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Spider-Man : Homecoming, tisser les liens entre générations

Spider-Man : Homecoming, tisser les liens entre générations

chronique

Précédemment dans notre Countdown To Infinity War :

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Après l'échec retentissant d'Amazing Spider-Man 2, le piratage de conversations privées entre pontes des studios Sony révèle l'urgence de représenter au monde un Tisseur réellement rentable. Les rumeurs passent, les discussions s'enchaînent, et quand le projet de film Civil War se met en chantiers entre les mains d'Anthony et Joe Russo, on sait qu'un nouveau Peter Parker est prévu pour y apparaître. Un Peter plus jeune, plus neuf, plus Marvel.

Le Spider-Man : Homecoming de Jon Watts est un film méta-textuel à bien des niveaux. Depuis son titre, qui renvoie à une célébration américaine de fêter la rentrée scolaire, et le "retour à la maison" pour un personnage qui aura traversé les décennies entre d'autres mains que celles de ses créateurs, du moins sur les écrans. Depuis le choix du Vautour Adrian Toomes, premier adversaire du héros arachnéen apparu dans Amazing Spider-Man #2, et le choix d'un acteur associé aux adaptations de super-héros (d'une part) et aux rôles d'homme-oiseau (de l'autre).
 
Le film respire cette atmosphère de seconde lecture assumée, qui commente régulièrement ses propres choix et décisions - son Peter plus jeune, sa Tante May moins grisonnante, un sidekick fan de lego Star Wars, et le monde même dans lequel évolue ce nouveau Spider-Man. Pour proposer un rendu plus Marvel Studios, la production choisit par exemple d'inscrire son héros dans la continuité du science-bullshit dans lequel évolue Tony Stark depuis le premier Iron Man, un costume plus technologique aux possibilités variées, trop variées. L'idée aura fait grincer des dents les amoureux d'un Peter plus urbain et simpliste, et quoi que le film nuance de lui-même cette idée, il ne choisit jamais de s'en excuser. Pourquoi ? Puisque Spider-Man n'est plus ici un héros fondateur. Ce n'est que la nouvelle génération d'une école pré-établie.
 

 
Remettons les choses dans leur contexte : suite à un conflit interne entre deux pôles d'une même compagnie, Marvel Studios et Marvel Televisions ont dû commencer à assumer l'idée que Daredevil, Luke Cage, Jessica Jones et Iron Fist n'évolueraient pas dans l'univers des Vengeurs. Une segmentation arbitraire de l'iconographie classique chère à l'éditeur, et même capitale pour des millions de fans : l'apparat urbain, le lien insécable des héros de la street avec ceux des gratte-ciels, les volants, les surhommes, les héros à grande échelle.
 
Dès lors, il a fallu rebâtir par dessus le New-York de Marvel un environnement autre que celui que peuple généralement toute un ensemble de héros. Le monde de Spider-Man : Homecoming n'est pas celui des initiatives privées, où un Marc Spector s'associe à un Matt Murdock pour casser les criminels locaux - un sujet qui n'est d'ailleurs quasiment jamais abordé dans les films, pourquoi les super-héros ne s'attaquent pas aux problèmes de criminalité locale et de justice sociale de proximité. Marvel Studios aura en fait choisi de placer ses personnages sur une autre échelle de menace en commençant par adapter les plus gros.
 
Les premiers héros du projet Initiative s'assemblent autour du S.H.I.E.L.D., autour de menaces de fin du monde et même aujourd'hui, de la venue d'envahisseurs cosmiques de haute portée. En somme, Marvel n'aura jamais respecté, au cinéma, sa tradition de justicier des rues, de l'idéal de la ville de New-York à laquelle elle doit pourtant son histoire, une partie de sa culture, et les meilleurs de ses héros. Alors, le studio va reconstruire en partant par le bas : Peter Parker est ici l'héritier des premiers Vengeurs, un enfant qui aura vécu le passage du temps comme les spectateurs les plus jeunes des films Marvel Studios.
 
