
Et hop, une nouvelle édition bien dense de Comic Talk , avec un nouveau By The Way en deux parties consacré à la mort dans les comics (oui je sais que là c'est plutôt ambiance printemps et petites fleurs, mais je n'avais pas envie d'attendre Octobre pour être raccord), quelques Focus bien sentis, une réflexion de Steeve sur la polémique autour du discours d'Havok dans Uncanny Avengers dans son Corner, un portrait de l'héroïne culte Koni Waves, un tombereau (pour rester dans le thème) de Reviews Express plus fraîches que jamais (littéralement), et toujours Eye Candy pour finir sur une bonne note.
Je ne vous retiens pas plus, vous allez en avoir assez à lire comme ça grâce à l'équipe habituelle composée de Steeve, Manu, Crisax, et moi-même.
Enjoy !
La mort vous va si bien (1ère partie)
Robin est mort. La dernière victime en date d’un gang de meurtriers fous furieux que l’on nomme les scénaristes de comics. Car ce n’est pas The Heretic, ni même Talia Al Ghul, qui ont assassiné Damian Wayne, c’est Grant Morrison. L’homme n’en est pas à son premier méfait (Jean Grey, ça vous dit quelque chose ? D’ailleurs vous étiez où au moment du meurtre ?).
Mais ce sinistre individu est loin d’être le seul de son espèce, je vous le disais plus haut. Brian Michael Bendis, Dan Slott, Geoff Johns… Ils sont trop nombreux pour être tous cités, et tous ont du sang sur les mains. Celui de héros comme de vilains.
Cependant l’impartialité nous contraint à évoquer les circonstances atténuantes à l’égard des prévenus : leur sombre besogne est loin de toujours avoir un caractère définitif. En effet à peu près toutes les victimes de ces bouchers s’en sont remises, revenant triomphalement à la vie comme pour mieux narguer la Faucheuse. Parce que dans les comics comme dans la chanson de Nick Cave, « death is not the end », loin s’en faut.
Mais comme la tentative est
réprimée tout aussi sévèrement que le crime lui-même (l’incompétence n’est pas
une excuse en droit pénal), il convient donc de nous intéresser aux sinistres
agissements de cette bande d’assassins. Alors comme dans tout bon polar,
commençons par examiner…

Le Mobile
Pourquoi un scénariste va-t-il tuer un de ses personnages ? Surtout quand ce n’est pas vraiment l’un des siens (dans le cas fréquent où il s’agit de work for hire et pas de creator owned). Et pourquoi, dans ce dernier cas, l’éditeur va le laisser faire, voire jouer les commanditaires ? A part si vous étiez du genre à casser vos jouets, vous devez sans doute vous poser la question.
La réponse est simple : l’argent. Le crime passionnel aurait fait une meilleure histoire, mais l’hypothèse est à écarter. Quand un personnage meurt, c’est parce que l’éditeur espère en tirer un profit. Il crée ainsi l’effervescence, voire la polémique (non je ne dirais pas buzz, na !) autour de l’évènement. Et plus le personnage est important mieux c’est.
Le plus bel exemple fut à n’en pas douter la mort de Superman, dans les années 90. On en parla jusque dans les JT français (c’est même par ce biais que j’appris l’évènement, voilà, fin de la tranche de vie). La mort de Batman, plus récente, eut aussi un retentissement certain (là aussi les JT relayèrent l’info), comme celles de Spider-Man (pluriel volontaire, ça vaut pour la version Ultimate comme pour la classique). La mort de Captain America fit même la une du quotidien New-yorkais le NY Post.
Et dans tous les cas précités,
l’engouement médiatique se traduisit par un accroissement notable (même si
éphémère) des ventes. Alors non, le gimmick n’est pas infaillible (la mort de Mary Jane dans Spider-Man ne fit rien
pour des ventes en berne), mais il fonctionne souvent. En tous cas assez pour
que les éditeurs l’utilisent encore et encore.

Justified
Il est cependant possible de porter un regard (un peu) moins cynique sur cette tendance. En effet ce ne sont pas toujours des considérations bassement mercantiles qui justifient chaque décès. Une mort peut servir le scénario.
On considère souvent que les comics ont perdu leur innocence quand le Green Goblin a balancé Gwen Stacy (alors petite amie de Spidey) du haut du Brooklyn Bridge. Le sacrifice de Jean Grey, pour mettre fin à la menace qu’elle représentait en tant que Dark Phoenix est aussi resté dans les annales.
Ces deux évènements ont en commun d’avoir conféré aux histoires dont ils font partie une puissance dramatique décuplée. Les héros (ou les personnages principaux plus largement) n’étaient plus intouchables. Les comics (mainstream) n’étaient plus un univers bon enfant où tout finissait toujours bien. Le lecteur était ainsi plus impliqué. La question n’était plus de savoir comment le héros allait se tirer de tel ou tel mauvais pas, mais bien si il allait y parvenir.
Les histoires contées dans les comics pouvaient donc devenir plus matures, plus profondes, et plus haletantes. La mort a aussi cette utilité. Osez me dire que Roméo et Juliette seraient aussi marquant si les deux tourtereaux se réveillaient à la fin, ou que la résurrection du père de Chimène aurait fait du Cid une meilleure pièce. Et ça se vérifie encore plus quand la victime est un personnage important. Tuer un second couteau ou un personnage créé juste pour l’occasion n’a pas le même impact, car on y est moins attaché, c’est évident.
Ainsi les pulsions meurtrières
des auteurs et éditeurs apparaissent comme plus légitimes. Mais il ne faut pas
oublier qu’ils y trouvent aussi leur compte. De meilleures histoires signifient
de plus grandes chances de vendre plus. Et être reconnu comme une source
d’intrigues plus sombres et complexes a bénéficié largement aux comics dans
leur ensemble, y compris commercialement. Je vous avais prévenu que ce regard
n’était qu’un peu moins cynique.

