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Ultimate Spider-Man, Duke, Ghost Machine : critiques express côté comics VO

Ultimate Spider-Man, Duke, Ghost Machine : critiques express côté comics VO

chronique

Bienvenue dans un nouveau numéro de la chronique des "critiques express". A intervalles réguliers, la rédaction vous propose de courtes reviews sur des numéros de comics VO sortis récemment. L'idée est de pouvoir à la fois vous proposer une analyse des sorties attendues du côté des éditeurs mainstream et indé', parler également de runs sur la durée, et essayer de piquer votre curiosité sur quelques titres moins en vue. En somme, tout simplement de mettre en avant le médium comics dans nos colonnes autrement que par le prisme pur de l'article d'actualités.

En retard vous dites ? Et on vous a déjà fait le coup ? Pas faux. Mais ceci étant dit, en ce moment même, des gens se baladent aux Etats-Unis avec des casques de réalité virtuelle sur la tronche au volant de voitures automatisées, les ordinateurs savent dessiner, les Pasta Box coûtent six balles pour trois bouchées, et Amélie Oudéa-Castéra court toujours. En somme, ce monde n'a plus aucun sens. Et au carrefour de ce chaos brouillon, désordonné, nonsensique qui forme le quotidien de la société humaine, vous espériez que l'on serait capables de retenir un horaire fixe et bien agencé ? Les gars, c'est pas facile de vous le dire, mais vos attentes sont franchement déraisonnables. Honte sur vous.

Et plus sérieusement, même si l'option de faire porter la faute à l'actuelle Ministre des Sports a quelque chose de tentant (voire de crédible, au fond, qu'est-ce qu'on en sait ?), la vérité est en fait toute simple : si le mois de janvier représente une période de grand chambardement pour les adeptes du calendrier grégorien, celui de cette année a surtout été marqué, en ce qui nous concerne, par une période d'activité record. Il a fallu préparer Angoulême, et donc, s'entretenir avec les artistes de passage en France pour l'occasion, traduire, rattraper le programme, dresser le bilan de l'an dernier... Fêter l'anniv' du rédac' chef, cuver l'anniv' du rédac' chef... bref, du boulot. A côté de ça, les sorties VO ont été un peu plus calmes, à quelques détails près (voir détails plus bas). Alors, on se rattrape, on lit des BDs, en attendant que les IAs ne se mettent à en produire pour les fans de casques Apple. Et vu que c'est pour bientôt, autant se magner un peu.

Ultimate Spider-Man #1 - Jonathan Hickman & Marco Checchetto

Et : c'est parti. Premier gros morceau dans l'armature du nouvel univers Ultimate Comics, la série Ultimate Spider-Man s'est lancée au mois de janvier. Un point de départ en forme de variation déplacée dans le temps, et qui se justifie assez simplement. Peut-être même un peu trop simplement. Pour faire court ? Jonathan Hickman a décidé de briser une loi ancestrale. Une loi qui interdit à des personnages populaires de bouger de leur socle. Une loi qui veut que Peter Parker ne s'approchera jamais de trop près de la trentaine dans les comics en canon, que toute tentative de former une romance solide, voire un mariage, voire une famille, sera irrémédiablement renvoyée dans les cordes. Cette fatalité porte un nom : le statu quo. Et ça tombe bien, on a justement inventé les réalités parallèles pour contourner le problème.
 
Bienvenue, donc, dans un monde où tout est à la fois différent et identique. Lorsque le Maker a pris ses quartiers sur Terre-6160, celui-ci a bien pris soin de bloquer l'apparition de certains super-héros, tués dans l'œuf avant leur éclosion naturelle. Mais, dans la moindre réalité du multivers Marvel, le destin est une chose têtue. Là où on pouvait s'attendre à ce que l'araignée qui aurait dû mordre Peter Parker irait se poser sur une autre paire de mimines, Jonathan Hickman en a décidé tout autrement. Le nouvel univers Ultimate Comics aura bien droit à son Spider-Man, et ce Spider-Man sera Peter Parker... mais plus tard. Au terme d'une longue vie passée à évoluer à travers la vingtaine, puis la trentaine, vers un statut d'adulte, de mari, de père de famille. Pour ajouter à l'équation, l'Oncle Ben n'est pas mort froidement dans cette version des faits (ce qui paraît assez logique : sans Spider-Man, pas d'accident mortel pour la figure du papa de substitution). Et donc, Peter n'a pas eu droit à la grande leçon de morale sur les pouvoirs et les responsabilités. Mettons.
 
