), le Women History Month (en mars) ou le Pride Month (en juin). Marie Javins explique au public qu'il s'agit d'un choix "pragmatique" et qu'il est "tout à fait compréhensible, dans un monde sain qui ne cède absolument rien aux idées d'extrême-droite", qu'une "partie des lecteurs puisse trouver clivante l'idée que des personnages qui ne soient ni des hommes, ni blancs, ni hétérosexuels, puissent simplement... exister. Moi-même, parfois, je trouve que quand même, ce serait sûrement plus sympathique pour les fans de DC si je n'étais pas une femme, et si Jim Lee n'était pas d'origine coréenne. Qu'est-ce que nos singularités pourraient bien apporter à notre façon de penser et de gérer une maison d'édition, après tout ? Vouloir recruter des personnes diverses, avec des voix différentes, pour raconter plein d'histoires avec plein de points de vue ? Tout ceci m'a l'air extrêmement ennuyeux."
À compter du mois de juillet 2027, l'ensemble des productions de Marvel et DC Comics seront affublées d'un logo sur leurs couvertures pour signifier l'adhérence à la nouvelle charte "NP". "Notre idée est très simple avec ce sigle : NP, ça veut dire no politics, mais aussi no problems. Pas de politiques, pas de problèmes. Vous pourrez lire nos comics sans jamais avoir à vous rappeler de ce qu'il se passe dans le monde extérieur." Javins assure que la démarche est aussi "une façon d'anticiper le futur proche et de faire plaisir à nos nouveaux patrons [les Ellison, ndlr]" pour qui l'éditrice est certaine "qu'il faudra adapter l'offre des comics DC. On se voit mal publier des récits avec un Superman qui militerait pour plus d'humanité et plus d'égalité, alors qu'il pourrait clairement investir dans la Krypto-monnaie et jouer de ses gros bras pour imposer ses idées aux autres parce que c'est un chad. D'ailleurs, pour nous mettre au niveau intellectuel de lecture de nos patrons et de leur copain Donald, on limitera aussi le vocabulaire de nos bandes dessinées avec un maximum de dix mots différents par numéro."
Il n'y aura donc plus de sujets "polémiques" dans les sorties DC et Marvel futures, mais les deux éditeurs aiment bien l'idée de pouvoir corriger aussi le "problème" sur leurs sorties du passé. Pour en revenir à Captain America, Cebulski évoque l'idée de pouvoir "modifier la couverture de Captain America Comics #1, afin d'avoir un Captain America qui au lieu de frapper Hitler en plein visage, s'adresse au lecteur en disant qu'on ne combat pas l'extrême-droite avec ses poings, mais sur le terrain des idées et en allant voter". Et si aucun artiste ne souhaite évidemment toucher aux dessins de Jack Kirby, Marvel a déjà une solution toute trouvée grâce à l'IA générative. "Il ne s'agit pas de réécrire le passé et de dépolitiser les comics - après tout, ils ne l'ont jamais vraiment été. On veut simplement montrer les super-héros pour ce qu'ils sont vraiment. C'est-à-dire, tout l'inverse d'un symbole de lutte contre toute forme d'opression qui auraient été imaginé par des familles européennes d'origine juive qui auraient fui la montée du nazisme. Ce serait quand même assez bizarre si les super-héros étaient ça, à la base. Ou si on les avait utilisé pour faire passer des messages. Genre, sur les dangers de la drogue. Tout le monde sait que ça ne marcherait pas."
L'ensemble des maisons d'édition de l'industrie sont appelées à signer le NP Accord, puisque Marvel et DC Comics tendent les bras à Image Comics, Boom! Studios, IDW, Dark Horse et consorts. Ensemble, les Big Two abondent : "on sait aujourd'hui que tout ce que les lecteurs veulent, ce sont des bonnes histoires. Ce qui est tout à fait incompatible avec le fait d'inclure une dimension politique au récit. Regardez : Maus, de Art Spiegelman ? Une bouse, pas vrai ? X-Men : God Loves Man Kills ? Barbant. Superman: Red Son ? Civil War ? C'est très moyen. Alors que Cyber Frog, par exemple..." Nul doute que les pontes du milieu des comics ne tarderont pas à réagir, dans ce qui s'annonce être une nouvelle ère de la création pour la bande dessinée outre-Atlantique. De belles réjouissances en perspective, assurément.
02 Avril 2026
VagabondJ'avoue que je me suis totalement laissé piéger ce matin à la lecture (à peine réveillé). Je me suis dit zut les comics c'est fini....
02 Avril 2026
EmixOulah ! Ne me faites plus de frayeurs pareils ! :'(
02 Avril 2026
MyckhaUn poisson d'hallowe... euh d'avril qui ne laissera personne indifférent ! Terrifiant ! J'espère ne pas vraiment lire cette news d'ici quelques années....
02 Avril 2026
manutaurumiet bah, quel poisson d'avril! à la fois drôle et terrifiant
merci
01 Avril 2026
Arno Kikoo@lancelot : c'était bien parti et puis la chute. Il n'y a pas de "délire" LGBT, les revendications liées à ces communautés sont du même ordre que toutes celles que tu décris avant, sur le racisme, sur l'homophobie, sur les inégalités, etc. La société évolue, les luttes aussi et les comics (comme le reste de la culture) en sont le reflet.
01 Avril 2026
lancelot34090Bwahahaha! Soit c'est un poisson d'avril, soit les américains partent vraiment en 🥜😁 DC et Marvel ont toujours été politiques. Kal-El avec son nom à connotation hébraïque a lutté contre les nazis,son costume a les couleurs de l'Amérique et son éducation WASP du Kansas en font un américain bon teint ! De plus il a souvent volé au secours d'un président fictif... Quant à Marvel a quasiment toujours été politique avec en premier Captain America combattant les nazis et défendant l'Amérique ainsi que Nick Fury Sr faisant la guerre au Reich puis à Hydra . Ensuite il y eut la lutte contre le racisme avec les X-MEN, l'homophobie et le sida avec le mutant canadien Northstar et plus tard le délire LGBT (bien sûr Disney était passé par là dans son œuvre de sabotage). Tout ça pour dire qu'un peu de référence sociétale c'est bien, mais trop c'est trop !
01 Avril 2026
YalooDans la même volonté d’extirper les comics d’une réalité devenue trop clivante, il me semble avoir lu que ces accords prévoient aussi la disparition de toute référence à des religions existantes. Afin de soulager une partie du lectorat de son insécurité culturelle, Simon Baz, Nightrunner et Kamala Khan ne sont plus musulmans mais des adeptes d’une spiritualité orientale indéfinie. De même Diablo et Daredevil deviennent des superhéros à la piété élevée sans que les auteurs aient désormais le droit de faire une quelconque mention à la foi catholique. Reste le problème de Magnéto dont la judéité et l’expérience des camps de la mort font partie intégrante de la construction du personnage. Une retcon sur ses origines moins offensantes pour les nazis est à l’étude.
01 Avril 2026
olibriusWow vous êtes chauds là ! Par les temps qui courent ce poisson là est plus que crédible ! J'ai flippé au début !
Belle perf ! J'espère que c'est pas prophétique quand même... Idiocracy m'ayant à tout jamais convaincu que la réalité pouvait foutre la fiction au sol et la rouer de coups :)