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Thor : Ragnarok, ouvrir un passage à travers l'anus

Thor : Ragnarok, ouvrir un passage à travers l'anus

chronique

Précédemment dans notre Countdown To Infinity War :

• Iron Man : point de départ ou point de non retour ?
• The Incredible Hulk : un mal pour un bien ? 
• Iron Man 2 : première défaite du modèle ?
• Thor : le marteau et l'enclume ?
• Captain America - First Avenger : méta pour les bonnes raisons
• Avengers : Vers l'Infini et au-delà
• Iron Man 3 : le premier film d'auteur de Marvel Studios
• Thor : The Dark World et la crise d'adolescence du Marvel Cinematic Universe
• Captain America : Winter Soldier, illusions désassemblées
• Guardians of the Galaxy : Vers l'Infini et au-delà  (again)
• Avengers - Age of Ultron : le film qui nous manquait
• Ant-Man, une histoire de famille
• Captain America : Civil War, crises d'indépendances
        • Doctor Strange : Marvel Studios ouvre son troisième œil
        • Guardians of the Galaxy Vol. 2 : disque de reprises
        • Spider-Man : Homecoming, tisser les liens entre générations

 

La remontée spectaculaire de dix années de Marvel Studios nous conduit sur les sentiers d'Asgard, pour la troisième fois. Paradoxalement, si Thor : Ragnarok apparaît auprès de nombreux fans comme le moins honteux des trois de la sagas, il est pourtant celui qui essaye le moins de ressembler à son origine comics. Une critique fréquemment adressée aux productions Marvel est de rogner sur l'identité de papier de leurs personnages, leur dramaturgie, pour plier certaines représentations à la facilité humoristique - ou d'une certaine idée de blockbuster

Un reproche qui ne s'adresse à aucun héros du MCU plus qu'au Thor de Chris Hemsworth. On l'a vu en interview, et on a compris : l'acteur a un talent comique naturel. Un charme immédiat de bel homme (dixit un échantillon de lectorat féminin interrogé), compensé par une grande auto-dérision. Certains films auront mis ce talent en lumière, comme le Ghostbusters de Sony Pictures, ou ses rencontres en micro croisé avec un Chris Evans devant retenir sa poitrine pour l'empêcher de s'envoler au moindre éclat de rire. Devant le succès des Gardiens de la Galaxie ou d'une approche de renversement débridé à la Iron Man 3, Feige décide donc de faire confiance à un fou. 
 
Ce fou s'appelle Taika Waititi, immense talent de l'humour et du documenteur venu de Nouvelle-Zélande, qui va s'associer à ce compère des terres australes pour assembler un esprit hystérique et déjanté façon South Park, comme une immense parodie des deux premiers volets. Deux premiers faux reportages installent Ragnarok comme la trahison en devenir : la noblesse asgardienne ? On a essayé, on n'y arrive pas. Alors, on a décidé qu'il était temps de s'en foutre. 

 

Certaines précédentes chroniques ont appuyé sur le statut de précurseur de James Gunn et de sa collaboration avec Kevin Feige pour s'éloigner peu à peu des projets de commande. Ce qui ne veut pas dire que les films ne restent pas équitablement dans l'esprit léger et comique des tonalités chères à Marvel. En revanche le ton se densifie de nouvelles couleurs. Ragnarok marche dans les mêmes pas : le métrage s'autorise énormément de bizarreries, dans l'écriture, les dialogues, les références et l'univers déployé.

En cela le film remplit son contrat de seconde génération, celui que le studio a cherché à imposer pendant une partie de son chemin vers Infinity War sans y arriver pleinement. Ragnarok est riche : les répliques fusent, les acteurs en roue libre semblent souvent improviser, les team-ups sont là et le côté quatrième mur d'assassiner les deux premiers s'assume frontalement, quand l'équipe de sidekicks de Thor se fait bêtement occire au détour d'une scène à tendance déconnante. On bouche même les plotholes du MCU : le fameux gant de Thanos présent dans la première exploration d'Asgard, la grande scène de mort de Loki merveilleusement réécrite avec Matt Damon et Sam Neill, les pouvoirs exagérément puissants de Doctor Strange - tout, à tous les étages, tient de la parodie. Le rôle tenu par Hulk est à ce titre éloquent.

Le film prend cette patine de production sous acides qui s'assume sur les scènes comiques, et fait le job sur les scènes d'action - au point d'avoir promu Waititi comme un réalisateur à suivre pour les pontes d'Hollywood. Mais moins que la mise en scène, c'est réellement dans l'identité folle que Ragnarok se trouve et se perd à la fois. Puisque si le résultat peut s'apprécier comme un bon film de genre, une très bonne comédie ou une réponse méta' à l'échec de Marvel sur le héros, prenons le cas d'un authentique fan de la mythologie des Neuf Royaumes. Tout ça passe tout de même pour un vaste foutage de gueule.