Cette version de New York propose un étonnant phénomène de vallée dérangeante. Certains éléments sont différents (Matt Murdock est devenu prêtre, Peter ne connaît par Harry), mais pas suffisamment pour créer un effet de distanciation suffisant. Et dans le même temps, certains autres éléments ont l'air d'avoir été propulsés dans l'équation sans raison. Pour prendre exemple : non seulement Ben Parker n'est pas mort, mais cette version 6160 du personnage est apparemment un vétéran du journalisme, un haut gradé du Daily Buggle et le meilleur copain de J. Jonah Jameson. Pourquoi ? Difficile à dire. Jonathan Hickman a peut-être quelque chose à nous raconter sur l'état de la presse écrite dans le présent, mais ces quelques subtiles différences ne suffisent pas à instaurer l'idée d'une réalité parallèle vraiment différente des autres. Surtout quand on la superpose aux nombreux Spider-personnages apparus à l'aune du Spider-Verse, et qui se sont déjà chargés d'étudier toutes les possibilités qui se présentent lorsque l'on choisit de dévier du canon. Le résultat paraît presque anormal, ici. Suffisamment différent pour comprendre, pour installer ce nouveau statu quo, plutôt bien expliqué et justifié dans des dialogues fluides et efficaces... et paradoxalement, tellement proche de 616 qu'on ne reconnaît pas le héros, pourtant calqué sur un modèle bien connu. Qui est ce Peter Parker ? Qu'a-t-il donc de si nouveau à nous dire sur lui ?
 
Pour le moment, cette version de Spider-Man passe surtout pour un trentenaire sympathique en pleine crise de confiance. Un peu comme un salarié qui se réveille au milieu de sa vie d'adulte en réalisant qu'il n'a pas fait les bons choix, qu'il occupe une routine passive, en assistant sans pouvoir à la vie qui se déroule devant ses yeux. Jonathan Hickman a décidé, par-dessus le marché, d'écrire une Mary Jane semblable à celle de 616, dans le design, les dialogues, l'attitude... et la relation au héros. Le numéro reste bien gratté, avec un découpage efficace, et une introduction qui pose quelques premiers éléments de fond. On a envie de revenir, on a envie de découvrir cette saga. Mais pour ce qui concerne le projet d'un Peter Parker adulte, enfin en couple avec la femme de sa vie, enfin installé dans sa routine de papa-super-héros ? Il va sans doute falloir attendre un peu. Attendre de voir si les vicissitudes de la vide de vengeur masqué n'ont pas une saveur différente quand il s'agit de manquer le récital de la grande pour arrêter un braqueur de banques ordinaire. Ou si la vie de couple se retrouve impactée différemment, une fois la routine, le rôle de parents, le thérapeute et le contrat de mariage mis dans la balance.
 
Et c'est un peu le problème des comics de super-héros au sens large. Si on se base sur J. Jonah Jameson, par exemple, on comprend bien que 6160 est une Terre vraiment différente. Une Terre où ce personnage généralement colérique et stupide a été modelé par son amitié avec Ben Parker, et où l'absence de Spider-Man pour servir de motif problématique a aidé le vieux grigou à rester dans le droit chemin. Mais pour le reste ? Pour le reste, Peter n'a visiblement jamais franchement bougé de sa case d'adolescent timide, et Mary Jane est elle-aussi restée coincée dans son stéréotype. Comme si ce Spider-Man avait attendu toute sa vie de devenir Spider-Man pour... devenir quelqu'un. On pourra répondre que cette perspective offre une clé de réflexion intéressante sur la crise de la trentaine, sur les bifurcations de carrière, l'éveil naturel qui suit après un deuil, mais on pourrait aussi trouver Jonathan Hickman un peu timide. Après tout, cette New York vient tout juste de vivre son propre 11 septembre, et pourtant, la secousse sociale reste assez mesurée à l'échelle de ce morceau d'univers. Pas évident de réinventer la roue. Mais, c'est le challenge que le scénariste s'est donné. Alors... vous devez connaître la scène et le dialogue du film sur le saut de la foi ? 
 