Murder 101
Avoir le mobile c’est bien, mais la méthode ça sert aussi. Car il y a bien des façons de tuer un personnage. Attention, il n’est pas question de faire ici un inventaire aussi exhaustif qu’irréalisable des moyens de tuer tel ou tel héros, mais plutôt de mettre en lumière les différentes typologies de morts qu’on croise dans les comics.
La première, et surtout la plus utilisée pour des raisons évidentes, est la « vraie fausse mort », ou « mort cliffhanger ». Comprenez qu’il ne s’agit en fait pas pour le scénariste de tuer son personnage, mais seulement de semer le doute dans l’esprit de son lecteur pour créer une fin à suspens (ou un rebondissement au sein de son histoire). En gros on nous fait croire que le personnage est mort, et le mois suivant (ou quelques pages plus tard) on découvre qu’il s’est rattrapé in extremis, que la balle a raté son cœur de quelques centimètres, ou encore qu’il a trouvé un abri à la dernière seconde.
C’est un « truc » d’auteur on ne peut plus basique, utilisé fréquemment. Parfois trop, au point qu’on ne s’y laisse pas prendre. Wolverine est un spécialiste de la chose (et celui pour lequel ça marche le moins, franchement quand on vous annonce « The Death Of Wolverine », vous y croyez une seconde vous ?). Jean Grey était aussi jadis coutumière du fait, ce qui a grandement contribué à sa réputation de ressuscitée chronique. En effet miss Grey n’est « vraiment » morte que deux fois (Uncanny X-Men #138, fin de la Saga du Phoenix Noir, et New X-Men #150) et ressuscitée une seule (Fantastic Four #286). Le reste du temps c’était juste pour le suspens (cf. notamment Uncanny X-Men #281, New X-Men #148, la « fausse » résurrection dans Phoenix Endsong…)
Mais la mort peut aussi avoir un
caractère bien plus définitif, évidemment. C’est d’ailleurs en pratique le seul
cas où on va vraiment parler de mort d’un personnage. Il est sensé vraiment
manger les pissenlits par la racine. « Sensé ». Parce que même dans
ce cas la mort a tout d’un CDD.

A suivre…
20 Avril 2013
BlacksheepJusqu'à présent le seul mort définitif à ma connaissance était Bucky. Heureusement que celui qui a eu les couilles de le faire revenir l'a fait de manière magistrale !
20 Avril 2013
Kit_Fisto, serial reviewerMerci pour vos avis et review les gars !!!!
19 Avril 2013
R-bertJe ne prends jamais assez de temps pour dire à quel point cette rubrique est génial. Désolé...
18 Avril 2013
NicoChapeau les gars. Vous faîtes un sacré boulot.
17 Avril 2013
MarveliousToujours excellent :) Merci pour cette rubrique géniale
16 Avril 2013
Benji_du91Comic Talk est une rubrique d'une telle qualité, c'est juste fou! Si j'avais su à l'époque de l'arrêt des Reviews express! En tout cas, numéro toujours aussi bon. J'adore le focus sur la mort dans les comics. Très intéressant et vraiment une particularité assez complexe de l'univers comics! Le discours de Havok est vraiment beau, touchant, et bien écrit! (en plus du fait que chaque case soit un bonheur pour la pupille) Je pense qu'il restera dans les annales, et, cette polémique qui n'a pas vraiment lieu d'être mais qui est parce que les gens trouveront toujours de quoi se plaindre, est en fait une plutôt bonne chose dans le sens où je pense ne pas être le seul qui m'en tapait royalement de ce numéro #5 d'Uncanny Avengers, alors qu'il est à ne pas manquer! Et les reviews express à la pointe des sorties c'est un régal! Promis, je ne m'y habituerai pas trop, mais qu'est-ce que c'est cool quand même!
16 Avril 2013
DoctorVin'sEncore très réussi, merci à vous et hâte de lire le prochain numéro, même si je ne trouve pas le discours d'Havok si "polémique" et je partage son point de vue ce serait comme ne pas appelé un être humain quelqu'un d'une couleur de peau différente, en tout cas je n'ai jamais vraiment été fan des mutants (hormis Cyke) mais entre Uncanny Avengers, Uncanny X-Men et ANXM sa s'annonce dantesque