Campé par un Tom Holland plus jeune que les deux précédents interprètes du héros, celui-ci est directement présenté comme un lyçéen naïf et un peu neuneu. Pas spécialement poussé par une soif inassouvie de justice, un désir de vengeance, il cherche juste à être invité à la grande fête des héros qu'il admire. Le métrage s'ouvre sur un regard plus simpliste porté sur les enjeux de Civil War, et Tony Stark traverse le métrage comme le papa du MCU qui cherche une descendance plus qu'un nouveau collaborateur. Les jeux de dialogues insistent sur une relation père-fils bien écrite, qui va du coup justifier le costume technologique comme un passage de relais.
 

 
Homecoming pourrait presque même être vu comme un Iron Man 4 qui ne dit pas son nom au vu de sa scène de fin, qui voit revenir Gwyneth Paltrow et joue sur la complicité de Stark et de Happy - soit Jon Favreau, un autre instigateur de ce grand projet. Dans la symbolique, Parker va, lui, comprendre que ces grands héros aux pouvoirs immenses sont trop occupés à casser de l'alien et du traficant d'arme pour s'occuper des petits problèmes, des petites gens. A ce niveau, l'interprétation de Holland et l'écriture générale cherchent un autre type d'héritage, celui de Captain America.
 
Véritablement écrit comme le fils qu'auraient pu avoir Stark et Rogers si la médecine l'avait permis (un jour peut-être), ce Parker du Queens a tout du petit Cap encore frèle de Joe Johnston. Un héros des rues, naïf, sympathique, un peu boyscout, ici plus maladroit. Comme le premier Captain America, Homecoming force d'ailleurs le méta' pour densifier l'idée que ce n'est pas tant les enjeux directs du film qui importent, mais plutôt le fait que ce film existe et que ceux qui l'ont fait en avaient simplement envie.
 
A ce titre, réinstaller le héros dans son Queens natal, réinstaller le vilain comme son premier adversaire, récupérer l'idée de ce monde post-Avengers organique, tout ça participe à cet effet de méta' bienvenue et complètement assumé pour porter la seconde génération de films Marvel à l'écran. Les héritiers, qui puisent autant dans l'imagerie comics que dans celle déployée au cinéma, avec un sidekick récupéré des versions Ultimate, les fameux yeux enfin expressifs du héros, une MJ en forme de surprise pour trancher avec ce qui s'est fait par le passé, une May qui nous rappellerait l'héroïne de Trouble, etc.
 

 
Ce besoin de réinventer, de créer la génération suivante en piochant dans les mêmes matériaux - l'hommage aux comics, l'humour méta', la cohérence d'univers partagé - force Marvel à ne plus s'appuyer sur sa recette. Ce qui aura conduit Feige à aller chercher le quasi-débutant Jon Watts pour l'exercice, et à lui laisser une certaine liberté pour dispenser son idée de film sur le passage à l'âge adulte façon Breakfast Club / Ferris Bueller. Parce qu'il aurait été impossible pour Marvel Studios de juste cracher un énième film-recette pour l'événement que constitue le retour de Spidey à la maison.
 
En cela, à l'image de Thor : Ragnarok, Marvel commence lentement à casser le moule de ses propres codifications. Soit en ne se prenant plus assez au sérieux pour essayer de vendre du blockbuster tout prêt au public, soit en essayant d'ajouter un peu de vivant à ce blockbuster pour éviter que les dix ans à venir ne soient que l'énième répétition de ce qui a marché par le passé. En cela, Spider-Man : Homecoming est véritablement un film sur l'héritage et le passage des générations, depuis la transition de Stark à Parker à celle, moins tangible, d'un Marvel capitaliste aux réflexes rouillés à une envie de cinéma plus ouvert, plus créatif et formé autour d'artistes moins dociles que les yes men précédents. Quoi qu'il soit encore un peu tôt pour en mesurer les effets, pour le moment.
Corentin
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