Corentin
 

Ghost Machine #1 - Geoff Johns & Jason Fabok, Gary Frank, Peter J. Tomasi, etc 

En amont du retour de Geiger chez Image Comics et du lancement de plusieurs séries qui s'insèrent dans le label Ghost Machine, un one-shot en forme de catalogue de previews est proposé pour donner un avant-goût des nouveaux comics émanant de créateurs reconnus pour leurs talents. Geoff Johns donne le la avec la première partie de ce one-shot pour inciter les lecteurs à poursuivre leur lecture de Geiger et entamer celle de Redcoat, tandis que Jason Fabok est là pour teaser Rook : Exodus, Peter J. Tomasi pour The Rocketfellers, ou encore Ivan Reis pour le titre d'horreur Hyde Street. Dans chacun des cas, l'idée est de faire à la fois une note d'intention et d'instiller une petite notion d'histoire. Vous l'avez compris : le but est de vous faire revenir dans les comicshops.

Dans l'immédiat, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer plus que de raison, mais il faut reconnaître que chacun des univers proposés devrait avoir sa propre identité. Certes, entre Gary Frank, Fabok et Reis, le côté mainstream est très appuyé et ce sont plutôt les séries "légères" de Tomasi qui sortent un peu du lot, tant dans leur tonalité que dans un dessin moins mainstream (et parce que Francis Manapul est toujours hyper agréable à l'oeil). Difficile de se prononcer sur Rook ou Hyde Street, car la seule note d'intention ne permet pas de voir quel potentiel scénaristique se tient vraiment dans ces propositions. La lecture se fait au final assez rapidement (car chaque segment est limité à entre cinq et dix pages) et si l'on pouvait attendre plus de ce Ghost Machine #1 qu'une simple présentation de produits, le numéro ne se résume en fait qu'à ça. En conséquence, il est aussi difficile pour votre rédacteur de s'étendre réellement sur le contenu. Il y a plus de facilités à disséquer la façon dont chaque proposition a ses ambitions d'aller "plus loin" que son seul pitch. Surtout pour l'univers The Unnamed dont on voit bien que d'autres séries s'y rajouteront par la suite. Par ailleurs, les séries se font quelques renvois méta (comme si un univers existant était une fiction dans un autre univers), ce qui laisse là aussi une porte ouverte à tout un tas de crossovers plus ou moins fous ou pertinents.

Le réel souci, c'est que la lecture de Ghost Machine #1 ne permet pas vraiment de pencher plutôt vers un univers ou l'autre, ou alors sur une base très mince d'un simple pitch et d'un dessinateur, le pitch devant de toutes façon être confirmé par la lecture du premier numéro de la série concernée. Restent les fiches de personnages, bien fournies, qui donnent au numéro d'avoir aussi une forme de guide initiatique à ce que seront chacun des univers développés. Soyons francs, pour cinq dollars, ça reste assez cher payé pour un simple catalogue de previews. Mettons que pour les collectionneurs, le fait d'avoir de multiples couvertures en fonction des personnages fera peut-être passer la pilule ? Rendez-vous dans les prochains mois pour voir de quoi il en retournera vraiment.

Arno Kikoo


Ultimate Black Panther #1 - Bryan E. Hill & Stefano Caselli

Autre grand recommencement, autre effet en trompe l'oeil. Pourquoi avoir voulu commencer l'univers Ultimate Comics de 6160 par Spider-Man et Black Panther ? Parce que l'un répond à un besoin de changement longuement attendu, d'accord. Mais l'autre ? Qu'est-ce qui n'a pas déjà été révolutionné dans les prairies du Wakanda sur ces quinze dernières années ? En théorie, pas grand chose. On aurait même envie de dire que, depuis le passage de Christopher Priest, cette mythologie de centre-africaine évolue à chaque nouvelle passe. Le moindre volume inédit ajoute de nouveaux éléments, en compacte d'autres, que l'on pense à Coates, Reginald Hudlin ou Eve Ewing. Pour le moment, avec cette entrée en matière, la série Ultimate Black Panther marche surtout comme une synthèse avec une nouvelle feuille blanche, et des idées qu'on a été prendre aux films de Marvel Studios à défaut d'autre chose. Finalement, ce démarrage fait moins 6160 et plus 1610. On modernise, on stylise, on simplifie... et on bouge quelques pièces pour rappeler que tout ça est différent du canon.