Le MCU baisse ici les bras devant son incapacité à faire avaler au public le mythos fantasy en développement depuis six longues années. Un ensemble d'où seul Loki aura emmergé, avec l'évolution que l'acteur aura mis dans le rôle. Aussi charmeur que son frangin du dessous, le britannique sera devenu dès The Dark World un interprète porté sur l'humour et certaines répliques appuient ici le décalage d'une noblesse perfide avec un film qui a décidé de ne pas se prendre au sérieux.

En un sens, Ragnarok est donc une fine lame à double tranchant. Elle témoigne de la capacité de rebond de Marvel avec ses univers et de l'incapacité de Feige à s'avouer vaincu sur un héros qui ne prend pas, et de l'autre sa capacité à tirer un trait sur le véritable monde né des comics dont nous rêvions depuis 2008. 

Du côté d'Iron Man, les déceptions existent aussi. Aucun grand vilain, des versions de Demon in a Bottle ou d'Extremis bâclées ou ridiculisées. Côté Cap, difficile de ne pas rester sur sa faim si l'on est amoureux de l'arc Civil War de Mark Millar devant la version proposée par le film. En définitive, on s'habitue, peu à peu, à troquer la richesse du monde des comics en échange de jolis moments de fun, avec parfois de vrais élans, mais qui restent loin de la densité de ce que des adaptations stricto sensu comme Watchmen, 300 ou Sin City auront proposé : aucun compromis ou presque aux comics, le meilleur moyen de rendre compte de la grandeur du texte.


Ragnarok est une belle réponse, mais une réponse de tricheur. Le studio aura plié Thor sur le charisme, les qualités de son interprète - Hemsworth, celui que l'on prenait au départ pour un simple acteur de physique plutôt creux aura grandi de plateaux en plateaux, de micro en micro, vers cette éternel sourire de frimeur en perpétuelle auto-dérision. Rire de lui-même aura été la meilleure performance du bonhomme et Feige aura eu à ce titre le nez creux en décelant chez lui une capacité à porter la déconne attachante plus que la noblesse, la droiture ou l'héroïsme (tout le monde n'est pas Chris Evans). En cela, le Thor premier degré d'antan était presque un héros à contre-emploi. Mais quid d'Asgard ?

Quid de Jack Kirby, de Walt Simonson, de Straczynski, de Jason Aaron ? S'il est facile de blaguer sur l'existence même du héros ou de son arrivée étrange dans le paysage des comics, les chefs d'oeuvres écrits sur lui sont en fait très nombreux, voire particulièrement nombreux si l'on tient compte, en comparaison, des grands runs d'Iron Man. Et la plupart d'entre eux se passent d'humour pour être convaincants ou même, tout simplement, mémorables. 

Paradoxalement, c'est au moment de sa conclusion que Ragnarok rappelle la dramaturgie de son héros, devenant borgne et croisant la route d'un adversaire moins prompt aux one liners que la sémillante Cate Blanchett. Le constat est donc au final celui d'un entre deux. Pouvait on espérer continuer dans l'appreillage maladroit de fantasy où Marvel semblait échouer ? Cette idée de film débridé, n'était ce pas aussi ce que nous voulions ? Un métrage avec une identité propre, colorée, où le réalisateur laisse son style se voir derrière les filtres d'obligations ?


L'un dans l'autre, si Ragnarok restera comme une bonne comédie, le métrage pose après neuf ans d'existence du MCU la question des limites du possible pour ce grand projet qui se sera cogné sur des éléments conventionnels de cinéma à plus d'une reprise. La mort, par exemple. Ou tout simplement, la tristesse. En un sens, la grandeur, puisque l'héroïsme franc est en fait rarement employé dans les routines d'écritures. Généralement incapable de présenter ses héros autrement que comme des losers peuplés de complexes paternels visant à s'améliorer, Marvel n'arrive jamais à rendre ses héros aussi attachants que dans cette perspective de paumés surpuissants, qui se découvrent un peu d'héroïsme en chemin.

Pas forcément la meilleure manière de présenter un Dieu. Celui du tonnerre, celui de l'Edda, mais aussi celui des comics avec le sous-entendu de dizaines de grands arcs à adapter potentiellement. Tel un serpent qui se mord la queue, la franchise Thor aura pris pour le MCU l'apparence d'une erreur qui ne se corrige pas, tributaire d'un univers sacrifié où seule la déconne méta' pouvait venir casser un cycle. 

En un sens, plutôt que de croire qu'il était possible de réussir une adaptation sérieuse, se servir de cette franchise "foutue pour foutue" et donner dans l'expérimental - une belle pirouette, qui sera peut-être reproduite sur Ant-Man ou Strange si le studio décide de suivre son étrange logique d'adapter sans convictions.

Corentin
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