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Justice League : tomber dans le piège du ''c'était mieux avant'' ?

Justice League : tomber dans le piège du ''c'était mieux avant'' ?

chronique

Personne ne semble vraiment se retrouver dans Justice League. Les amateurs d'un DC Comics plus sérieux, plus sombre, et le grand public, tout le monde se retourne vers les décisions des studios Warner d'un commun accord, pour comprendre qu'il y avait mieux à faire. Là où ce constat général paraît partagé par tous, une habitude change cependant. 

Après des années de débat, souvent stérile, parfois agressif entre deux factions auto-stipulées, les fans et les déçus de l'odyssée de DC partent sur un terrain inédit. L'idée veut que les opinions les plus déçues de Batman V Superman seraient responsables du shift de tonalité opéré par Warner, qui aurait tenu sa barre autrement. Manière de synthétiser un sentiment de frustration, pour ceux qui, en définitive, n'étaient pas mécontents de cette entrée en matière et auraient aimé suivre dans la même lignée.
 
On tombe alors sur un avis brutal : les critiques ont perpétré Justice League, les détracteurs ont foutu le navire à l'eau, et Marvel ou son esprit règnent désormais en maître sur la création de super-héros, qu'on l'ait choisi ou non. On peut le comprendre. Les amoureux de BvS ont été spoliés après coup de ce qu'ils aimaient et se cherchent un coupable. Fréquence des internets modernes : à refuser l'altérité d'avis, on se trompe facilement de cible. Le piège est facile et beaucoup tombent déjà dedans : c'est plus compliqué, et ce n'était pas mieux avant.


Un argument qu'on aura pas mal entendu avance l'idée que les critiques, principalement américaines, auraient détesté Batman V Superman contre ses thématiques, pour sa vision sombre de l'univers DC. Si on peut en faisant quelques recherches trouver ce genre de critiques sommaires, en prenant une perspective plus large on se heurte à d'autres réalités. 

Batman V Superman n'est pas le soleil, Justice League n'est pas la nuit. Les deux films ne sont pas deux facettes opposées différentes en tout : chacun répond au même besoin de plan d'ensemble posé par Warner Bros.. Après le succès des films de Nolan, la tendance était au film sombre, aussi on aura laissé Snyder, un maître du genre, faire du Snyder. Après l'échec des prévisions de box office du film, on s'est aperçus que la tendance était au comique à la Marvel, et donc on a laissé Whedon faire du Whedon, contre la cohérence ou l'envie des fans.
 
Personne n'a mis un glock sur la tempe des studios pour commander ce changement de direction. Après Man of Steel, Snyder était intervenu maintes fois en micros pour défendre son troisième acte, détesté par les amateurs d'un Superman qui ne tue pas. Autour de Batman V Superman, la réaction aura été de tout changer - pourtant, de Man of Steel à BvS, le studio aura progressé au box office. Mais dans une course au chiffre d'affaires, les films DC étaient encore second, et il imposait d'aller plus vite, plus loin, quitte à se perdre en chemin.

Alors on a effectivement répondu aux quelques critiques qui reprochaient un ton trop sombre. Mais les autres ? Ceux qui accusaient l'écriture, le changement de ton au troisième acte ? Un placement de personnages poussifs, une écriture qui se perd, une orientation facile du combat en cercle contre la bête virtuelle au troisième acte ? Ces critiques existent, mais il est plus compliqué d'y répondre, attendu que Warner a fait chacun de ces choix consciencieusement. 


 
Certaines franchises vivent très bien contre le vent des critiques. Jamais la Paramount n'est venue demander à Michael Bay de changer son fusil d'épaule pour ses Transformers. Le marché du cinéma de super-héros a évolué parce que les studios craignaient de ne pas rester concurrentiels face à Marvel. Ayer espérait un film de gangsters dramatique, Snyder espérait une Justice League plus personnelle, on les aura chacun privé de leurs droits. Et à se tirer dessus, les fans jouent le jeu d'un studio qui ne se retrouve jamais inquiété, et dont c'est pourtant le travail d'offrir une ligne de suivi, une proposition artistique cohérente - il y a des postes entiers sur les plateaux de cinéma qui ne sont censés travailler qu'à ça.
 
La sanctification de Batman V Superman a posteriori ressemble à celle de Man of Steel. A sa sortie, le film aura divisé par l'écriture de David Goyer et séduit par sa mise en scène. Quand BvS arrive, on regarde d'un oeil affectueux cette première adaptation plus entière, moins guidée par la main aveugle d'une production hésitante, et on laisse le cinéaste gérer le service après vente. Justice League opère sur la même échelle, mais à une différence près : si on pose la question "mauvais avec vision ou moyen mais creux ?", quoi qu'on choisisse, on termine avec un film mauvais, ou un film creux. Et ce n'est pas ce que le fan attend de DC Comics au cinéma, ou de n'importe quel ensemble artistique quel qu'il soit.