Bryan E. Hill part sur la piste lancée par Jonathan Hickman dans Ultimate Invasion et Ultimate Universe. Dans cette réalité, l'avatar du Moon Knight n'est pas un personnage solitaire, mais un couple. Ra d'un côté, Khonshu de l'autre. Et puisque l'objectif de ces premières séries consiste à s'éloigner un peu des Etats-Unis pour considérer l'influence du Maker et de son système de domination comme quelque chose de très global, le "duo" Moon Knight représente la menace qui va s'abattre sur l'ensemble de l'Afrique. On remet donc les compteurs à zéro : à nouveau, le Wakanda est un peuple isolé, qui cache ses avancées techniques et son armée au reste du monde, et à nouveau, le Roi T'Challa est un fils qui doit faire le deuil de son père, en prenant les décisions difficiles. Bryan E. Hill signe un premier numéro agréable, avec de bons dialogues, en prenant bien le temps de présenter les forces en présence, même si on imagine mal un nouveau lecteur pénétrer cet univers sans avoir une bonne connaissance préalable de la mythologie du Wakanda

Et comme pour Spider-Man... ce qui nous paraît nouveau a peut-être un peu moins d'impact que ce qui nous semble familier. Car enfin, on peut comprendre que le pays du Black Panther se cache du monde des hommes depuis si longtemps dans le canon de 616, dont l'histoire se calque sur notre réalité. Mais sur 6160 ? Pourquoi, encore une fois, avoir attendu si longtemps ? En laissant les dictateurs prospérer, et en préférant attendre que le menace frappe directement le pays avant d'intervenir ? Un choix curieux. Dans le même temps, le numéro va vite pour reproduire certaines tactiques d'écriture des relaunchs de ce genre (en introduisant, d'entrée de jeu, le grand vilain des premiers temps dans une version vaguement modifiée). Comme si le nouvel univers Ultimate Comics attendait encore de se lancer, et que chaque numéro ressemblait encore trop à une introduction très scolaire, au lieu d'assumer un démarrage in medias res, dans l'action, ou avec des héros qui ont déjà un peu de bouteille.

En dehors de ça, des designs solides pour les costumes, des paysages qui font un peu trop Marvel Studios et qui ne tentent pas vraiment d'inventer un "nouveau" Wakanda. Un Roi dont on devine facilement les contours, et une série qui passe en définitive pour un titre que l'on aurait pu retrouver dans le canon du Marvel de 616, dans la mesure où les éléments mis en jeu peinent à défendre leur statut de réalité alternative. Est-ce que c'est grave ? Non, dans la mesure où le résultat n'est pas mauvais, et qu'il constitue une bonne porte d'entrée pour un potentiel bon run du Black Panther, avec l'assurance de ne pas avoir à gérer l'héritage pesant de Ta-Nehisi Coates, contrairement à la série en canon. Mais le constat reste le même : vraiment, il va falloir attendre Ultimate X-Men pour avoir l'impression de pénétrer dans un vrai nouvel univers, en acceptant enfin de se déconnecter de certaines vieilles recettes. 

Corentin


Duke #2 - Joshua Williamson & Tom Reilly

Lorsqu'il était annoncé que l'Energon-verse de Robert Kirkman allait intégrer des séries G.I. Joe en plus du Transformers de Daniel Warren Johnson, il était honnêtement assez difficile de voir comment cette licence pouvait s'intégrer organiquement dans la proposition de base. Et surtout comment créer de l'intérêt pour un univers qui, en comics, a peut-être une fanbase dédiée, mais n'est pas forcément réputée pour avoir un immense public. Il y avait aussi la peur pour le lectorat qui ne connaît pas par coeur ces personnages - ou ne les connaît que peu, comme votre rédacteur ici présent - d'être un peu largué. Mais Joshua Williamson a bien pensé à tout cela (et Kirkman aussi, évidemment), et Duke se montre non seulement très accessible, mais aussi foutrement malin. 

Conrad Hauser dit Duke a survécu à une terrible rencontre avec un Decepticon (dans Transformers #2) et sait désormais que des robots géants existent sur notre planète. Mais l'armée américaine refuse de lui dire la vérité sur le traumatisme qu'il a vécu, et le soldat est désormais seul contre un gouvernement qui le cherche. Une aventure qui démarre très fort sous des allures de thriller techno-militaire et qui permet à Williamson de ramener un à un les personnages les plus connus de la série, sous un jour nouveau. Et sans pré-requis, donc, puisque l'idée des comics de l'auteur est d'installer ce qui sera d'ici quelques mois les factions G.I. Joe (qui ne sont pas nommées pour l'instant) et Cobra dans le monde où les Transformers ont débarqué récemment. La lecture est d'autant plus sympathique que le dessin de Tom Reilly se montre tout à fait la hauteur pour ce type d'aventure militaire, avec un trait lisible et un découpage qui rend les scènes d'action agréables à l'oeil. 

Autrement dit, Duke #2 montre que la série peut se lire par elle-même, mais s'apprécie surtout dans le projet d'installation de l'Energon-verse. La construction en temps réel est assez maline, avec ces éléments d'un bouquin qui amènent à la situation initiale des héros d'un autre bouquin, et ainsi de suite. Les débuts de Joshua Williamson sont convaincants pour cette lecture divertissante, chaque série de l'Energon-verse ayant sa tonalité propre. Vu d'ici, on commence à se dire que le pari de Robert Kirkman pourrait bien réussir. A confirmer au fil des prochains mois !

Arno Kikoo


U&I #1 - Joe Michael Straczynski & Mike Choi

A la périphérie des sagas de super-héros plus conventionnelles, Joe Michael Straczynski poursuit le travail sur les séries du groupe "The Resistance". Et avec le recul, peut-être que tout le monde s'est un peu emballé sur la nature de ce projet. Peut-être même que le scénariste n'a jamais eu l'intention de construire une série "géopolitique" ou "sociale" sur le temps long, et que les promesses des superbes premiers volumes avaient surtout pour objectif de former un grand bac à sable dans lequel JMS n'avait plus ensuite qu'à dérouler ses petites idées originales. Un peu comme Mark Waid, des variations sur le thème des super-héros. Des projets au coup par coup, avec des genres différents, des objectifs variés. U&I fait visiblement partie de cette catégorie : la série intervient dans le canon de The Resistance, mais n'a pas vraiment l'air de vouloir faire évoluer l'intrigue de fond. On va plutôt se contenter de suivre quelques individualités paumées dans cette société compliquée, post-COVID, 

En l'occurrence, ce premier numéro est un exemple assez marrant de pourquoi il est préférable de lire les synopsis avant de s'embarquer dans une nouvelle série. Puisque... le texte de présentation en dit plus long sur l'intrigue que ce single introductif. Alors, si vous n'aviez pas compris, U&I est une histoire d'amour. Entre un jeune homme armé de bonnes intentions, qui court vite, frappe fort et est capable de se régénérer suite à la moindre blessure (même mortelle), mais qui n'a aucun souvenir de ce qu'était sa vie avant la pandémie. Et de l'autre côté, Isabelle, une jeune femme qui a elle-aussi été atteinte de la maladie, mais qui n'a pas obtenu le moindre super-pouvoir. Au contraire : son père est mort pendant cette période grave, et sa famille a subtilisé l'héritage. Renvoyée au banc de la société, sans un sou en poche, Isabelle squatte, dort dehors, fait la manche... jusqu'à sa rencontre avec le jeune homme aux pouvoirs étonnants. Il s'appelle U, elle s'appelle I. Et ainsi, l'amour va naître.

Premier numéro réussi, et peut-être justement parce que celui-ci prend son temps. Straczynski ne ressent pas le besoin de justifier les tenants et aboutissants de son univers, dans la mesure où il a déjà brossé suffisamment de paragraphes dans les volumes précédents pour que tout le monde comprenne les règles en vigueur. Le scénariste a même l'air de comprendre l'intérêt de travailler avec Mike Choi, un dessinateur qui marche dans les pas de Frank Quitely, pour découper ses scènes d'action dans un style qui évoquerait celui des comics WildStorm. Violents, goguenards... sociaux. Une belle promesse pour un numéro qui se dévore en quelques minutes, comme l'intro' parodiée d'une comédie romantique étrangement violente, avec des gangsters qui s'écoutent parler et des effusions de sang presque rigolardes. Encore un peu trop tôt pour vous conseiller de foncer dedans, mais pour un auteur qui aime généralement le compact, l'exposition qui détaille, qui résume de grands faits de société en quelques lignes de dialogue, cet effet à contre-emploi est plutôt agréable, et témoigne de la variété offerte par les comics The Resistance en attendant le prochain chapitre de la saga.