Le fait est que Batman V Superman est sombre. Le fait est que les films de Christopher Nolan l'étaient aussi, et que ça ne les a empêchés de rien. Logan était sombre, et dans le climat d'humour et de détente proposé par Marvel, la presse et le public ont accueilli chaleureusement cet agréable contre-pied. Il en va de même pour la série Daredevil ou Jessica Jones (elle différemment appréciée, mais reconnue par le public comme une proposition pessimiste bienvenue).

Le problème de l'avis qui résume l'accueil froid du film à ses critiques de tonalité est qu'il passe à côté d'une partie du problème. On pourrait prendre une heure pour détailler ce que les gens ont pu ne pas aimer dans BvS sans une seule fois aborder la question de l'aspect sombre - mais l'envie de résumer de manière grossière l'opinion pose problème pour des fans qui ne font pas la part des choses. Le schéma est plus grand, plus vaste, et comme un détracteur des films Marvel ne peut se contenter de détester en bloc parce que l'humour est chaque fois trop présent - il y a des tonnes d'autres problèmes qui s'immiscent dans les films de Feige, avec la même emprise sur l'écriture et le manque de personnalité.


La bonne réponse est donc : personne n'a envie de faire le choix entre un BvS et un Justice League. La vision de Batman V Superman s'arrête quand s'ouvre le troisième acte, quand Bruce repose sa lance et s'allie à Clark dans un proto-World's Finest commandé par les producteurs. On a détaillé l'envie initiale de Zack Snyder d'adapter The Dark Knight Returns - au point de citer à la virgule près des répliques de Miller dans son Bruce Wayne, dont il épouse le design et la dramaturgie.

Les producteurs, eux ? Les producteurs voulaient faire Justice League, parce que les astres du ciel hollywoodien se sont alignés pour que l'univers partagé deviennent la voie à suivre. Il en résulte un film où un Batman façon Tour de Babel pense contre-mesures, et façons DKSA, pense terreur et paranoïa, pendant deux tiers. Au tournant du troisième, un plan abusivement complexe rappelle la réalité de faits tel le twist Ares de Wonder Woman : les deux héros étaient manipulés par Luthor, et peu importe quels étaient leurs griefs respectifs, il est urgent de s'allier pour que puisse se faire le film d'après.

Quelle vision laisse BvS dans le paysage des super-héros ? Warner aura choisi d'amputer l'exploitation de la version director's cut - trop longue, et classée R, un cauchemard de rentabilité - et amputé l'envie initiale d'un cinéaste fan de case par case. L'urgence d'un univers partagé aura sacrifié le Dark Knight Returns à la gloire de Dawn of Justice, à la gloire de contrer Marvel Studios et d'enrichir des actionnaires las de voir quatre ans séparer deux Batman. Les milliards n'attendent pas.

Alors, parce que la couronne a changé de tête, on retrouve Batman V Superman comme le concurrent à une façon de faire typée Marvel que les studios auront jeté aux ordures. Mais de la même façon, si on est déçu par le Flash d'Ezra Miller, personne n'affirmera jamais que Grant Gustin est un excellent Barry Allen pour autant - il est juste meilleur, plus fidèle, et plus entier. Sauf qu'à évoluer dans une production CW avec tout ce que ça sous-entend, les fans les plus assidus du héros sont aussi déçus en définitive, confrontés au problème du choix du moins pire.


Comme le soulignait le brave Republ33k, la guerre de tranchées a ceci de pernicieux qu'elle oppose deux cohortes de fans aux attentes opposées, mais unies par la même envie de voir leurs héros bien adaptés au cinéma. Le problème se pose sur la question des attentes, mais c'est parce que chacun aime les personnages DC que se crée le conflit, pendant que le véritable Anti-Monitor du game se fout pas mal de savoir ce qui fait la force de la Justice League, et depuis les bureaux d'une immense tour de verre, se demande juste comment capitaliser sur un spoof des Vengeurs avec les franchises qu'il a en rayon.

Ainsi fonctionne l'échiquier des franchises. Sauf que dans l'éditorial, on n'a jamais demandé à un Geoff Johns de faire du Hickman quand la team de Marvel vendait mieux que les héros DC. La concurrence fait du bien, et la divergence de vision aussi. Depuis Man of Steel, Warner Bros. court après Marvel,  et le sacrifice de Justice League est moins le problème de critiques négatives que d'un public qui aura compris le truc : même Batman V Superman a bien fonctionné, mais il aura ramené moins en joignant les deux héros que Dark Knight Rises avec un seul.

Alors à qui la faute ? Si un critique qui ne se retrouve pas dans une proposition doit se retenir de parler, pour ne pas vexer l'égo d'un studio qui tourne au gré du vent et se fout de savoir si ce qu'il propose tient debout tant que le chèque est à la banque, effectivement, les critiques sont à plaindre. Sauf que leur travail est d'appeler à de meilleures oeuvres, pas de commander le film suivant dans un grand QCM intitulé "ce que j'aimerais voir dans le prochain".

Sur ce, on devra sans doute attendre de voir Aquaman pour juger, dans un appareil de production qui remet toujours à plus tard sans discernement. Les scores de Justice League pour le moment auront en tout cas donné une première piste : si ce n'était pas mieux avant, ce ne sera pas pire après. 

Corentin
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