Ceci étant dit, U&I aurait aussi tendance à prouver que JMS est prêt à faire le grand bond vers le format des romans graphiques. Même si le but de ces chroniques reste de souligner l'intérêt du format single (pour digérer les machins qu'on lit en moins de quinze minutes et rappeler ce qu'ils ont de cool, de spéculer, de revenir dessus, de comprendre les mécaniques et les logiques de l'exercice), si ce premier numéro n'avait pas le nom de Stracz en couverture, on aurait du mal à vous le vendre comme un plaisir garanti. A moins d'être très fan de Mike Choi et d'avoir les moyens de suivre tout ce qui sort. On attendra donc le prochain chapitre, en accordant encore une fois notre confiance au vieux magicien.

Corentin


Pine & Merrimac #1 - Kyle Starks & Fran Galan

Autre nouveauté sur le marché indépendant, autre excellent scénariste, mais la technique varie. Et d'ailleurs : on parle trop peu de Kyle Starks, en général. Et c'est dommage. Après tout, le bonhomme a signé de très bons comics sur la franchise Rick & Morty, s'est taillé une réputation solide dans les titres portés sur l'action (souvent teintés d'humour) au point d'attirer le regard des producteurs en manque de propriétés intellectuelles. Et puis, il s'entoure souvent d'artistes prometteurs. Comme Erica Henderson sur Assassin Nation, ou Fran Galan sur Pine & Merrimac. Encore récemment, ce dessinateur doué de ses mains avait eu l'occasion de se distinguer pour un numéro spécial consacré au Werewolf by Night chez Marvel. Malheureusement, le projet n'a pas été plus loin, mais beaucoup avaient été étonnés de voir apparaître ce petit one-shot compte tenu de l'effort déployé au graphisme.
 
Enfin, Fran Galan a droit à un titre à sa hauteur. Le premier numéro de Pine & Merrimac a tout ce que l'on est en droit d'espérer de la part de Kyle Starks : une introduction réussie, des personnages qui assument leurs stéréotypes d'usage, une promesse à cheval sur plusieurs genres (l'objectif est de produire une enquête en zone rurale, avec tous les poncifs d'usage, et d'insérer des éléments de comédie et d'action par petites touches). Rien de renversant mais un produit solide, entier dans sa proposition, et qui profite d'une équipe créative talentueuse. Dès les premières planches, Galan compose l'exposition sans utiliser de cases à proprement parler, mais en fondant différents éléments visuels les uns dans les autres, en ajustant à la perfection le sens de lecture. L'artiste prend littéralement le lecteur par la main avec des effets de style efficaces, et d'une grande adresse. 
 
On se laisse guider, dans ce qui devient vite un bel exemple de narration séquentiel fluide, qui comprend parfaitement le rôle des ellipses et des découpages comme véhicule narratif. Le moindre saut d'une case à l'autre est réussi, pour passer de l'introduction à l'enquête, et dans l'enquête, d'un élément à l'autre. Un boulot intéressant à étudier pour comprendre la mécanique même de l'art séquentiel, dans la mesure où l'ensemble se déroule sans la moindre fausse note. Côté scénario, on reste dans quelque chose de très classique : une ex flic dont la sœur a été tuée lorsqu'elle était jeune décide, au terme de longues années de service, de rendre son insigne pour ouvrir sa propre agence de détective privée, depuis sa ville natale. Elle quitte la grande ville en compagnie de son mari, un ancien champion de MMA très épris de sa tendre épouse, et accepte des contrats pour des couples de riches qui veulent piéger leurs conjoints infidèles. Un jour, l'héroïne accepte une affaire qui lui rappelle sa petite soeur... et voilà. Encore une fois, tout est relativement fonctionnel, et s'adresse en priorité aux fans de ce genre de polars de campagne. Comme American Alien, sans les extra-terrestres, Broadchurch, sans accent écossais ou Twin Peaks, sans la dimension des créatures surdimensionnelles. 
 
Bref, une série classique, mais tout de suite charmante, efficace et parfaite dans son exécution du rythme et de la composition. Pas de surprise en vue : Kyle Starks est un habitué des créations originales qui sait installer les ambiances et les univers par petites notes (tout en prenant bien soin de se garder un petit espace de liberté pour l'originalité ou l'inattendu - en l'occurrence, le sidekick champion de MMA qui assomme à la demande de sa femme passe pour le critère distinctif). Fran Galan livre une superbe copie, et on espère retrouver cet artiste, avec ces mêmes effets de couleurs en relief et cette science de la peinture apposée à des structures corporelles de personnages de cartoon sur d'autres projets dans le futur. Un petit polar sympathique, léger et bien réalisé. Pourquoi chercher à se compliquer la vie ?

Corentin


Corentin
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